dévictimisation

Le problème avec « être un meilleur parent »

Tout le monde veut être un meilleur parent. Rien de mal là-dedans, apparemment. Sauf qu’il y a un problème avec l’appel perpétuel à faire mieux. C’est que la liste des centaines de recommandations faites à un parent ordinaire s’allonge chaque jour, sous le prétexte de permettre aux parents de « faire mieux ». Et ça, c’est épuisant.

C’est bien les légumes dans la boîte à lunch, mais les brocolis en mammouth et les carottes en cœur, c’est mieux. J’exagère à peine. C’est bien de manger ensemble tous les soirs, mais c’est encore mieux d’avoir une discussion sur notre journée pendant ce repas. On dira que c’est bien de contrôler l’accès des sites web à nos petits, mais ce serait encore mieux de leur donner l’accès à l’ordinateur seulement après deux heures de jeu à l’extérieur.

Comment écraser les parents sans s’en rendre compte

Toutes ces exhortations partent d’un bon principe, pourtant. Tous les intervenants qui les transmettent et les répètent croient vraiment aider les parents et soutenir leurs compétences parentales. Mais ce n’est pas le cas. Ces recommandations sont devenues si nombreuses qu’elles ne représentent plus des voies d’amélioration pour « être un meilleur parent ». Leur liste finit par exercer une telle pression sur les parents que la plupart d’entre eux font semblant d’y arriver; tout simplement pour ne pas se voir proposer de nouvelles recommandations. Elles s’inscrivent dans une définition inaccessible du bon parentage, sans se soucier du bon parent ordinaire. Plus grave encore, ces recommandations deviennent qualifiantes et l’on en fait des repères d’évaluation de la compétence parentale. Et ça, c’est un problème.

Quand le mieux est l’ennemi du bien

Vous ne lisez jamais de livre avec lui? Ha bon… ce serait vraiment mieux de le faire. Vous comprenez, ça l’aiderait à l’école et pour tout son parcours scolaire. Et ce parent vient de se prendre une taloche d’incompétence en pleine gueule. Est-ce qu’on a demandé ce qui fait qu’il ne lit pas avec son enfant? Est-ce qu’on a eu accès à sa charge familiale, à ces tâches et à l’énergie disponible? A-t-on examiné l’organisation familiale et le sentiment de compétence de ce parent avant de déclarer que lire avec son petit, ce serait vraiment mieux? Est-ce qu’on s’est assuré que ce parent savait lire? Et finalement, est-ce qu’on lui a demandé son avis sur tout cela?

être un meilleur parent

Lire avec son enfant permet-il vraiment d’être un meilleur parent?

Probablement pas. On aura seulement débité les recommandations de lecture parce que la recherche a démontré le lien entre la lecture et la réussite scolaire; sans tenir compte de rien d’autre. Il ne s’agit pas de mauvaise foi. Il s’agit d’aveuglement. Pendant qu’on garde les yeux fixés sur la lecture (ou la gestion de la colère, ou la socialisation, ou le guide alimentaire, etc.) on ne voit pas le reste de la vie. Sauf que le parentage n’a pas les moyens d’envisager la vie en tunnel. La vie des parents est faite de milliers de gestes et de contraintes, de valeurs et de choix. La vie quotidienne avec des enfants est un sérieux décapant d’illusion sur « le mieux pour son enfant ».

Peut-être est-il temps de contester l’ensemble des recommandations faites aux parents en se demandant si elles sont vraiment pertinentes pour ce parent. Peut-être est-il temps de dire franchement aux parents qu’ils sont les mieux placés pour décider des recommandations à suivre, et de laisser tomber les autres. Il y a un problème avec « être un meilleur parent » quand ce n’est jamais leur meilleur à eux, mais bien un meilleur absolu qui ne fait écho à aucune réalité.

Mentalité de croissance à la maison

Mentalité de croissance : 3 clés pour les parents

J’ai déjà expliqué que la mentalité de croissance est un état d’esprit qui met l’accent sur l’apprentissage plutôt que sur le résultat. Dans cet état d’esprit, on accorde de la valeur au fait d’apprendre plutôt qu’à la note accordée. Avec les plus récentes données de recherche, nous savons maintenant beaucoup de choses sur la façon dont l’humain apprend. Voici 3 clés d’apprentissage qui devraient nous être utiles à la maison et dans la vie de tous les jours, avec les enfants.

Ben oui, faut répéter

Un des éléments essentiels de n’importe quel apprentissage, c’est d’être exposé à la nouvelle information à plusieurs reprises. Ainsi, pour introduire un nouveau concept comme choisir ses vêtements tout seul, tenir un crayon ou organiser son temps pour faire ses devoirs, l’enfant doit rencontrer ce nouveau concept à au moins trois occasions différentes pour l’apprendre correctement. Au moins, ça veut dire qu’il faudra probablement l’exposer plus souvent que trois fois. Et ça ne nous dérange pas parce qu’avec un mentalité de croissance, nous considérons que les apprentissages sont réalisés à force de pratiques et de recommencement. Voilà une des 3 clés pour les parents.

Répéter fait donc partie de l’éducation. Les enfants ne sont pas bouchés, ni opposants, ni manipulateurs parce qu’ils nous font répéter. Ils sont en train d’apprendre, c’est tout. On leur dit d’enlever leurs bottes dans l’entrée et la fois suivante, il faut le leur redire. Et peut-être même leur redire six fois, selon leur âge, leur niveau de développement; et, probablement plus important encore, leur niveau d’attention au moment où nous avons transmis l’information. Pour soutenir la mentalité de croissance à la maison, nous répéterons de bon cœur, sachant que ça fait partie de la bonne façon de leur apprendre.

Mentalité de croissance : une chose à la fois

L’affaire, c’est qu’on a parfois le sentiment de transmettre une nouvelle information, mais en fait, on est en train d’en introduire deux ou trois. Par exemple, avec les touts petits, si j’introduis en même temps le bol et la cuillère, j’introduis deux nouvelles informations à l’activité « manger ». Ça complique beaucoup l’acquisition des informations. Cela rend difficile la construction de savoirs plus complexes parce qu’une partie de la base n’aura pas été bien intégrée. Je vais le laisser « maîtriser » le bol. Après seulement, je vais lui mettre une cuillère dans les mains. Et ça veut dire qu’il essaiera probablement de le taper, le lancer, le téter, alouette. Ce n’est pas différent de la façon d’apprendre les additions, sauf que ça fait moins de dégâts!

une des 3 clés pour les parents : une seule chose à la fois.
Bébé en plein apprentissage du bol…

C’est la même chose pour nous. Imaginons que dans un nouvel emploi on nous remet une carte magnétique utilisée avec un portail électronique. Si nous n’avons jamais utilisé de portail électronique avant, on sera en train d’introduire une nouvelle info sur une information inconnue. On aura le sentiment d’être un peu perdu, un peu anxieux parce qu’il y a plusieurs choses nouvelles à gérer. C’est la même chose avec les enfants.

Dans une mentalité de croissance, nous accordons de la valeur au processus; nous allons donc faire un effort de réflexion pour découper les « nouvelles informations » en éléments simples et uniques. Si je veux qu’ils apprennent à retirer leurs bottes en entrant, je vais éviter de leur transmettre trop d’infos en même temps. Par exemple, voici le panier pour les mitaines, celui pour ta tuque, le crochet de ton manteau et, s’il te plaît, mets des pantoufles. Une seule chose à la fois; une autre des 3 clés pour les parents.

Préparer le terrain, revisiter ce qu’il sait déjà

Les apprentissages se construisent les uns en lien avec les autres. Dans une mentalité de croissance à la maison, je vais faciliter cette « construction » en liant le connu et l’inconnu. Au tout début, ce sera donc utile de faire d’abord le tour de ce que l’enfant sait déjà autour de ce nouveau concept. Ça permet de consolider ce qu’il sait déjà tout en créant un sens de continuité.

Ainsi, pour introduire « s’habiller tout seul », par exemple, on va passer quelques minutes sur ce qu’il sait déjà à ce sujet. Tu sais déjà qu’on met d’abord des sous-vêtements quand on s’habille, tu te souviens? Ok! Alors, qu’est-ce qu’on met d’autre? Oui, un chandail. Quoi d’autre? Oui, des bas! Etc. Ensuite, on va entrer la nouvelle information. Les chandails sont dans le tiroir du haut et les pantalons dans celui du bas. Peux-tu aller choisir un chandail pour toi et l’enfiler tout seul? Te souviens-tu comment on faisait ensemble? Oui, c’est ça, on commence par enfiler la tête. Et ainsi de suite.

Mentalité de croissance, accepter de pratiquer beaucoup.
On apprend à boutonner avec beaucoup de répétitions et de pratique.

Comme on l’a dit plus haut, il faudra répéter les mêmes choses plusieurs fois avant qu’il maîtrise la chose. Le fait de revisiter les connaissances qu’il possède déjà autour du sujet va lui permettre de créer de meilleurs liens entre les informations. Et ça, ça assure l’apprentissage.

3 clés pour les parents

Trois choses simples à faire feront la différence pour une mentalité de croissance qui attribue la valeur au processus d’apprentissage.

  1. Répéter. La répétition, la pratique, les essais répétés dans différents contextes, c’est le meilleur chemin pour apprendre.
  2. Leur apprendre une seule chose nouvelle à la fois. On abaisse ainsi l’anxiété; on permet au cerveau de se concentrer; et on s’assure de pouvoir « bâtir » d’autres informations sur celle-ci dans l’avenir.
  3. Prendre quelques minutes pour revisiter ce que l’enfant sait déjà sur le sujet avant d’ajouter de nouvelles informations. Ainsi, on installe un contexte qui facilite grandement l’apprentissage et l’acquisition de nouvelles connaissances.

Faisons simplement de notre mieux avec ces 3 clés pour les parents, servons-nous en le plus souvent possible. Et rappelons-nous que nous sommes, nous aussi, en train d’apprendre!

Le déni, c'est comme le snooze sur un réveil

Déni des parents d'enfant en difficulté: une bonne chose?

Quand je demande à Joanie, éducatrice spécialisée auprès des enfants qui vivent avec l’autisme, ce qui est le plus difficile dans le travail avec les parents d’enfant en difficulté, elle répond sans hésiter : le déni des parents! Elle m’explique à quel point il est frustrant d’être paralysé dans un plan d’intervention parce que le parent refuse de voir « la vérité » . Comme si le déni dénotait un manque de bonne volonté, de force et une perte de temps inutile. Est-ce bien le cas?

D’où vient le déni ?

Imaginez que vous ayez eu une nuit effroyable. Le bébé a eu la diarrhée; vous avez été obligé de changer le lit au complet avant de le rendormir en le berçant. Le plus vieux s’est réveillé et vous l’avez accompagné aux toilettes. En passant devant la cuisine, la vaisselle sale vous a pointé du doigt et le panier de linge s’est moqué de vous. Vous vous êtes recouché mais le sommeil n’est pas venu tout de suite, bien sûr.

Au moment où vous alliez sombrer, le bébé s’est remis à pleurer de toutes ses forces. Votre partenaire a repoussé les couvertures, mais vous lui avez dit de laisser faire; de toute façon, vous étiez déjà réveillé. Vous avez détourné les yeux en passant devant la cuisine pour entrer dans la chambre du bébé et constater qu’il fallait à nouveau changer le lit. Rebelote. Vous vous êtes dit que le lendemain était dans deux heures et que la journée serait longue. En soupirant, vous avez attendu le sommeil qui tardait à venir. Pas besoin d’être des parents d’enfant en difficulté pour avoir expérimenté cela.

Le déni des parents

Le réveil a sonné à 5h30 le lendemain matin et vous avez eu l’impression que vous veniez juste de fermer les yeux. Quand l’alarme a percé votre sommeil comateux, vous vous êtes étiré le bras pour appuyer sur le bouton « snooze« . C’est ce bouton qui permet de repousser de 10 minutes le déclenchement de l’alarme et ainsi gagner dix minutes de sommeil de plus. Même si vous n’avez jamais utilisé ce bouton, vous connaissez ce puissant désir de rester couché « quelques minutes de plus… »

Le déni des parents d’enfant en difficulté, c’est souvent exactement ce moment de répit. On sait bien qu’il faudra finir par ouvrir les yeux. Il ne s’agit pas d’avoir renoncé à nos responsabilités; il s’agit de se laisser un peu de temps pour trouver la force de s’y remettre. Dans le déni, les parents ne croient pas vraiment que tout est parfait. Ils ne font que suspendre temporairement le poids écrasant de la réalité afin de refaire leurs forces avant d’affronter le froid glacial qui les attend à l’extérieur.

Le déni des parents, c'est un répit avant d'affronter le froid glacial qui les attend dehors.
Ils ne font que suspendre temporairement le poids écrasant de la réalité afin de refaire leurs forces avant d’affronter le froid glacial qui les attend à l’extérieur.
Quelle réalité pour les parents d’enfant en difficulté ?

Quand on considère qu’un parent est dans le déni, c’est en fait qu’il refuse de reconnaître la réalité telle que nous la décrivons à titre d’intervenants. Mais notre vision est limitée et ce que nous pouvons observer n’est qu’une petite partie de la réalité des parents.

Cette réalité est faite de milliers de choses dont nous n’avons pas la moindre idée. Et la plupart d’entre elles ne sont ni mesurables ni observables. Un conflit larvé au travail qui mine l’atmosphère; des désaccords avec le conjoint sur les façons d’agir avec l’enfant; une prise de poids qui la déprime; la femme de ménage qui a annoncé qu’elle ne pouvait plus venir. Et tant d’autres choses! La façon dont s’agencent et s’organisent ces milliers d’éléments de la vie des parents d’enfant en difficulté est également hors de notre portée.

Un espace sécuritaire

Joanie n’est pas la seule intervenante à vivre de la frustration quand les parents se retrouve dans un espace de déni. J’entends cela chaque fois que je donne la formation sur le travail d’empowerment avec les parents. Je peux certainement comprendre ça. Mais si l’on veut être utiles, il nous faudra renoncer à considérer le déni comme un obstacle à éliminer; et commencer à le voir comme un appel au répit.

L’expérience m’a appris que le déni des parents d’enfant en difficulté devant une situation vraiment difficile, c’est souvent la création d’un espace sécuritaire où le parent peut se déposer sans se sentir menacé ou écrasé par la pression. Un espace où ce qui est difficile est suspendu, en quelque sorte. C’est un répit que tous les humains s’accordent, de temps en temps, pour reprendre des forces.

En « snoozant », les parents épuisés nous disent qu’ils ont besoin d’une pause, d’un répit mental et affectif. Soutenons-les en reconnaissant leur besoin. Même en sachant que 10 minutes ne changent vraiment rien au manque de sommeil, ce sont les dix minutes dont nous avons besoin pour trouver la force de nous lever. C’est la même chose pour le déni.

Du temps pour se préparer
Les parents d'enfant en difficulté ont de très haute montagne à grimper

Au lieu de tirer sur les couvertures, respectons cet espace confortable, le temps qu’il faudra pour qu’ils puissent rassembler leur courage, leurs forces et leur énergie et affronter ce qui les attend à l’extérieur. Personne d’autre qu’eux-mêmes ne peut déterminer le temps dont ils auront besoin pour trouver le courage d’ouvrir les yeux et faire leur journée. Souvenons-nous des moments de notre propre vie où nous avons eu besoin du déni pour nous préparer à faire face au changement. C’est la même chose pour le déni des parents d’enfant en difficulté.

Quand nous sentirons l’agitation nous gagner parce qu’un parent « est dans le déni », résistons à l’envie de tirer toutes les couvertures pour l’obliger à ouvrir les yeux. Rappelons-nous que le déni est souvent une bonne chose. Il leur permet de faire une pause et rassembler toutes leurs forces. Et ils en auront besoin pour enjamber les montagnes qui se profilent à l’horizon de leur vie de parents.

Attendre: à quoi ça sert?

Ce premier jour de l’avent me rappelle à quel point à quel point il est difficile d’attendre et, en même temps, nécessaire. L’attente est précieuse parce qu’elle fait partie du sentier qui construit le sens des choses. Même si tout ce temps peut être terriblement difficile et même désespérant, parfois. Peut-être que c’est parce qu’on l’impression qu’il ne se passe rien quand on attend. On ne se fait jamais vraiment tout à fait à l’idée que nous ne faisons pas arriver les choses. Notre culture entretient l’illusion que l’action inlassable nous permettra de faire se réaliser nos rêves.

Et pourtant. Tout ce qui a vraiment de la valeur demande du temps.

Attendre d’être prêts!

Les jours qui précèdent Noël sont comme ceux qui précèdent un accouchement : fébrilité, excitation, lassitude puis impatience se succèdent durant ces longs mois. La naissance, comme la fête, gagne en profondeur avec l’attente qui l’a précédé.

Prendre le temps d'attendre qu'il soit l'heure des cadeaux

On croit souvent que si nous arrivions tout de suite là où nous voulons aller, notre satisfaction serait parfaite. Mais notre expérience ne nous a-t-elle pas appris le contraire? La joie profonde ne tient pas au fait que nous croisons le fil d’arrivée! Elle tient à ce qu’il nous en a coûté pour y arriver. C’est particulièrement vrai pour nos enfants. Les imprévus, les changements forcés, les jours faciles et les nuits sans sommeil. Attendre que passe la déception que les choses ne soient pas autrement. Accepter pour l’instant, de ne pas voir, de ne pas savoir. Il nous faut traverser tout cela pour finalement aboutir.

«  Aboutissement: Extrémité, endroit où quelque chose, notamment un chemin, aboutit.  »

-Office de la langue française.

Ces aboutissements ne ressemblent à rien d’autre comme expérience… Quand nous arrivons enfin à jouer cette partition sur laquelle nous travaillons depuis des semaines ou même des mois. Le jour où un ami, parti depuis des mois, revient enfin à la maison et qu’on le tient dans nos bras d’une façon particulière. Le moment où l’on vous annonce enfin la rémission après des jours et des jours à attendre des résultats.

L’aboutissement de l’attente

Oui, on a tous et toutes expérimenté quelque chose comme ça. On sait tout ça et ça ne rend pas les choses plus faciles. Rien à faire, il faudra aller jusqu’à l’extrémité.

Attendre sert-il à quelque chose?
L’avent, croire que la lumière adviendra

L’avent, c’est cette période de l’année où nous avançons vers plus de noirceur et plus de froidure. Les jours seront de plus en plus sombres jusqu’au solstice. Même rendu là, il n’y aura pas d’éblouissement soudain. Ni non plus de réchauffement spectaculaire. Il n’y aura qu’un peu plus de lumière chaque jour. Au cœur de ces brefs moments, il nous faudra saisir à bras le corps les prémices du flamboiement de l’été. Ces minutes de lumière gagnées chaque jour nous permettront d’attendre le temps qu’il faut pour arriver à la chaleur.

N’est-ce pas ainsi qu’il nous faut entrer dans les périodes sombres de notre vie? Croire, au cœur même de l’attente, que la lumière adviendra. Foi, courage et persévérance; tel est le sens de l’avent, il me semble.

bonne mère, c'est suffisant

Je suis une bonne mère ordinaire. Être de bons parents, c’est suffisant.

Durant les longs mois de la grossesse, nous construisons une idée de ce qu’est un parent parfait. Dans le secret de notre coeur, nous sommes certains que nous serons bien plus qu’un bon père ou une bonne mère ordinaire. Peut-être parce que l’ordinaire ne nous semble pas suffisant pour cette merveille de trois kilos qui s’apprête à changer notre vie. On ne sait pas encore que les bons parents ordinaires sont beaucoup plus solides que ceux qui courent après les mirages de la perfection.

Les parois de nos âmes sont tapissées d’images

Richard Desjardins

Notre «parent rêvé» sera calme et inébranlable au milieu des crises. Il sera toujours soutenant pour le petit, aimant, patient, compréhensif. Pendant que nous nourrissons ce fantasme, nous portons également, sans nous en rendre compte, l’idée que ce que nous sommes n’est pas assez. Jamais assez. Qu’il faudra faire beaucoup mieux. Qu’il nous faudra être parfaits. Cette idée creusera des galeries dans nos fondations. Si on n’y prend pas garde, un beau jour, toute notre vie pourrait s’effondrer, ruinée par la peur, l’anxiété et un sentiment d’incompétence écrasant.

La mère rêvée et la réalité

Sur les parois de nos âmes ne figurait pas la course du matin pour la garderie avec l’impression permanente de ne pas y arrivre. Parmi ces images idéales, on ne trouvait pas non plus les punitions, les pertes de contrôle suivies d’une culpabilité dévorante. Il n’y avait pas de froncements de sourcils, pas de déception, pas de disputes avec notre partenaire à propos du ménage qui ne se fait pas et de l’accès à l’ordinateur pour le petit de trois ans.

une bonne mère ordinaire, de bons parents

Nous n’avons pas songé que nous perdrions notre calme en hurlant après nos enfants. Pas un seul instant, l’idée nous est venue que nous serions tentés de les frapper et que, peut-être, nous les frapperions réellement. On n’avait pas imaginé la fatigue, la dépression, la perte d’emploi, les difficultés financières. Pas évoqué une seule seconde la séparation. Et pourtant tout cela est peut-être venu.

Adieu recherche de perfection, bienvenus Bons Parents !

C’est notre premier né qui met au monde le parent qui dort au fond de nous. Ce parent est formidable de bonne volonté, d’esprit d’aventure et et de capacité d’apprendre. Ce père ou cette bonne mère ordinaire fait de son mieux en sachant que le parentage est un sentier de croissance. Et si l’on veut trouver la joie et le plaisir qui se trouvent dans la vie d’un parent, il nous faudra renoncer au parent rêvé et parfait. Il n’existe pas. Honorons plutôt tous les bons parents ordinaires qui s’améliorent avec leurs erreurs pendant que les parfaits tentent de les camouffler.

Comme il m’en a coûté de renoncer à cette mère parfaite ! Douloureuse expérience qui se poursuit encore, d’ailleurs. La «mère rêvée», aussi incontournable que nécessaire, propose finalement un modèle puissant et inspirant. Sauf qu’il est impossible à actualiser. Il nous faut y renoncer.

Bienvenue à la bonne mère ordinaire

Nous sommes imparfaits, voilà tout. Je ne suis pas si souvent celle qui «ferait tout pour ses enfants», alors que cette image est une des premières que j’ai épinglée sur les parois de mon cœur. J’ai été tellement moins zen que je l’aurait souhaité!

Toutes les mères ordinaires

Au fil des années, ça m’a tenté de moins en moins de faire le taxi entre le terrain de soccer, les petits amis et les répétitions de thèâtre. Rendue au secondaire, la bonne mère ordinaire que je suis se traînait en maugréant dans les réunions de classe au lieu d’y aller avec enthousiasme comme le voulait ma mère parfaite. Ma «mère rêvée» aimait mieux jouer avec les enfants que faire n’importe quoi d’autre. Combien de fois pourtant, me suis-je précipitée pour plier du linge à leur arrivée de l’école ? Je fais de mon mieux et, oui, il arrive que cette simple vérité ne me console pas de ne pas être ma «mère rêvée».

Petites et grosses erreurs

C’est long de finir par honorer la bonne mère ordinaire en nous. Il a fallu que je me casse le nez sur toutes mes illusions de perfection. Il a aussi fallu que d’autres mères me soutiennent et me reconnaissent comme une bonne mère dans toutes mes imperfections. Qu’elles me répètent souvent que j’étais « correcte » comme ça. Elles ont joué un rôle déterminant.

Quand les enfants sont grands, ces erreurs forment l’histoire des famille. La fois où Joël a refusé de goûter aux moules et où je me suis peinturée dans le coin en essayant de l’y forcer. La fois où Jérémie est allé jouer dans l’étang de la voisine sans le dire et où j’ai fini par appeler la police et lancer un avis de recherche. Et la fois où j’ai laissé ma belle Raphaëlle pleurer à fendre l’âme au pied de ma porte de chambre parce que j’étais trop fatiguée pour bouger. Toutes ces émotions intactes comme au premier jour!

les bons parents reliés par nos imperfection
Célébrons les bons parents ordinaires

Toutes les familles ont leurs histoires. J’espère que vous riez avec vos enfants en vous les racontant. Toutes ces imperfections parentales, grosses ou petites, sont aussi ce qui nous lie ensembles. Ce sont toujours les manques et les faiblesses qui nous relient aux autres humains; et c’est particulièrement vrai avec nos enfants.

Aujourd’hui, c’est la bonne mère ordinaire que je célèbre! Celle qui a eu le courage de renoncer à la perfection, qui a accepté d’apprendre et de se tromper régulièrement (et probablement jusqu’à ma mort). J’honore toutes les mères qui ont renoncé à la mère rêvée et se tiennent debout au milieu du chaos en sachant que ça arrive et que ça passe. J’espère que d’autres vous reconnaissent comme de bons parents ordinaires! Parce que c’est amplement suffisant.

Voir les détails de la conférence « Parents, retrouver son sentiment de compétence… et se trouver bons!’ de France Paradis

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