Mentalité de croissance à la maison

Mentalité de croissance : 3 clés pour les parents

J’ai déjà expliqué que la mentalité de croissance est un état d’esprit qui met l’accent sur l’apprentissage plutôt que sur le résultat. Dans cet état d’esprit, on accorde de la valeur au fait d’apprendre plutôt qu’à la note accordée. Avec les plus récentes données de recherche, nous savons maintenant beaucoup de choses sur la façon dont l’humain apprend. Voici 3 clés d’apprentissage qui devraient nous être utiles à la maison et dans la vie de tous les jours, avec les enfants.

Ben oui, faut répéter

Un des éléments essentiels de n’importe quel apprentissage, c’est d’être exposé à la nouvelle information à plusieurs reprises. Ainsi, pour introduire un nouveau concept comme choisir ses vêtements tout seul, tenir un crayon ou organiser son temps pour faire ses devoirs, l’enfant doit rencontrer ce nouveau concept à au moins trois occasions différentes pour l’apprendre correctement. Au moins, ça veut dire qu’il faudra probablement l’exposer plus souvent que trois fois. Et ça ne nous dérange pas parce qu’avec un mentalité de croissance, nous considérons que les apprentissages sont réalisés à force de pratiques et de recommencement. Voilà une des 3 clés pour les parents.

Répéter fait donc partie de l’éducation. Les enfants ne sont pas bouchés, ni opposants, ni manipulateurs parce qu’ils nous font répéter. Ils sont en train d’apprendre, c’est tout. On leur dit d’enlever leurs bottes dans l’entrée et la fois suivante, il faut le leur redire. Et peut-être même leur redire six fois, selon leur âge, leur niveau de développement; et, probablement plus important encore, leur niveau d’attention au moment où nous avons transmis l’information. Pour soutenir la mentalité de croissance à la maison, nous répéterons de bon cœur, sachant que ça fait partie de la bonne façon de leur apprendre.

Mentalité de croissance : une chose à la fois

L’affaire, c’est qu’on a parfois le sentiment de transmettre une nouvelle information, mais en fait, on est en train d’en introduire deux ou trois. Par exemple, avec les touts petits, si j’introduis en même temps le bol et la cuillère, j’introduis deux nouvelles informations à l’activité « manger ». Ça complique beaucoup l’acquisition des informations. Cela rend difficile la construction de savoirs plus complexes parce qu’une partie de la base n’aura pas été bien intégrée. Je vais le laisser « maîtriser » le bol. Après seulement, je vais lui mettre une cuillère dans les mains. Et ça veut dire qu’il essaiera probablement de le taper, le lancer, le téter, alouette. Ce n’est pas différent de la façon d’apprendre les additions, sauf que ça fait moins de dégâts!

une des 3 clés pour les parents : une seule chose à la fois.
Bébé en plein apprentissage du bol…

C’est la même chose pour nous. Imaginons que dans un nouvel emploi on nous remet une carte magnétique utilisée avec un portail électronique. Si nous n’avons jamais utilisé de portail électronique avant, on sera en train d’introduire une nouvelle info sur une information inconnue. On aura le sentiment d’être un peu perdu, un peu anxieux parce qu’il y a plusieurs choses nouvelles à gérer. C’est la même chose avec les enfants.

Dans une mentalité de croissance, nous accordons de la valeur au processus; nous allons donc faire un effort de réflexion pour découper les « nouvelles informations » en éléments simples et uniques. Si je veux qu’ils apprennent à retirer leurs bottes en entrant, je vais éviter de leur transmettre trop d’infos en même temps. Par exemple, voici le panier pour les mitaines, celui pour ta tuque, le crochet de ton manteau et, s’il te plaît, mets des pantoufles. Une seule chose à la fois; une autre des 3 clés pour les parents.

Préparer le terrain, revisiter ce qu’il sait déjà

Les apprentissages se construisent les uns en lien avec les autres. Dans une mentalité de croissance à la maison, je vais faciliter cette « construction » en liant le connu et l’inconnu. Au tout début, ce sera donc utile de faire d’abord le tour de ce que l’enfant sait déjà autour de ce nouveau concept. Ça permet de consolider ce qu’il sait déjà tout en créant un sens de continuité.

Ainsi, pour introduire « s’habiller tout seul », par exemple, on va passer quelques minutes sur ce qu’il sait déjà à ce sujet. Tu sais déjà qu’on met d’abord des sous-vêtements quand on s’habille, tu te souviens? Ok! Alors, qu’est-ce qu’on met d’autre? Oui, un chandail. Quoi d’autre? Oui, des bas! Etc. Ensuite, on va entrer la nouvelle information. Les chandails sont dans le tiroir du haut et les pantalons dans celui du bas. Peux-tu aller choisir un chandail pour toi et l’enfiler tout seul? Te souviens-tu comment on faisait ensemble? Oui, c’est ça, on commence par enfiler la tête. Et ainsi de suite.

Mentalité de croissance, accepter de pratiquer beaucoup.
On apprend à boutonner avec beaucoup de répétitions et de pratique.

Comme on l’a dit plus haut, il faudra répéter les mêmes choses plusieurs fois avant qu’il maîtrise la chose. Le fait de revisiter les connaissances qu’il possède déjà autour du sujet va lui permettre de créer de meilleurs liens entre les informations. Et ça, ça assure l’apprentissage.

3 clés pour les parents

Trois choses simples à faire feront la différence pour une mentalité de croissance qui attribue la valeur au processus d’apprentissage.

  1. Répéter. La répétition, la pratique, les essais répétés dans différents contextes, c’est le meilleur chemin pour apprendre.
  2. Leur apprendre une seule chose nouvelle à la fois. On abaisse ainsi l’anxiété; on permet au cerveau de se concentrer; et on s’assure de pouvoir « bâtir » d’autres informations sur celle-ci dans l’avenir.
  3. Prendre quelques minutes pour revisiter ce que l’enfant sait déjà sur le sujet avant d’ajouter de nouvelles informations. Ainsi, on installe un contexte qui facilite grandement l’apprentissage et l’acquisition de nouvelles connaissances.

Faisons simplement de notre mieux avec ces 3 clés pour les parents, servons-nous en le plus souvent possible. Et rappelons-nous que nous sommes, nous aussi, en train d’apprendre!

bonne mère, c'est suffisant

Je suis une bonne mère ordinaire. Être de bons parents, c’est suffisant.

Durant les longs mois de la grossesse, nous construisons une idée de ce qu’est un parent parfait. Dans le secret de notre coeur, nous sommes certains que nous serons bien plus qu’un bon père ou une bonne mère ordinaire. Peut-être parce que l’ordinaire ne nous semble pas suffisant pour cette merveille de trois kilos qui s’apprête à changer notre vie. On ne sait pas encore que les bons parents ordinaires sont beaucoup plus solides que ceux qui courent après les mirages de la perfection.

Les parois de nos âmes sont tapissées d’images

Richard Desjardins

Notre «parent rêvé» sera calme et inébranlable au milieu des crises. Il sera toujours soutenant pour le petit, aimant, patient, compréhensif. Pendant que nous nourrissons ce fantasme, nous portons également, sans nous en rendre compte, l’idée que ce que nous sommes n’est pas assez. Jamais assez. Qu’il faudra faire beaucoup mieux. Qu’il nous faudra être parfaits. Cette idée creusera des galeries dans nos fondations. Si on n’y prend pas garde, un beau jour, toute notre vie pourrait s’effondrer, ruinée par la peur, l’anxiété et un sentiment d’incompétence écrasant.

La mère rêvée et la réalité

Sur les parois de nos âmes ne figurait pas la course du matin pour la garderie avec l’impression permanente de ne pas y arrivre. Parmi ces images idéales, on ne trouvait pas non plus les punitions, les pertes de contrôle suivies d’une culpabilité dévorante. Il n’y avait pas de froncements de sourcils, pas de déception, pas de disputes avec notre partenaire à propos du ménage qui ne se fait pas et de l’accès à l’ordinateur pour le petit de trois ans.

une bonne mère ordinaire, de bons parents

Nous n’avons pas songé que nous perdrions notre calme en hurlant après nos enfants. Pas un seul instant, l’idée nous est venue que nous serions tentés de les frapper et que, peut-être, nous les frapperions réellement. On n’avait pas imaginé la fatigue, la dépression, la perte d’emploi, les difficultés financières. Pas évoqué une seule seconde la séparation. Et pourtant tout cela est peut-être venu.

Adieu recherche de perfection, bienvenus Bons Parents !

C’est notre premier né qui met au monde le parent qui dort au fond de nous. Ce parent est formidable de bonne volonté, d’esprit d’aventure et et de capacité d’apprendre. Ce père ou cette bonne mère ordinaire fait de son mieux en sachant que le parentage est un sentier de croissance. Et si l’on veut trouver la joie et le plaisir qui se trouvent dans la vie d’un parent, il nous faudra renoncer au parent rêvé et parfait. Il n’existe pas. Honorons plutôt tous les bons parents ordinaires qui s’améliorent avec leurs erreurs pendant que les parfaits tentent de les camouffler.

Comme il m’en a coûté de renoncer à cette mère parfaite ! Douloureuse expérience qui se poursuit encore, d’ailleurs. La «mère rêvée», aussi incontournable que nécessaire, propose finalement un modèle puissant et inspirant. Sauf qu’il est impossible à actualiser. Il nous faut y renoncer.

Bienvenue à la bonne mère ordinaire

Nous sommes imparfaits, voilà tout. Je ne suis pas si souvent celle qui «ferait tout pour ses enfants», alors que cette image est une des premières que j’ai épinglée sur les parois de mon cœur. J’ai été tellement moins zen que je l’aurait souhaité!

Toutes les mères ordinaires

Au fil des années, ça m’a tenté de moins en moins de faire le taxi entre le terrain de soccer, les petits amis et les répétitions de thèâtre. Rendue au secondaire, la bonne mère ordinaire que je suis se traînait en maugréant dans les réunions de classe au lieu d’y aller avec enthousiasme comme le voulait ma mère parfaite. Ma «mère rêvée» aimait mieux jouer avec les enfants que faire n’importe quoi d’autre. Combien de fois pourtant, me suis-je précipitée pour plier du linge à leur arrivée de l’école ? Je fais de mon mieux et, oui, il arrive que cette simple vérité ne me console pas de ne pas être ma «mère rêvée».

Petites et grosses erreurs

C’est long de finir par honorer la bonne mère ordinaire en nous. Il a fallu que je me casse le nez sur toutes mes illusions de perfection. Il a aussi fallu que d’autres mères me soutiennent et me reconnaissent comme une bonne mère dans toutes mes imperfections. Qu’elles me répètent souvent que j’étais « correcte » comme ça. Elles ont joué un rôle déterminant.

Quand les enfants sont grands, ces erreurs forment l’histoire des famille. La fois où Joël a refusé de goûter aux moules et où je me suis peinturée dans le coin en essayant de l’y forcer. La fois où Jérémie est allé jouer dans l’étang de la voisine sans le dire et où j’ai fini par appeler la police et lancer un avis de recherche. Et la fois où j’ai laissé ma belle Raphaëlle pleurer à fendre l’âme au pied de ma porte de chambre parce que j’étais trop fatiguée pour bouger. Toutes ces émotions intactes comme au premier jour!

les bons parents reliés par nos imperfection
Célébrons les bons parents ordinaires

Toutes les familles ont leurs histoires. J’espère que vous riez avec vos enfants en vous les racontant. Toutes ces imperfections parentales, grosses ou petites, sont aussi ce qui nous lie ensembles. Ce sont toujours les manques et les faiblesses qui nous relient aux autres humains; et c’est particulièrement vrai avec nos enfants.

Aujourd’hui, c’est la bonne mère ordinaire que je célèbre! Celle qui a eu le courage de renoncer à la perfection, qui a accepté d’apprendre et de se tromper régulièrement (et probablement jusqu’à ma mort). J’honore toutes les mères qui ont renoncé à la mère rêvée et se tiennent debout au milieu du chaos en sachant que ça arrive et que ça passe. J’espère que d’autres vous reconnaissent comme de bons parents ordinaires! Parce que c’est amplement suffisant.

Voir les détails de la conférence « Parents, retrouver son sentiment de compétence… et se trouver bons!’ de France Paradis

le parcours du combattant

Parent d’enfant en difficulté : avec ou sans diagnostic?

Si vous êtes un parent d’enfant en difficulté, on vous a probablement suggéré de faire évaluer l’enfant, afin d’obtenir un diagnostic. On vous présente cette évaluation comme une étape incontournable; la seule chose à faire maintenant qu’on est tous d’accord pour dire qu’il y a un problème. Sauf que ce n’est pas nécessairement vrai.

Malgré l’insistance de tous, il est peut-être utile de réfléchir aux impacts d’un diagnostic. Pour l’enfant, son parcours scolaire, son avenir. Également, l’impact pour sa famille, ses frères et soeurs et les relations de l’enfant avec tout ce monde-là. Il n’y a pas que des avantages à obtenir un diagnostic pour un enfant en difficulté.

Obtenir un diagnostic : le parcours du combattant

Pour obtenir ce diagnostic, il faudra faire des évaluations. Le temps d’obtenir un rendez-vous avec l’un puis avec l’autre, il peut s’écouler des mois, voire une année entière, avant qu’un diagnostic soit établi par un professionnel. Si les évaluations datent de plus de huit mois, on demandera au parent de retourner en faire de nouvelles, les informations de la première évaluation étant considérée comme périmée par le médecin ou le pédopsychiatre.


Selon Mme Line Laplante, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (1) « … une telle démarche peut correspondre, dans le temps, à un délai de 6 mois à 1 an pour obtenir un rapport d’évaluation orthophonique ou un rapport d’évaluation psychologique. De plus, pour que l’identification soit faite, il faut que le jeune ait accumulé suffisamment de retard scolaire. »

Des montagnes russes qui durent plusieurs années

Il est rare que le premier diagnostic soit le bon. Après quelques mois d’un plan qui ne fonctionnera pas, on retournera faire évaluer l’enfant avec une nouvelle hypothèse en tête. Une autre année s’écoulera avant d’avoir un deuxième diagnostic. La plupart du temps, on arrivera au « bon » diagnostic au troisième essai. Cette course à obstacles aura duré entre trois et cinq ans.

parent d'enfant en difficulté

À chaque évaluation, les parents seront anxieux. À chaque diagnostic, ils seront soulagés et pleins d’espoir pour la suite. Quand il faudra retourner aux évaluations parce que ce diagnostic n’est pas le bon, le parent d’enfant en difficulté vivra de la déception, le retour de l’anxiété et un peu plus d’usure émotionnelle. De vraies montagnes russes émotionnelles.

L’impact sur le couple parental

Même si personne n’en parle jamais, ce parcours du combattant aura un impact certain sur la relation conjugale des parents. Il n’est pas rare que leurs avis divergent sur les décisions à prendre pour la suite des choses. Chacun aura l’impression, à raison, que c’est tout l’avenir de son enfant qui est en jeu et les discussions pourraient devenir agressives et, dans ce temps-là, on peut dire des choses terribles qu’on regrette d’avoir dites.

L’expérience nous apprend que de nombreux couples ne résistent pas aux pressions et aux doutes qui jalonnent la quête d’un diagnostic. Comment se fait-il qu’aucun des experts dans le dossier n’en tienne compte ni n’offre du support d’emblée? En se répétant que leur mandat concerne l’enfant. Les différents intervenants dans le dossier verront la famille s’effriter au fil des années sans rien faire. Comment peut-on croire qu’il est possible de travailler avec un enfant sans travailler aussi avec ses parents ?

Le prix que paie le parent d’enfant en difficulté

En plus de dépenser une quantité non négligeable d’énergie sur les rendez-vous médicaux, les rencontres avec chacun et l’enseignante, ces parents-là ont toutes les chances de devoir aussi traverser une séparation. Avec toute la charge émotionnelle qui vient avec. Et, bien sûr, leur vie n’en sera pas facilitée; même s’ils l’ont cru. Cette séparation ne sera pas sans effets sur l’enfant et sur la manifestation de ses difficultés. Comment ça se fait qu’on ne parle jamais de tout cela quand on propose des évaluations?

Quels services aux enfants en difficulté ?

Au fond, pour le parent d’enfant en difficulté, qu’est-ce que le diagnostic changera? Il vit déjà avec cet enfant depuis des années; il a très probablement trouvé les façons de faire qui facilitent leur vie quotidienne ensemble. Ce parent connaît tellement bien son enfant qu’il peut s’adapter rapidement aux changements d’humeur ou de comportements de son enfant. Il reconnaît les signaux d’alarme; il sait comment l’apaiser.

Ce parent n’apprendra pas grand-chose de la bouche des experts sur la réalité des difficultés de son enfant! Pourtant, il y a toutes les chances qu’on le traite comme un ignorant. Il sera chanceux s’il tombe sur un expert qui accorde de la valeur à ses observations et ses commentaires.

Du répit s’il vous plaît!

Ce dont ces parents-là ont besoin, c’est de répit! D’encouragement, de partage d’expériences avec d’autres parents dans leur situation. Ils ont besoin qu’on reconnaisse leur compétence, leurs connaissances, mais aussi leur fatigue et leurs moments de désespoir.

On leur propose plutôt de partir à la recherche exténuante d’un diagnostic qui sera surtout utile à d’autres. Ce diagnostic les placera devant des décisions à prendre qu’ils n’ont peut-être pas envie de prendre. Ou qu’ils ne se sentent pas prêts à prendre. Comme celle de médicamenter l’enfant ou pas.

Il y a certainement des avantages à l’obtention d’un diagnostic. Mais il y a également un prix émotionnel, social et familial à payer. Le parent d’enfant en difficulté a le droit de soupeser tout cela avant de décider ou pas de partir à la recherche d’un diagnostic pour son enfant.


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L'espace pour apprendre à être parent

Nouveaux parents : quel espace pour apprendre à être parent ?

Les premières semaines de vie d’un bébé sont aussi celles qui mettent au monde les parents. C’est vrai qu’il faut des années pour apprendre à être parent; mais ces premières semaines sont déterminantes pour la confiance que nous développerons en nous-mêmes. Cette confiance si essentielle pour « essayer » des affaires avec nos enfants et faire confiance à notre jugement de nouveaux parents.

Martine raconte que toute la parenté venait de passer au salon. Fred, son bébé de six semaines, trônait dans les bras de grand-maman. Au bout d’un petit moment, le petit se met à gigoter de plus en plus, en chignant. Martine se lève pour le prendre des bras de sa belle-mère, en disant à voix haute qu’il est fatigué et qu’elle va l’endormir. Mais la grand-mère se détourne d’elle et déclare que ce bébé n’a pas l’air fatigué du tout. Ce n’est ni une question ni une suggestion. Cette femme est en train de faire la leçon à une jeune mère qui est en train d’apprendre à être parent. C’est son premier bébé et la jeune mère n’est pas sûre d’elle, elle hésite puis retourne s’assoir.

Personne ne se rend compte qu’on vient de la blesser profondément et de rendre encore plus difficile sa quête pour être la mère qu’elle peut être. La grand-mère ne se rend pas compte que Martine n’ira plus jamais vers elle pour obtenir de l’aide. Parce que personne n’aime se sentir incompétent. Martine aura un peu plus de difficulté à se faire confiance. Son anxiété augmentera. Parce qu’on ne lui a pas laissé d’espace pour apprendre à être parent.

 

Apprendre à être parent, petit à petit

Ce récit m’a replongé dans cette époque à la fois exaltante et si fragile de la première année avec mon premier bébé. Chaque geste alors, était un coup de machette dans ma vie « sans enfants », afin d’ouvrir un sentier en friche. Je ne savais pas encore quelle mère je serais, mais j’apprenais chaque jour ce que je n’étais plus.

C’est la période de brouillard pendant laquelle on sculpte à l’aveugle notre mode de maternage. Je dis à l’aveugle, parce que  le plus gros de l’apprentissage se fait par tâtonnement. Avez-vous déjà essayé de modeler un arbre, en pâte de sel avec les yeux bandés? Ce chemin est unique à chaque femme et chaque homme. Les nouveaux parents y avancent lentement, certains avec beaucoup d’assurance, d’autres avec plus d’inquiétudes et beaucoup d’autres entre les deux.apprendre à être parent, nouveaux parents

Il faut beaucoup de patience pour permettre à un enfant de grandir; il n’en faut pas moins pour permettre à de nouveaux parents d’apprendre à être parent. Tranquillement, les milliers de fines connaissances concernant cet enfant-là s’accumulent. On le voit s’agiter de plus en plus et on sait qu’il est fatigué. Ou alors qu’il a faim. On pose nos yeux sur lui et on sait qu’il a chaud, qu’il a froid. On se trompe rarement.

Quand on atteint ce niveau de connaissance de notre bébé, on sent se déployer en nous un délicieux sentiment de compétence. La plupart du temps.., en tous cas. 🙂  L’anxiété diminue et le plaisir grandit… presque sans fin!

Mais les deux ou trois premiers mois de ces nouveaux parents sont si fragiles! Ils ressemblent au jardin d’avril dont la terre est si meuble et gorgée d’eau qu’il nous faut éviter de marcher dessus, sous peine de tasser la terre au point de ne pas pouvoir y semer quoi que ce soit. Juste sous la surface, la tête des premières tiges est en train de se faire un chemin vers la lumière. Nous sommes si nombreux à piétiner ce jardin naissant; et avec les meilleures intentions du monde. Au bout du compte, il reste peu d’espace pour apprendre à être parent.

 

Précieuses erreurs des nouveaux parents

Être les nouveaux parents d’un enfant ne ressemble à rien d’autre. C’est une œuvre d’art que chacun·e doit inventer, créer, édifier, peaufiner. Non pas qu’il n’y ait pas de points communs entre toutes les mères ou pères, bien au contraire! C’est le chemin de parentage qui se creuse à l’intérieur de nous qui est unique. Il est fait  de cet enfant-là et de ce que nous sommes aujourd’hui, mais également de notre propre enfance. C’est pourquoi chacun de nos enfants connaît un parent différent. Ce sentier  porte le meilleur de nous, et aussi le pire. Finalement, ce sentier ne peut se tracer qu’à force d’essais et d’erreurs.

Ces erreurs si précieuses qu’il nous faut faire! Nous avons besoin d’espace et de temps pour faire des essais et nous réajuster. Faire d’autres essais puis d’autres encore. Je parle de l’espace libéré quand les autres ne passent pas de commentaires. L’espace que créent les regards d’encouragement et de non-jugement. Cet espace-là nous donne le temps qu’il faut pour apprendre à être parent.

 

Protéger cet espace

Je me suis demandé pourquoi le papa du petit Fred n’avait rien dit pour protéger la mère de son bébé. Mais je réalise que lui aussi est en train d’apprendre. Il n’est pas encore sûr de lui, ou de sa compagne. Et Dieu sait comme il faut être solide comme parent pour contrecarrer sa propre mère. Mais pourquoi toutes les autres personnes présentes avaient-elles laissé faire cette catastrophe sans rien dire ? On venait de piétiner une jeune pousse et personne ne s’en était scandalisé.

Combien de fois ai-je moi-même étalé mes connaissances et mes bonnes intentions dans le jardin de nouveaux parents ? Aujourd’hui, je fais de gros efforts pour ne jamais offrir de conseils non sollicités. Je veux être celle qui préserve l’espace autour des parents, pas celle qui l’occupe. Je n’y arrive pas toujours, c’est vrai. Mais ça aussi, ça s’apprend.


Attention : cette histoire est dangereuse !

La jeune mère qui m’a raconté cette histoire il y a une dizaine d’années m’avait d’abord assurée que je pouvais la raconter dans ce blogue. Sa belle-mère est anglophone et les chances qu’elle tombe dessus étaient extrêmement minces. J’avais modifié son nom, même si la jeune femme en question n’en voyait pas l’utilité. Sauf que sa belle-mère est tombée dessus l’a lu et s’est reconnue. Et en a été choquée. La pression a été tellement forte sur cette jeune femme qu’elle m’a reproché d’avoir raconté son histoire. Même si elle m’en avait donné la permission; et même si je n’avais pas utilisé son nom. Ça nous donne une idée de l’intensité de la réaction de la belle-mère. Encore aujourd’hui, cette réaction me laisse bouche bée. Au lieu de se désoler d’avoir pu heurté le sentiment de compétence de sa belle-fille, elle se scandalise de se le faire dire.

À toutes les mères, belle-mères ou tantes qui liront cet article, je vous jure qu’il ne s’agit pas de vous… 🙂

3 conseils de parents

Les 3 meilleurs conseils de parents

À l’automne 2016, j’ai sondé le cœur de 500 pères et mères. Je leur ai demandé quels étaient les trois meilleurs conseils de parents qu’ils et elles aimeraient faire passer à tous ceux et celles qui viennent d’accueillir un nouveau-né. Quelles sont les trois choses les plus importantes qu’ils aimeraient dire aux jeunes parents ? Mais pas plus de trois.

Ha! C’est qu’il y a beaucoup à dire sur la vie de parent. Beaucoup à apprendre surtout. Et chaque leçon nous coûte un peu plus de temps et d’énergie que les précédentes. Comme nous aimerions pouvoir, en trois conseils de parents, éviter à ces jeunes toutes les erreurs que nous avons faites! Mais nous savons maintenant que ces erreurs font partie de ce qui nous a modelés et façonnés afin de devenir les parents que nous sommes. Il n’y a pas de raccourcis sur ce chemin d’apprentissage. On peut bien travailler fort pour ne « pas faire d’erreur », mais c’est encore la meilleure façon d’apprendre.Voici les trois meilleurs conseils, livrés par des centaines de parents expérimentés. Leur sagesse mise à la disposition de ceux et celles qui les suivent.

Conseils de parents pleins de compassion

Dans les réponses que j’ai reçues, il y avait beaucoup de compassion. Une profonde bienveillance pour ces nouveaux parents qui abordent les rivages de la parentalité avec toutes leurs convictions et leur enthousiasme. Mais aussi avec leurs craintes et leurs angoisses. Tous ces répondant·es, touché·e·s au souvenir de leur propre fragilité, ont aussi manifesté beaucoup d’humour. Et n’en faut-il pas beaucoup, en effet, pour réaliser cette grande expédition du parentage sans y laisser sa santé mentale ? Plusieurs aussi ont porté sur la répartition des tâches dans le couple parental… ou l’absence de partage des tâches! 🙂

Je n’ai pas pu vous présenter tous les conseils et commentaires que j’ai reçus, car la condition était de n’en proposer que trois. Voici donc les 3 conseils de parents qui sont revenus le plus souvent. En fait, presque tout le monde les a nommés, d’une façon ou d’une autre. Considérez-les comme le fruit des centaines d’années d’expérience que représentent, mis ensemble, l’expérience de ceux et celles qui vous les offrent. 3 conseils de parents

la discipline et les enfants

5 choses à savoir sur la discipline et les enfants

Tout le monde a son idée sur la discipline et les enfants. Mais il n’existe pas « une seule bonne façon » de discipliner les enfants. Le cadre que nous leur offrons doit correspondre à nos valeurs familiales et à notre style parental. Chaque famille trouve donc son propre cadre et le modifie au fil du développement des enfants. La discipline, c’est l’ensemble des mesures prises par les parents pour apprendre à leurs enfants ce qui est bien et ce qui est mal. La discipline sert à protéger les enfants, mais aussi à leur enseigner comment bien se comporter. La manière de faire compte autant que les mesures elles-mêmes.

Quand la maman s’est mise à insulter sa fille de 10 ans devant tout le monde, mon cœur s’est brisé. La petite n’avait pas cédé son siège dès que sa mère lui avait fait signe. L’agrippant par le bras pour l’obliger à se lever, la maman  voulait sans doute que l’on sache qu’elle élevait bien sa fille. En la traitant d’égoïste et d’enfant gâtée devant tout le monde, cette mère espérait sans doute discipliner sa fille parce qu’elle a terminé sa tirade en disant : « Je vais te l’apprendre, moi! » Personne n’a dit que le dossier de la discipline et les enfants était facile.

La discipline permet aux enfants de grandir, de s’élever, de se tenir debout. L’humiliation, elle, met les enfants à genoux; et sur le coup, ça a l’air de fonctionner parce qu’ils font vraiment ce qu’il faut pour ne pas revivre une autre humiliation. La terreur a le même effet et les tyrans croient détenir le secret de l’obéissance des enfants parce que les petits se précipitent devant la menace.

Sauf qu’une fois qu’on a mis un enfant à genoux, il y a de grandes chances qu’il ne se relève jamais. Et qui veut passer sa vie à genoux, dites-moi?

Exercer la discipline parentale demeure une tâche aussi nécessaire que difficile. Et aucun d’entre nous ne peut se vanter d’un parcours sans faute! Mais j’ai eu envie de nous rappeler cinq choses importantes à propos de la discipline et des enfants.

5 repères pour la discipline et les enfants

1) Les enfants sont des êtres humains à part entière et doivent être traités avec dignité et respect. Leur fragilité devrait éveiller en nous une grande compassion, même sous la pression du regard des étrangers sur notre façon d’élever nos enfants.

2) Les enfants sont en croissance et toutes les expériences font partie de leur développement. Ils ne font pas d’erreurs : ils commencent simplement par apprendre toutes les façons qui ne fonctionnent pas pour finir par trouver celle qui fonctionne.

3) Les enfants cherchent sans cesse le sens du monde dans lequel ils vivent. Ils le vérifient en testant les limites et la cohérence des parents. Mais l’injustice est le plus incroyable décapant de sens que je connaisse.

4) La discipline s’exerce dans le calme. Pas dans la frustration, l’énervement ou la colère. Car alors, ce qu’on exerce, c’est du pouvoir.

5) L’humiliation génère de la honte, pas la réflexion ni la prise de conscience. Personne n’apprend jamais rien dans la honte. La honte est un sentiment corrosif qui rapetisse les personnes. Parfois même, jusqu’à ce qu’elles disparaissent…

Je voudrais dire à cette maman qu’on a tous le droit de se tromper. La discipline et les enfants sont un sujet pour lequel nous sommes tous en constant apprentissage.  Maintenant, levez les yeux : voyez-vous à quelle hauteur je tiens la barre pour vous? Je sais que vous êtes capables d’y arriver. Je ne vous laisserai pas vous contenter de moins. Ce serait manquer de respect pour vos capacités.

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