envie de changer le monde

Intimidation scolaire: envie de changer le monde ?

L’intimidation scolaire fait de nombreuses victimes chaque année. Au premier jour de classe de la rentrée 2007, en Nouvelle-Écosse, un jeune de 14 ans se fait pousser dans les cases et bousculer par un groupe d’élèves deux ans plus vieux que lui. On le traite de fif, on essaye de lui toucher les parties génitales en tentant d’arracher son chandail. Son crime: il porte un chandail rose.

Ce soir-là, j’imagine que l’adolescent a pleuré de peur et d’humiliation. Comment sera le reste de l’année si l’intimidation scolaire s’installe dès la première journée? Il n’en parle à personne, à quoi bon? Il se dit que personne ne peut rien faire de toutes façons. S’il en parle aux profs, ce sera pire. S’il en parle à ses parents, ils ne pourront rien faire. Rouler en boule dans son lit, il se sent coincé, acculé, impuissant. On connaît tous cette histoire racontée des milliers de fois. Ne vous donne-t-elle pas envie de changer le monde?

Il dort peu cette nuit-là parce que les scénarios se sont enchaînés dans sa tête, tous plus effrayant les uns que les autres. Au matin, il n’a pas faim et part pour l’école sans déjeuner. La mort dans l’âme, il se prépare à vivre un autre incident.

Lendemain d’intimidation scolaire

Quand il passe la porte d’entrée des élèves en regardant à terre, il sent que quelque chose cloche dans l’atmosphère. Il lève les yeux et partout devant lui, des centaines d’élèves de tous les niveaux portent un chandail rose. Au milieu, deux étudiants plus vieux distribuent  des camisoles roses à tous ceux qui en veulent.

intimidation scolaire
David Shepherd et Travis Price, ce jour-là, en 2007.

Il s’agit de David Shepherd et Travis Price, 17 ans. Dans la cohue des couloirs la veille, ils ont assisté à la scène d’intimidation scolaire, avec le sentiment de ne rien pouvoir faire. Travis , qui est nouveau dans cette école, a quitté son ancienne école après avoir été lui-même intimidé pendant plusieurs années. Devant la scène, il est à la fois choqués et bouleversés. Il a bien envie de changer le monde injuste qu’il voit!

Sur la route qui les a ramenés à la maison ce jour-là, les deux ados ont envie de faire quelque chose… mais quoi? Quelle action se trouve à la portée de deux adolescent d’une petite ville? À force de discuter, ils finissent par avoir une idée qui va changer la vie de beaucoup de monde. Demain, ils porteront chacun un chandail rose pour aller à l’école demain.

Le soir même, ils lancent leur idée sur Facebook et l’affaire prend une dimension inattendue. Tout le monde veut participer à la réponse aux intimidateurs. Les deux étudiants passent au magasin à rabais et, avec leur argent de poche, achètent 50 camisoles roses. Ce sont celles qu’ils distribuent le lendemain matin dans le hall d’entrée de l’école. C’est peut-être leur audace ou la certitude de la justesse de leur action qui crée le mouvement? En tout cas, tout le monde veut participer et accepte de porter une camisole rose.

Envie de changer le monde?

envie de changer le monde

Leur action n’a pas seulement changé la vie du jeune ado intimidé au premier jour. Dans les jours qui ont suivis, des centaines d’autres élèves portaient du rose. L’histoire a fait le tour du pays, puis du monde. Travis Price a raconté son histoire partout et inspiré de milliers de jeunes qui avaient eux aussi envie de faire quelque chose pour contrer l’intimidation scolaire. Il a fondé une organisation qui ramasse des fonds et sensibilise les jeunes partout dans le monde. Depuis 2009, le 25 février a été désigné le « Pink Shirt Day » au Canada.

En songeant que ces deux jeunes inconnus de 17 ans ont pu avoir un tel impact sur leur communauté et leur pays, ça ne vous donne pas le goût de faire votre part pour l’amélioration du monde? Laissez-vous inspirer par la série d’histoires inspirantes du même genre sur leur site web.

Et le 25 février prochain, si vous avez envie de changer le monde, portez du rose!

En lire plus sur la persévérance scolaire et la mentalité de croissance

Attendre: à quoi ça sert?

Ce premier jour de l’avent me rappelle à quel point à quel point il est difficile d’attendre et, en même temps, nécessaire. L’attente est précieuse parce qu’elle fait partie du sentier qui construit le sens des choses. Même si tout ce temps peut être terriblement difficile et même désespérant, parfois. Peut-être que c’est parce qu’on l’impression qu’il ne se passe rien quand on attend. On ne se fait jamais vraiment tout à fait à l’idée que nous ne faisons pas arriver les choses. Notre culture entretient l’illusion que l’action inlassable nous permettra de faire se réaliser nos rêves.

Et pourtant. Tout ce qui a vraiment de la valeur demande du temps.

Attendre d’être prêts!

Les jours qui précèdent Noël sont comme ceux qui précèdent un accouchement : fébrilité, excitation, lassitude puis impatience se succèdent durant ces longs mois. La naissance, comme la fête, gagne en profondeur avec l’attente qui l’a précédé.

Prendre le temps d'attendre qu'il soit l'heure des cadeaux

On croit souvent que si nous arrivions tout de suite là où nous voulons aller, notre satisfaction serait parfaite. Mais notre expérience ne nous a-t-elle pas appris le contraire? La joie profonde ne tient pas au fait que nous croisons le fil d’arrivée! Elle tient à ce qu’il nous en a coûté pour y arriver. C’est particulièrement vrai pour nos enfants. Les imprévus, les changements forcés, les jours faciles et les nuits sans sommeil. Attendre que passe la déception que les choses ne soient pas autrement. Accepter pour l’instant, de ne pas voir, de ne pas savoir. Il nous faut traverser tout cela pour finalement aboutir.

«  Aboutissement: Extrémité, endroit où quelque chose, notamment un chemin, aboutit.  »

-Office de la langue française.

Ces aboutissements ne ressemblent à rien d’autre comme expérience… Quand nous arrivons enfin à jouer cette partition sur laquelle nous travaillons depuis des semaines ou même des mois. Le jour où un ami, parti depuis des mois, revient enfin à la maison et qu’on le tient dans nos bras d’une façon particulière. Le moment où l’on vous annonce enfin la rémission après des jours et des jours à attendre des résultats.

L’aboutissement de l’attente

Oui, on a tous et toutes expérimenté quelque chose comme ça. On sait tout ça et ça ne rend pas les choses plus faciles. Rien à faire, il faudra aller jusqu’à l’extrémité.

Attendre sert-il à quelque chose?
L’avent, croire que la lumière adviendra

L’avent, c’est cette période de l’année où nous avançons vers plus de noirceur et plus de froidure. Les jours seront de plus en plus sombres jusqu’au solstice. Même rendu là, il n’y aura pas d’éblouissement soudain. Ni non plus de réchauffement spectaculaire. Il n’y aura qu’un peu plus de lumière chaque jour. Au cœur de ces brefs moments, il nous faudra saisir à bras le corps les prémices du flamboiement de l’été. Ces minutes de lumière gagnées chaque jour nous permettront d’attendre le temps qu’il faut pour arriver à la chaleur.

N’est-ce pas ainsi qu’il nous faut entrer dans les périodes sombres de notre vie? Croire, au cœur même de l’attente, que la lumière adviendra. Foi, courage et persévérance; tel est le sens de l’avent, il me semble.

Pâques dans un jardin détruit

Résilience de Pâques dans un jardin détruit

Plusieurs fois dans ma vie, j’ai eu l’impression d’être au milieu d’un jardin dévasté; toutes les plantations tuées par l’hiver. Quand mon plus jeune a eu cet accident qui a changé sa vie et la mienne pour toujours. Quand mon cœur s’est brisé sur un chagrin d’amour comme je ne savais même pas qu’il pouvait se briser. Et d’autres occasions où, désespérée à l’idée d’avoir tout perdu, j’ai perdu courage. Chaque fois, pendant un moment j’ai eu envie de rester là, par terre, immobile pour toujours. Ces jours-là, j’ai espéré la résilience de Pâques dans un jardin détruit. Et pourtant, j’ai fini par me relever. Qu’est-ce qui fait cela? Je ne sais pas. C’est un Grand Mystère que j’accepte de ne pas avoir percé. Je crois, en fait, que c’est la même force qui fait sortir le crocus de terre et permet à un brin d’herbe de fendre 5 cm d’asphalte pour trouver la lumière. Le même amour infini qui a créé des milliers de fleurs de formes et de couleurs différentes, pour aucune autre raison que la beauté au monde. Résilience de Pâques dans un jardin détruit
Ramasser les morceaux épars
En tout cas, je ne sais pas si je me suis relevée ou si «on» m’a relevée. Mais une fois debout, chancelante, j’ai commencé chaque fois à ramasser les morceaux. Lentement. Je crois que la fête de Pâques est à propos de ça. À propos de toutes ces espérances que nous portons, qui s’effondrent parfois, comme ça, d’un seul coup. Tous ces projets formidables de bébé qui se terminent avec une trisomie 21. Ces grandes fêtes, comme celle de la très nombreuse famille Tremblay, qui se terminent avec la maison familiale rasée par un incendie accidentel. La job d’été du plus jeune de Solange, à l’usine de bois, qui se termine par une amputation du bras droit. Et alors que «tout est fini», quelque chose est pourtant déjà en train de renaître. À notre insu. Malgré nous, parfois. Et tous ceux-là ont commencé lentement à ramasser les morceaux pour déblayer un espace. Dans quel but ? On n’en a aucune idée à ce moment-là. Vraiment aucune. Il n’y a plus de but rendu là. Il n’y a que la dévastation. Et l’espérance de la résilience de Pâques dans un jardin détruit.
À propos de la mort et de ce qui arrive après
Je crois que Pâques, c’est à propos de ce qu’on a perdu pour toujours et  qui ne reviendra jamais. La mort, quoi. La mort d’un rêve; celle d’un projet ou d’une partie de nous-mêmes. Mais pas seulement à propos de la mort. Non,  Pâques c’est aussi à propos de ce qui arrive après la dévastation et qui nous surprend toujours. Cette transformation que nous n’attendions pas et nous ramène dans la vie. Ça prend du temps. C’est long. Ça n’en finit plus. C’est seulement après, ho oui! bien après, qu’on lève les yeux et qu’on réalise que quelque chose s’est passé. De nouvelles pousses sont sorties du jardin qui était détruit. Petit à petit, cet enfant trisomique, rieur et doux,  devient le cœur de sa famille, dont la vie s’est réalignée sur des valeurs de partage, de famille et de simplicité. Une nouvelle maison a été reconstruite et ça a été l’occasion de travailler tous ensemble, manger ensemble et rire ensemble comme ça n’était pas arrivé depuis trente ans ! Le jeune adulte amputé devient un homme accompli, papa d’une fillette formidable qu’il va chercher chaque soir après le travail.
Résilience de Pâques dans un jardin détruit
Joyeuses PâquesJe crois que Pâques, c’est le moment de l’année où nous levons les yeux pour être éblouis par le mystère de ce qui fait jaillir de nouvelles pousses dans un jardin détruit par l’hiver de la vie. Éblouis et reconnaissants. Peut-être êtes-vous au milieu d’un jardin dévasté de votre vie en ce moment. Si c’est le cas, j’ai envie de vous dire que je sais où vous êtes. Je le sais. Et je vous attends juste ici, patiemment, le temps qu’il faudra. Je sais que vous me rejoindrez. Je ne sais pas quand ni comment. Mais vous y arriverez, parce que le Grand Mystère est à l’oeuvre dans tous les jardins. Et ce jour-là, on fêtera ensemble notre joyeuse résilience de Pâques dans un jardin détruit.
Comment ça va vraiment

Bénévolat : tout ce qu’on oublie d’en dire

Le mot bénévolat semble toujours un peu poussiéreux. Pourtant, il y a longtemps qu’il ne se résume plus aux vieilles dames qui s’ennuient et trouvent leur salut dans l’aide aux pauvres. (!) L’idée de donner de ses ressources gratuitement est aussi vieille que l’humanité et a porté bien des noms : la charité, la solidarité, l’entraide, l’engagement social et bien d’autres encore. Ce qu’on oublie d’en dire, c’est qu’il sauve littéralement nos vies.


Nous avons tous besoin que quelqu’un ait besoin de nous.

Vous avez sans doute déjà remarqué que recevoir donne envie de donner. Cet appel profond qui surgit quand nous avons été l’objet d’un don est puissant. Rappelons-nous la fois où notre beau-frère est venu nous aider à déménager ! Le sentiment de gratitude nous a rendus plus attentifs aux besoins des autres. Et peut-être avons-nous posé un geste d’entraide ce soir-là, sans savoir qu’il s’inscrivait dans un grand dessin millénaire de l’humanité.

Quand nous faisons du bénévolat , sans doute expérimentons-nous ce profond sentiment d’appartenance que crée l’occasion de redonner. Nous avons tous besoin que quelqu’un ait besoin de nous. Ce qui nous relie les uns aux autres, c’est donc nos manques, nos faiblesses, nos besoins d’aide. Quand nous nous engageons dans une activité bénévole , nous demandons donc aux autres de nous laisser vivre cette réciprocité.

La réciprocité nous relie

Et la vie est tellement bien faite que la réciprocité n’a pas besoin d’être directe. Je n’ai pas souvent déménagé mon beau-frère, mais j’ai fait bien des brassées de lavage pour de nouveaux parents. C’est pour ça que le bénévolat est ce qui détermine le plus la qualité du tissu sociale d’une communauté : la réciprocité du don, non équivalente et incessante, qui nous relie les uns aux autres.

Dans cette réciprocité, il ne s’agit pas de rendre, bien sûr, car alors on serait dans une logique économique. Comme on l’a déjà dit, la logique du don n’a rien à voir avec les lois du marché et du capitalisme. Rendre, ce serait travestir l’esprit du don et de l’action bénévole. On en reconnaît les signaux dans le refus de ceux qui ne veulent rien devoir à personne. D’une certaine façon, ils se condamnent eux-mêmes à une sorte d’exile intérieur : côtoyer leurs semblables, mais ne pas pouvoir tisser de véritables de liens avec eux.

Les enfants ont aussi besoin de se sentir utiles

Voilà pourquoi il est si important de permettre aux enfants de faire du bénévolat. En les initiant jeunes à cette « économie du don », nous activons des facteurs de protection face à la culture de surconsommation. Chaque activité bénévole leur fait expérimenter cette profonde satisfaction de faire sa part, d’être utile. Les enfants ont si peu l’occasion de se sentir utiles. Beaucoup de choses sont à leur portée. Il suffit que nous leur en donnions l’occasion.

bénévolat des enfants

Encore plus que les effets positifs de donner de son temps et de l’empathie qu’ils expérimentent, donner accès aux enfants au sens profond de l’entraide aux enfants, c’est aussi leur rappeler que nos dons et nos talents sont faits pour être partagés ; et non pas gardés jalousement.

Le bénévolat, créateur de liens sociaux

L’action bénévole comme on l’entend généralement concerne le temps et les capacités que l’on offre à des personnes que nous ne connaissons pas; des étrangers. On peut faire du nettoyage de berges, de l’aide aux devoirs, coudre des couvertures pour les personnes itinérantes, servir de la soupe à l’Accueil Bonneau, entretenir le jardin fleuri du CHSLD, bercer des bébés aux soins intensifs. Il n’y pratiquement pas de limites! Les bénévoles sont partout et tiennent littéralement les communautés dans leurs bras. En fait, aucune société ne fonctionne sans le don et c’est tout le reste qui vient en surplus.

Tout simplement parce que c’est la réciprocité du don qui crée les liens sociaux; le fait que nous donnons et recevons à tour de rôle. C’est cette circulation dans les deux sens qui tisse les liens qui nous relient, et donne de la valeur à ces liens.

La réciprocité du don

Cette idée du bénévolat est donc en opposition avec le « marché » et l’État, où les choses circulent toujours avec une équivalence monétaire et une obligation contractuelle. Le bénévole, lui, ne s’attend à aucun retour équivalent. Et c’est toute la beauté de la chose.

Ça ne veut pas dire qu’il ne reçoit rien. « Je reçois bien plus que je donne » est sans doute la phrase la plus souvent citée des personnes bénévoles. Mais ce qu’elles reçoivent a une valeur qui ne trouve pas d’équivalence dans notre société de consommation. Il ne s’agit pas d’une richesse qui s’accumule ; macis de quelque chose qui s’épanouit et nous transforme. Il s’agit d’un enrichissement intérieur ; le sentiment de profonde satisfaction de réciprocité qu’apporte le fait d’avoir fait sa part.


Cette relation libre qui caractérise le bénévolat repose sur le principe du don. Sa principale caractéristique est de ne pas supposer un retour équivalent. Non pas qu’il n’y ait pas de retour au sens où le geste posé serait un « sacrifice ». Les retours sont au contraire multiples et souvent plus importants que dans le secteur monétaire. – Jacques T. Godbout,
in Traité des problèmes sociaux, chapitre 48, pp. 981-994 ; Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin

La nécessité du don

Quand nous nous engageons dans une activité de bénévolat, nous ne faisons pas que « donner. » Nous enrichissons le tissu social de notre communauté ; nous créons le désir de donner chez d’autres personnes ; nous reconnaissons que, pour vivre, nous avons besoin des autres. Parfois pour leur donner et parfois pour recevoir d’eux.

kintsugi, précieuses blessures

Kintsugi: une alchimie des blessures transformées en or

Marie-Michèle a traversé une enfance éclatée en mille morceaux. Quand je la regarde pourtant, je pense au kintsugi restauré avec de l’or. Une véritable oeuvre d’art. Des centaines de milliers d’enfants cassés comme elle sont passés par la grande alchimie des blessures et des restaurations. Aujourd’hui, ses blessures transformées en or sont une éclatante démonstration de résilience. Même si elle ne le voit pas toujours.

Le Kintsugi est une technique ancestrale japonaise, qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses lignes de faille avec de la véritable poudre d’or. Au lieu de chercher à les masquer, les traces de brisure sont mises en évidence et donnent de la valeur à l’objet. Littéralement, le mot kintsugi veut dire « jointure à l’or » .

Kintsugi : un processus de restauration

Il s’agit d’un processus de réparation long et extrêmement précis, se déroulant en de nombreuses étapes. La guérison de nos blessures d’enfants ne prend-elle pas elle aussi beaucoup de temps à cicatriser? Comme il aura fallu de courage et de patience à ces enfants négligés, abandonnés ou maltraités, pour devenir des parents adéquats, des intervenants sociaux utiles, des enseignants généreux. Chacun peut voir les coulées d’or qui sillonnent leur personnalité; mais il n’y a que les autres « cassés » pour savoir qu’il ne s’agit pas de décorations. Oui, c’est un long processus délicat que celui de donner de la valeur à ce qui a failli nous tuer. Et aucune alchimie des blessures ne connaît de raccourcis.

Marie-Michèle et les autres ont récupéré leurs morceaux éparpillés et cherché le sens de chacun pour trouver sa place dans leur être. Une tâche délicate! Comme pour la reconstruction des poteries kintsugi, il arrive que des morceaux disparaissent à jamais. Ces « trous » , une fois comblés avec courage, deviennent les plus précieux de tous les sillons de leur histoire. Ce sont ces « manques » reconstruits qui leur permettent de devenir ces adultes aimants et protecteurs.

L’alchimie des blessures rend plus fort

Pourtant, ces hommes et ces femmes ne semblent pas réaliser à quel point leur parcours est précieux et digne de respect. Peut-être ont-ils appris que cet abandon ou cette négligence était honteux? Il est temps de leur rappeler qu’au bout du long processus de restauration, ils sont ressortis beaucoup plus solides qu’avant, avec leurs blessures transformées en or, comme un kintsugi.

En regardant ces morceaux éparpillés, l’artiste du kintsugi voit déjà la restauration. De la même façon, les personnes qui ont opéré la grande alchimie des blessures sont souvent capables de l’imaginer pour les autres. C’est ce qui fait d’eux de si bons intervenants psychosociaux, de si bons parents, de si bonnes infirmières. Ces hommes et ces femmes excellent quand il s’agit de travailler avec les blessures des autres. Tout simplement parce qu’ils ont pu faire de leurs cicatrices une source de sens, de force et de valeur.

kintsugi, alchimie de nos blessures transformées en or

Des blessures transformées en or


On a pu croire un jour que notre intégrité était perdu à jamais; mais il n’en est rien. On a peut-être laissé entendre devant nous que ce qui était cassé était perdue. Hé bien, ces enfants brisés devenus des adultes rayonnants sont la preuve qu’en choisissant la vision artistique du kintsugi, les humains sont honorés comme des oeuvres et restaurés avec patience et amour.

Alors, ceux et celles qui les croisent peuvent voir, émerveillé·es, des blessures transformées en or. Imaginez l’espoir que cela peut offrir.

Dans cet esprit, nous devenons, pour tous ceux que nous croisons, des témoins de tous les formidables possibles. Nous témoignons de la fin de la honte; de l’incroyable beauté révélée par le passage du temps sur nos plaies. Quand nos compagnons de route découvrent notre regard de bienveillance sur les traces d’usures que nos blessures ont laissées, alors ce regard devient possible pour eux aussi.


Nos lignes de faille deviennent nos lignes de force.

kintsugi, alchimie des blessures

Marie-Michèle se désole souvent de ne pas être la femme que je voudrais être. Mère parfaitement accueillante, conjointe parfaitement aimante et intervenante parfaitement compréhensive. C’est parce qu’elle oublie que la restoration ne cherche pas à reproduire la perfection. Bien au contraire, elle mise sur nos misères, nos imperfections et l’inestimable valeur que tous ces
« manques » apportent à notre vie. Ce sont ces traces visibles et magnifiées qui nous rendent uniques, précieux et irremplaçables.

À toutes les Marie-Michèles qui ont été des enfants abusés et maltraités, et qui ont recollé leurs morceaux avec de l’aide et beaucoup de patience; à tous les adolescents agressés, abandonnés ou négligés qui cherchent sans relâche à se tourner vers la lumière; à tous ceux et toutes celles qui ont accepté de marcher dans le feu de la grande alchimie des blessures; sachez que vous n’êtes pas simplement des enfants, des ados et des adultes cassés. Redressez-vous et relevez la tête.

Chacun de vous est un kintsugi vivant et vos sillons d’or m’éblouissent.

Je vous vois. Je vous honore. Et je vous aime.

abonnez-vous

6 raisons de cultiver la désobéissance des enfants

La désobéissance des enfants est probablement ce qui donne le plus de boutons aux parents! On croit que tous nos problèmes seraient réglés, si seulement les enfants faisaient ce qu’on leur demande de faire. En même temps, on voudrait qu’ils deviennent des adultes à l’esprit vif et inventif, et que leur action permette d’améliorer le monde.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas avoir les deux en même temps. Les enfants à qui on apprend à obéir deviennent des adultes qui ne remettent pas les choses en question. Quand ils ont appris qu’un bon enfant obéit, ils deviennent plus tard une « bonne personne » qui obéit.

6 bonnes raisons parmi des milliers d’autres, de cultiver la désobéissance des enfants
  1. Degas, Monet et tous les autres impressionnistes qui ont choisi de désobéir aux règles de l’art pictural pour inventer une nouvelle façon d’en faire. Ce faisant, ils ont offert au monde tout un univers artistique qui a rendu le monde plus beau.
  2. Pensez aux suffragettes qu’on a ridiculisées et humiliées sans retenue pendant des années parce qu’elles demandaient l’impensable. En désobéissant aux interdictions de manifester, elles ont forcé les gouvernements successifs à reconnaître le droit de vote aux femmes.
  3. Les signataires du Refus global qui ont d’abord été promis aux enfers et mis au ban de la société avant que tout le Québec les suive dans une révolution pas si tranquille. On leur doit en grande partie l’initiative de la modernisation du Québec.
  4. Pensez à Michel Chartrand qui a fait de la prison bien souvent avant qu’on reconnaisse la valeur déterminante de son action sur les conditions de travail de tous les Québécois.
  5. La petite Malala, que nous admirons tous, elle aussi a désobéi haut et fort aux traditions culturelles de son pays! Je crois sincèrement qu’elle participe à améliorer le monde.
  6. Et songez à Louis Robert, un agronome du ministère de l’Agriculture qui a été congédié en janvier 2019 pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche. Sans sa désobéissance, nous n’aurions jamais su que les compagnies de pesticides s’immisçaient dans les recherches et en falsifiaient les résultats.

En leur temps, chacune et chacun d’entre eux a bien dû désobéir pour suivre sa conscience. Et nous admirons cela, n’est-ce pas ? Grâce à leur courage et leur opiniâtreté, le monde s’est amélioré.

cultiver la désobéissance des enfants

Mais aucun d’eux n’était reposant, comme on dit.

La désobéissance est parfois courageuse

Si nous voulons que nos enfants deviennent assez forts pour s’avancer et défendre le plus faible, devenir des leaders et faire leur part pour améliorer du monde, peut-être faut-il arrêter de les vouloir conformes à la norme, tranquilles et obéissants… Ne faudra-t-il pas plutôt encourager leur esprit critique, applaudir quand ils contestent nos règles, féliciter quand ils suivent leur conscience même si, de temps en temps, cela veut dire désobéir ?

En effet, c’est difficile. Parce qu’au fond de nous, nous considérons que trouver sa place dans la communauté consiste généralement à ne pas dépasser du lot. Ne rougissons-nous pas de plaisir quand « tout le monde » trouve que nos enfants sont tranquilles et obéissants ? Il est bien vrai que le prix qu’on fait payer aux hommes et aux femmes qui sortent du rang est très élevé. On peut se demander, cependant, quel prix paient les autres pour obéir toute leur vie.

Comment leur apprendre la valeur de la désobéissance, sans en faire des têtes brûlées?

Ils l’apprendront chaque fois que nous agirons nous-mêmes en fonction de nos valeurs et de ce qui est le bien pour nous. Ils l’apprendront chaque fois que nous serons sensibles à leur vision des choses, à leur sentiment d’injustice. Puisque c’est la pensée critique qui est la clé de voûte de cette arche puissante, il nous faudra lui accorder de la valeur.

Comment faire pour que nos enfants maîtrisent les règles du fonctionnement social et en même temps soient capables de s’y opposer face à l’injustice ? En leur expliquant le sens de nos règles et en les appliquant avec cohérence, la désobéissance des enfants ne se résumera pas à de l’opposition. Ils apprendront la valeur de leur pensée critique si nous leur laissons de l’espace pour de ne pas être d’accord. Et si, plus tard à l’adolescence, nous sommes capables d’avoir des discussions sur le sens des règles avec eux. Les règles familiales, mais aussi les règles sociales.

Une voie qui permet la discussion et les erreurs

Comment leur transmettre les usages et les procédures culturelles qui donnent un sentiment d’appartenance essentiel à leur croissance et, en même temps, les encourager à faire autrement pour améliorer le monde ? Je sais que c’est difficile. Il s’agit d’un chemin étroit et délicat à ouvrir dans la jungle de nos idées toutes faites et des règles de la société… Un chemin qui permet l’opposition, les discussions, la recherche de sens et les erreurs. Bref, qui permet la désobéissance des enfants. Pour cela, il nous faut être sûrs de nos valeurs et de nos choix.

Les parents qui y arrivent


Les parents qui y arrivent possèdent trois caractéristiques fondamentales : ils et elles possèdent une vision claire de leurs valeurs et leur ordre de priorités. Ils et elles ont style plus inspirant et coopératif que directif dans l’exercice de leur autorité. Par exemple, les idées de leurs préados les intéressent et ils leur reconnaissent de la valeur; et surtout, ces parents sont capables d’apprendre et de changer d’avis. Ces parents montrent l’exemple en exprimant un esprit critique face aux événements de la vie et du monde.

cultiver la désobéissance des enfants

Si on veut que les enfants deviennent des adultes forts qui exercent leur leadership, alors il nous faudra sans doute nous réjouir de les voir dessiner un chat bleu; ou se battre pour obtenir des toilettes neutres/non genrées dans leur école secondaire. Il faudra se délecter de leur énergie débordante, de leurs passions, de leurs combats. Peut-être même faudra-t-il honorer leur capacité de désobéir pour suivre leur conscience.

Quand l’entêtement devient de la détermination

Parce qu’avant d’être de l’initiative, on appelle souvent ça des enfantillages. Et avant que nous reconnaissions l’audace, nous l’appelons témérité. La détermination s’appelle souvent de « l’entêtement » quand ils sont jeunes. Pareil pour l’esprit critique et la liberté de penser que nous essayons pendant des années d’étouffer en nommant ça de l’effronterie et de l’arrogance.

Tous les leaders de l’Humanité ont transgressé les normes et choisi de désobéir d’une façon ou d’une autre. C’est à cause de leur capacité à le faire que le monde change. Mais personne n’a jamais dit que c’était reposant pour leurs parents et leurs éducateurs.

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout