réussite scolaire et mentalité de croissance

Mentalité de croissance: le talent importe peu

J’ai longtemps cru que les compliments nourrissaient l’estime de soi. J’ai louangé les talents de mes enfants. Hé bien, je me trompais. Je ne savais pas encore comment nourrir une mentalité de croissance. J’ai cru que c’est le succès qui construit une image positive de soi. Ce sont donc les résultats que je félicitais. Et devant Joël qui lisait Jules Vernes, Stevenson et Moore à 9 ans, je criais au génie. Quand Jérémie s’est mis à faire des multiplications à trois chiffres en deuxième année,  hourra! Je déversais sur lui des tonnes de compliments pour sa « bosse » des maths qui annonçait une grande persévérance scolaire. Quand Raphaëlle a obtenu le premier rôle en ballet classique à 5 ans, nous avons tous fait une ovation à son talent naturel.  Nous nous sommes tous trompés.

N’est-ce pas ce qui nous vient en premier ? « Tu es vraiment brillant ! » « Tu as du talent ! » « Incroyable, ce que tu es capable de faire ! » « T’es vraiment bon en français, toi » Ou en soccer. Ou en dessin. J’ai entendu cela mille fois dans des groupes de parents; des fêtes de famille; des réunions de parents ou des rencontres de mères. Je l’ai dit moi-même très souvent. Ne vous méprenez pas : le talent était réel, les capacités vraiment grandes et l’intelligence patente.

Mentalité fixe et mentalité de croissance

Mais quand ces enfants ont vieilli un peu, je les ai vus s’effondrer de plus en plus souvent devant l’échec. Alors, j’ai commencé à avoir des doutes. Devant l’invitation à relever ses manches et recommencer, ils résistaient avec entêtement; rejetant souvent la faute sur la situation ou une autre personne.

mentalité de croissance talent importe peu

« Moi, je ne suis pas bon en sport » « Les maths, c’est pas pour moi ». Ils refusaient de plus en plus souvent d’essayer des choses nouvelles et j’ai compris qu’ils avaient peur de l’échec. Quand on réussissait à les convaincre d’essayer une nouvelle activité au moins une fois, ils réussissaient du premier coup ou alors, ils abandonnaient tout de suite. En fait, plus les enfants étaient talentueux, brillants, intelligents et doués, plus l’échec les terrorisait. Et cette terreur les paralysait. Ça s’appelle avoir une mentalité fixe. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

Le talent n’empêche personne de s’affondrer

Carol Dweck, psychologue chercheure à l’université de Stanford, s’est demandé elle aussi pourquoi de nombreux enfants extrêmement talentueux et reconnus comme tels avaient une estime de soi à zéro et des résultats nettement en-dessous de ce qu’ils devraient être capables de faire. Ses recherches sont passionnantes [i] et nous apprennent, entre autres, ce qui motive les enfants devant les difficultés. Ce ne sont pas les compliments sur leur intelligence et leur talent et encore moins les félicitations devant un bon résultat. Cela, au contraire, les rend fragiles face à la pression et l’adversité. Ils s’attendent à ce que ce soit leur talent qui leur permette de traverser les difficultés; ce qui ne s’avère pas, évidemment. Ils n’apprennent donc pas à chercher des solutions et à les essayer. Tout cela crée un obstacle majeur à la persévérance scolaire.

Féliciter les processus est un facteur majeur de persévérance scolaire

Ce qui développe l’estime de soi et la motivation nécessaire pour avancer malgré la difficulté et l’échec, ce sont les compliments sur les stratégies, l’effort et leurs processus. Peu importent les résultats. C’est ce qu’on appelle développer une mentalité de croissance. En applaudissant leur travail, leurs différentes tentatives de résoudre les difficultés, leurs progrès, nous leur apprenons que c’est l’effort, la pratique et le travail, qui permettent d’aller là où on veut aller. Nous leur apprenons vraiment que l’échec est une occasion d’apprendre. Nous leur apprenons aussi que la plus grande portion de satisfaction et d’estime ne se trouve pas dans le succès comme tel, mais dans la route qui y mène. Dans le sentiment d’avoir progressé. C’est peut-être la clé de la persévérance scolaire. Vous toruverez ici quelques exemples.

Il nous faut arrêter de leur dire qu’ils sont brillants : cela les enferme dans une toute petite boîte. En les félicitant pour leurs essais, leurs modes de travail et leurs stratégies pour résoudre le problème, nous abattons les parois de la boîte. Et nous leur transmettons une mentalité de croissance.

Alors, ils ont la place qu’il faut pour apprendre. Toute leur vie durant.

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[i] Mindset: the new psychology of success, C. Dweck, PhD,  Random House Edition, New York, 2006

mes échecs m'ont appris

CE QUE MES ÉCHECS M’ONT APPRIS

Francis a les yeux inquiets de celui qui croit que son intervention est un « échec ». Je connais bien ce regard. Je l’ai vu bien souvent dans le regard d’intervenants psychosociaux, d’enseignantes, de parents et de grands-parents aussi. Le sentiment d’échec est comme une chape de plomb déposé sur notre confiance. C’est là que j’ai eu envie de partagger avec lui ce que mes échecs m’ont appris.

 

Ce que mes échecs m’ont appris

Francis avait fait de son mieux avec Jacques qui s’était présenté avec le désir de sortir de la rue. Mais, après plusieurs mois et de nombreuses rencontres, Jacques a disparu à nouveau. Francis pense que tout ça n’a servi à rien. C’est pour ça que je lui ai raconté combien mes « erreurs » m’avaient été utiles.

Si l’on se secoue un peu, alors le vieil adage se réalise et nous découvrons qu’il n’y a vraiment pas d’échec, seulement des occasions d’apprendre. Pour de vrai! Comme j’ai eu la chance de faire beaucoup « d’erreurs » dans ma vie, j’ai aussi eu la grâce d’apprendre deux ou trois choses…

 

1. Mes échecs m’ont appris que ce que je ressens fait partie de moi

Tenter de balayer ma colère, mon chagrin et ma déception sous le tapis ne fait pas de moi un parent ou une professionnelle plus objective. Ça fait de moi une professionnelle amputée du meilleur d’elle-même: mes sentiments, mes doutes, ma capacité d’apprendre. J’ai appris à trouver un endroit sécuritaire et une personne tout aussi sécuritaire où nommer et laisser résonner mes sentiments, loin des personnes auprès desquelles je dois intervenir.

J’ai appris à demander un « temps mort » au père de mes enfants pour qu’on puisse se parler seul à seul et dire ce que nous ressentions. Finalement, j’ai découvert qu’il me fallait reconnaître et nommer ce que je ressentais face à une situation prenante ou bouleversante, sans quoi tout cela me brouillait la vue sur la situation. Je n’accepte plus de ne « pas avoir le temps » de le faire. Je prends le temps. Une fois nommé ce que je ressens, la voie est dégagée et je vois beaucoup plus clairement ce qui s’est passé et ce que je dois faire ensuite. C’est un des choses que mes échecs m’ont appris.

 

2.Le déséquilibre est fécond

On n’apprend pas des scénarios et des situations qu’on connaît déjà. On apprend des situations où nous sommes déstabilisées, surprises; des déroulements qui ne se déroulent pas comme prévus. C’est quand on se retrouve dans une situation où « je ne sais pas quoi faire » qu’on peut apprendre. Parce que si je sais, alors je n’apprends rien. J’ai pris l’habitude d’honorer mes moments de doute, de perte d’équilibre, d’incertitude, de vacillation, de controverse, d’inquiétude et d’indécision. Évidemment, rien de cela n’est confortable! Et j’ai le vertige chaque fois  Mais en toute honnêteté, je ne connais pas d’autre façon de rester féconde. Ces moments de doute et de déséquilibre sont autant de portes vers un regard plus vaste, plus profond et plus utile dans ma vie et mon travail.

 

mes échecs m'ont appris3. J’ai appris que la culpabilité ne sert vraiment à rien

J’ai appris que la culpabilité m’empêche d’apprendre parce qu’elle me fait dépenser toute mon énergie à protéger mon égo. J’ai souvent essayé de chasser la culpabilité par une lecture « optimiste » de la situation, ou bien une explication qui exonère tout le monde de blâme. Mais ça ne fonctionne pas vraiment… la culpabilité ne fait que s’installer tout au fond et poursuivre son travail de sape insidieusement. C’est la simple vérité factuelle qui m’a permis de renoncer au sentiment de culpabilité.

J’ai appris que la vérité ne comporte aucun blâme ni félicitations. La culpabilité peut être un tremplin vers la vérité, si je la reconnais comme une sonnette d’alarme et non pas une condamnation. En apprenant à ne pas rester coincée dans le sentiment de culpabilité, je peux amasser les informations objectives et agir sur le résultat. En m’extirpant consciemment du sentiment de culpabilité, je peux entendre le feedback de personnes compétentes et ainsi vraiment trouver ce que mes échecs m’ont appris.

 

4. Je n’ai pas le pouvoir de changer une autre personne

La plupart de mes interventions ont connu des « échecs »parce que je croyais savoir ce que l’autre devait faire, quand et comment. Je croyais être aidante alors que je l’empêchais d’assumer tout le pouvoir possible sur sa vie. J’ai souvent cru que mon travail consistait à lui dire quoi faire pour s’en sortir, sans me rendre compte que cette prémisse reposait sur l’idée qu’elle était incompétente. C’est vrai aussi dans mon rôle de mère, particulièrement avec mes ados puis les jeunes adultes qu’ils sont devenus. J’ai appris que c’est la personne que je veux supporter qui doit fixer la prochaine étape et le rythme pour y arriver. Pas moi. Même si je suis certaine de savoir ce qu’il faudrait faire et que j’aimerais que ça aille beaucoup plus vite!

 

5. J’ai besoin d’une communauté de pratique

J’ai découvert que j’ai absolument besoin d’un espace avec mes « semblables »; où partager franchement mes erreurs et mes apprentissages, confronter nos réflexion et affiner notre vision. Dans un monde idéal,  ce devrait être notre équipe, nos collègues. Mais l’esprit d’ouverture et d’humilité que ça demande n’est pas développer dans toutes les équipes de travail. J’ai arrêté d’attendre que « ça arrive » et j’ai créer des lien avec d’autres intervenantEs qui avaient envie d’apprendre de leurs erreurs. J’ai fait la même chose à propos de mon rôle de parents. Trouver ses semblables, c’est créer un lieu sécuritaire où je peux lâcher l’image de moi-même que je défend; et surtout entendre d’autres points de vue dans un climat de soutien et non de compétition ou de jugement. Dans ce climat apparaissent l’entraide mutuelle, des conseils utiles; et surtout un sentiment de communauté qui garde vivant le feu qui m’habite et me fait grandir.

 

6. Vaut mieux chercher ce qui « fonctionne» plutôt que « qui a raison »

J’ai découvert que j’avais perdu beaucoup de temps dans ma vie à chercher qui avait raison. Je voulais tellement obtenir des autres qu’ils reconnaissent leurs erreurs. Vraiment stérile comme activité! J’ai fini par mettre de côté la question de la répartition des torts et des récompenses. Ça a créé un espace vaste et profond. Dans cet espace, la synergie des esprits  permet au meilleur de chacun et chacune de se déployer. Quand on arrête d’essayer de « gagner » ou d’avoir la meilleure idée, l’intelligence collective se met en action. Elle crée, littéralement, un chemin vers la résolution des problèmes. J’ai appris que mon désir d’obtenir les crédits pour la meilleure idée est puéril. Il ne s’agit pas du tout d’une question de justice, comme je le croyais.

Chacun et chacune de nous a tiré de précieuses leçons de ses expériences. Je vous ai partagé quelques-unes des miennes, mais ce sont les vôtres qui importent vraiment dans votre vie. Que vous soyez parents, enseignante, éducatrice, travailleuse sociale, alouette… que vous ayez 3 années de « pratique » ou 3 décennies, je vous souhaite d’honorer tout ce que vos échecs vous ont appris…

Et tout ce qu’ils m’apprennent, quand vous avez la générosité de les partager avec moi

 

 

L'espace pour apprendre à être parent

Nouveaux parents : quel espace pour apprendre à être parent ?

Les premières semaines de vie d’un bébé sont aussi celles qui mettent au monde les parents. C’est vrai qu’il faut des années pour apprendre à être parent; mais ces premières semaines sont déterminantes pour la confiance que nous développerons en nous-mêmes. Cette confiance si essentielle pour « essayer » des affaires avec nos enfants et faire confiance à notre jugement de nouveaux parents.

Martine raconte que toute la parenté venait de passer au salon. Fred, son bébé de six semaines, trônait dans les bras de grand-maman. Au bout d’un petit moment, le petit se met à gigoter de plus en plus, en chignant. Martine se lève pour le prendre des bras de sa belle-mère, en disant à voix haute qu’il est fatigué et qu’elle va l’endormir. Mais la grand-mère se détourne d’elle et déclare que ce bébé n’a pas l’air fatigué du tout. Ce n’est ni une question ni une suggestion. Cette femme est en train de faire la leçon à une jeune mère qui est en train d’apprendre à être parent. C’est son premier bébé et la jeune mère n’est pas sûre d’elle, elle hésite puis retourne s’assoir.

Personne ne se rend compte qu’on vient de la blesser profondément et de rendre encore plus difficile sa quête pour être la mère qu’elle peut être. La grand-mère ne se rend pas compte que Martine n’ira plus jamais vers elle pour obtenir de l’aide. Parce que personne n’aime se sentir incompétent. Martine aura un peu plus de difficulté à se faire confiance. Son anxiété augmentera. Parce qu’on ne lui a pas laissé d’espace pour apprendre à être parent.

 

Apprendre à être parent, petit à petit

Ce récit m’a replongé dans cette époque à la fois exaltante et si fragile de la première année avec mon premier bébé. Chaque geste alors, était un coup de machette dans ma vie « sans enfants », afin d’ouvrir un sentier en friche. Je ne savais pas encore quelle mère je serais, mais j’apprenais chaque jour ce que je n’étais plus.

C’est la période de brouillard pendant laquelle on sculpte à l’aveugle notre mode de maternage. Je dis à l’aveugle, parce que  le plus gros de l’apprentissage se fait par tâtonnement. Avez-vous déjà essayé de modeler un arbre, en pâte de sel avec les yeux bandés? Ce chemin est unique à chaque femme et chaque homme. Les nouveaux parents y avancent lentement, certains avec beaucoup d’assurance, d’autres avec plus d’inquiétudes et beaucoup d’autres entre les deux.apprendre à être parent, nouveaux parents

Il faut beaucoup de patience pour permettre à un enfant de grandir; il n’en faut pas moins pour permettre à de nouveaux parents d’apprendre à être parent. Tranquillement, les milliers de fines connaissances concernant cet enfant-là s’accumulent. On le voit s’agiter de plus en plus et on sait qu’il est fatigué. Ou alors qu’il a faim. On pose nos yeux sur lui et on sait qu’il a chaud, qu’il a froid. On se trompe rarement.

Quand on atteint ce niveau de connaissance de notre bébé, on sent se déployer en nous un délicieux sentiment de compétence. La plupart du temps.., en tous cas. 🙂  L’anxiété diminue et le plaisir grandit… presque sans fin!

Mais les deux ou trois premiers mois de ces nouveaux parents sont si fragiles! Ils ressemblent au jardin d’avril dont la terre est si meuble et gorgée d’eau qu’il nous faut éviter de marcher dessus, sous peine de tasser la terre au point de ne pas pouvoir y semer quoi que ce soit. Juste sous la surface, la tête des premières tiges est en train de se faire un chemin vers la lumière. Nous sommes si nombreux à piétiner ce jardin naissant; et avec les meilleures intentions du monde. Au bout du compte, il reste peu d’espace pour apprendre à être parent.

 

Précieuses erreurs des nouveaux parents

Être les nouveaux parents d’un enfant ne ressemble à rien d’autre. C’est une œuvre d’art que chacun·e doit inventer, créer, édifier, peaufiner. Non pas qu’il n’y ait pas de points communs entre toutes les mères ou pères, bien au contraire! C’est le chemin de parentage qui se creuse à l’intérieur de nous qui est unique. Il est fait  de cet enfant-là et de ce que nous sommes aujourd’hui, mais également de notre propre enfance. C’est pourquoi chacun de nos enfants connaît un parent différent. Ce sentier  porte le meilleur de nous, et aussi le pire. Finalement, ce sentier ne peut se tracer qu’à force d’essais et d’erreurs.

Ces erreurs si précieuses qu’il nous faut faire! Nous avons besoin d’espace et de temps pour faire des essais et nous réajuster. Faire d’autres essais puis d’autres encore. Je parle de l’espace libéré quand les autres ne passent pas de commentaires. L’espace que créent les regards d’encouragement et de non-jugement. Cet espace-là nous donne le temps qu’il faut pour apprendre à être parent.

 

Protéger cet espace

Je me suis demandé pourquoi le papa du petit Fred n’avait rien dit pour protéger la mère de son bébé. Mais je réalise que lui aussi est en train d’apprendre. Il n’est pas encore sûr de lui, ou de sa compagne. Et Dieu sait comme il faut être solide comme parent pour contrecarrer sa propre mère. Mais pourquoi toutes les autres personnes présentes avaient-elles laissé faire cette catastrophe sans rien dire ? On venait de piétiner une jeune pousse et personne ne s’en était scandalisé.

Combien de fois ai-je moi-même étalé mes connaissances et mes bonnes intentions dans le jardin de nouveaux parents ? Aujourd’hui, je fais de gros efforts pour ne jamais offrir de conseils non sollicités. Je veux être celle qui préserve l’espace autour des parents, pas celle qui l’occupe. Je n’y arrive pas toujours, c’est vrai. Mais ça aussi, ça s’apprend.


Attention : cette histoire est dangereuse !

La jeune mère qui m’a raconté cette histoire il y a une dizaine d’années m’avait d’abord assurée que je pouvais la raconter dans ce blogue. Sa belle-mère est anglophone et les chances qu’elle tombe dessus étaient extrêmement minces. J’avais modifié son nom, même si la jeune femme en question n’en voyait pas l’utilité. Sauf que sa belle-mère est tombée dessus l’a lu et s’est reconnue. Et en a été choquée. La pression a été tellement forte sur cette jeune femme qu’elle m’a reproché d’avoir raconté son histoire. Même si elle m’en avait donné la permission; et même si je n’avais pas utilisé son nom. Ça nous donne une idée de l’intensité de la réaction de la belle-mère. Encore aujourd’hui, cette réaction me laisse bouche bée. Au lieu de se désoler d’avoir pu heurté le sentiment de compétence de sa belle-fille, elle se scandalise de se le faire dire.

À toutes les mères, belle-mères ou tantes qui liront cet article, je vous jure qu’il ne s’agit pas de vous… 🙂

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Intervention sociale : 5 choses que j’aurais voulu savoir avant

Il y a bien des choses que j’aurais voulu savoir avant. Avant de plonger corps et âme dans l’intervention sociale. La fougue, l’impatience, l’arrogance, l’idéalisme. Toutes cela a sans doute retardé ces apprentissages. Plusieurs des jeunes intervenants et intervenantes qui assistent à mes formations me rappellent mes premières années. Je leur parle souvent des choses que j’aurais voulu savoir au tout début de mon parcours d’intervenante psychosociale. Je ne suis pas certaine qu’ils les intègrent vraiment. Mais ce n’est jamais perdu, surtout s’ils me ressemblent.

 

Qu’est-ce que j’aurais voulu savoir avant ?

Il me restait deux années universitaires à faire, mais mon désir d’améliorer le monde datait de la fin du primaire.  Comme j’étais pressée de soulager la souffrance de la planète, j’avais décidé de m’y mettre tout de suite, tout en poursuivant mes études à temps plein. Rebelle aux institutions, j’avais fondé un organisme à but non lucratif qui utilisait les arts de la scène pour faire de l’intervention sociale auprès des jeunes de la rue. Après avoir rempli des milliers de papiers, j’avais obtenu une charte d’incorporation et une subvention. Je venais de créer ma première « job » : travailleuse de rue, dans l’est de Montréal. Un « boulot » qui allait occuper 45 heures par semaine, en plus des cours du baccalauréat.

Je crois bien avoir fait toutes les erreurs possibles durant ces premiers 18 mois de mon long parcours! Mais il m’a fallu bien des années pour en intégrer les leçons. Voici ce que j’aurais voulu savoir avant, à cette époque. Si je pouvais rencontrer la jeune France de 19 ans, c’est ce que je lui dirais. Mais j’imagine qu’elle n’écouterait pas vraiment… 🙂

1. La bonne intervention sociale ne crée généralement aucun feu d’artifice.

Je sais que tu espères voir les résultats de ton travail auprès des personnes. Mais même pour tes meilleures interventions, il n’y aura ni feux d’artifice ni ovation de foule.  N’attends pas de constater une avancée visible pour considérer que ton service est utile. Ceux qui tombent dans ce piège se brûlent littéralement. Les moments d’épiphanie dans la vie des personnes que nous accompagnons ne sont jamais le fruit d’une seule intervention. On espère voir des résultats quand on a besoin nous-mêmes de support comme intervenante. Va chercher ce support ailleurs que dans le regard des personnes. Ce ne sont pas elles qui doivent t’aider à évaluer ta manière de travailler, ce sont tes collègues et ton superviseur. Bref, ta job ne sera pas spectaculaire.

2. Trouve-toi un superviseur, ça presse! (et dis-lui tout)

Je sais, tu penses que tu es meilleure que tout le monde et que tu as compris des choses que les autres n’ont pas comprises. (soupir) Je veux juste que tu saches que sans superviseure, ça va te prendre des décennies à apprendre ce que tu aurais pu intégrer en quelques années. Tout simplement parce qu’un interlocuteur aide à réfléchir et à élargir notre vision. Arrête de penser qu’on te dira quoi faire lors des supervisions.

Je sais que tu n’as jamais travailler dans un milieu qui offrait de la supervision… trouve en une quand même! Une bonne superviseure va t’aider à réfléchir sur ton mode d’intervention pour que tu trouves toi-même tes lacunes et que tu aies envie d’y remédier. Elle va te rappeler des balises légales et éthiques importantes. Dégonfle un peu ton égo, ma belle France, ça va te permettre d’apprendre de ceux et elles qui ont plus d’expérience que toi. (Ça, j’aurais voulu le savoir avant, vraiment)

j'aurais voulu savoir avant, intervention sociale3. Trouve ta communauté et ne perd pas de temps avec les autres.

Oui, je sais que tu es une « pas pareille ». Une rebelle face aux idées toutes faites et aux rôles d’autorité. Je te suggère d’arrêter de dilapider ton énergie à convaincre les rigides qu’ils ont tort. Plutôt, dépense ton énergie à trouver tes semblables. Ceux et celles qui remettent les dogmes en question et n’ont pas peur des questions difficiles. (J’aurais voulu savoir avant que je n’étais pas la seule à voir le monde et l’intervention sociale comme je les vois.) Commence à construire ta communauté de vision et de pratique dès maintenant. Trouve tes semblables. Alors, tu n’auras plus à vivre autant d’isolement, de doutes et de tâtonnements. Avoir des compagnons de route qui partagent notre vision, c’est ce qui fera la différence entre le burn-out et l’enthousiasme renouvelé.

4. Ça va prendre plus qu’une semaine pour changer le monde, finalement.

France, tu es tellement pressée de changer le monde! Et c’est tout à ton honneur! Ta détermination et la puissance de tes convictions sont des forces remarquables sur lesquelles tu vas bâtir une œuvre utile. Je voudrais juste que tu ne te décourages pas si souvent devant la lenteur des progrès. Tu es une sprinteuse, mais la justice sociale pour laquelle tu te bats nécessite les qualités d’une marathonienne. Respire. Ne te fâche pas si souvent après ceux et celles qui empruntent des détours plus longs (Ho boy! Ça j’aurais voulu savoir avant !)

Au final, nous sommes tous des alliés en intervention sociale. Avec une perspective à plus long terme, tu seras capable d’instaurer des limites à tes heures de travail et à tes mandats et de les faire respecter. Surtout, ne perds pas ta vitalité. Continue de nourrir ton sentiment d’indignation et tes idéaux ! Fais seulement y mettre un peu de patience.

5. Arrête de penser que c’est toi qui règles leurs problèmes, tu es une arroseuse de bambou.

Tu es pleine de bonnes intentions et j’honore cela. Je voudrais juste que tu comprennes tout de suite qu’on ne sauve personne. Jamais. Les humains sont comme les bambous qui prennent cinq ans à sortir de terre après avoir été plantés. Beaucoup d’intervenants vont l’arroser alors que rien ne semblera se passer. Pendant très longtemps, chacun des intervenants lui aura donné le meilleur de lui-même. Sauf que le bambou sort de terre seulement quand c’est le bon moment pour lui; pas avant. Et rien de ce qu’on fait, aucune intervention sociale, ne peut accélérer cette poussée.

Parfois, tu connaîtras la grâce d’assister à la « sortie de terre » de quelqu’un et tu seras tentée de croire que c’est grâce à ton intervention. Trouve assez d’humilité en toi pour te rappeler que ce n’est pas le cas. Nous faisons simplement partie d’une longue chaîne de personnes qui ont arrosé ce bambou patiemment. On ne peut pas savoir où nous nous trouvons dans cette chaîne! On peut seulement continuer d’offrir notre foi dans le processus et dans tout ce qu’il y a de vivant en eux. Tu es une arroseuse de bambou, France, et c’est le plus beau métier du monde. Oui, ça aussi j’aurais voulu le savoir avant.

Avez-vous une petite liste de « j’aurais voulu savoir avant »? Si vous pouviez parler avec la version débutante de vous-même, quelles choses voudriez-vous qu’elle sache?

leçon de vie de baseball

Leçon de baseball : les compétences sociales sont essentielles

Qu’est-ce que le baseball peut nous apprendre à propos des compétences sociales? Theo Epstein est devenu président de l’équipe de baseball des Cubs de Chicago en 2011, alors que l’équipe croupissait dans les bas-fonds de la ligue depuis des décennies. L’année suivante, il part à la recherche de jeunes joueurs pour rebâtir l’équipe et recherche bien sûr d’excellentes habiletés physiques, mais ce qui le distingue de tous les autres présidents d’équipe de baseball, c’est qu’il accordera autant de valeurs aux habiletés sociales qu’aux capacités physiques de ses recrues.  Dans une interview  qu’il accordait l’an dernier au New York Times, il expliquait qu’il a pris tout son temps pour « Choisir des personnes plutôt que des capacités physiques.»

[perfectpullquote align= »full » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »]J’ai demandé à mes recruteurs de fournir, pour chaque recrue, trois exemples de la manière dont ce joueur fait face à l’adversité sur le terrain de baseball et trois autres exemples à l’extérieur du terrain, dans sa vraie vie. Parce que le baseball est construit sur les échecs. Le meilleur des frappeurs échoue 7 fois sur 10. – Theo Epstein[/perfectpullquote]

Ce sont donc les compétences sociales qui l’intéressaient. En 2015, l’équipe accède à la finale du championnat, pour la première fois en 45 ans. L’année suivante, elle remportait le championnat pour la première fois en 108 ans! De l’avis de tous les analystes, ce sont les critères de recrutement utilisé par Epstein qui ont fait la différence.  Que recherchait-il chez ses joueurs? La capacité de se relever après un échec et de continuer de donner le meilleur de lui-même dans l’adversité.

Ces habiletés font partie de ce qu’on appelle le savoir-être (soft skills) ou compétences sociales, et sont déterminantes pour l’avenir et le développement d’un enfant. À peu près tous les chercheurs s’entendent pour désigner ces habiletés de base ainsi :

    • la confiance en soi (une perception positive de soi),
    • la résilience (en particulier la capacité de faire face au stress et à l’échec) et
  • la communication (en particulier l’élément d’empathie dans les relations interpersonnelles).

De nombreuses recherches, tant en finances, qu’en sociologie et en psychologie, ont fait la démonstration que ces quatre habiletés des compétences sociales jouent un rôle déterminant dans le maintien de la paix dans les communautés, la productivité des entreprises, le parcours professionnel des personnes et, bien sûr, dans le sentiment de bonheur et de satisfaction de leur vie, chez tous les humains. Les mêmes résultats ont été trouvés dans toutes les cultures! Pas surprenant que le président du club de baseball de Chicago recherché ces habiletés chez ses recrues. On se demande pourquoi elles ne sont pas au cœur de tout le cursus scolaire, de la maternelle à l’université.

compétences sociales

Quand les enfants et les ados possèdent de solides habiletés en communication et dans leurs relations interpersonnelles, cela améliore la qualité de leurs relations avec tout le monde. Ça augmente la collaboration avec leurs pairs et les adultes et leur désir d’apprendre. Ça facilite l’adaptation aux changements et leur engagement auprès de la famille et de l’école. En résumé, en améliorant leurs compétences sociales, ils améliorent toutes leurs relations avec les autres. La bonne nouvelle, c’est que le climat que ce savoir-être crée est contagieux! Ces jeunes deviennent donc des modèles et des inspirations pour leurs pairs.

Comment s’apprennent les compétences sociales

Disons tout de suite qu’il ne s’agit pas de capacités cognitives. Tout le monde peut les développer. Elles ne relèvent pas de l’intelligence ni de la capacité de réfléchir. Elle tiennent plutôt à une façon de voir le monde et les autres.

Comment avez-vous réagi et qu’avez-vous dit à votre enfant, la dernière fois qu’il a échoué? Ou perdu un match? Nos réactions peuvent leur apprendre à rejeter la faute sur l’arbitre ou le prof… ou bien leur apprendre à faire face à la défait en assumant sa part de responsabilité et en y apprenant quelque chose.

Lors d’une dispute, nous pouvons demander à un enfant de nous dire ce que ressent ou vit l’autre enfant, à son avis. En le guidant bien pour lui permettre de vraiment se mettre à la place de l’autre, nous l’aidons alors à développer de l’empathie. Ce qui améliore ses habiletés relationnelles. En l’aidant à reformuler ses phrases à la lumière de ce qu’il vient de découvrir, nous lui apprenons des habiletés de communications empreintes d’empathie.

Des compétences sociales à Noël

Avec Noël qui arrive, ce serait une bonne occasion d’inviter l’enfant à offrir au moins au cadeau et à l’aider à choisir ce cadeau en se demandant ce que la personne choie aime, ce dont elle a besoin, ce qu’elle apprécierait. Dans différentes situations, on peut aider les enfants et les ados à chercher honnêtement ce que l’autre peut ressentir, penser; essayer d’anticiper des besoins et des réactions des autres. Il n’est pas question d’en faire des obsédés du bonheur des autres; il s’agit de développer leur empathie et c’est comme ça qu’on la développe : en se demandant régulièrement ce que peut bien ressentir l’autre.

Ce genre d’invitation sera déstabilisant pour les enfants et les jeunes habitués à mettre de l’avant leur intelligence et leurs résultats.  Sans doute sera-t-il utile, comme parents, enseignants ou éducateur, de se rappeler comment on installe la motivation et la confiance en soi chez les enfants. Et en profiter pour tenter de l’acquérir!

Terrain de pratique pour les ados

Avec nos ados, on peut installer une manière de jeu quand ils auront des demandes à formuler. Invitons-les à rassembler eux-mêmes les contre-arguments à leur demande. Proposons-leur d’envisager à l’avance le point de vue de leurs parents. C’est-à-dire leurs inquiétudes, leurs limites, financières ou autres, les besoins de leurs frères et sœurs, etc.  Examiner sa propre demande dans la perspective de ses parents aide un jeune à comprendre les différences d’opinion et de points de vue, et lui apprendre à tenir compte du point de vue des autres.

Cette compréhension va naturellement (et avec notre aide) l’amener sur les sentiers de la recherche de compromis ou même de consensus, plutôt que de se camper dans ses positions. Mais je vous préviens : vous ne pourrez plus jamais leur opposer une fin de non-recevoir sans discussion. Les jeunes qui développent cette habileté relationnelle considèrent le point de vue de l’autre devant une divergence d’opinions. Ils recherchent le compromis et nous obligent à développer nous aussi cette habileté. À la fin, c’est toujours nous qui décidons. Mais vous serez probablement surpris des décisions que vous prendrez…

Toutes ces compétences sociales de base demandent de la pratique. Plus on a l’occasion de les cultiver, plus on les affine. Pour ça, les parents et les éducateurs doivent être prêts à laisser plus de liberté à la créativité des enfants. Aussi, multiplier les occasions d’explorer des idées nouvelles. Ça veut dire explorer des choses qui peuvent nous déranger ou nous paraître sans valeur.

Bref, si nous ne nous y mettons pas nous-mêmes, on ne pourra pas aider nos enfants à les acquérir.

Compétences sociales : des clés pour le marché du travail

Le Pew Research Center mène chaque année des entrevues auprès de 5006 adultes américains au sujet du marché de l’emploi. En 2016, 85 % des répondants, employeurs ou employés, ont parlé des compétences sociales. « La capacité de travailler avec d’autres personnes qui ont une expérience de vie différente de la leur est l’habileté clé sur le marché du travail ». Il s’agit exactement des quatre habiletés de base dont nous parlons.

94 % d’employeurs considèrent que les  compétences sociales sont plus importantes que les résultats académiques d’un·e candidat·e. Mais près du deux tiers de ces employeurs déclarent que les jeunes qu’ils reçoivent en entrevue ne les ont pas.

Alors, on s’y met?

Développer une mentalité de croissance et apprendre toute sa vie!

Développer une mentalité de croissance permet de voir les « échecs » comme des occasions d’apprendre, plutôt que la confirmation de notre nullité. Cette façon de voir nous donne envie de progresser davantage au lieu de chercher à cacher nos « faiblesses » à tout le monde. Voici une affichette pour nous rappeler les mots qui permettent de développer une mentalité d’apprenant. Ces phrases sont utiles en intervention, à la maison, à l’école, dans un CPE et dans tous les lieux de travail.

Développer cette mentalité nous permet d’abattre le mur de verre qui nous empêche de nous déployer pleinement; il insiste sur l’apprentissage et le développement, plutôt que sur le talent et les habiletés. Cette façon de penser et de voir les choses change beaucoup de choses, en particulier pour les enfants, mais pas seulement.

Développer une mentalité de croissance et apprendre : valoriser la progression

L’idée générale, c’est que nous avons tendance à valoriser les résultats, le talent et les dons des personnes plutôt que les efforts, les stratégies et la persévérance. Or, ce sont précisément ces trois choses qui permettent aux personnes de progresser et de se développer à leur plein potentiel. Il ne s’agit pas d’arrêter de souligner les succès; il s’agit de mettre l’accent sur les efforts et les stratégies.

En soulignant les processus et les efforts, nous nommons clairement ce qui permet de développer une mentalité de croissance et apprendre. Ce qui est particulièrement utile aux enfants, puisqu’ils sont dans une période de leur vie où les apprentissages sont nombreux et se succèdent rapidement. Afin de faciliter tous ces apprentissages, ne vaut-il pas mieux les outiller avec de bonnes stratégies et le goût de l’effort ? Instiller le goût de l’effort et de l’inconnu dès le jeune âge, c’est assurer un avenir riche aux enfants. Et il y a de nombreuses façons de stimuler la curiosité des enfants!

Comment développer une mentalité de croissance

En modifiant les phrases que nous nous disons à nous-mêmes, nous changeons notre manière de voir nos échecs. Celles que nous répétons aux enfants modifient également leur vision des difficultés. Les changements de mentalités sont toujours lent, et ça vaut donc la peine de commencer dès maintenant. En développant une façon de voir les erreurs comme de réelles occasions d’apprendre, les personnes accepte de prendre davantage de « risques ». C’est-à-dire qu’elles acceptent d’essayer des activités nouvelles, des façons de faire nouvelles, sans être avalées par l’anxiété de performance et la peur du ridicule.

Les succès deviennent alors véritablement le résultat de nos efforts. Cette nouvelle manière de voir s’appelle développer une mentalité de croissance et apprendre. Et cet état d’esprit diminue l’anxiété de performance. Elle ouvre également notre horizon sur de tout nouveaux sentiments de satisfaction.  Plutôt que de venir du regard des autres sur nos résultats, (et être ainsi à la merci de l’humeur des autres) ce sentiment d’accomplissement vient de l’intérieur. Parce que cette satisfaction vient de notre travail et de nos efforts, elle change le regard que nous portons sur nous-mêmes; et sur notre valeur. En l’augmentant, bien sûr. Tout cela se vérifie également chez les enfants, quel que soit leur âge.

Féliciter uniquement les résultats ne transmet aucune indication aux personnes pour poursuivre leur apprentissage et leur développement. Alors que le talent mène parfois au succès, la capacité d’apprendre y mène toujours. Voici quelques suggestions de phrase afin de développer une mentalité de croissance et apprendre.

développer une mentalité de croissance

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