Empowerment et résolution de problème: La solution du crayon russe

J’adore me rappeler cette histoire de la solution du crayon russe, à propos d’empowerment et résolution de problème, et dans laquelle des gens vraiment plus intelligents que moi, et avec beaucoup plus de ressources, se sont plantés avec un P majuscule! 🙂

L’histoire du crayon russe

Un jour, au tout début de la grande histoire de la conquête de l’espace, dans les années 60′, la NASA se rend compte que les astronautes de la première mission habitée auront besoin d’écrire à gravité zéro. L’organisation convoque alors un groupe d’experts internationaux, de différents horizons scientifiques, pour réfléchir à la question des matériaux du stylo. Douze mois plus tard et après avoir dépensé 1 million de dollars (en 1965, c’est une somme astronomique!), le groupe d’expert présente un stylo qui écrit en gravité zéro et à basse pression.

Pendant ce temps, les Russes poursuivent le même objectif d’une mission habité. Dans cette course, ils font donc face aux mêmes problèmes, y compris celui du moyen d’écrire dans l’espace. Cela vous amusera peut-être autant que moi de savoir que la question a été réglée en 15 minutes et pour 2 $. La légende veut qu’une secrétaire anonyme ait entendu la question dans une réunion où elle prenait des notes et murmuré tout bas en sortant, qu’elle ne voyait pas pourquoi un banal crayon de bois ne pourrait pas écrire dans l’espace. Et c’est exactement ce que les Russes ont choisi de faire! La solution du crayon russe c’est la plus simple, et c’est souvent celle qui vient d’un point de vue complètement différent.

Problème complexe, solution complexe?

Plus il y a de points de vue différents, plus on a de chance de trouver la meilleure solution. L’empowerment et la résolution de problème sont pourtant des alliés naturels. On sait tout cela, et ça ne nous empêche pas de l’oublier et de nous perdre dans les méandres de la complication qui viennent avec un unique point de vue. La solution du crayon russe est éclairante dans ces situations-là. Les intervenantes d’une maison de la famille que je connais étaient en train de se casser la tête à essayer de concevoir une façon de reprendre les activités « normales » tout en respectant le protocole de prévention, à la suite de la pandémie.

Pour l’équipe de la maison de la famille, il y avait de très nombreuses tâches et pas tellement de monde pour les réaliser. Nettoyer toutes les surfaces utilisées pendant les rencontres, ne pas en oublier, changer de masque et de visière, fournir des masques aux familles visiteuses, laver les jouets, laver les tasses et les verres séparément, faire respecter les deux mètres de distanciation et, donc, replacer les chaises et fauteuils aux bons endroits, contrôler le nombre de personnes qui entrent, gérer les inscriptions aux activités. Il y a aussi les toilettes à gérer : accompagner les enfants pour s’assurer qu’ils ne touchent à rien d’autre que le strict nécessaire et nettoyer toutes les surfaces après leur départ.

empowerment et résolution de problème

Comment réussir à faire tout ça sans que ça prenne les deux heures actuelles, ce qui réduit sensiblement le nombre de familles qui peuvent venir à la Maison et profiter du support des intervenantes! Elles en étaient à s’attribuer les tâches selon une liste exhaustive et sur une rotation de trois jours, afin d’assurer que personne ne se retrouve coincé avec une tâche plus difficile pour les deux prochaines années.

Empowerment et résolution de problème

L’empowerment est une solution simple parce qu’il compte sur le partage du pouvoir; le pouvoir de l’information, de décision et d’action. Les pratiques d’empowerment et résolution de problème comptent sur l’intelligence collective, la créativité de tous, l’enrichissement de la diversité.

empowerment : la solution du crayon russe

Quand l’équipe de cette maison de la famille a retrouvé sa posture d’empowerment, les intervenantes ont tout de suite vu que les familles elles-mêmes les aideraient à résoudre ce problème de logistique. C’est ce genre réflexe que l’on développe dans la formation « Travailler avec les parents en empowerment ». On pense à tort, que l’empowerment et la résolution de problème ne concerne que les problèmes des personnes et des familles que nous accompagnons. Le partage du pouvoir résout toutes sortes de problèmes!

Elles les ont donc consultées et rapidement, une décision unanime est apparue: se sont les familles, qui allaient nettoyer après leur passage et gérer les enfants dans les toilettes. Quand les pratiques s’inscrivent vraiment dans l’empowerment, alors les objectifs sont également partagés. Ici, les familles veulent la même chose que l’équipe : profiter des installations, du support et réaliser tout cela de façon sécuritaire pour elles-mêmes, leurs enfants et les intervenantes. Voilà pourquoi empowerment et résolution de problème permettent la mobilisation : tout le monde se sent concerné par la solution.

La solution du crayon russe


Pour chaque problème, il existe au moins une solution complexe, et c’est celle qu’on trouve le plus facilement. Étrangement, nous faisons même davantage confiance à une réponse compliquée; probablement parce qu’elle a l’air plus « sérieuse ». L’expérience ne nous a-t-elle pas appris, pourtant, qu’en incluant tout le monde dans le processus de discussion et de décision, on avait plus de chances de trouver une solution simple et mobilisante pour tous? C’est exactement ce qu’on fait en empowerment et résolution de problème. Souvent, au contraire du bon sens, nous faisons reposer la recherche de solution sur les épaules du groupe habituel, avec le même point de vue. Dans la solution du crayon russe, nous comptons sur tous les points de vue.

En acceptant d’élargir le cercle de réflexion et de décision en dehors des « experts » identifiés, on sera peut-être surpris de la simplicité des possibilités qui se présenteront alors.

De temps en temps, on a besoin de se demander s’il n’y a pas d’autre monde à inviter dans le cercle de discussion, avec d’autres points de vue, et qui nous permettraient de trouver une solution du crayon russe à notre problème. Partager le pouvoir de discussion, d’information et de décision crée de l’empowerment pour tout le monde.

Nouvelles pratiques d’intervention sociale et difficulté à changer

En général, à moins d’être au bord de la mort, les humains résistent au changement de toutes leurs forces. Voilà sans doute pourquoi nous avons tant de difficulté à intégrer de nouvelles pratiques d’intervention sociale, même quand nous sommes capables de voir la nécessité de ce changement et que nous y adhérons. Il ne suffit pas que les nouvelles idées soient bonnes pour qu’on les applique aisément.

L’innovation est l’étrange processus qui améliore les choses à partir de nouvelles idées, ces voies qu’empruntent les humains pour changer, personnellement ou collectivement. Sauf qu’une nouvelle idée qui surgit remet toujours en question le statu quo. Par exemple, l’idée de retourner aux études en entendant notre copine en parler remet en question le confortable point d’équilibre que nous avons trouvé dans notre horaire de femme-mère-blonde-travailleuse. L’idée de devenir végane après une vidéo intéressante sur le sujet remet en question l’aisance avec laquelle nous cuisinons, achetons nos aliments et préparons nos menus.


Les nouvelles pratiques d’intervention sociale viennent toujours d’une proposition de faire autrement. Et ces propositions peuvent rencontrer de la résistance avec nos croyances ou nos habitudes de travail.
L’idée de se laver les mains entre les soins aux mourrant et les autres patients est apparue intéressante à implanter au 19e siècle; sauf qu’elle changeait les pratiques et obligeait les médecins à changer leur routine de travail.

L’inconnu est menaçant


À la fin des années 90′, l’idée d’échanger des seringues usagées contre des propres avec les personnes toxicomanes voulait ralentir la pandémie du SIDA. Il s’agissait de nouvelles pratiques d’intervention sociale efficaces et raaisonnables. Sauf qu’elle a dérangé beaucoup d’idées toutes faite, comme celle par exemple, qu’on devrait d’abord les arrêter de consommer, ce qui règlerait le problème (!).

C’est probablement à cause de notre cerveau reptilien qu’on commence à toujours par dire non aux nouvelles idées. Une petite voix qui vient du temps des cavernes nous murmure que l’inconnu est une menace . Ce qu’on connait est si rassurant; si confortable. Même quand c’est douloureux ou inefficace, on mettra du temps à changer nos façons de faire.

Un exemple de la difficulté à changer

Par exemple, des éducatrices en CPE n’arrivent pas à obtenir d’un parent qu’il apporte des vêtements de rechange convenables pour la température. Elles ont tout essayer : explications, douceur, menace, sarcasme, soupirs, note sur papier, blagues, etc. On peut dire que leur pratique ne fonctionne pas. On leur propose alors de changer de point de vue. De renoncer à l’idée que les parents doivent soutenir leurs action à elles, pour adhérer à une nouvelle façon de voir: nous, les éducatrices, sommes là pour soutenir l’action parentale dans le cadre de notre mandat.

Cette nouvelle idée les bouscule complètement dans leurs croyances ( par exemple, nous en savons plus que les parents sur le développement de l’enfant et donc nous savons mieux qu’eux ce qu’il convient de faire). Même quand elles sont absolument d’accord avec le fait que leur pratique actuelle ne fonctionne pas, elles résistent souvent à l’idée qui remet en question leurs pratiques d’intervention sociale. Dans leur difficulté à changer, comme dans celle de tout le monde y compris moi-même, se trouve l’idée que ce serait mieux et surtout plus simple si Les Autres changeaient. Et c,est parfaitement normal!

Voir les détails de la formation:
«  Travailler avec les parents en empowerment »

La résistance au changement n’est pas de l’entêtement. Elle fait partie du processus de changement. C’est vrai pour nous-mêmes dans notre vie personnelle; songeons simplement à l’idée d’arrêter de manger des chips en regardant la télé! C’est également vrai pour les personnes auprès desquelles nous intervenons, et aussi pour toutes les communautés.

Les nouvelles pratiques d’intervention sociale bousculent

On l’a vu quand Cactus, un organisme communautaire de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), actif dans le centre-ville de Montréal, s’est mis à échanger des seringues aux utilisateurs de drogue injectable. Quand les sages-femmes ont revendiqué des accouchements non médicalisés et hors hôpital, on a vu toutes les résistances se manifester. Même chose quand l’agriculture biologique s’est installée avec la prétention que leur approche était meilleure pour la terre et les humains. Tous se sont heurté à la difficulté à changer.

Un homme tient un mini tableau où on peut lire le mot NON écrit à la craie. C'est souvent la réponse aux nouvelles pratiques d'intervention sociale et à la difficulté à changer.

Les objections sont essentielles à l’innovation.

La résistance participe à l’amélioration des idées… quand un véritable dialogue s’installe. Il nous faut accepter d’écouter, réfléchir, et prendre le temps qu’il faut pour rendre l’opposition féconde et trouver la voie la meilleure. Et non pas chercher à prouver Qui a raison.
Les innovateurs ont besoin des opposants pour améliorer leurs idées; et les opposants ont besoin des innovateurs pour améliorer le monde.

C’est la dynamique créée par les échanges entre les innovateurs et les opposants qui nous permet de trouver la voie d’avancement la meilleure pour le bien commun. Ça a été le cas pour la pratique sage-femme ; la résistance a permis de s’assurer du niveau de compétence de chacune. Ça a été vrai pour le travail de Cactus qui, grâce à cette opposition, a entamé un véritable dialogue avec son milieu et trouvé une voie de cohabitation avec son environnement. Vrai aussi pour la culture biologique qui a dû commencer un long travail de certification.

La prochaine fois qu’on nous proposera de nouvelles manières de faire dans nos pratiques d’intervention sociale, honorons nos résistances; accueillons la difficulté à changer comme une réponse humaine à une réalité humaine.

Et, de grâce, entrons dans un véritable dialogue qui améliore le monde.

slow intervention et intervention lente

Intervention lente (la slow intervention)

Après le slow food et le slow parenting, voici la slow intervention.
Une intervention lente est tout à fait contre-culturelle puisqu’elle propose de ralentir nos modes d’intervention sociale dans un monde qui recherche l’accélération en tout, y compris en relation d’aide.

À notre époque, la vitesse à laquelle le changement se produit ne cesse d’augmenter. Dans ce grand carrousel de la productivité, chacun et chacune doit s’accrocher de toutes ses forces aux bords du manège qui tourne de plus en plus vite. Dans nos bureaux se retrouvent ceux et celles qui n’ont plus la force de s’accrocher et sont littéralement éjectés du manège.

slow intervention lente

Slow Intervention 

Une intervention lente fait appel à plus d’attente que d’action; c’est-à-dire que la patience et la présence au silence et à l’apparente immobilité sont considérées comme une action. La slow intervention fait appel à davantage de réflexion que de certitudes, plus d’improvisation que de méthodologie. En cela, elle ressemble davantage à un jeu qu’à une performance.

C’est un appel à une révolution culturelle qui s’oppose à l’idée que plus vite c’est toujours mieux. Parce que c’est faux bien sûr et tout ce qui importe vraiment dans notre vie demande du temps et pas de la vitesse. Parce que le prix que la pression qui accompagne cette incessante accélération nous fait tous payer est bien au-dessus de nos moyens.

L’inattendu est précieux

Dans la Slow Intervention, nous allons nous intéresser davantage aux processus qu’aux résultats; aux personnes qu’aux problèmes. Il ne s’agit pas de renoncer à obtenir des résultats. C’est plutôt que nous allons renoncer à déterminer au départ à quels résultats nous devrions arriver. Cela permet bien sûr d’être enrichi par ce qui émerge au fil de la relation et que nous aurions discarté du revers de la main dans une approche traditionnelle.

Je crois qu’aucun intervenant ne peut déterminer ce qui est utile ou pas dans une conversation de soutien thérapeutique ou d’accompagnement. Ce qui se présente et que nous n’attendions pas a de la valeur, voila la prémisse de départ. Toutes ces choses bonifient les voies de résolution. C’est ce qui permet à  une intervention sociale de se déployer de manière organique plutôt que mécanique.

D’abord une activité relationnelle

À l’instar de Socrate, Levinas ou Foucault, je crois que l’intervention sociale est d’abord une rencontre entre deux personnes. Dans la slow intervention, nous accordons du temps à cette rencontre d’expériences différentes afin qu’elles s’enrichissent mutuellement.

Il s’agit de ralentir assez nos protocoles pour qu’une relation véritable s’installe et qu’elle soit bilatérale au lieu d’être à sens unique. Je nous invite à renoncer aux échelles de temps prévu pour établir une relation d’aide. Ralentissons plutôt jusqu’à ce que cette relation s’installe. Assez de temps pour que la personne devant nous ait envie de participer à cette relation. Assez de temps pour que nous puissions nous taire et laisser le silence créer de l’espace pour une rencontre d’égal à égal.

Une intervention lente crée son propre rythme et son propre espace

Cette intervention lente se situe en dehors de la chronologie rectiligne et de la progression par séquences. Elle refuse de contraindre la relation à entrer dans un développement prévu à l’avance, par étapes prédéterminées en dehors de la relation. À la place, nous suivons le parcours qu’elle déploie à mesure qu’elle le déploie. Le temps y est circulaire au lieu d’être linéaire. 

Une contre-méthode plutôt qu’une méthode

Une intervention lente nous libère des contraintes méthodologiques, de l’application des mesures et des étapes prévues. La slow intervention relève bien sûr de l’analogique plutôt que du numérique. Elle laisse toute la place aux possibles de la co-construction avec les personnes. Quand il n’y a plus d’attention à porter à la forme du contenant, alors toute l’attention peut être portée sur le contenu.

La Slow Intervention est d’abord au service de la personne

L’objectif de la Slow Intervention se trouve à l’intérieur même de la relation et est au service de la personne. C’est-à-dire que l’intervention sociale ne devrait pas être instrumentalisée par les gouvernements et leurs organisations afin de rendre la personne conforme aux normes que cette société a fixées. Une intervention lente recherche ce que la personne recherche. Même si ce n’est pas de « bien fonctionner 
dans notre société». Krishnamurti n’a-t-il pas déjà très clairement remis cet objectif en perspective en disant que « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade. »

L’intervention lente est poreuse, perméable

C’est-à-dire qu’elle permet un échange mutuel, un apprentissage mutuel. Elle assure la réciprocité des échanges plutôt que la livraison de réponses unilatérales. La lenteur permet que se déposent les énergies si volatiles des uns et des autres dans une forme d’imprégnation mutuelle féconde et créatrice. Cet échange véritable redonne du pouvoir aux personnes.

« Tout est dans tout! » disait Raoul Duguay, le poète de l’audace et de la liberté. Ainsi, dans la slow intervention, je reconnais que je laisse aller un peu de moi dans la personne devant moi. J’accepte l’idée qu’elle aussi dépose quelque chose d’elle-même en moi. Et que nous en sommes tous deux transformés.

pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

15 pratiques qui nourrissent l’âme des intervenants sociaux


Les activités et pratiques qui nourrissent l’âme nous reconnectent à notre corps, à notre respiration, à notre feu intérieur. Surtout, ces pratiques nous permettent de retrouver le sens de notre travail. Et Dieu sait que l’âme des intervenant·es sociaux en a besoin! Quand ils forment des rituels, ils renforcent les liens avec nos meilleurs amis, nos partenaires, nos parents, nos enfants. Ils nous rappellent la beauté qui nous entoure en nous permettant de l’aspirer. Tout le monde en a besoin, mais les intervenants sociaux devraient les considérer comme essentiels.


Le secret des pratiques qui nourrissent l’âme : les faire régulièrement

Je propose ici des pratiques qui nous nourriront régulièrement et non pas de temps en temps. Trop d’entre nous tombent « par hasard » sur des activités qui leur font du bien et ne les prennent même pas en note. Si nous avons de la chance, le « hasard » arrivera souvent. Mais si nous n’en avons pas, nous serons des mois à nous vider littéralement de notre feu.Et ce sera beaucoup plus dur de remonter! Le plus important, c’est donc de pratiquer ces rituels nourrissants régulièrement. Même quand nous sommes fatigué·e·s; que nous croyons ne pas avoir le temps; ou que « ça ne me tente pas vraiment ». À partir de maintenant, nous allons prendre soin de nous. Parce que nous en valons la peine. Et aussi parce que personne d’autre ne le fera.


pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

Sur mesure pour les intervenants sociaux

Vous trouverez ci-dessous 15 pratiques qui nourrissent l’âme des intervenant·e·s sociales et que vous pourrez essayer. Ce ne sont que quelques idées pour vous aider à trouver votre propre pratique régulière.

Déterminez ce dont vous avez besoin: être calmé ou dynamisé? Elles peuvent nous donner tout ce qu’il faut pour relever les défis de la journée; nous rappeler ce qui est le plus important ou encore, nous ramener vers nos forces vives et y puiser.

  1. Consacrez chaque jour quelques minutes à la description du lever et/ou du coucher du soleil. Vous pouvez le faire à voix haute ou par écrit, dans un cahier réservé à cet effet. Laissez ce rituel vous inciter à regarder en avant et à savourer une image plus grande et plus riche.
  2. Déterminez une journée de la semaine (les dimanches?) et le moment de la journée (matin, après-midi, soirée?) et réservez-le à la lecture d’un bon livre (préférez n’importe quel livre à trois épisodes de n’importe quelle télésérie!).
  3. Juste avant de partir travailler, mettez la musique dans le tapis et danser n’importe comment, tout votre fou, pendant cinq minutes! (MA toune de danse du matin avec nul autre que Freddie…)
  4. Avant de repartir vers la maison ou tout de suite en rentrant du travail, écrivez en quelques mots ce qui vous préoccupe à votre travail. Ce pourrait être une personne en particulier ou une situation incertaine. Puis déposer cette note dans une boîte réservée « soucis à lâcher », ou encore brûler ce papier et laissez toutes ces choses trouver leur chemin en dehors de votre tête.
  5. Chaque trimestre, concentrez-vous sur l’acquisition d’une nouvelle compétence ou d’une nouvelle activité. L’idée c’est d’avoir dans notre vie un espace où nous apprenons et découvrons dans le plaisir, mais en dehors de l’intervention sociale. D’ici Noël, essayez-vous à l’aquarelle. Dès janvier, vous pourriez vous lancer dans l’écriture de fiction. En avril, au troisième trimestre, on se met au Taï Chi et cet été, on se fiat un jardin!
  6. Au début de chaque mois, faites une excursion d’une journée dans votre musée préféré. (Trouvez ceux de votre région ici)
  7. Un grand classique, mais toujours très efficace : écoutez une méditation guidée tous les soirs. (vous en trouverez ici et ici)
  8. Laissez votre téléphone portable une journée par semaine et allez jouer dehors avec du vrai monde! (marcher, courir, skier, hockey de rue, construire un fort de neige).
  9. Désigner deux matins par semaine, réglez la minuterie à 2 minutes et dessinez un autoportrait sur un carton grand comme une fiche de notes. Simplement, au crayon, et pas plus de deux minutes. Rangez tous les cartons sans y retourner pendant tout un trimestre; puis ressortez-les. Et voyez le résultat extraordinaire de faire quelque chose d’aussi ordinaire que de dessiner un autoportrai de deux minutes deux fois semaine pendant trois mois.
  10. Lisez un poème par jour. Lentement. Savourez les mots et les images. (je vous suggère ce magnifique livre)
  11. Créez dans votre maison un coin où vous pourrez commencez votre journée, un lieu qui contient des images et des mots qui vous inspirent et vous rappellent que vous avez une valeur inaliénable. Créez un espace qui vous donne la force de faire face aux situations difficiles et passez-y au moins cinq minutes chaque jour.
pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

Pratiques d’équipe 

  1. Pendant le dîner, une fois par semaine, tous les membres de votre équipe partagent a) quelque chose qu’ils ont apprécié au sujet de leur semaine et b) quelque chose de difficile.
  2. Commencez chaque réunion d’équipe par une bonne blague. Une vraie bonne blague. Chacun et chacune pourrait être désigné à tour de rôle pour la trouver et la raconter.
  3. Faites un repas partage chaque vendredi; ou un déjeuner partage, pourquoi pas? Et la boss apporte des brownies maison. 🙂
  4. Une foispar mois, en réunion d’équipe, chacune et chacun répond à la question suivante: «Qu’est-ce que j’ai appris ce mois-ci? » La réponse n’a pas besoin d’avoir un rapport avec le travail…
  5. Placez un nez rouge (ou plusieurs) bien visible dans un endroit accessible. L’idée c’est d’inviter les intervenants sociaux qui ont besoin d’un remontant à enfiler ce nez rouge. L’effet est souvent instantanné! On pourrait aussi décider de l’enfiler pour aller remonter un collègue qui rencontre un noeud dans son travail.

Parmi toutes ces pratiques qui nourrissent l’âme, laquel vous tente le plus. Faites juste l’essayer pendant quelques semaines pour voir ce que vous en tirer. Quel rituel nourrissant allez-vous commencer à pratiquer? Cette semaine?
Aujourd’hui? 

bénéfices de la douleur

Pratique d’intervention sociale : les bénéfices de la douleur

La pratique d’intervention sociale a-t-elle pour objectif de mettre fin à la douleur des personnes? La réponse n’est pas si évidente. Lors d’une formation que je livrais récemment la question a surgi et les avis étaient plutôt polarisés. Y a-t-il des bénéfices de la douleur ou est-ce un obstacle accessoire à la joie? Notre vision d’intervention inclut-elle la souffrance comme un état inhérent à la condition humaine ou non? Bref, dans notre rôle d’intervenant·e, qu’est-ce qu’on fait de la souffrance des personnes?

Avant de se demander si notre rôle consiste à faire disparaître la douleur des personnes, il est important d’explorer les bénéfices de la douleur. Itinérance, abus, mal de dents, violence domestique, solitude, accouchement, dépression, problèmes de santé mentale, deuil de parents et d’amis, difficultés financières, accident de la route, maladie chronique. La douleur fait partie de l’expérience humaine et prend bien des visages, physiques ou psychologiques. Qui peut déterminer laquelle est plus importante qu’une autre. La douleur est toujours une expérience subjective. C’est-à-dire qu’elle n’est pas seulement déterminée par le contexte extérieur, mais également par notre propre rapport à cette douleur.

Les bénéfices de la douleur

Dans notre culture de « satisfaction garantie et instantanée », réfléchir sur la douleur semble se réduire le plus souvent à chercher des moyens de la faire disparaître. Clairement, notre système de santé et de services sociaux n’envisage pas que la douleur puisse être utile parfois, et même quelquefois nécessaire, à la croissance et au développement. Pourtant, si on revisitait notre propre parcours, n’y trouverait-on pas des moments douloureux qui nous ont  permis d’avancer ? La douleur nous a probablement permis de croître, de voir quelque chose qui nous était caché? Et j’ai la conviction que ces épisodes ont laissé une profonde empreinte sur notre pratique d’intervention sociale.

1. Nous sommes plus disponibles et attentifs.

La douleur nous oblige à porter notre attention sur le plus important. Elle nous oblige à nous arrêter. Le reste prend souvent le bord pour un moment ou pour plus longtemps. Nous sommes alors disponibles à voir notre vie, et nous-mêmes, d’une façon nouvelle. À envisager que les choses puissent être différentes de ce que nous avions cru jusque là. La douleur, physique ou psychologique, a le pouvoir de mobiliser toutes nos ressources sur une seule chose; la douleur est la sonnette d’alarme qui attire notre attention sur quelque chose d’important auquel nous ne faisions pas attention. Et là, nous sommes prêts à apprendre.

bénéfices de la douleur2. Nous devenons plus humbles.

La douleur nivelle toujours le terrain de l’humanité. Si nous nous étions crus exceptionnels, nous voilà ramenés à la réalité. Si nous avions tiré orgueil du fait d’être « capable tout seul », la douleur est alors porteuse d’un important message d’humilité. L’un des bénéfices de la douleur, c’est que nous sommes finalement obligés de reconnaître nos vulnérabilités et nos limites. Parfois, cette reconnaissance nous permet de devenir suffisamment humbles pour nous rapprocher des autres humains; pour se sentir appartenir au même immense cercle qu’est l’humanité. La douleur nous rappelle que nous y sommes tous et toutes sur le même pied : aucun d’entre nous n’est tout-puissant et notre volonté n’y est pas pour grand-chose.

3. Nous sommes poussés vers le changement.

Quand nous sommes tannés d’avoir mal, nous envisageons des actions pour changer ce qu’on peut changer dans cette situation douloureuse. C’est l’un des plus importants bénéfices de la douleur. Nous cherchons des façons de réduire la pression, de chercher un autre niveau à l’existence. Étonnamment, la douleur devient parfois ce levier qui permet à quelqu’un de se relancer pleinement vers un autre horizon. C’est le merveilleux malheur dont parle Cyrulnik, bien sûr. Notre pratique d’intervention sociale devrait tenir compte de ce levier.

4. Nous devenons plus empathiques.

Lorsque nous avons déjà éprouvé de la douleur, nous comprenons vraiment, bien que pas entièrement, ce que la douleur peut faire aux autres. Nous connaissons tous cet instant de profonde compréhension, de profonde connection, devant le récit d’une épreuve que nous avons nous-mêmes traversée. C’est ce qui nous aide à faire preuve d’empathie. Quand nous avons connu plusieurs épisodes de douleur au cours de notre vie, qu’elle ait été psychologique ou physique, notre vision du monde et de la vie change elle aussi; elle transforme au passage, petit à petit, notre rapport aux autres. Nous arrivons même à être capables d’empathie devant une expérience différente de la nôtre. Parfois même, devant quelqu’un qui est différent de nous. Cette empathie est également la base de notre pratique d’intervention.

Pratique d’intervention sociale: la douleur des autres?

pratique d'intervention socialeComment savoir si cette douleur est de celles qui nous permettent de nous développer davantage, ou bien un obstacle « inutile » à la satisfaction ?  Je ne suis pas certaine de le savoir. Quelques pistes m’aident à y réfléchir cependant… Quel est mon propre rapport à la douleur en général? Quel effet a la douleur de l’autre sur moi ? Ces questions me permettent de mieux comprendre si je souhaite y mettre fin pour me soulager moi plutôt que la personne.

Qu’est-ce qui cause ou a causé cette douleur? Notre pratique d’intervention sociale a-t-elle aussi une part de responsabilité? Est-ce que les procédures de notre organisation sont à l’origine de la souffrance de la personne? Évidemment, si nous ou notre organisation avons une part de responsabilité dans la douleur de la personne (utilisation des mesures de contention pour s’assurer du fonctionnement de l’organisation, par exemple) alors il n’est pas surprenant que nous souhaitions la faire taire au plus vite. Car alors, elle est le rappel de notre responsabilité.

La douleur est une expérience subjective

Quelle évaluation fait la personne de sa propre douleur? Trop souvent, nous l’évaluons de notre point de vue (biais) sans vérifier. Alors, notre pratique d’intervention sociale colonise de plus en plus la personne avec notre propre vision de la douleur. C’est le cas quand on insiste auprès d’une femme qui accouche pour lui installer une péridurale. Comme on ne comprend pas pourquoi « elle endure cela », on est prêts à lui passer dessus en imposant « ce qui est le mieux pour elle ».

Quels sont les éléments systémiques dans la souffrance de l’autre? L’individualisme et le libéralisme ne cessent d’appauvrir les pauvres et de valider l’idée erronée que la pauvreté est la conséquence des choix individuels d’une personne. Les éléments systémiques ont donc beaucoup poids dans l’équation. La douleur des personnes devrait nous donner envie de chercher à améliorer notre société. Mais le plus souvent, nous faisons taire le bruit de la douleur des pauvres et des marginaux sans se questionner une seule seconde. Ça veut dire que parfois, les bénéfices de la douleur des personnes sont parfois pour les intervenant·e·s; pour le milieu, pour la communauté! finalement, notre pratique d’intervention sociale a le pouvoir de donner du sens à la douleur. Et c’est déjà ça.

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L’art de l’intervention : règles pour les intervenants

Y a-t-il vraiment des règles de l’art en intervention ? Cette liste des 10 règles pour les intervenants, dans tous les cas, a d’abord été celle de règles de création artistique. Ces deux mondes ont plus en commun qu’on pourrait le croire. D’abord, l’intervention sociale est aussi un art, en ce sens qu’il est créateur de pouvoir, de liens et de solutions. Ensuite, puisque la vie est un acte de création, j’aime croire que ces règles sont aussi celles qui permettent à notre vie d’être une œuvre riche. Les règles pour les intervenants sont donc les mêmes que celle des artistes. Lisez-les avec cet angle de vue et peut-être que vous arriverez, comme moi, à la conclusion que l’art, la vie et la création ne sont qu’une seule et même chose, finalement.

Cette liste a donc d’abord été rédigée en 1967-68 par sœur Mary Corita Kent, artiste remarquable et éducatrice hors du commun.  Son œuvre est puissante et sa pédagogie unique! Un mélange rare. Car, en art comme en intervention sociale, il ne suffit pas d’avoir survécu à la souffrance pour être capable d’aider les autres à en sortir. Ce sont deux choses différentes qui font appel à des capacités différentes. Et s’il est vrai que l’expérience est souvent précieuse, disons tout de suite que le courage et la lucidité le sont sans doute davantage.

Règles de l’art en intervention

L’idée d’aider les faibles à devenir forts n’est pas seulement de nature humaniste. Elle est révolutionnaire. En effet, soutenir la reprise de pouvoir des personnes est totalement subversif dans une société qui fait rentrer tout le monde dans le même moule parce que c’est plus payant. Ce qui n’exclut pas que le message de changement radical en soit aussi un de justice et de paix. Tel était celui de Mary Corita Kent; et d’une telle puissance, qu’il a fait de cette religieuse hors du commun, une figure de proue de la contre-culture dans les années 60′ et 70′.

10 règles pour les intervenants, règles de l'art en intervention, règles essentielles d'intervention
Sœur Mary Corita Kent, 1967

Ses règles sont issues d’un de ses projets de classe, alors qu’elle enseignait au collège Immaculate Heart Convent à Los Angeles. On raconte que la dixième règle doit être attribuée à John Cage, un ami de sœur Corita; un immense compositeur de musique qui s’est également illustré comme philosophe à la même époque.

 

Règles pour les intervenants

J’ai traduit librement cette liste pour en faire une liste de règles pour les intervenants. J’ai simplement remplacé les mots étudiant par personne et enseignant par intervenant. Et peut-être serez-vous surpris comme moi de voir à quel point elle peut être utile en intervention sociale. Chacune de ces règles pour les intervenants pourrait faire l’objet d’un livre! Il y a dans chacune tout un champ à méditer et à travailler. Et je ne me prive pas de le faire. Cette liste des 10 règles pour les intervenants me rappelle plusieurs repères de la voie que je veux emprunter pour être utile aux autres. Puisse-t-elle vous inspirer vous aussi 🙂 Vous trouverez la version originale ici.

 

10 règles essentielles d’intervention

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1

Trouvez une place qui vous inspire confiance et essayez ensuite de faire confiance en retour pendant un bon moment.

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2

En gros, le travail d’un client consiste à tirer tout ce qu’il peut de son intervenant; tirer tout ce qu’il peut de ses compagnons de route.

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3

En général, le travail d’un intervenant consiste à tirer tout ce qu’il peut de ses clients.

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4

Considérez tout comme une expérience.

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5

Soyez autodiscipliné — ce qui veut dire trouver des personnes sages et brillantes, et choisir de faire comme elles. Être discipliné veut dire faire comme elles de la bonne façon. Être autodiscipliné veut dire faire comme elles, mais d’une meilleure façon.

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6

Il n’y a pas d’erreur. Pas de réussite, pas d’échec. Il n’y a que l’action de faire.

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7

La seule règle, c’est de travailler. Si vous travaillez, vous arriverez à quelque chose. Ce sont les gens qui font tout le travail tout le temps qui finissent par comprendre les choses.

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8

N’essayez pas de créer et d’analyser en même temps. Ce sont des processus complètement différents.

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9

Soyez heureux chaque fois que vous le pouvez. Soyez content de vous! C’est plus facile que vous ne le croyez.

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10

Nous devons briser toutes les règles. Même nos propres règles. Et même ces règles pour les intervenants. Comment y arrivons-nous? En nous laissant tout l’espace nécessaire pour le faire. 

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Un dernier petit panier de conseils en vrac : Restez attentif. Essayez toutes sortes de choses. Assistez à toutes vos formations. Lisez tout ce qui vous tombe sous la main. Regardez tous les films que vous pouvez, attentivement. Et gardez tout : ça pourrait servir plus tard.

 

 

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