kintsugi, précieuses blessures

Kintsugi: une alchimie des blessures transformées en or

Marie-Michèle a traversé une enfance éclatée en mille morceaux. Quand je la regarde pourtant, je pense au kintsugi restauré avec de l’or. Une véritable oeuvre d’art. Des centaines de milliers d’enfants cassés comme elle sont passés par la grande alchimie des blessures et des restaurations. Aujourd’hui, ses blessures transformées en or sont une éclatante démonstration de résilience. Même si elle ne le voit pas toujours.

Le Kintsugi est une technique ancestrale japonaise, qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses lignes de faille avec de la véritable poudre d’or. Au lieu de chercher à les masquer, les traces de brisure sont mises en évidence et donnent de la valeur à l’objet. Littéralement, le mot kintsugi veut dire « jointure à l’or » .

Kintsugi : un processus de restauration

Il s’agit d’un processus de réparation long et extrêmement précis, se déroulant en de nombreuses étapes. La guérison de nos blessures d’enfants ne prend-elle pas elle aussi beaucoup de temps à cicatriser? Comme il aura fallu de courage et de patience à ces enfants négligés, abandonnés ou maltraités, pour devenir des parents adéquats, des intervenants sociaux utiles, des enseignants généreux. Chacun peut voir les coulées d’or qui sillonnent leur personnalité; mais il n’y a que les autres « cassés » pour savoir qu’il ne s’agit pas de décorations. Oui, c’est un long processus délicat que celui de donner de la valeur à ce qui a failli nous tuer. Et aucune alchimie des blessures ne connaît de raccourcis.

Marie-Michèle et les autres ont récupéré leurs morceaux éparpillés et cherché le sens de chacun pour trouver sa place dans leur être. Une tâche délicate! Comme pour la reconstruction des poteries kintsugi, il arrive que des morceaux disparaissent à jamais. Ces « trous » , une fois comblés avec courage, deviennent les plus précieux de tous les sillons de leur histoire. Ce sont ces « manques » reconstruits qui leur permettent de devenir ces adultes aimants et protecteurs.

L’alchimie des blessures rend plus fort

Pourtant, ces hommes et ces femmes ne semblent pas réaliser à quel point leur parcours est précieux et digne de respect. Peut-être ont-ils appris que cet abandon ou cette négligence était honteux? Il est temps de leur rappeler qu’au bout du long processus de restauration, ils sont ressortis beaucoup plus solides qu’avant, avec leurs blessures transformées en or, comme un kintsugi.

En regardant ces morceaux éparpillés, l’artiste du kintsugi voit déjà la restauration. De la même façon, les personnes qui ont opéré la grande alchimie des blessures sont souvent capables de l’imaginer pour les autres. C’est ce qui fait d’eux de si bons intervenants psychosociaux, de si bons parents, de si bonnes infirmières. Ces hommes et ces femmes excellent quand il s’agit de travailler avec les blessures des autres. Tout simplement parce qu’ils ont pu faire de leurs cicatrices une source de sens, de force et de valeur.

kintsugi, alchimie de nos blessures transformées en or

Des blessures transformées en or


On a pu croire un jour que notre intégrité était perdu à jamais; mais il n’en est rien. On a peut-être laissé entendre devant nous que ce qui était cassé était perdue. Hé bien, ces enfants brisés devenus des adultes rayonnants sont la preuve qu’en choisissant la vision artistique du kintsugi, les humains sont honorés comme des oeuvres et restaurés avec patience et amour.

Alors, ceux et celles qui les croisent peuvent voir, émerveillé·es, des blessures transformées en or. Imaginez l’espoir que cela peut offrir.

Dans cet esprit, nous devenons, pour tous ceux que nous croisons, des témoins de tous les formidables possibles. Nous témoignons de la fin de la honte; de l’incroyable beauté révélée par le passage du temps sur nos plaies. Quand nos compagnons de route découvrent notre regard de bienveillance sur les traces d’usures que nos blessures ont laissées, alors ce regard devient possible pour eux aussi.


Nos lignes de faille deviennent nos lignes de force.

kintsugi, alchimie des blessures

Marie-Michèle se désole souvent de ne pas être la femme que je voudrais être. Mère parfaitement accueillante, conjointe parfaitement aimante et intervenante parfaitement compréhensive. C’est parce qu’elle oublie que la restoration ne cherche pas à reproduire la perfection. Bien au contraire, elle mise sur nos misères, nos imperfections et l’inestimable valeur que tous ces
« manques » apportent à notre vie. Ce sont ces traces visibles et magnifiées qui nous rendent uniques, précieux et irremplaçables.

À toutes les Marie-Michèles qui ont été des enfants abusés et maltraités, et qui ont recollé leurs morceaux avec de l’aide et beaucoup de patience; à tous les adolescents agressés, abandonnés ou négligés qui cherchent sans relâche à se tourner vers la lumière; à tous ceux et toutes celles qui ont accepté de marcher dans le feu de la grande alchimie des blessures; sachez que vous n’êtes pas simplement des enfants, des ados et des adultes cassés. Redressez-vous et relevez la tête.

Chacun de vous est un kintsugi vivant et vos sillons d’or m’éblouissent.

Je vous vois. Je vous honore. Et je vous aime.

pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

15 pratiques qui nourrissent l’âme des intervenants sociaux


Les activités et pratiques qui nourrissent l’âme nous reconnectent à notre corps, à notre respiration, à notre feu intérieur. Surtout, ces pratiques nous permettent de retrouver le sens de notre travail. Et Dieu sait que l’âme des intervenant·es sociaux en a besoin! Quand ils forment des rituels, ils renforcent les liens avec nos meilleurs amis, nos partenaires, nos parents, nos enfants. Ils nous rappellent la beauté qui nous entoure en nous permettant de l’aspirer. Tout le monde en a besoin, mais les intervenants sociaux devraient les considérer comme essentiels.


Le secret des pratiques qui nourrissent l’âme : les faire régulièrement

Je propose ici des pratiques qui nous nourriront régulièrement et non pas de temps en temps. Trop d’entre nous tombent « par hasard » sur des activités qui leur font du bien et ne les prennent même pas en note. Si nous avons de la chance, le « hasard » arrivera souvent. Mais si nous n’en avons pas, nous serons des mois à nous vider littéralement de notre feu.Et ce sera beaucoup plus dur de remonter! Le plus important, c’est donc de pratiquer ces rituels nourrissants régulièrement. Même quand nous sommes fatigué·e·s; que nous croyons ne pas avoir le temps; ou que « ça ne me tente pas vraiment ». À partir de maintenant, nous allons prendre soin de nous. Parce que nous en valons la peine. Et aussi parce que personne d’autre ne le fera.


pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

Sur mesure pour les intervenants sociaux

Vous trouverez ci-dessous 15 pratiques qui nourrissent l’âme des intervenant·e·s sociales et que vous pourrez essayer. Ce ne sont que quelques idées pour vous aider à trouver votre propre pratique régulière.

Déterminez ce dont vous avez besoin: être calmé ou dynamisé? Elles peuvent nous donner tout ce qu’il faut pour relever les défis de la journée; nous rappeler ce qui est le plus important ou encore, nous ramener vers nos forces vives et y puiser.

  1. Consacrez chaque jour quelques minutes à la description du lever et/ou du coucher du soleil. Vous pouvez le faire à voix haute ou par écrit, dans un cahier réservé à cet effet. Laissez ce rituel vous inciter à regarder en avant et à savourer une image plus grande et plus riche.
  2. Déterminez une journée de la semaine (les dimanches?) et le moment de la journée (matin, après-midi, soirée?) et réservez-le à la lecture d’un bon livre (préférez n’importe quel livre à trois épisodes de n’importe quelle télésérie!).
  3. Juste avant de partir travailler, mettez la musique dans le tapis et danser n’importe comment, tout votre fou, pendant cinq minutes! (MA toune de danse du matin avec nul autre que Freddie…)
  4. Avant de repartir vers la maison ou tout de suite en rentrant du travail, écrivez en quelques mots ce qui vous préoccupe à votre travail. Ce pourrait être une personne en particulier ou une situation incertaine. Puis déposer cette note dans une boîte réservée « soucis à lâcher », ou encore brûler ce papier et laissez toutes ces choses trouver leur chemin en dehors de votre tête.
  5. Chaque trimestre, concentrez-vous sur l’acquisition d’une nouvelle compétence ou d’une nouvelle activité. L’idée c’est d’avoir dans notre vie un espace où nous apprenons et découvrons dans le plaisir, mais en dehors de l’intervention sociale. D’ici Noël, essayez-vous à l’aquarelle. Dès janvier, vous pourriez vous lancer dans l’écriture de fiction. En avril, au troisième trimestre, on se met au Taï Chi et cet été, on se fiat un jardin!
  6. Au début de chaque mois, faites une excursion d’une journée dans votre musée préféré. (Trouvez ceux de votre région ici)
  7. Un grand classique, mais toujours très efficace : écoutez une méditation guidée tous les soirs. (vous en trouverez ici et ici)
  8. Laissez votre téléphone portable une journée par semaine et allez jouer dehors avec du vrai monde! (marcher, courir, skier, hockey de rue, construire un fort de neige).
  9. Désigner deux matins par semaine, réglez la minuterie à 2 minutes et dessinez un autoportrait sur un carton grand comme une fiche de notes. Simplement, au crayon, et pas plus de deux minutes. Rangez tous les cartons sans y retourner pendant tout un trimestre; puis ressortez-les. Et voyez le résultat extraordinaire de faire quelque chose d’aussi ordinaire que de dessiner un autoportrai de deux minutes deux fois semaine pendant trois mois.
  10. Lisez un poème par jour. Lentement. Savourez les mots et les images. (je vous suggère ce magnifique livre)
  11. Créez dans votre maison un coin où vous pourrez commencez votre journée, un lieu qui contient des images et des mots qui vous inspirent et vous rappellent que vous avez une valeur inaliénable. Créez un espace qui vous donne la force de faire face aux situations difficiles et passez-y au moins cinq minutes chaque jour.
pratiques qui nourrissent l'âme des intervenants sociaux

Pratiques d’équipe 

  1. Pendant le dîner, une fois par semaine, tous les membres de votre équipe partagent a) quelque chose qu’ils ont apprécié au sujet de leur semaine et b) quelque chose de difficile.
  2. Commencez chaque réunion d’équipe par une bonne blague. Une vraie bonne blague. Chacun et chacune pourrait être désigné à tour de rôle pour la trouver et la raconter.
  3. Faites un repas partage chaque vendredi; ou un déjeuner partage, pourquoi pas? Et la boss apporte des brownies maison. 🙂
  4. Une foispar mois, en réunion d’équipe, chacune et chacun répond à la question suivante: «Qu’est-ce que j’ai appris ce mois-ci? » La réponse n’a pas besoin d’avoir un rapport avec le travail…
  5. Placez un nez rouge (ou plusieurs) bien visible dans un endroit accessible. L’idée c’est d’inviter les intervenants sociaux qui ont besoin d’un remontant à enfiler ce nez rouge. L’effet est souvent instantanné! On pourrait aussi décider de l’enfiler pour aller remonter un collègue qui rencontre un noeud dans son travail.

Parmi toutes ces pratiques qui nourrissent l’âme, laquel vous tente le plus. Faites juste l’essayer pendant quelques semaines pour voir ce que vous en tirer. Quel rituel nourrissant allez-vous commencer à pratiquer? Cette semaine?
Aujourd’hui? 

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