bonne mère, c'est suffisant

Je suis une bonne mère ordinaire. Être de bons parents, c’est suffisant.

Durant les longs mois de la grossesse, nous construisons une idée de ce qu’est un parent parfait. Dans le secret de notre coeur, nous sommes certains que nous serons bien plus qu’un bon père ou une bonne mère ordinaire. Peut-être parce que l’ordinaire ne nous semble pas suffisant pour cette merveille de trois kilos qui s’apprête à changer notre vie. On ne sait pas encore que les bons parents ordinaires sont beaucoup plus solides que ceux qui courent après les mirages de la perfection.

Les parois de nos âmes sont tapissées d’images

Richard Desjardins

Notre «parent rêvé» sera calme et inébranlable au milieu des crises. Il sera toujours soutenant pour le petit, aimant, patient, compréhensif. Pendant que nous nourrissons ce fantasme, nous portons également, sans nous en rendre compte, l’idée que ce que nous sommes n’est pas assez. Jamais assez. Qu’il faudra faire beaucoup mieux. Qu’il nous faudra être parfaits. Cette idée creusera des galeries dans nos fondations. Si on n’y prend pas garde, un beau jour, toute notre vie pourrait s’effondrer, ruinée par la peur, l’anxiété et un sentiment d’incompétence écrasant.

La mère rêvée et la réalité

Sur les parois de nos âmes ne figurait pas la course du matin pour la garderie avec l’impression permanente de ne pas y arrivre. Parmi ces images idéales, on ne trouvait pas non plus les punitions, les pertes de contrôle suivies d’une culpabilité dévorante. Il n’y avait pas de froncements de sourcils, pas de déception, pas de disputes avec notre partenaire à propos du ménage qui ne se fait pas et de l’accès à l’ordinateur pour le petit de trois ans.

une bonne mère ordinaire, de bons parents

Nous n’avons pas songé que nous perdrions notre calme en hurlant après nos enfants. Pas un seul instant, l’idée nous est venue que nous serions tentés de les frapper et que, peut-être, nous les frapperions réellement. On n’avait pas imaginé la fatigue, la dépression, la perte d’emploi, les difficultés financières. Pas évoqué une seule seconde la séparation. Et pourtant tout cela est peut-être venu.

Adieu recherche de perfection, bienvenus Bons Parents !

C’est notre premier né qui met au monde le parent qui dort au fond de nous. Ce parent est formidable de bonne volonté, d’esprit d’aventure et et de capacité d’apprendre. Ce père ou cette bonne mère ordinaire fait de son mieux en sachant que le parentage est un sentier de croissance. Et si l’on veut trouver la joie et le plaisir qui se trouvent dans la vie d’un parent, il nous faudra renoncer au parent rêvé et parfait. Il n’existe pas. Honorons plutôt tous les bons parents ordinaires qui s’améliorent avec leurs erreurs pendant que les parfaits tentent de les camouffler.

Comme il m’en a coûté de renoncer à cette mère parfaite ! Douloureuse expérience qui se poursuit encore, d’ailleurs. La «mère rêvée», aussi incontournable que nécessaire, propose finalement un modèle puissant et inspirant. Sauf qu’il est impossible à actualiser. Il nous faut y renoncer.

Bienvenue à la bonne mère ordinaire

Nous sommes imparfaits, voilà tout. Je ne suis pas si souvent celle qui «ferait tout pour ses enfants», alors que cette image est une des premières que j’ai épinglée sur les parois de mon cœur. J’ai été tellement moins zen que je l’aurait souhaité!

Toutes les mères ordinaires

Au fil des années, ça m’a tenté de moins en moins de faire le taxi entre le terrain de soccer, les petits amis et les répétitions de thèâtre. Rendue au secondaire, la bonne mère ordinaire que je suis se traînait en maugréant dans les réunions de classe au lieu d’y aller avec enthousiasme comme le voulait ma mère parfaite. Ma «mère rêvée» aimait mieux jouer avec les enfants que faire n’importe quoi d’autre. Combien de fois pourtant, me suis-je précipitée pour plier du linge à leur arrivée de l’école ? Je fais de mon mieux et, oui, il arrive que cette simple vérité ne me console pas de ne pas être ma «mère rêvée».

Petites et grosses erreurs

C’est long de finir par honorer la bonne mère ordinaire en nous. Il a fallu que je me casse le nez sur toutes mes illusions de perfection. Il a aussi fallu que d’autres mères me soutiennent et me reconnaissent comme une bonne mère dans toutes mes imperfections. Qu’elles me répètent souvent que j’étais « correcte » comme ça. Elles ont joué un rôle déterminant.

Quand les enfants sont grands, ces erreurs forment l’histoire des famille. La fois où Joël a refusé de goûter aux moules et où je me suis peinturée dans le coin en essayant de l’y forcer. La fois où Jérémie est allé jouer dans l’étang de la voisine sans le dire et où j’ai fini par appeler la police et lancer un avis de recherche. Et la fois où j’ai laissé ma belle Raphaëlle pleurer à fendre l’âme au pied de ma porte de chambre parce que j’étais trop fatiguée pour bouger. Toutes ces émotions intactes comme au premier jour!

les bons parents reliés par nos imperfection
Célébrons les bons parents ordinaires

Toutes les familles ont leurs histoires. J’espère que vous riez avec vos enfants en vous les racontant. Toutes ces imperfections parentales, grosses ou petites, sont aussi ce qui nous lie ensembles. Ce sont toujours les manques et les faiblesses qui nous relient aux autres humains; et c’est particulièrement vrai avec nos enfants.

Aujourd’hui, c’est la bonne mère ordinaire que je célèbre! Celle qui a eu le courage de renoncer à la perfection, qui a accepté d’apprendre et de se tromper régulièrement (et probablement jusqu’à ma mort). J’honore toutes les mères qui ont renoncé à la mère rêvée et se tiennent debout au milieu du chaos en sachant que ça arrive et que ça passe. J’espère que d’autres vous reconnaissent comme de bons parents ordinaires! Parce que c’est amplement suffisant.

Voir les détails de la conférence « Parents, retrouver son sentiment de compétence… et se trouver bons!’ de France Paradis

Y a-t-il un développement du parent ?

On parle souvent du développement de l’enfant et presque jamais jamais du développement du parent. Pourtant il existe bel et bien une courbe développementale, c’est-à-dire de progression, qui va bien au-delà de la simple accumulation d’informations. Exactement comme l’enfant se définit comme personne à mesure de son développement, avec ses particularités, ses croyances et ses modes d’interactions sociales; de la même façon, un parent se définit comme parent au fil des étapes de développement de cette grande aventure.

Le développement du parent : plus qu’une accumulation d’information

Le monde de la parentalité est loin d’être le terrain plat que les penseurs et pédagogue du développement de l’enfant semblent croire. L’image que nous entretenons à propos de ce modèle laisse croire que le contenu, les compétences et les informations s’ajoutent et se contruisent sans que le parent lui-même, sa mentalité et ses interactions au monde ne changent. Malgré l’absence de données de recherches sur le sujet, je suis convaincue que ce n’est pas le cas.

La courbe d’apprentissages des parents ne se résume pas à des couches d’informations qui s’accumuleraient les unes par-dessus les autres. Au contraire, je crois qu’il s’agit de quelque chose de tout aussi organique que l’apprentissage du langage ou le développement de l’empathie.

Tâche ou espace de développement ?

Cependant, nous abordons généralement l’expérience parentale comme s’il s’agissait d’un espace séparé du reste de sa vie, étanche et indépendant. Séparé de tout le reste, la parentalité ne devient-elle pas une simple tâche à réussir? Si l’on nourrissait plutôt une vision développementale de la parentalité, alors ces pères et mères pourraient avoir une perspective de progression par rapport à leur rôle. Cette façon de voir leur permettrait de repousser l’écrasant sentiment de devoir combler les milliers de recommandations établies pour le meilleur développement de l’enfant. réduit trop souvent le parent à une tâche.

développement du parent

Avec une vision développementale organique du rôle parental, chaque parent pourrait se placer dans une perspective d’apprentissage de leur développement du parent. Au lieu de cela, la plupart des parents doivent l’être malgré tout le reste de la vie et se sentent incompétents la plupart du temps.

Le tout plus grand que la somme des parties

Le parent qui se présente à une rencontre avec l’enseignant est aussi l’amoureux ou l’amoureuse de quelqu’un, et la qualité de cette relation amoureuse a certainement un impact sur son rapport à l’enfant. Ce parent est peut-être aussi un·e employés qui vient de perdre son travail; ou une personne qui travaille 79 heures par semaine parce que son entreprise est en démarrage. C’est peut-être quelqu’un dont l’empathie est surutilisé ces temps-ci. Mais personne n’abordera ces questions. Le privant ainsi d’une masse de connaissances et d’expériences utiles à son rôle parental.

Voir les détails de la formation:
«  Travailler avec les parents en empowerment »

Développement après 35 ans ?

La parentalité est à la fois partie prenante de la croissance humaine et en même temps, elle possède un champs d’exploration unique. Comment se fait-il qu’on parle assez peu du développement de la personne après 30 ans ? Précisément dans ces années où nous agissons le plus sur notre monde.

Dans sa théorie du développement psychosocial de la personne pour les 35 – 65 ans, Erikson parle du stade:  » Attention; Générativité versus Stagnation « . J’ai envie de hurler de rire à l’idée qu’il n’a pu imaginer qu’un seul stade de développement entre 35 et 65 ans! En plus, dans sa démonstration, il place la parentalité sur le même pied que l’implication sociale! Ayoye. On repassera pour le développement du parent.

Le développement est organique

Je peux vous assurer que la parentalité a modelé la personne que je suis et suscité des vagues de développement qu’aucune implication sociale n’aurait pu susciter. Pendant toutes ces années, mon développement s’est poursuivi; ma parentalité tissant la personne que je suis en modfiant tous les autres champs de ma vie. Et vice versa. Tout est dans tout, comme disait Raoul Duguay; ma parentalité altère la courbe de mon développement affectif et sociale, entre autres; et ma vie sociales altède ma courbe développementale de parent.

Les parents ont leur propre courbe de développement du parent. Cette évolution est organique et n’est pas séparé du reste de sa personne. Je veux en tenir compte dans mes interventions.

3 obstacles au bonheur d'être parent

Surmonter 3 obstacles au bonheur d’être parent

Comme d’habitude, ce qui fait obstacle au sentiment du bonheur ne provient pas des « autres ». Ce ne sont pas les événements qui nous empêchent de jouir de la vie; ce sont nos idées toutes faites sur ce que la vie devrait être. Les idées concernant ce qu’un parent devrait être, ce qu’il devrait faire. Ces 3 obstacles au bonheur d’être parent prennent naissance dans notre façon de penser et de voir le monde. Et on peut changer cela.

Quels obstacles au bonheur d’être parent ?

Que vous soyez un parent, un·e intervenant·e social·e, un·e enseignant·e ou simplement une personne humaine, on cherche tous et toutes la joie et le bonheur. Sauf que ça ne se passe pas vraiment comme on l’avait prévu, pas vrai? Bien des choses peuvent diluer notre joie, mais les 3 plus fréquents obstacles au bonheur d’être parent que j’ai rencontrés dans ma pratique d’intervenante familiale et de superviseure sont les mêmes pour à peu près tout le monde. Chacun et chacune de nous peut les surmonter en les abordant honnêtement et avec humilité.

1) Vous essayez de performer dans quelque chose que vous êtes en train d’apprendre

C’est souvent le cas pour un nouveau parent : vous nourrissez l’idée que vous savez. Vous avez lu tellement de choses, entendu des centaines d’autres parents raconter leurs histoires, regardé des dizaines de vidéos. Mais vous êtes quand même en train d’apprendre à être parent. Tous vos contacts et vos lectures n’ont pas été inutiles, bien sûr, mais ça ressemble à la différence qu’il y a entre nos études et la réalité du marché du travail. Entre nos projets de rénovations sur papier et la réalité des (interminables!) travaux. Comme le disait si bien une de mes amies, ce n’est pas parce que j’ai pris l’avion 6 fois par année pendant 20 ans que je sais comment le piloter! 🙂

Il n’y a pas que les parents à nourrir cette idée que je devrais déjà le savoir. Les entrepreneurs qui démarrent leur entreprise; une enseignante qui passe du premier cycle au deuxième; une intervenante sociale qui passe d’un organisme communautaire à un autre. Dans ces circonstances, on pense souvent que nous savons déjà tout ce qu’on a besoin de savoir et qu’il ne reste que les détails à maîtriser. Et quand nous nous rendons compte que ça ne fonctionne pas, nous nous tapons sur la tête de ne pas savoir, au lieu de modifier notre idée erronée.

On ne peut pas apprendre quelque chose qu’on croit déjà savoir. Pour être « apprenable », je dois d’abord reconnaître que je ne le sais pas. C’est le début d’une mentalité de croissance!

Changer de perspective

Reconnaissons que nous sommes en train d’apprendre. Il y a de grands avantages à cet état d’esprit; à commencer par une pression beaucoup moins grande sur nous-mêmes. Comme parent, lâchons l’idée que chacun de nos geste est d-é-t-e-r-m-i-n-a-n-t pour le développement de notre enfant. C’est faux. Entrons plutôt dans un esprit d’aventure et cherchons à savoir et comprendre ce qui fonctionne avec cet enfant et dans notre famille. Si nous renonçons à l’idée de ne jamais faire d’erreur, nous deviendrons « apprenables ». La pression tombe instantanément et nous voilà en train de nous amuser (ou presque:) )

Rappelons à notre mémoire d’autres occasions où nous étions en train d’apprendre quelque chose, avant d’être capable de la faire aisément. Peut-être quand on a dû apprendre un nouveau programme d’ordinateur; un nouveau pas de danse; une nouvelle manière d’entrer nos heures d’arrivée et de sortie au travail. Notre parcours est plein d’apprentissages! Ramenons à la surface le souvenir des efforts fournis, de la frustration surmontée à force de pratiquer; le parcours qui a permis de changer de perspective. Et bien sûr, rappelons-nous le sentiment de satisfaction quand la tâche est

mentalité d'apprenant

devenue facile.

L’affaire, c’est que la vie est une suite de changements. Les moments de parfaite harmonie ne durent pas. Ça veut dire que nous avons besoin d’apprendre sans arrêt! Et je crois que c’est formidable. Parce que ça veut dire que je progresse sans arrêt! Cultivons le réflexe de chercher ce que les changements nous apprennent, au lieu de tenter de les empêcher.

Fréquentons des familles où les erreurs sont accueillies avec compassion et humour. Lisons des livres et des blogues qui nourrissent cette mentalité d’apprenant : nous sommes plus souvent en apprentissage qu’en maîtrise. Et c’est très bien.

 

2) Vous faites semblant

Beaucoup de parents font semblant que tout va bien, alors qu’ils n’en peuvent plus. Notre culture de performance exerce un tel poids, que le sentiment d’incompétence des parents est pratiquement permanent. Que nous reste-t-il quand nous avons le sentiment de ne pas être à la hauteur de la tâche la plus importante de notre vie? Surtout quand tous les autres autour de nous ont l’air d’y arriver avec aisance. Nous nous taisons. Nous ne demandons pas d’aide. Pour éviter d’être la seule à ne pas y arriver, nous ne laissons voir à personne nos difficultés. Nous faisons semblant que tout va bien. Mais tout le monde vit la même chose! Tous les parents trouvent le parentage difficile à un moment ou à un autre. Personne n’y arrive avec les mains derrière le dos!

Surtout, personne n’y arrive tout seul. Aucun couple ne peut élever une famille tout seul. La stratégie de faire semblant, loin de nous protéger, nous isole davantage ! Elle est un des plus importants obstacles au bonheur d’être parent parce qu’elle nous isole de tous ceux et celles qui pourraient nous aider : les autres parents. Quand tout le monde fait semblant d’y arriver parfaitement, tout le monde a le sentiment d’échouer. Révéler nos « manques » équivaut alors à s’exposer au jugement. Et tous ceux-là qui souhaiteraient être accueillis dans leurs difficultés parentales se retrouvent en train de rejeter les parents qui osent nommer leurs difficultés. Parce que de partager avec eux serait l’équivalent de reconnaître nos propres faiblesses.

Parmi les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est une tragédie, vraiment. Il affecte la santé mentale des parents et, par ricochet, la santé mentale des enfants.

Créer des espaces sécuritaires

Il est urgent de recréer des espaces sécuritaires où les témoignages des parents ne seront pas commentés, d’aucune manière. Et par personne, même pas les intervenants. Il nous faut protéger la parole des parents pour arrêter d’en faire des cueillettes d’informations. Voilà comment plusieurs obstacles au bonheur d’être parent pourront être aplanis. Chaque parent devrait pouvoir compter sur un ou deux familles alliées, qui partagent leurs valeurs. Pour arrêter de faire semblant que tout va bien, il faut arrêter de fréquenter des personnes qui ne reconnaissent jamais leurs propres difficultés. Faites un ménage dans votre cercle. Et surtout, commencer à nommer votre réalité sans honte.

C’est risqué, je sais. Mais on n’en sortira jamais sans prendre ce risque. Il faut choisir notre cercle avec soin et ensuite choisir de lui faire confiance. Aucun de ces parents ne sera parfait; et leur accueil aussi peut être imparfait. Tout comme le vôtre. Mais parler est la seule voie qui permet de créer des espaces sécuritaires pour les parents. Parler et s’ajuster. Écouter les autres parents sans les condamner. Si nous faisons cela, les autres nous répondront de la même manière. Si nous prenons le risque, les autres prendront le risque. Commençons par un petit cercle; avançons tranquillement dans la construction de ce réseau de support. Et surtout, ne le quittons pas à la première contrariété. Échanger avec d’autres parents, franchement et honnêtement, c’est ce qui nous rend meilleurs.

3) Vous vous sentez jugés

Évidemment. Parce que nous avons le sentiment permanent de ne pas réussir à faire tout ce que nous devrions faire pour être un bon parent, il est facile de voir du jugement dans le regard des autres. Personne ne peut donner le meilleur de lui-même, dans une atmosphère de condamnation perpétuelle. Cependant, ma pratique m’a appris que nous sommes notre pire juge. De tous les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est le plus douloureux de tous.

Nous sommes sans pitié envers nous, nous refusant nous-mêmes le droit à l’erreur et toute marge de manœuvre. Comme si cette exigence de perfection était un signe que nous sommes un bon parent. Mais ça ne l’est pas. Vouloir être parfait n’est pas une manifestation de rigueur ou du désir de s’améliorer. Ce n’est que la manifestation d’idées erronées sur le parentage et sur nous-mêmes. Il n’y a pas de gloire dans l’autocondamnation et la culpabilité. Il n’y a que de la souffrance.

L’expérience m’a appris qu’au moment même où je cesse de me condamner moi-même, le jugement des « autres » n’a plus aucun pouvoir de destruction sur moi. Simplement parce que dès ce moment, c’est mon regard qui importe le plus et non pas celui des autres. Ainsi, je n’ai plus à attendre et espérer que « les autres » cessent de me juger. Je n’ai pas non plus à travailler plus fort pour devenir parfaite. Cette pierre sur mon chemin est à ma portée et je peux la faire rouler sur le côté.

Appeler à la barre votre avocat de la défense

Nous avons toutes et tous en nous-mêmes, un espace de compassion et de paix. C’est un espace où la meilleure partie de nous-mêmes peut consoler celle qui doute et se trompe. Un espace où le parent épuisé que je suis parfois peut être secouru et soutenu. Quand je ne suis pas la mère que je voudrais être, c’est un espace où le meilleur de moi m’attend avec les bras grands ouverts pour m’accueillir comme je suis.

obstacles au bonheur d'être parentQuand nous entendrons démarrer, dans notre tête, notre litanie personnelle d’autocondamnation, choisissons consciemment de nous réfugier dans cet espace. J’aime m’imaginer qu’il y a une « avocate de la défense » qui prend mes intérêts à cœur dans cet espace. Au moment où je me tourne vers elle, elle se lève et prend ma défense avec cœur, ardeur et conviction. Elle ne me cherche pas de défaites ou de justifications. Cette avocate de la défense fait valoir ma bonne volonté; rappelle que je suis en apprentissage et que mes erreurs sont la seule façon de m’améliorer.

Parfois, ça m’aide de l’imaginer en train de s’adresser à tous ceux et celles qui font des remarques ou posent des questions qui ressemblent à des condamnations. Mais la plupart du temps, ce qui me permet de me remettre debout, c’est de savoir qu’elle s’adresse à moi. C’est à moi qu’elle rappelle toutes ces vérités que j’oublie facilement et qui me ramènent à ma condition d’humaine en croissance.

Pour laisser passer les jugements d’autrui, il ne s’agit pas de les combattre. Il s’agit d’arrêter de me condamner moi-même. Appeler mon avocate à la barre et me laisser porter par son éloquent plaidoyer de compassion.

L'espace pour apprendre à être parent

Nouveaux parents : quel espace pour apprendre à être parent ?

Les premières semaines de vie d’un bébé sont aussi celles qui mettent au monde les parents. C’est vrai qu’il faut des années pour apprendre à être parent; mais ces premières semaines sont déterminantes pour la confiance que nous développerons en nous-mêmes. Cette confiance si essentielle pour « essayer » des affaires avec nos enfants et faire confiance à notre jugement de nouveaux parents.

Martine raconte que toute la parenté venait de passer au salon. Fred, son bébé de six semaines, trônait dans les bras de grand-maman. Au bout d’un petit moment, le petit se met à gigoter de plus en plus, en chignant. Martine se lève pour le prendre des bras de sa belle-mère, en disant à voix haute qu’il est fatigué et qu’elle va l’endormir. Mais la grand-mère se détourne d’elle et déclare que ce bébé n’a pas l’air fatigué du tout. Ce n’est ni une question ni une suggestion. Cette femme est en train de faire la leçon à une jeune mère qui est en train d’apprendre à être parent. C’est son premier bébé et la jeune mère n’est pas sûre d’elle, elle hésite puis retourne s’assoir.

Personne ne se rend compte qu’on vient de la blesser profondément et de rendre encore plus difficile sa quête pour être la mère qu’elle peut être. La grand-mère ne se rend pas compte que Martine n’ira plus jamais vers elle pour obtenir de l’aide. Parce que personne n’aime se sentir incompétent. Martine aura un peu plus de difficulté à se faire confiance. Son anxiété augmentera. Parce qu’on ne lui a pas laissé d’espace pour apprendre à être parent.

 

Apprendre à être parent, petit à petit

Ce récit m’a replongé dans cette époque à la fois exaltante et si fragile de la première année avec mon premier bébé. Chaque geste alors, était un coup de machette dans ma vie « sans enfants », afin d’ouvrir un sentier en friche. Je ne savais pas encore quelle mère je serais, mais j’apprenais chaque jour ce que je n’étais plus.

C’est la période de brouillard pendant laquelle on sculpte à l’aveugle notre mode de maternage. Je dis à l’aveugle, parce que  le plus gros de l’apprentissage se fait par tâtonnement. Avez-vous déjà essayé de modeler un arbre, en pâte de sel avec les yeux bandés? Ce chemin est unique à chaque femme et chaque homme. Les nouveaux parents y avancent lentement, certains avec beaucoup d’assurance, d’autres avec plus d’inquiétudes et beaucoup d’autres entre les deux.apprendre à être parent, nouveaux parents

Il faut beaucoup de patience pour permettre à un enfant de grandir; il n’en faut pas moins pour permettre à de nouveaux parents d’apprendre à être parent. Tranquillement, les milliers de fines connaissances concernant cet enfant-là s’accumulent. On le voit s’agiter de plus en plus et on sait qu’il est fatigué. Ou alors qu’il a faim. On pose nos yeux sur lui et on sait qu’il a chaud, qu’il a froid. On se trompe rarement.

Quand on atteint ce niveau de connaissance de notre bébé, on sent se déployer en nous un délicieux sentiment de compétence. La plupart du temps.., en tous cas. 🙂  L’anxiété diminue et le plaisir grandit… presque sans fin!

Mais les deux ou trois premiers mois de ces nouveaux parents sont si fragiles! Ils ressemblent au jardin d’avril dont la terre est si meuble et gorgée d’eau qu’il nous faut éviter de marcher dessus, sous peine de tasser la terre au point de ne pas pouvoir y semer quoi que ce soit. Juste sous la surface, la tête des premières tiges est en train de se faire un chemin vers la lumière. Nous sommes si nombreux à piétiner ce jardin naissant; et avec les meilleures intentions du monde. Au bout du compte, il reste peu d’espace pour apprendre à être parent.

 

Précieuses erreurs des nouveaux parents

Être les nouveaux parents d’un enfant ne ressemble à rien d’autre. C’est une œuvre d’art que chacun·e doit inventer, créer, édifier, peaufiner. Non pas qu’il n’y ait pas de points communs entre toutes les mères ou pères, bien au contraire! C’est le chemin de parentage qui se creuse à l’intérieur de nous qui est unique. Il est fait  de cet enfant-là et de ce que nous sommes aujourd’hui, mais également de notre propre enfance. C’est pourquoi chacun de nos enfants connaît un parent différent. Ce sentier  porte le meilleur de nous, et aussi le pire. Finalement, ce sentier ne peut se tracer qu’à force d’essais et d’erreurs.

Ces erreurs si précieuses qu’il nous faut faire! Nous avons besoin d’espace et de temps pour faire des essais et nous réajuster. Faire d’autres essais puis d’autres encore. Je parle de l’espace libéré quand les autres ne passent pas de commentaires. L’espace que créent les regards d’encouragement et de non-jugement. Cet espace-là nous donne le temps qu’il faut pour apprendre à être parent.

 

Protéger cet espace

Je me suis demandé pourquoi le papa du petit Fred n’avait rien dit pour protéger la mère de son bébé. Mais je réalise que lui aussi est en train d’apprendre. Il n’est pas encore sûr de lui, ou de sa compagne. Et Dieu sait comme il faut être solide comme parent pour contrecarrer sa propre mère. Mais pourquoi toutes les autres personnes présentes avaient-elles laissé faire cette catastrophe sans rien dire ? On venait de piétiner une jeune pousse et personne ne s’en était scandalisé.

Combien de fois ai-je moi-même étalé mes connaissances et mes bonnes intentions dans le jardin de nouveaux parents ? Aujourd’hui, je fais de gros efforts pour ne jamais offrir de conseils non sollicités. Je veux être celle qui préserve l’espace autour des parents, pas celle qui l’occupe. Je n’y arrive pas toujours, c’est vrai. Mais ça aussi, ça s’apprend.


Attention : cette histoire est dangereuse !

La jeune mère qui m’a raconté cette histoire il y a une dizaine d’années m’avait d’abord assurée que je pouvais la raconter dans ce blogue. Sa belle-mère est anglophone et les chances qu’elle tombe dessus étaient extrêmement minces. J’avais modifié son nom, même si la jeune femme en question n’en voyait pas l’utilité. Sauf que sa belle-mère est tombée dessus l’a lu et s’est reconnue. Et en a été choquée. La pression a été tellement forte sur cette jeune femme qu’elle m’a reproché d’avoir raconté son histoire. Même si elle m’en avait donné la permission; et même si je n’avais pas utilisé son nom. Ça nous donne une idée de l’intensité de la réaction de la belle-mère. Encore aujourd’hui, cette réaction me laisse bouche bée. Au lieu de se désoler d’avoir pu heurté le sentiment de compétence de sa belle-fille, elle se scandalise de se le faire dire.

À toutes les mères, belle-mères ou tantes qui liront cet article, je vous jure qu’il ne s’agit pas de vous… 🙂

risque zéro: jouer avec le feu

Prendre des risques et jouer avec le feu

Katerine et Jules sont assis dans la cour avec leurs deux enfants et la plus vieille, âgée de huit ans, est en train de frotter une allumette de bois sur le papier émeri sur le côté de la boîte. Tout le monde est calme et l’encourage doucement à persévérer. La petite en est à son cinquième essai quand il réussit enfin à faire jaillir le feu, pour la plus grande joie de son petit frère de cinq ans, qui a les yeux brillants et crie de bonheur ! Les deux parents félicitent leur aînée qui rayonne littéralement et laisse brûler l’allumette jusqu’au dernier moment. Dans cette famille, on a choisi de permettre aux enfants d’apprendre à manipuler le feu plutôt que de leur dire de ne jamais jouer avec. « La culture du risque zéro est en train de tous nous rendre fous, surtout les enfants, me dit Jules. La vie est pleine de risques et je ne crois pas qu’on aide les enfants en leur apprenant à les éviter systématiquement, sous prétexte de les protéger ». Plutôt que de restreinte de plus en plus les enfants, ce couple a décidé de leur apprendre à évaluer les risques et à en prendre !

Y a-t-il des risques acceptables?

La remarque mérite réflexion, il me semble. Depuis une trentaine d’années, on réduit de plus en plus l’espace d’exploration des enfants. En instaurant des règles « de sécurité » de plus en plus nombreuses, on peut se demander si nous ne sommes pas en train d’apprendre à nos enfants que les seuls risques acceptables… sont ceux qui sont sans risques (risque zéro) ! Katrine et Jules ne sont pas en train d’abandonner leurs enfants dans la jungle. Ils ont parlé du feu avec les enfants, de façon à exposer ses avantages (nous réchauffer, nous réjouir, faire cuire des guimauves !) et ses dangers lorsqu’il est incontrôlé. Katrine et Jules sont bien conscients que leur méthode n’est pas sans risques.

Ils ne croient pas que le risque zéro existe. Ils croient que la vie est risquée et non pas dangereuse. Il y a une grosse différence entre les deux. Et il faut l’apprendre aux enfants. » Ils ont appris à leurs enfants comment le feu se propage et, du coup, comment éviter qu’il se propage. Ils ont également établi l’âge acceptable de manipulation du feu à huit ans. Le petit frère est donc au courant qu’un jour, il lui sera permis de manipuler du feu, mais pas maintenant.

Risque zéro : une idée fausse

Ces parents-là ont choisi d’enseigner à leurs enfants que les risques font partie de la vie et que la meilleure façon de les envisager, c’est de les évaluer, pas de les éviter sans réfléchir. Sauf que notre obsession de la sécurité prive nos enfants de ce genre d’apprentissages. Je songe à la journaliste New-Yorkaise, Lenore Skenazy, qui a été descendue en flamme par l’opinion publique parce qu’elle avait répondu par l’affirmative au désir ardent de son fils de neuf ans de prendre le métro tout seul. Elle détient depuis 2008 le titre de « Worst mom of the world » (la pire mère du monde). Elle raconte que la plupart de ses amies l’ont menacée de la dénoncer au service de protection de l’enfance. Je ne suis pas certaine qu’elle aurait connu un sort différent si elle avait vécu au Québec. Mais une chose est certaine, cette idée de prévenir tous les accidents est extraordinairement anxiogène pour les enfants. Et leurs parents. Elle pose un standard tout simplement impossible à atteindre.

risque zéro - formation parentsPartant d’une bonne intention, cette idée du risque zéro consiste à croire que la prévention permet d’éviter (tous) les accidents. C’est en fait erronée, bien sûr. En plus d’être anxiogène. Sans compter le prix que coûte cette pensée illusoire à nos enfants. En échange de l’apaisement de notre anxiété, nous les privons de l’exploration nécessaire au développement. Nous les privons des précieux apprentissages qui viennent avec le fait de prendre des risques. Observer, réfléchir, évaluer, soupeser, envisager les conséquences et les différentes options. Ramasser son courage, cultiver son audace. Expérimenter, évaluer les résultats, envisager d’autres options, tirer des conclusions.

L’exploration, c’est prendre des riques

C’est vrai pour le feu, et ça l’est aussi pour grimper dans un arbre, casser des œufs, faire du vélo tout seul. Jouer au roi de la montagne sur une butte de neige, démonter un vieux grille-pain; dévaler la pente à toute vitesse, s’élancer sur une rampe avec notre vélo et j’en passe. Il ne s’agit pas de les abandonner tout seul sans les encadrer ou les préparer. Il s’agit d’arrêter de croire qu’il n’arrivera jamais rien à nos enfants si nous suivons la ligne du risque zéro. Parce que c’est faux ! Prendre des risques leur permet de cultiver leur courage, leur audace et leur imagination. Trois qualités qui font les leaders, les inventeurs, les innovateurs. Trois qualités qui font de la vie une aventure où l’on ne cesse d’apprendre. Quand on en est privé, on devient des peureux qui défendent le statu quo par principe; qui sortent difficilement de leur zone de confort et de ce fait, apprennent peu ou pas.

Peut-être est-il temps d’apprendre aux enfants à jouer avec le feu ?

 

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout