bénéfices de la douleur

Pratique d’intervention sociale : les bénéfices de la douleur

La pratique d’intervention sociale a-t-elle pour objectif de mettre fin à la douleur des personnes? La réponse n’est pas si évidente. Lors d’une formation que je livrais récemment la question a surgi et les avis étaient plutôt polarisés. Y a-t-il des bénéfices de la douleur ou est-ce un obstacle accessoire à la joie? Notre vision d’intervention inclut-elle la souffrance comme un état inhérent à la condition humaine ou non? Bref, dans notre rôle d’intervenant·e, qu’est-ce qu’on fait de la souffrance des personnes?

Avant de se demander si notre rôle consiste à faire disparaître la douleur des personnes, il est important d’explorer les bénéfices de la douleur. Itinérance, abus, mal de dents, violence domestique, solitude, accouchement, dépression, problèmes de santé mentale, deuil de parents et d’amis, difficultés financières, accident de la route, maladie chronique. La douleur fait partie de l’expérience humaine et prend bien des visages, physiques ou psychologiques. Qui peut déterminer laquelle est plus importante qu’une autre. La douleur est toujours une expérience subjective. C’est-à-dire qu’elle n’est pas seulement déterminée par le contexte extérieur, mais également par notre propre rapport à cette douleur.

Les bénéfices de la douleur

Dans notre culture de « satisfaction garantie et instantanée », réfléchir sur la douleur semble se réduire le plus souvent à chercher des moyens de la faire disparaître. Clairement, notre système de santé et de services sociaux n’envisage pas que la douleur puisse être utile parfois, et même quelquefois nécessaire, à la croissance et au développement. Pourtant, si on revisitait notre propre parcours, n’y trouverait-on pas des moments douloureux qui nous ont  permis d’avancer ? La douleur nous a probablement permis de croître, de voir quelque chose qui nous était caché? Et j’ai la conviction que ces épisodes ont laissé une profonde empreinte sur notre pratique d’intervention sociale.

1. Nous sommes plus disponibles et attentifs.

La douleur nous oblige à porter notre attention sur le plus important. Elle nous oblige à nous arrêter. Le reste prend souvent le bord pour un moment ou pour plus longtemps. Nous sommes alors disponibles à voir notre vie, et nous-mêmes, d’une façon nouvelle. À envisager que les choses puissent être différentes de ce que nous avions cru jusque là. La douleur, physique ou psychologique, a le pouvoir de mobiliser toutes nos ressources sur une seule chose; la douleur est la sonnette d’alarme qui attire notre attention sur quelque chose d’important auquel nous ne faisions pas attention. Et là, nous sommes prêts à apprendre.

bénéfices de la douleur2. Nous devenons plus humbles.

La douleur nivelle toujours le terrain de l’humanité. Si nous nous étions crus exceptionnels, nous voilà ramenés à la réalité. Si nous avions tiré orgueil du fait d’être « capable tout seul », la douleur est alors porteuse d’un important message d’humilité. L’un des bénéfices de la douleur, c’est que nous sommes finalement obligés de reconnaître nos vulnérabilités et nos limites. Parfois, cette reconnaissance nous permet de devenir suffisamment humbles pour nous rapprocher des autres humains; pour se sentir appartenir au même immense cercle qu’est l’humanité. La douleur nous rappelle que nous y sommes tous et toutes sur le même pied : aucun d’entre nous n’est tout-puissant et notre volonté n’y est pas pour grand-chose.

3. Nous sommes poussés vers le changement.

Quand nous sommes tannés d’avoir mal, nous envisageons des actions pour changer ce qu’on peut changer dans cette situation douloureuse. C’est l’un des plus importants bénéfices de la douleur. Nous cherchons des façons de réduire la pression, de chercher un autre niveau à l’existence. Étonnamment, la douleur devient parfois ce levier qui permet à quelqu’un de se relancer pleinement vers un autre horizon. C’est le merveilleux malheur dont parle Cyrulnik, bien sûr. Notre pratique d’intervention sociale devrait tenir compte de ce levier.

4. Nous devenons plus empathiques.

Lorsque nous avons déjà éprouvé de la douleur, nous comprenons vraiment, bien que pas entièrement, ce que la douleur peut faire aux autres. Nous connaissons tous cet instant de profonde compréhension, de profonde connection, devant le récit d’une épreuve que nous avons nous-mêmes traversée. C’est ce qui nous aide à faire preuve d’empathie. Quand nous avons connu plusieurs épisodes de douleur au cours de notre vie, qu’elle ait été psychologique ou physique, notre vision du monde et de la vie change elle aussi; elle transforme au passage, petit à petit, notre rapport aux autres. Nous arrivons même à être capables d’empathie devant une expérience différente de la nôtre. Parfois même, devant quelqu’un qui est différent de nous. Cette empathie est également la base de notre pratique d’intervention.

Pratique d’intervention sociale: la douleur des autres?

pratique d'intervention socialeComment savoir si cette douleur est de celles qui nous permettent de nous développer davantage, ou bien un obstacle « inutile » à la satisfaction ?  Je ne suis pas certaine de le savoir. Quelques pistes m’aident à y réfléchir cependant… Quel est mon propre rapport à la douleur en général? Quel effet a la douleur de l’autre sur moi ? Ces questions me permettent de mieux comprendre si je souhaite y mettre fin pour me soulager moi plutôt que la personne.

Qu’est-ce qui cause ou a causé cette douleur? Notre pratique d’intervention sociale a-t-elle aussi une part de responsabilité? Est-ce que les procédures de notre organisation sont à l’origine de la souffrance de la personne? Évidemment, si nous ou notre organisation avons une part de responsabilité dans la douleur de la personne (utilisation des mesures de contention pour s’assurer du fonctionnement de l’organisation, par exemple) alors il n’est pas surprenant que nous souhaitions la faire taire au plus vite. Car alors, elle est le rappel de notre responsabilité.

La douleur est une expérience subjective

Quelle évaluation fait la personne de sa propre douleur? Trop souvent, nous l’évaluons de notre point de vue (biais) sans vérifier. Alors, notre pratique d’intervention sociale colonise de plus en plus la personne avec notre propre vision de la douleur. C’est le cas quand on insiste auprès d’une femme qui accouche pour lui installer une péridurale. Comme on ne comprend pas pourquoi « elle endure cela », on est prêts à lui passer dessus en imposant « ce qui est le mieux pour elle ».

Quels sont les éléments systémiques dans la souffrance de l’autre? L’individualisme et le libéralisme ne cessent d’appauvrir les pauvres et de valider l’idée erronée que la pauvreté est la conséquence des choix individuels d’une personne. Les éléments systémiques ont donc beaucoup poids dans l’équation. La douleur des personnes devrait nous donner envie de chercher à améliorer notre société. Mais le plus souvent, nous faisons taire le bruit de la douleur des pauvres et des marginaux sans se questionner une seule seconde. Ça veut dire que parfois, les bénéfices de la douleur des personnes sont parfois pour les intervenant·e·s; pour le milieu, pour la communauté! finalement, notre pratique d’intervention sociale a le pouvoir de donner du sens à la douleur. Et c’est déjà ça.

compassion d'un enfant

La compassion d’un enfant

La compassion et l’empathie sont innées chez les enfants, nous le savons depuis longtemps. Elle apparaît chez les enfants dès l’âge de 18 mois et, avec elle, la compasssion se manifeste. Et elle est contagieuse. L’autre jour, j’ai vu toute une salle d’urgence être contaminée par la bonté d’un enfant de 5 ans.

Mathis attendait patiemment sur la chaise en plastique de la salle d’attente, serrant Charlie, son lapin de coton, contre son visage. Après une mauvaise chute, ses parents avaient filé à l’hôpital et toute la famille attendait son tour en radiologie. Trois rangés plus loin, un enfant de trois ans pleurait à chaudes larmes depuis un petit moment déjà. Visiblement fiévreux, il en avait marre et voulait à la fois être sur sa mère et ne pas y être. Vous voyez ce que je veux dire?

La réponse du corps à la compassion et l’empathie

Mathis l’a d’abord regardé avec attention. Puis, sur son visage, j’ai vu apparaître lentement la bienveillance et l’empathie. Si vous êtes un tout petit peu attentif, vous verrez l’empathie apparaître littéralement. D’abord les traits s’adoucissent, les sourcils se soulèvent un peu, les lèvres se desserrent et le corps se penche légèrement vers l’objet de sa compassion. Tout cela sans que Mathis ne s’en aperçoive. Je suis concerné par la souffrance de l’autre, voila le message qui déclenche spontanément une série d’actions dans tout le corps. À cinq ans, Mathis manifeste déjà tous ces signes de compassion et d’empathie. Le chagrin de ce petit enfant inconnu lui donne accès à cette habileté millénaire de l’humanité : la compassion et l’empathie.

Dès cet instant où l’on reconnaît la souffrance de l’autre et qu’on se sent concerné par elle, le cortex moteur se met en branle et nous inspire le désir de la transformer. Si l’on avait pu voir le cerveau de Mathis à ce moment-là, on aurait vu qu’il sécrétait de l’ocytocine, l’hormone de l’empathie qui nous donne envie d’aller vers les autres et de les aider. On aurait vu aussi une intense activité d’intégration neuronale. Ça veut dire, très simplement, que l’exercice de la compassion améliore notre capacité à comprendre tout le reste de la vie! On verrait le nerf vague de Mathis ralentir son rythme cardiaque et la respiration, et son système immunitaire être boosté. Le corps génère une séquence de réponses physiologiques qui stimule et soutient la compassion des humains. Si cela n’est pas merveilleux, alors je ne sais pas ce qui l’est.

Merveilleux et fragile

C’est vrai pour les enfants de 18 mois; et c’est vrai pour nous aussi. Sauf que plusieurs choses perturbent ce fabuleux système de réponse devant la souffrance. D’abord les normes culturelles, les tabous et les traditions Par exemple si on vous a appris que les gens de la ville sont dangeureux, vous aurez bien de la difficulté à vivre de l’empathie au centre-ville. Ensuite les préjugés, les stéréotypes. Dans une culture raciste par exemple, l’empathie aura beaucoup de difficulté à surgir devant la souffrance ou la détresse d’une personne racisée. Finalement notre histoire personnelle également. Car si nous avons dû survivre tout seul, il y a bien des chances que notre cerveau perçoivent les autres comme des menaces. Dans ce cas, la compassion et l’empathie ont très peu de chance de se manifester.

Le spectacle de la compassion d’un enfant

De retour dans la salle d’attente de l’urgence, le désir d’agir sur la situation avait maintenant atteint un point limite pour Mathis. Sans un mot, il a laissé glisser ses fesses de la chaise jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol. Et Alors, tenant Charlie contre son cœur, il a marché vers le Petit-Inconnu de trois ans. Tout le monde avait les yeux fixés sur lui; tous surpris par cette rupture avec la convention qui veut que tout le monde fait comme s’il n’y avait personne d’autre; on évite le regard des autres. Mathis lui, ne l’a pas quitté des yeux. Et là, il marche jusquà Petit-Inconnu. Immobile pendant une seconde, il tend finalement Charlie, à bout de bras, à ce petit enfant qu’il n’a jamais vu de sa vie.

la compassion et l'empathie et la compassion d'un enfant

Les pleurs ont cessé immédiatement. Après trois ou quatre secondes d’immobilité totale, Petit-Inconnu a tendu la main vers le lapin pour s’en saisir. Et les deux garçons se sont regardés comme s’ils étaient seuls au monde. Et sans doute l’étaient-ils…

Les recherches ont démontré que la compassion se manifeste envers des individus et pas des idées. Mathis n’aurait jamais eu envie d’offrir quelque chose pour « les enfants malheureux », mais il a donné son lapin préféré pour ce petit garçon-là. Un petit garçon en chair et en os, qui pleurait et dont Mathis voyait la souffrance.

Notre humanité résonne à l’humanité de l’autre

C’est pour la même raison que 75% des soldats en zone de combat refuse de tirer sur un ennemi devant eux et dont ils voient les traits du visage: parce que c’est notre propre humanité qui résonne devant l’humanité de l’autre.

Sur le visage de Mathis, une profonde et joyeuse satisfaction irradiait. Son père a passé sa main dans les cheveux de ce fils dont il est fier. Pas un mot de plus. Et c’est suffisant pour que le sentiment de perte d’un objet tant aimé soit considérablement réduit et disparaisse presque derrière le sentiment de joie qu’à généré son acte. Les recherches ont démontré que plus l’acte de gentillesse demande d’effort et plus il est coûteux, plus il apporte de satisfaction et de joie. Offrir son lapin préféré est extraordinairement coûteux pour un enfant de 5 ans.

C’est pour cette raison que Mathis est rayonnant: parce que son lapin Charlie a de la valeur pour lui. Une chance que le papa de Mathis a retenu à temps la maman qui s’élançait pour empêcher l’offrande! (Mais c’est son toutou préféré!!!) Donner quelque chose qui n’a aucune valeur pour nous, ce n’est pas un acte de générosité, c’est du recyclage. En lui caressant la tête silencieusement, au lieu de le couvrir d’éloges, le papa a préservé cette empathie naissante chez Mathis. On sait aujourd’hui que les sentiments de vanité et de fierté mettent fin à la séquence physiologique: fin du sentiment de satisfaction, accélération des battements cardiaques et du rythme respiratoire, dépression du système immunitaire. Ça veut dire que si ses parents s’étaient pâmés de compliments devant son incroyable générosité, Mathis aurait perdu tous les bénéfices de l’empathie qu’il porte. La bienveillance et la bonté d’un enfant sont des choses fragiles.

La compassion et l’empathie améliorent la santé

Le plus beau, c’est que les recherches ont prouvé ce que vous savez déjà: la compassion et l’empathie sont contagieuses. Plus on y est exposé, plus nous posons nous-mêmes des gestes de compassion. Donc, si je laisse monter l’empathie en moi, j’active un système physiologique qui préserve la santé de mon cœur; augmente l’efficacité de mon système immunitaire; apporte un sentiment de joie et de satisfaction; et, en plus, facilite le déclenchement de la même séquence physiologique chez ceux qui m’entourent! Ça vaut la peine de se lâcher lousse, vous ne croyez pas ?

Quand j’ai vu Mathis donner son lapin puis rayonner de joie, je me suis rappelé que la compassion est innée. Et que ce sont les interventions des tiers qui l’affaiblissent et finissent par l’engourdir complètement. Quand on se fait dire « qu’on ne fait pas ça »; quand on se fait retenir par le bras au moment où on veut s’avancer vers une personne couchée par terre, par exemple. Ou encore, chaque fois que j’ai vu mes parents passer devant une personne itinérante et faire un effort pour ne pas la regarder. C’est comme ça qu’on engourdit l’empathie, le plus puissant système d’entraide de toute l’histoire de l’humanité, gratuit, efficace et qui améliore notre santé.

La prochaine fois que votre enfant manifestera le désir d’aider quelqu’un, ça vaudrait la peine de faire un effort pour le laisser faire. La compassion d’un enfant est contagieuse. Alors, laissez-vous contaminer! Quand l’empathie ralentira vos battements cardiaques, laissez-vous faire. Même si « ça ne se fait pas ici ».  Même si c’est difficile. Ou que ça coûte quelque chose. Même si ça prend du temps sur notre propre agenda et qu’il faudra manquer notre bus.

Tout simplement parce que la compassion et l’empathie rendent la vie meilleure pour tout le monde.

actes de gentillesse

Développer l’empathie des enfants

 

L’empathie des enfants est innée, le saviez-vous? Les dernières recherches ont démontré que Piaget avait tort; l’empathie des enfants se développe bien avant le stade opératoire concret (vers l’âge de 7 ans). Même très jeunes, les humains manifestent spontanément le désir d’aider les autres.  On peut l’observer ici le plus simplement du monde chez l’enfant de 18 mois.  Alors comment se fait-il que nos jeunes ados et même les jeunes adultes semblent manifester si peu cette tendance? On les trouve généralement égoïstes, mais je ne suis pas certaine du tout que ce soit vrai. Sauf que si l’empathie des enfants est innée et que les jeunes adultes ne semblent pas la manifester, alors on peut se demander comment ils ont fini par arrêter de poser tous ces petits actes de gentillesse. Une partie de la réponse est très simple.

L’empathie des enfants et les actes d’aide et de gentillesse

Ce sont généralement les adultes qui bousillent la gentillesse naturelle des enfants et nuisent à leur empathie. Évidemment, on ne le fait pas volontairement! On croit probablement qu’il faut « apprendre » l’empathie aux enfants au lieu de lui permettre de se développer. Ainsi, on interfère avec un processus naturel. Et alors, le processus fonctionne moins bien, voire même, plus du tout. Voilà pourquoi il est inutile d’essayer de convaincre un enfant que poser des actes de gentillesse apporte de la joie. Tout ce qu’on a à faire, c’est de lui permettre d’expérimenter cette joie! Et voici comment. Les résultats d’une étude canadienne, réalisée en 2012, suggèrent trois choses étonnantes qui devraient changer notre façon de faire.

1) Donner rend les enfants heureux

Non seulement l’empathie des enfants est spontanée, mais en plus elle augmente le sentiment de joie. En effet, chaque fois qu’un enfant pose l’acte d’aider ou de donner, le cerveau sécrète un petit cocktail de bien-être : dopamine et endorphine. La récompense est donc instantanée et liée directement à l’acte. C’est vrai aussi chez l’adulte : souvenez-vous de votre sentiment la dernière fois que vous avez ouvert la porte à quelqu’un qui avait les bras chargés ou aidé un enfant perdu dans la foule à retrouver ses parents. (OMG! C’était quand la dernière fois?)

La récompense est dans l’acte lui-même. Et c’est pour ça que si on nous remercie d’avoir aidé quelqu’un à ramasser ses papiers qui s’étaient éparpillés par terre par accident, nous répondons « ça me fait plaisir ». C’est parce que ça fait vraiment plaisir! On se sent bien quand on réalise des actes de gentillesse. N’est-ce pas vraiment chouette de comprendre que notre cerveau est construit pour manifester de l’empathie!

l'empathie des enfants et actes de gentillesseComment soutenir l’empathie des enfants une fois qu’on sait cela? Peut-être faut-il leur permettre davantage d’aider et d’offrir son aide. Si on ralenti un peu notre réponse, face aux petites difficultés, peut-être que les enfants auront le temps de nous offrir leur aide. Et alors, comme dans la vidéo, ils pourront poser l’action que leur nature même leur dicte : aider.  Peut-être pouvons-nous compter davantage sur eux et sur leur aide plutôt que de leur offrir un environnement où l’adulte résout tous les problèmes tout seuls. Et j’y pense, la participation des enfants aux tâches ménagères n’apparait-elle pas alors comme une activité de développement de l’empathie des enfants ?

2) Plus l’acte de donner est « coûteux », plus il génère de joie chez l’enfant qui donne

Cette étude a également mis en évidence que plus l’acte de gentillesse demande d’effort, plus il apporte de la joie. C’est-à-dire que plus l’enfant doit « travailler » pour aider, plus ça le rend heureux. Par exemple, imaginons que j’échappe une épingle à linge par terre. Mon petit la voit tomber, me voit vouloir la ramasser et s’avance spontanément pour m’aider en la ramassant. Plus ce sera difficile pour lui de prendre l’épingle à linge dans ses doigts, plus son cerveau va sécréter le cocktail du bonheur. L’empathie des enfants se développe donc aussi dans l’effort.

C’est donc dire que chaque fois que nous facilitons les choses à l’enfant qui veut se rendre utile ou faire plaisir ou aider, nous nuisons au mécanisme de récompense qui vient avec l’empathie des enfants. Quand un enfant veut partager sa collation et que nous l’en empêchons en en fournissant davantage afin qu’il ne se prive pas, nous nuisons au développement de sa gentillesse. Quand on les soulève pour les aider à atteindre la personne qu’ils veulent aider, au lieu de les laisser fournir un plus grand effort, nous nuisons au développement naturel de l’empathie des enfants.

3) Les félicitations de l’adulte pour les actes de gentillesse RÉDUISENT immédiatement la joie et DIMINUENT la fréquence et l’intérêt de donner dans l’avenir

Cette étude a également mesuré l’impact des félicitations de sur l’empathie des enfants. On s’est rendu compte que les enfants qu’on félicitait pour avoir été gentils étaient moins portés à aider encore ensuite. Comme si les félicitations annulaient l’effet positif du plaisir généré par l’acte de gentillesse. Il ne s’agit pas ici de remerciements. Les remerciements pour avoir obtenu de l’aide d’un enfant soutiennent son empathie. Il s’agit plutôt des félicitations directes pour avoir été gentil : « Tu es donc ben gentil! Bravo! Tu es vraiment gentil de m’aider! » Alors que le remerciement tout simple renforce les liens affectifs (voir la recherche de Robert A. Emmons), les félicitations retirent toute satisfaction affective pour être venu en aide à un autre. L’empathie des enfants se nourrit donc de simples remerciements.

C’est encore une fois tout aussi vrai pour l’adulte. C’est pourquoi les personnes qui reçoivent une médaille pour avoir plongé dans l’eau de la rivière et sauvé la vie de quelqu’un sont si mal à l’aise et tentent de repousser les félicitations (J’ai simplement fait ce qu’il fallait faire). En fait, ils veulent nous dire : arrêtez de vider cet acte de la valeur qu’il a pour mon humanité. Vous êtes en train de faire disparaître ma joie et ma satisfaction !
Donc, où cela nous mène-t-il à propos des actes de gentillesse et l’empathie des enfants en général?

La prochaine fois que notre enfant voudra aider quelqu’un, laissons-le faire un peu plus. Même si c’est difficile, même si ça lui coûte quelque chose, même si ça lui prend du temps pour ses propres affaires. Et si jamais on vous aide, dites simplement merci, puis taisez-vous! Laissons les enfants, les ados et les tous les autres connaître la joie et la satisfaction qui viennent avec les actes de gentillesse. L’empathie des enfants est tellement précieuse. 🙂

leçon de vie de baseball

Leçon de baseball : les compétences sociales sont essentielles

Qu’est-ce que le baseball peut nous apprendre à propos des compétences sociales? Theo Epstein est devenu président de l’équipe de baseball des Cubs de Chicago en 2011, alors que l’équipe croupissait dans les bas-fonds de la ligue depuis des décennies. L’année suivante, il part à la recherche de jeunes joueurs pour rebâtir l’équipe et recherche bien sûr d’excellentes habiletés physiques, mais ce qui le distingue de tous les autres présidents d’équipe de baseball, c’est qu’il accordera autant de valeurs aux habiletés sociales qu’aux capacités physiques de ses recrues.  Dans une interview  qu’il accordait l’an dernier au New York Times, il expliquait qu’il a pris tout son temps pour « Choisir des personnes plutôt que des capacités physiques.»

[perfectpullquote align= »full » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »]J’ai demandé à mes recruteurs de fournir, pour chaque recrue, trois exemples de la manière dont ce joueur fait face à l’adversité sur le terrain de baseball et trois autres exemples à l’extérieur du terrain, dans sa vraie vie. Parce que le baseball est construit sur les échecs. Le meilleur des frappeurs échoue 7 fois sur 10. – Theo Epstein[/perfectpullquote]

Ce sont donc les compétences sociales qui l’intéressaient. En 2015, l’équipe accède à la finale du championnat, pour la première fois en 45 ans. L’année suivante, elle remportait le championnat pour la première fois en 108 ans! De l’avis de tous les analystes, ce sont les critères de recrutement utilisé par Epstein qui ont fait la différence.  Que recherchait-il chez ses joueurs? La capacité de se relever après un échec et de continuer de donner le meilleur de lui-même dans l’adversité.

Ces habiletés font partie de ce qu’on appelle le savoir-être (soft skills) ou compétences sociales, et sont déterminantes pour l’avenir et le développement d’un enfant. À peu près tous les chercheurs s’entendent pour désigner ces habiletés de base ainsi :

    • la confiance en soi (une perception positive de soi),
    • la résilience (en particulier la capacité de faire face au stress et à l’échec) et
  • la communication (en particulier l’élément d’empathie dans les relations interpersonnelles).

De nombreuses recherches, tant en finances, qu’en sociologie et en psychologie, ont fait la démonstration que ces quatre habiletés des compétences sociales jouent un rôle déterminant dans le maintien de la paix dans les communautés, la productivité des entreprises, le parcours professionnel des personnes et, bien sûr, dans le sentiment de bonheur et de satisfaction de leur vie, chez tous les humains. Les mêmes résultats ont été trouvés dans toutes les cultures! Pas surprenant que le président du club de baseball de Chicago recherché ces habiletés chez ses recrues. On se demande pourquoi elles ne sont pas au cœur de tout le cursus scolaire, de la maternelle à l’université.

compétences sociales

Quand les enfants et les ados possèdent de solides habiletés en communication et dans leurs relations interpersonnelles, cela améliore la qualité de leurs relations avec tout le monde. Ça augmente la collaboration avec leurs pairs et les adultes et leur désir d’apprendre. Ça facilite l’adaptation aux changements et leur engagement auprès de la famille et de l’école. En résumé, en améliorant leurs compétences sociales, ils améliorent toutes leurs relations avec les autres. La bonne nouvelle, c’est que le climat que ce savoir-être crée est contagieux! Ces jeunes deviennent donc des modèles et des inspirations pour leurs pairs.

Comment s’apprennent les compétences sociales

Disons tout de suite qu’il ne s’agit pas de capacités cognitives. Tout le monde peut les développer. Elles ne relèvent pas de l’intelligence ni de la capacité de réfléchir. Elle tiennent plutôt à une façon de voir le monde et les autres.

Comment avez-vous réagi et qu’avez-vous dit à votre enfant, la dernière fois qu’il a échoué? Ou perdu un match? Nos réactions peuvent leur apprendre à rejeter la faute sur l’arbitre ou le prof… ou bien leur apprendre à faire face à la défait en assumant sa part de responsabilité et en y apprenant quelque chose.

Lors d’une dispute, nous pouvons demander à un enfant de nous dire ce que ressent ou vit l’autre enfant, à son avis. En le guidant bien pour lui permettre de vraiment se mettre à la place de l’autre, nous l’aidons alors à développer de l’empathie. Ce qui améliore ses habiletés relationnelles. En l’aidant à reformuler ses phrases à la lumière de ce qu’il vient de découvrir, nous lui apprenons des habiletés de communications empreintes d’empathie.

Des compétences sociales à Noël

Avec Noël qui arrive, ce serait une bonne occasion d’inviter l’enfant à offrir au moins au cadeau et à l’aider à choisir ce cadeau en se demandant ce que la personne choie aime, ce dont elle a besoin, ce qu’elle apprécierait. Dans différentes situations, on peut aider les enfants et les ados à chercher honnêtement ce que l’autre peut ressentir, penser; essayer d’anticiper des besoins et des réactions des autres. Il n’est pas question d’en faire des obsédés du bonheur des autres; il s’agit de développer leur empathie et c’est comme ça qu’on la développe : en se demandant régulièrement ce que peut bien ressentir l’autre.

Ce genre d’invitation sera déstabilisant pour les enfants et les jeunes habitués à mettre de l’avant leur intelligence et leurs résultats.  Sans doute sera-t-il utile, comme parents, enseignants ou éducateur, de se rappeler comment on installe la motivation et la confiance en soi chez les enfants. Et en profiter pour tenter de l’acquérir!

Terrain de pratique pour les ados

Avec nos ados, on peut installer une manière de jeu quand ils auront des demandes à formuler. Invitons-les à rassembler eux-mêmes les contre-arguments à leur demande. Proposons-leur d’envisager à l’avance le point de vue de leurs parents. C’est-à-dire leurs inquiétudes, leurs limites, financières ou autres, les besoins de leurs frères et sœurs, etc.  Examiner sa propre demande dans la perspective de ses parents aide un jeune à comprendre les différences d’opinion et de points de vue, et lui apprendre à tenir compte du point de vue des autres.

Cette compréhension va naturellement (et avec notre aide) l’amener sur les sentiers de la recherche de compromis ou même de consensus, plutôt que de se camper dans ses positions. Mais je vous préviens : vous ne pourrez plus jamais leur opposer une fin de non-recevoir sans discussion. Les jeunes qui développent cette habileté relationnelle considèrent le point de vue de l’autre devant une divergence d’opinions. Ils recherchent le compromis et nous obligent à développer nous aussi cette habileté. À la fin, c’est toujours nous qui décidons. Mais vous serez probablement surpris des décisions que vous prendrez…

Toutes ces compétences sociales de base demandent de la pratique. Plus on a l’occasion de les cultiver, plus on les affine. Pour ça, les parents et les éducateurs doivent être prêts à laisser plus de liberté à la créativité des enfants. Aussi, multiplier les occasions d’explorer des idées nouvelles. Ça veut dire explorer des choses qui peuvent nous déranger ou nous paraître sans valeur.

Bref, si nous ne nous y mettons pas nous-mêmes, on ne pourra pas aider nos enfants à les acquérir.

Compétences sociales : des clés pour le marché du travail

Le Pew Research Center mène chaque année des entrevues auprès de 5006 adultes américains au sujet du marché de l’emploi. En 2016, 85 % des répondants, employeurs ou employés, ont parlé des compétences sociales. « La capacité de travailler avec d’autres personnes qui ont une expérience de vie différente de la leur est l’habileté clé sur le marché du travail ». Il s’agit exactement des quatre habiletés de base dont nous parlons.

94 % d’employeurs considèrent que les  compétences sociales sont plus importantes que les résultats académiques d’un·e candidat·e. Mais près du deux tiers de ces employeurs déclarent que les jeunes qu’ils reçoivent en entrevue ne les ont pas.

Alors, on s’y met?

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout