La foi des enfants

La foi des enfants

La foi des enfants n’est jamais religieuse. Bien sûr, ils peuvent répéter des mots appris de leurs parents et liés à la pratique religieuse. Mais leur foi, celle qui leur donne le sentiment de faire partie de cette nature vivante qui les entoure; cela n’a rien de religieux. Cette foi-là plonge ses racines dans la plus ancienne de toutes les spiritualités : l’expérience d’une mystérieuse reconnaissance émerveillée.

La foi des enfants se révèle dans l’expérience de cette connexion, jamais dans l’idée que nous sommes connectés. C’était un matin d’hiver au ciel bleu et à la lumière ardente. Mon fils Joël devait avoir trois ans et nous étions au sommet de la butte de neige du parc. Nous dévalions la pente en criant de joie, puis la remontions en courant. Et le manège durait depuis plus d’une heure. Joues rouges, mitaines mouillées, le nez qui coule un peu. Pendant quelques instants au sommet, juste avant de nous relancer sur la luge, nous reprenions notre souffle, admiratifs, devant le parc avec ses arbres, ses bancs et ses jeux recouverts de neige fraîche. Pas une seule trace dans ce lac de blancheur. J’ai dit tout bas : « Que c’est beau! » Joël a alors levé la tête vers le ciel et, en ouvrant grand les bras, s’est écrié « Merci! ».

Une action de grâce… Peu importe que l’on soit catholique ou juif, musulman, ésotérique ou agnostique; on sait tous reconnaître une action de grâce. Je ne sais pas à qui ou à quoi s’adressait Joël… Est-ce si important?

La foi des enfants est d’abord une expérience

Mon ami André, ancien aumônier de prison, dit souvent que les enfants sont de grands théologiens. Ils vont à l’essentiel sans se prendre les pieds dans les codes et les règles. Ces petits savent bien distinguer la spiritualité de la religion, alors que tant de grandes personnes n’y arrivent pas. C’est parce que la foi des enfants s’enracine dans l’expérience, pas les idées.

Nathalie a huit ans et vit près de la mer, à la pointe est du Québec. Je l’ai croisée l’été dernier et notre conversation vagabondait entre son vélo tout neuf qui ne la quittait plus, sa run de journaux et la chance qu’elle a de vivre là. Après un moment de silence, pendant lequel elle s’est tournée vers la grève qu’on aperçoit un peu plus loin, elle me dit : La semaine dernière j’ai roulé à bicyclette jusqu’à la plage. Je me suis arrêtée juste au bord de l’eau. Aussi loin que je pouvais voir, il n’y avait que la mer et le ciel. Puis elle chuchote. C’était tellement beau! Et j’ai pensé que tout ça me souriait. Je veux dire… pas vraiment… mais comme si… Tu vois?

Bien sûr que je voyais ce qu’elle veut dire. Ne vous est-il jamais arrivé de ne pas trouver les mots pour raconter une expérience? Avoir l’impression que le ciel et la mer nous sourient, n’est-ce pas une expérience spirituelle?

La spiritualité, un  tabou?

Beaucoup croient qu’en ne parlant jamais de la vie spirituelle aux enfants, on les laisse libres de choisir lorsqu’ils seront grands. Mais pour choisir, ne faut-il pas savoir tout ce qui existe? Au restaurant, il faut tout le menu pour faire votre choix. Sinon, vous ne sauriez pas ce que vous pouvez commander dans ce restaurant.

La foi des enfantsL’ignorance ne rend jamais libre.  C’est la même chose pour la vie spirituelle. Si on ne parle jamais aux enfants de la foi et des questions spirituelles, qu’adviendra-t-il de cette dimension de leur existence qui permet de chercher (et trouver!) le sens de tant de choses dans notre vie? Nous laisserons en friche le champ fertile de leur vie intérieure, d’où sourdent, entre autres, le courage, la force et la bonté.

J’attends le jour où nous serons comme Joël et Nathalie. Capables de ressentir simplement notre communion au monde et d’en parler à voix haute.  J’attends le jour où nous arrêterons de nous obstiner entre nous sur le nom que porte ou ne porte pas cette expérience de communion profonde et de mystérieux émerveillement. Ce sera le jour où nous honorerons la vie spirituelle des humains, avec ou sans religion. Nos actions seront alors sans doute inspirées par l’humilité qu’enseigne la contemplation de plus grand que nous.

Ce jour-là, Noël ne sera pas la fête des marchands.

[sgmb id= »2″]

argent de poche

Argent de poche : pourquoi, quand et combien?

Faut-il absolument donner de l’argent de poche? À quel moment doit-on l’envisager ? Et alors, combien on donne? Toutes ces questions, Émilie se les posait pour son fils de 10 ans. Elle avait été catastrophée d’apprendre que le fils de son voisin, âgé de 12 ans, recevait 20 $ par semaine. Mais ça fait 80 $ par mois! Je n’y arriverai pas! Sera-t-elle une mauvaise mère parce qu’elle n’a pas les moyens d’en donner autant que le voisin? Et surtout, son fils en sera-t-il traumatisé? 🙂

Argent de poche : pourquoi donner … ou pas

Tout d’abord,  disons tout de suite que la décision de donner de l’argent de poche appartient pleinement aux parents. Les repères pour en déterminer la pertinence et le montant relèvent de votre culture familiale. Et toutes les réponses sont bonnes, qu’on choisisse d’en donner ou pas, un peu ou beaucoup.  Voici quelques questions qui pourraient vous guider dans votre décision.

  • Quelle place occupe l’argent dans votre famille? Est-ce un élément central ou pas de vos discussions de couple, de vos projets et de votre avenir?
  • Est-ce que l’argent est un élément de la vie qu’il vous importe de discuter avec vos enfants maintenant, ou plus tard?
  • Considérez-vous qu’il s’agit d’un sujet qui ne concerne pas les enfants? À partir de quel âge cela les concerne-t-il?
  • Pour vous, faut-il que l’argent de poche soit rattaché à des tâches à réaliser dans la maison, ou est-ce libre d’obligations?
  • Avez-vous les moyens de donner de l’argent de poche à vos enfants? Si oui, quel montant est possible pour vous?

Toutes les réponses sont bonnes parce qu’elles sont VOS repères dans cette décision. Rappelez-vous que votre décision concernant l’argent de poche transmet votre culture familiale concernant l’argent, vos valeurs et la place que l’argent occupe dans votre vision du monde.

Combien donner d’argent de poche?

Une chose est certaine, l’argent est un outil très puissant. Et comme tous les outils, les enfants doivent apprendre à s’en servir petit à petit. Peu importe qu’ils commencent à 8 ans ou à 16 ans, ce serait mieux d’installer une progression quant au montant. Il est toujours plus facile d’apprendre à manipuler et gérer de l’argent avec de petits montants.

argent de pochePensez  à l’argent de poche comme à une scie à chaîne : extrêmement utile, et très puissant. On ne mettrait pas une scie à chaîne entre les mains d’une enfant de huit ans s’il n’a jamais tenu même une simple égoïne entre ses mains. Non, on commencerait par lui montrer comment on tient une scie pour être en sécurité. On expliquerait ensuite comment elle fonctionne. Vous lui indiqueriez également où vous la rangez et comment vous l’entretenez. C’est exactement la même chose avec l’argent. Nous devrons nous assurer que l’enfant apprend et maîtrise certaines choses avant de le laisser aller tout seul.

Quand donner de l’argent de poche

Tout d’abord, sachez tout de suite qu’il n’y a pas d’échelle de mesure gravée dans la pierre par le Dieu des parents, pour déterminer le montant de l’argent de poche. Personne ne ramasse d’argent simplement pour en avoir plus. Généralement, on accumule notre argent parce qu’on a des projets à réaliser et qu’ils coûtent quelque chose.

Si l’enfant n’a aucun projet, il n’a pas besoin d’avoir accès à l’argent. C’est pour ça qu’avant 9 ou 10 ans, l’argent de poche est inutile en général. Avant cet âge, le montant servirait donc seulement à manipuler les pièces, se familiariser avec la valeur de chacune, et peut-être approcher doucement le concept d’épargne.Quand votre enfant commence à vouloir des choses au-delà de ses besoins de base, alors peut-être est-ce une belle occasion d’apprendre.

Un exemple

Prenons l’exemple de Max qui veut un nouveau vélo l’été prochain. Émilie pourrait convenir d’en payer la moitié ou les deux tiers (c’est elle qui connaît le mieux ses capacités) en déterminant un plafond maximal. Max devra donc assumer la différence en accumulant une partie de son argent de poche chaque semaine. Ce sera l’occasion pour lui d’apprendre l’épargne.  Max apprendra à calculer, avec l’aide de ses parents, quel montant il doit mettre de côté pour y arriver. Il devra également faire des recherches pour comparer les différents vélos avec leur prix et leurs caractéristiques. Cela l’obligera à déterminer lequel correspond à ses goûts ET ces moyens.

N’est-ce pas une initiation au concept de budget et à la consommation? Sans parle de tout ce qu’il apprendra en faisant face à ses désirs d’achats spontanés qui ne manqueront pas de se présenter.  Si vous le guidez doucement, exactement comme vous l’avez fait quand vous avez retiré les petites roues de son vélo, l’argent devient alors un puissant instrument d’apprentissage.

Idées pour les ados qui n’ont pas de projet

Il arrive que nos ados semblent se désintéresser de l’argent. C’est souvent parce que nous pourvoyons nous-mêmes à tous leurs besoins et désirs. Voici quelques suggestions qui pourraient vous donner des idées, quand votre ado aura besoin d’un petit coup de pouce.

  • Vous pourriez décider d’un budget annuel fixe pour les « cadeaux d’amis » offerts aux anniversaires. C’est vous qui le payez, mais c’est votre enfant (dès l’âge de 10 ans) qui le gère. Et quand il n’y en a plus, il n’y en a plus.  Il aura à faire des choix quant aux invitations qu’il accepte afin de respecter le budget. Ce sera aussi l’occasion de connaître le prix de certaines choses et de prendre des décisions budgétaires.
  • Si vous êtes vous aussi aux prises avec des demandes pressantes de vêtements et d’accessoires beaucoup trop chers pour votre ado, voici une idée qui devrait vous intéresser. À partir de 14 ans, il serait raisonnable que vous fixiez une limite financière, annuelle ou saisonnière, quant aux montants attribués aux vêtements de votre enfant. Il/elle serait invité·e à payer ce qui dépasse ce montant, avec son argent de poche. Ce qui fait qu’il aurait par exemple 40 $ pour acheter un jeans. S’il veut absolument un jeans griffé, alors il paie lui-même ce qui dépasse le 40 $.
  • Argent de pocheÀ 15 ou 16 ans, les ados devraient être en mesure de payer une partie de la facture de leur cellulaire, s’ils en possèdent un. Et s’il travaille, pourquoi ne pourrait-il pas en assumer le coût au complet?
  • Les vacances et les voyages sont également de beaux projets à partager avec nos ados. On calcule combien coûte notre voyage de rêve. On établit la part de chacun au prorata des revenus. Et entre temps, on rêve ensemble en lisant des livres ou en visionnant des vidéos à propos de cette destination.

Conclusion

C’est toujours vous qui fixez les règles, parce que c’est vous qui êtes responsable de son apprentissage avec l’argent. En prenant ces décisions, vous transmettez votre système de valeur à vos enfants. Les décisions de votre voisine la concernent et ne représentent jamais la référence à propos de l’argent de poche pour vos enfants.

Comme pour tous les instruments puissants, on commence lentement. C’est plus facile de surmonter une erreur de 5 $ de bonbons à 10 ans, qu’une dette de 300 000 $ à 25 ans!  On apprend toujours en se trompant. Alors, laissons-les expérimenter avec l’argent et se tromper. Et cette idée est bonne pour nous également. Comme toujours dans notre vie de parent, on essaie et on recommence. C’est la meilleure façon de trouver ce qui fonctionne pour tout le monde.

Vous voulez en savoir plus sur ce sujet d’éducation? Je suis la seule dans la province à donner une conférence sur le sujet de Les enfants et l’argent. Contactez-moi! 🙂

 

attendre la guimauve

Faire attendre les enfants : le test de la guimauve

Le test de la guimauve a été réalisée pour la première fois en 1970 à l’université de Stanford, par l’équipe du psychologue Walter Mischel. Il s’agissait de faire attendre les enfants et de voir ce qui se passerait. Dans une pièce sans rien pour les distraire, ces enfants recevaient une guimauve dans une assiette. Ils pouvaient parfaitement choisir de la manger tout de suite. Mais, ajoutait l’instructeur, si tu n’as pas mangé la guimauve quand je reviendrai, je t’en apporterai une deuxième. Ces enfants devaient attendre 15 minutes le retour de l’instructeur. Sur 600 enfants ayant participé à l’expérimentation initiale, une minorité a mangé la guimauve tout de suite. Mais le tiers des enfants a tenu pendant quinze minutes et obtenu une deuxième guimauve… qu’ils ont dévorées!

Je me demande combien d’enfants occidentaux seraient capables d’attendre les quinze minutes de nos jours. Je me demande surtout combien de parents seraient capables de tolérer de faire attendre ses enfants pendant ce test de la guimauve…

Amusez-vous à regarder une vidéo de cette expérience de la guimauve.

Faire attendre les enfants : ce que ça rapporte

Dans un suivi des mêmes enfants 15 ans plus tard, les chercheurs ont fait des observations. Ils se sont rendu compte que ceux qui avaient été bons à retarder la gratification, et attendre pour obtenir la deuxième guimauve, avaient mieux tourné. Ils avaient obtenu des scores plus élevés aux examens d’entrée des universités que leurs homologues du test de la guimauve. Les enfants peu patients étaient plus susceptibles d’avoir des problèmes de comportement; tant à l’école qu’à la maison. En outre, les plus patients étaient beaucoup moins nombreux à abandonner leurs études. Ils avaient des revenus sensiblement plus élevés que les plus impulsifs. Ces derniers ont d’ailleurs développé plus de problèmes d’alcool et de drogues. Faire attendre les enfants, c’est une façon de leur donner de la force devant les difficultés plus tard.

faire attendre les enfants, test de la guimauveTest de la guimauve : il ne s’agit pas seulement de patience.

Il s’agit de surmonter l’impulsivité afin d’être capable de renoncer à un bénéfice immédiat, pour en obtenir davantage plus tard. C’est de cela qu’il est question quand un jeune doit décider s’il fait son travail de français… ou joue à Minecraft. C’est la même chose quand c’est l’heure des exercices de guitare. Même chose pour celui ou celle qui a à choisir entre mettre de l’argent de côté pour son projet personnel;  ou le dépenser tout de suite pour un truc qu’il vient de voir. Ils seront plus forts et prendront de meilleures décisions s’ils ont appris à repousser le moment de la satisfaction.

Pour y arriver, nous devrons être celui ou celle qui accepte de faire attendre les enfants. Celui ou celle qui reçoit la crise de frustration et qui tient bon malgré tout. Refaire et refaire le test de la guimauve, d’une certaine façon. Sommes-nous capables de supporter cela? Si oui, nous aurons plus tard la formidable satisfaction d’en avoir fait des adultes forts.

C’est l’avent qui commence la semaine prochaine. La période idéale pour réfléchir à l’attente et à la force qu’elle donne à ceux et celles qui la pratiquent. Y compris les parents!

Ce qu'un enfant de 4 ans devrait savoir

Ce qu’un enfant de 4 ans devrait savoir

Je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter la conversation de mes voisines, dans un petit café, l’autre jour. Le petit de l’une d’entre elles entre à la maternelle l’automne prochain. Cette mère demandait à ses copines ce qu’un enfant de 4 ans avant son entrée à l’école.  Pour ne pas prendre de retard . Les copines en questions, pleines de bonne volonté, empilaient les impératifs les uns après les autres : tenir ses ciseaux, découper un cercle, mettre son manteau tout seul. Un enfant de 4 ans devrait savoir tenir un crayon, écrire son nom (pas vraiment obligatoire, mais comme ça il aura de l’avance!). Elles ont continuer comme ça pendant presque dix minutes. La jeune mère prenait des notes, de plus en plus anxieuse face à cette interminable liste. Je la comprends tellement. Il faudrait que quelqu’un lui dise qu’il n’y a aucun prérequis pour entrer à la maternelle. Aucun.

Peut-être qu’au lieu de nous inquiéter de la performance scolaire des enfants de 4 ans à la maternelle, nous pourrions choisir d’honorer pleinement leur enfance. Voici quelques idées sur le sujet.

Ce qu’un enfant de 4 ans devrait savoir

[perfectpullquote align= »full » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »] ♥ Il devrait savoir qu’il est aimé totalement et de manière inconditionnelle, tout le temps.

♥ Il devrait d’abord savoir qu’il est en sécurité; qu’il peut faire confiance à son instinct à propos des personnes qui l’approchent. Et qu’il n’est jamais obligé de faire quelque chose qui lui semble mal, peu importe qui le lui demande.

♥ Un enfant de 4 ans devrait savoir comment rire, faire le cave, être irresponsable et utiliser son imagination.

♥ Il devrait même savoir que c’est parfait de peindre le ciel en orange et de mettre 6 pattes aux chats. Il devrait savoir qu’il est sensationnel, intéressant, créateur.

À 4 ans, il devrait savoir!

♥ À 4 ans, il devrait savoir qu’il est bien mieux de passer la journée dehors à faire de la soupe au pissenlit, des châteaux de boue et des maisons de fées plutôt que de s’entraîner à lire et à compter.

♥ Il devrait certainement savoir que ce n’est vraiment pas grave de se salir; de pétrir du pain en mettant de la farine partout; d’échapper la boîte de paillettes même si ça s’éparpille et qu’on en retrouve encore trois jours plus tard.

♥ Un enfant de 4 ans devrait aussi savoir, sans l’ombre d’un doute, que ses parents sont enthousiastes à l’idée de faire un concours de roulades avec lui; de lire la même histoire pour la vingtième fois ou d’entendre le récit de leur journée. [/perfectpullquote]

4 ans, à 4 ans, il devrait savoirSa futur réussite scolaire

Peut-être que le meilleur indicateur de sa future réussite scolaire n’est pas celui qu’on croit. Et si c’était le nombre de fois où ses parents auront arrêté vraiment pour admirer avec lui cette incroyable libellule. Rappelons-nous qu’être le plus intelligent ou le plus talentueux n’a jamais eu un quelconque lien avec être le plus heureux. Ni à 4 ans ni à 54.


Alicia Bayer est une Américaine hors normes. Elle habite le fin fond rural du Minnesota, où elle a scolarisé ses cinq enfants à la maison, Cet article m’a été inspiré par son blogue A Magical Childhood.

 

leçon de vie de baseball

Leçon de baseball : les compétences sociales sont essentielles

Qu’est-ce que le baseball peut nous apprendre à propos des compétences sociales? Theo Epstein est devenu président de l’équipe de baseball des Cubs de Chicago en 2011, alors que l’équipe croupissait dans les bas-fonds de la ligue depuis des décennies. L’année suivante, il part à la recherche de jeunes joueurs pour rebâtir l’équipe et recherche bien sûr d’excellentes habiletés physiques, mais ce qui le distingue de tous les autres présidents d’équipe de baseball, c’est qu’il accordera autant de valeurs aux habiletés sociales qu’aux capacités physiques de ses recrues.  Dans une interview  qu’il accordait l’an dernier au New York Times, il expliquait qu’il a pris tout son temps pour « Choisir des personnes plutôt que des capacités physiques.»

[perfectpullquote align= »full » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »]J’ai demandé à mes recruteurs de fournir, pour chaque recrue, trois exemples de la manière dont ce joueur fait face à l’adversité sur le terrain de baseball et trois autres exemples à l’extérieur du terrain, dans sa vraie vie. Parce que le baseball est construit sur les échecs. Le meilleur des frappeurs échoue 7 fois sur 10. – Theo Epstein[/perfectpullquote]

Ce sont donc les compétences sociales qui l’intéressaient. En 2015, l’équipe accède à la finale du championnat, pour la première fois en 45 ans. L’année suivante, elle remportait le championnat pour la première fois en 108 ans! De l’avis de tous les analystes, ce sont les critères de recrutement utilisé par Epstein qui ont fait la différence.  Que recherchait-il chez ses joueurs? La capacité de se relever après un échec et de continuer de donner le meilleur de lui-même dans l’adversité.

Ces habiletés font partie de ce qu’on appelle le savoir-être (soft skills) ou compétences sociales, et sont déterminantes pour l’avenir et le développement d’un enfant. À peu près tous les chercheurs s’entendent pour désigner ces habiletés de base ainsi :

    • la confiance en soi (une perception positive de soi),
    • la résilience (en particulier la capacité de faire face au stress et à l’échec) et
  • la communication (en particulier l’élément d’empathie dans les relations interpersonnelles).

De nombreuses recherches, tant en finances, qu’en sociologie et en psychologie, ont fait la démonstration que ces quatre habiletés des compétences sociales jouent un rôle déterminant dans le maintien de la paix dans les communautés, la productivité des entreprises, le parcours professionnel des personnes et, bien sûr, dans le sentiment de bonheur et de satisfaction de leur vie, chez tous les humains. Les mêmes résultats ont été trouvés dans toutes les cultures! Pas surprenant que le président du club de baseball de Chicago recherché ces habiletés chez ses recrues. On se demande pourquoi elles ne sont pas au cœur de tout le cursus scolaire, de la maternelle à l’université.

compétences sociales

Quand les enfants et les ados possèdent de solides habiletés en communication et dans leurs relations interpersonnelles, cela améliore la qualité de leurs relations avec tout le monde. Ça augmente la collaboration avec leurs pairs et les adultes et leur désir d’apprendre. Ça facilite l’adaptation aux changements et leur engagement auprès de la famille et de l’école. En résumé, en améliorant leurs compétences sociales, ils améliorent toutes leurs relations avec les autres. La bonne nouvelle, c’est que le climat que ce savoir-être crée est contagieux! Ces jeunes deviennent donc des modèles et des inspirations pour leurs pairs.

Comment s’apprennent les compétences sociales

Disons tout de suite qu’il ne s’agit pas de capacités cognitives. Tout le monde peut les développer. Elles ne relèvent pas de l’intelligence ni de la capacité de réfléchir. Elle tiennent plutôt à une façon de voir le monde et les autres.

Comment avez-vous réagi et qu’avez-vous dit à votre enfant, la dernière fois qu’il a échoué? Ou perdu un match? Nos réactions peuvent leur apprendre à rejeter la faute sur l’arbitre ou le prof… ou bien leur apprendre à faire face à la défait en assumant sa part de responsabilité et en y apprenant quelque chose.

Lors d’une dispute, nous pouvons demander à un enfant de nous dire ce que ressent ou vit l’autre enfant, à son avis. En le guidant bien pour lui permettre de vraiment se mettre à la place de l’autre, nous l’aidons alors à développer de l’empathie. Ce qui améliore ses habiletés relationnelles. En l’aidant à reformuler ses phrases à la lumière de ce qu’il vient de découvrir, nous lui apprenons des habiletés de communications empreintes d’empathie.

Des compétences sociales à Noël

Avec Noël qui arrive, ce serait une bonne occasion d’inviter l’enfant à offrir au moins au cadeau et à l’aider à choisir ce cadeau en se demandant ce que la personne choie aime, ce dont elle a besoin, ce qu’elle apprécierait. Dans différentes situations, on peut aider les enfants et les ados à chercher honnêtement ce que l’autre peut ressentir, penser; essayer d’anticiper des besoins et des réactions des autres. Il n’est pas question d’en faire des obsédés du bonheur des autres; il s’agit de développer leur empathie et c’est comme ça qu’on la développe : en se demandant régulièrement ce que peut bien ressentir l’autre.

Ce genre d’invitation sera déstabilisant pour les enfants et les jeunes habitués à mettre de l’avant leur intelligence et leurs résultats.  Sans doute sera-t-il utile, comme parents, enseignants ou éducateur, de se rappeler comment on installe la motivation et la confiance en soi chez les enfants. Et en profiter pour tenter de l’acquérir!

Terrain de pratique pour les ados

Avec nos ados, on peut installer une manière de jeu quand ils auront des demandes à formuler. Invitons-les à rassembler eux-mêmes les contre-arguments à leur demande. Proposons-leur d’envisager à l’avance le point de vue de leurs parents. C’est-à-dire leurs inquiétudes, leurs limites, financières ou autres, les besoins de leurs frères et sœurs, etc.  Examiner sa propre demande dans la perspective de ses parents aide un jeune à comprendre les différences d’opinion et de points de vue, et lui apprendre à tenir compte du point de vue des autres.

Cette compréhension va naturellement (et avec notre aide) l’amener sur les sentiers de la recherche de compromis ou même de consensus, plutôt que de se camper dans ses positions. Mais je vous préviens : vous ne pourrez plus jamais leur opposer une fin de non-recevoir sans discussion. Les jeunes qui développent cette habileté relationnelle considèrent le point de vue de l’autre devant une divergence d’opinions. Ils recherchent le compromis et nous obligent à développer nous aussi cette habileté. À la fin, c’est toujours nous qui décidons. Mais vous serez probablement surpris des décisions que vous prendrez…

Toutes ces compétences sociales de base demandent de la pratique. Plus on a l’occasion de les cultiver, plus on les affine. Pour ça, les parents et les éducateurs doivent être prêts à laisser plus de liberté à la créativité des enfants. Aussi, multiplier les occasions d’explorer des idées nouvelles. Ça veut dire explorer des choses qui peuvent nous déranger ou nous paraître sans valeur.

Bref, si nous ne nous y mettons pas nous-mêmes, on ne pourra pas aider nos enfants à les acquérir.

Compétences sociales : des clés pour le marché du travail

Le Pew Research Center mène chaque année des entrevues auprès de 5006 adultes américains au sujet du marché de l’emploi. En 2016, 85 % des répondants, employeurs ou employés, ont parlé des compétences sociales. « La capacité de travailler avec d’autres personnes qui ont une expérience de vie différente de la leur est l’habileté clé sur le marché du travail ». Il s’agit exactement des quatre habiletés de base dont nous parlons.

94 % d’employeurs considèrent que les  compétences sociales sont plus importantes que les résultats académiques d’un·e candidat·e. Mais près du deux tiers de ces employeurs déclarent que les jeunes qu’ils reçoivent en entrevue ne les ont pas.

Alors, on s’y met?

Sommes-nous solubles dans la comparaison

Maudite comparaison avec les autres !

La comparaison avec les autres parents fait chaque jour de nombreuses victimes. La belle Élise m’appelle en pleurant l’autre jour. À table, sa fille de 4 ans gigote parfois, mais au souper d’hier, elle a passé les bornes en se mettant debout sur sa chaise. Élise a pogné les nerfs et monté le ton sérieusement, jusqu’à crier. Elle me raconte tout ça et s’emballe dans son récit en alignant toutes les raisons qui font qu’elle n’est pas une bonne mère.  Je suis certaine qu’au même moment, des centaines de milliers de mères en arrivaient à la même conclusion pour elles-mêmes partout en Occident. Mais c’est quoi, son critère d’évaluation? Qu’est-ce qu’elle regarde ? Avec quoi fait-elle la comparaison avec les autres pour arriver à la conclusion qu’elle n’est pas un bon parent?

On se compare. Et je ne vous dirai pas d’arrêter de le faire, parce que ce serait vraiment inutile. Ce genre d’exhortation appartient à la même famille que « N’abandonnez jamais » et « Ayez confiance en vous! » Ça fait de belles phrases, mais ça n’aide personne. Alors, partons du principe que nous nous adonnons tous et toutes à la comparaison. Peut-être, alors, devrions-nous choisir soigneusement avec qui nous nous comparons et sur quels critères.

Les jours où j’ai raté ma vie

Il y a bien des jours où je trouve que j’ai raté ma vie. Ça vous surprend? Ces jours-là, je trouve que beaucoup d’autres ont mieux réussi leur vie : Marie-Ève Paradis, par exemple (aucun lien familial avec moi) qui vient de recevoir un diplôme d’honneur de la Faculté des Arts et Sciences de l’Université de Montréal pour sa contribution à la société, et dont le magazine Planète F est en nomination dans trois catégories pour les Canadian Online Publishing Awards. Wow! Voilà une femme qui rayonne vraiment! Ces jours-là, je me dis que si j’étais vraiment intéressante et pertinente, je recevrais moi aussi un diplôme d’honneur d’une université. Mais je n’en reçois pas et c’est bien la preuve que je ne suis pas aussi brillante qu’elle. Non?

Je vous raconte ça parce que je sais que nous avons toutes des journées qui ressemblent à ça, de temps en temps. Peut-être même en avons-nous souvent. Et ça ne sert vraiment à rien de se dire qu’il ne faut pas se comparer. Cette phrase creuse ne fait qu’enterrer un peu plus la nappe phréatique de déception et de honte qui creuse des tunnels dans notre identité. Comment en sortir, voilà la vraie question.

comparaison avec les autres

Comment sortir de la comparaison avec les autres

Sur quels critères je procède à la comparaison avec les autres?  Marie-Ève et moi n’avons pas du tout le même parcours, mais je crois que nous avons toutes les deux le même objectif : améliorer le monde. Je travaille aussi fort qu’elle. Je suis probablement aussi capable qu’elle. Alors pourquoi aucune université ne m’offre de diplôme à moi? Quand je sombre dans la comparaison avec elle, c’est parce que mon critère est celui de la reconnaissance publique, du rayonnement public, qui est une sorte d’idéal que nous portons collectivement. Dans notre culture, la reconnaissance publique est valorisée démesurément et personne n’échappe à son influence. Mais est-ce bien raisonnable d’évaluer ma vie et mon travail en fonction de ce seul critère de comparaison? Est-ce que le rayonnement public et le nombre de personnes atteintes sont garants de l’amélioration du monde que je porte en moi comme objectif?

Se comparer à la perfection?

Quand Élise fait la comparaison avec les autres, elle aussi utilise la reconnaissance des autres comme critère d’évaluation de sa qualité de mère. Elle lit la surprise dans le regard des invités à table quand elle pogne les nerfs après sa fille de quatre ans. Et alors, comme une vague immense, lui viennent à l’esprit toutes ces images de mères parfaites et d’enfants calmes qu’on trouve dans les livres, les réseaux sociaux et la télévision; toutes les recommandations qu’elle a lues dans les milliers de livres et d’articles, depuis la naissance de sa fille, et qui exigent que nous soyons calmes avec nos enfants.

Son critère de comparaison avec les autres se trouve dans le regard des autres par rapport à un idéal de mère que nous portons collectivement. Notre culture associe les enfants parfaitement sages et contrôlés à un parentage parfait. Dans ces conditions, qui pourrait gagner dans la comparaison?

Qu’est-ce qu’Élise veut vraiment, au fond d’elle-même, dans sa vie de mère? Elle veut que sa fille devienne une femme debout et libre, forte et équilibrée. Voilà ce qui l’habite : que sa fille puisse se déployer pleinement comme femme. Croyons-nous vraiment que la réaction de surprise des invités puisse être un critère d’évaluation de son parcours vers l’éducation d’une femme pleinement déployée? Non.

Pour nous comparer, ne devrions-nous pas plutôt examiner nos actions à la lumière de ce qui nous habite et par rapport à notre point de départ?

La comparaison avec soi-même

La comparaison qu’Élise ne peut pas s’empêcher de faire devrait s’exercer avec elle-même. Suis-je aujourd’hui une meilleure mère que je l’étais il y a 4 ans? Est-ce que j’ai appris? Quand je me retourne, est-ce que je peux constater que j’avance sur le chemin que je veux suivre? Quand je regarde la jeune Élise de 20 ans, ou même celle de l’année passée, est-ce que je peux dire qu’elle a grandi, appris, avancé?  Est-ce que je porte toujours en moi le plus important? Si oui, alors tous les détours auront été utiles; toutes les « erreurs », de précieux enseignements; tous les réenlignements, des pavés qui solidifient la route que je trace pour ce qui m’importe le plus. Dans toutes ces questions, Élise trouvera une évaluation plus juste de sa compétence parentale.Maudite comparaison

C’est avec moi-même qu’il m’est utile de me comparer. C’est même la seule comparaison possible. Les critères de réussite que notre culture valorise ne sont jamais enracinés dans la vie humaine. Ils sont des repères proposés en dehors de tout contexte. Or, rien n’existe en dehors de notre contexte. Nos repères sont faits de notre histoire, de nos liens, de la réalité de notre vie quotidienne. Ces critères n’ont aucun lien avec ce qu’il y a de vivant en nous et appelle le meilleur de nous.

Quand je me retourne

Quand je me retourne, je vois bien que j’ai avancé sur le sentier de l’amélioration du monde. Je crois que j’ai fait du bien à plusieurs personnes. Et ce n’est pas leur nombre qui détermine mon succès. C’est le simple fait d’avoir été fidèle à mon appel, fidèle à ce qui a le plus de sens pour moi. Ce n’est pas le nombre d’abonnés ou de « j’aime » sur mes textes qui importe vraiment. Quand je regarde la jeune France de 20 ans, je la vois qui se décroche le cou pour poser les yeux sur la géante que je suis devenue pour elle. Je la vois pleine d’admiration pour moi, devant le chemin parcouru et tout ce que j’ai appris; pour ma fidélité au précieux qui m’habitait déjà à cette époque. Voilà les véritables critères de succès.

Tout ce que ça change

Mon regard sur le succès des autres change également quand j’entre dans cet espace où j’honore en moi le chemin parcouru comme seul critère d’évaluation. Dans cet espace où je me compare à moi-même, je suis enfin capable de me réjouir pour Marie-Ève. Je suis même fière d’elle! Fière de son impact sur notre société. Ce diplôme d’honneur que l’Université de Montréal accorde à Marie-Ève Paradis est l’occasion de me rappeler qu’elle et moi marchons sur le même sentier, fait de moments magiques où nous avons l’impression de faire une différence et de moments de profond désespoir de ne jamais y arriver.

C’est la même chose pour toutes les Élises de ce monde. Dans cet espace où nous honorons notre propre croissance, les autres mères cessent d’être meilleures ou pires que nous. Nous cessons de les utiliser pour nous trouver nous-mêmes meilleures ou pires. À la place, nous réalisons pleinement que nous ne sommes plus seules sur ce difficile chemin de la parentalité. C’est la seule façon de trouver nos alliées.

Et ça change tout.

 

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout