Le déni, c'est comme le snooze sur un réveil

Déni des parents d'enfant en difficulté: une bonne chose?

Quand je demande à Joanie, éducatrice spécialisée auprès des enfants qui vivent avec l’autisme, ce qui est le plus difficile dans le travail avec les parents d’enfant en difficulté, elle répond sans hésiter : le déni des parents! Elle m’explique à quel point il est frustrant d’être paralysé dans un plan d’intervention parce que le parent refuse de voir « la vérité » . Comme si le déni dénotait un manque de bonne volonté, de force et une perte de temps inutile. Est-ce bien le cas?

D’où vient le déni ?

Imaginez que vous ayez eu une nuit effroyable. Le bébé a eu la diarrhée; vous avez été obligé de changer le lit au complet avant de le rendormir en le berçant. Le plus vieux s’est réveillé et vous l’avez accompagné aux toilettes. En passant devant la cuisine, la vaisselle sale vous a pointé du doigt et le panier de linge s’est moqué de vous. Vous vous êtes recouché mais le sommeil n’est pas venu tout de suite, bien sûr.

Au moment où vous alliez sombrer, le bébé s’est remis à pleurer de toutes ses forces. Votre partenaire a repoussé les couvertures, mais vous lui avez dit de laisser faire; de toute façon, vous étiez déjà réveillé. Vous avez détourné les yeux en passant devant la cuisine pour entrer dans la chambre du bébé et constater qu’il fallait à nouveau changer le lit. Rebelote. Vous vous êtes dit que le lendemain était dans deux heures et que la journée serait longue. En soupirant, vous avez attendu le sommeil qui tardait à venir. Pas besoin d’être des parents d’enfant en difficulté pour avoir expérimenté cela.

Le déni des parents

Le réveil a sonné à 5h30 le lendemain matin et vous avez eu l’impression que vous veniez juste de fermer les yeux. Quand l’alarme a percé votre sommeil comateux, vous vous êtes étiré le bras pour appuyer sur le bouton « snooze« . C’est ce bouton qui permet de repousser de 10 minutes le déclenchement de l’alarme et ainsi gagner dix minutes de sommeil de plus. Même si vous n’avez jamais utilisé ce bouton, vous connaissez ce puissant désir de rester couché « quelques minutes de plus… »

Le déni des parents d’enfant en difficulté, c’est souvent exactement ce moment de répit. On sait bien qu’il faudra finir par ouvrir les yeux. Il ne s’agit pas d’avoir renoncé à nos responsabilités; il s’agit de se laisser un peu de temps pour trouver la force de s’y remettre. Dans le déni, les parents ne croient pas vraiment que tout est parfait. Ils ne font que suspendre temporairement le poids écrasant de la réalité afin de refaire leurs forces avant d’affronter le froid glacial qui les attend à l’extérieur.

Le déni des parents, c'est un répit avant d'affronter le froid glacial qui les attend dehors.
Ils ne font que suspendre temporairement le poids écrasant de la réalité afin de refaire leurs forces avant d’affronter le froid glacial qui les attend à l’extérieur.
Quelle réalité pour les parents d’enfant en difficulté ?

Quand on considère qu’un parent est dans le déni, c’est en fait qu’il refuse de reconnaître la réalité telle que nous la décrivons à titre d’intervenants. Mais notre vision est limitée et ce que nous pouvons observer n’est qu’une petite partie de la réalité des parents.

Cette réalité est faite de milliers de choses dont nous n’avons pas la moindre idée. Et la plupart d’entre elles ne sont ni mesurables ni observables. Un conflit larvé au travail qui mine l’atmosphère; des désaccords avec le conjoint sur les façons d’agir avec l’enfant; une prise de poids qui la déprime; la femme de ménage qui a annoncé qu’elle ne pouvait plus venir. Et tant d’autres choses! La façon dont s’agencent et s’organisent ces milliers d’éléments de la vie des parents d’enfant en difficulté est également hors de notre portée.

Un espace sécuritaire

Joanie n’est pas la seule intervenante à vivre de la frustration quand les parents se retrouve dans un espace de déni. J’entends cela chaque fois que je donne la formation sur le travail d’empowerment avec les parents. Je peux certainement comprendre ça. Mais si l’on veut être utiles, il nous faudra renoncer à considérer le déni comme un obstacle à éliminer; et commencer à le voir comme un appel au répit.

L’expérience m’a appris que le déni des parents d’enfant en difficulté devant une situation vraiment difficile, c’est souvent la création d’un espace sécuritaire où le parent peut se déposer sans se sentir menacé ou écrasé par la pression. Un espace où ce qui est difficile est suspendu, en quelque sorte. C’est un répit que tous les humains s’accordent, de temps en temps, pour reprendre des forces.

En « snoozant », les parents épuisés nous disent qu’ils ont besoin d’une pause, d’un répit mental et affectif. Soutenons-les en reconnaissant leur besoin. Même en sachant que 10 minutes ne changent vraiment rien au manque de sommeil, ce sont les dix minutes dont nous avons besoin pour trouver la force de nous lever. C’est la même chose pour le déni.

Du temps pour se préparer
Les parents d'enfant en difficulté ont de très haute montagne à grimper

Au lieu de tirer sur les couvertures, respectons cet espace confortable, le temps qu’il faudra pour qu’ils puissent rassembler leur courage, leurs forces et leur énergie et affronter ce qui les attend à l’extérieur. Personne d’autre qu’eux-mêmes ne peut déterminer le temps dont ils auront besoin pour trouver le courage d’ouvrir les yeux et faire leur journée. Souvenons-nous des moments de notre propre vie où nous avons eu besoin du déni pour nous préparer à faire face au changement. C’est la même chose pour le déni des parents d’enfant en difficulté.

Quand nous sentirons l’agitation nous gagner parce qu’un parent « est dans le déni », résistons à l’envie de tirer toutes les couvertures pour l’obliger à ouvrir les yeux. Rappelons-nous que le déni est souvent une bonne chose. Il leur permet de faire une pause et rassembler toutes leurs forces. Et ils en auront besoin pour enjamber les montagnes qui se profilent à l’horizon de leur vie de parents.

services aux enfants en difficulté

Services aux enfants en difficulté et parents, difficile partenariat

Marie-Claude et Jean fréquentent déjà depuis un moment les différents services aux enfants en difficulté. Ils sont débordés par les comportements de PetitPierre, pour qui on vient de poser un diagnostic du trouble du spectre de l’autisme. Aujourd’hui, c’est la pédopsychiatre qu’ils rencontrent. Comme l’enfant prend un anxiolytique depuis cinq mois et qu’il est question d’ajouter une nouvelle médication, les parents de PetitPierre ont plusieurs questions. Mais la pédopsychiatre a répondu qu’elle n’avait pas le temps.

Ils sont donc repartis avec la prescription, un peu estomaqués. Quand ils annonceront plus tard qu’ils ne sont pas prêts à donner la nouvelle médication à leur fils, on dira qu’ils ne collaborent pas. Ils souhaiteront changer de pédopsychiatre; mais finalement, ce ne sera pas possible. Le partenariat entre les parents et les intervenants en est un forcé, bien sûr. Et il n’est pas toujours heureux.

Des services aux enfants en difficulté débordés

Dans une autre famille, on me consulte pour avoir des idées sur les meilleurs moyens de soutenir une enfant de quatre ans avec un diagnostic de trouble oppositionnels. Après 2h30 d’observation dans le milieu naturel, absolument aucun comportement d’opposition n’est apparu. Je demande qui a réalisé le diagnostic: un pédopsychiatre. Je demande s’il l’a observée seul ou en leur présence. Leur réponse me coupe les jambes : le pédopsychiatre n’a jamais rencontré l’enfant.

partenariat parents/services

En Centre jeunesse, cette pratique est monnaie courante. Et ailleurs aussi. Tout simplement parce que les services sont débordés. Ils font vraiment ce qu’ils peuvent. Et ça fait tellement longtemps qu’ils sont dans cet état que les professionnels qui y travaillent ont fini par trouver ces manquements comme normaux.

Le déséquilibre du pouvoir crée un gouffre

Quand on contrôle le temps et le contenu des rencontres, on détient pratiquement tout le pouvoir est entre nos mains. Toute notre bonne volonté et nos excuses organisationnelles ne changent rien au fait que les parents ont plusieurs raisons de se sentir bafoués. C’est comme un mariage forcé où l’un des deux partenaires posséderait la maison, le revenu familial et déciderait en plus de l’agenda de la famille. Je ne sais pas pour vous, mais moi je n’aimerais pas me retrouver dans ce genre de partenariat.


VOIR LA FORMATION :

« TRAVAILLER AVEC LES PARENTS

EN EMPOWERMENT »

Parfois, dans le tourbillon des dossiers de plus en plus nombreux sur notre bureau, nous tournons les coins ronds du côté des informations livrées aux parents. En toute bonne foi, nous croyons leur avoir dit l’essentiel. Mais si les parents sont vraiment les partenaires des services aux enfants en difficulté, ce devrait être eux qui décident s’ils ont assez d’informations.

Tout cela crée un fossé dans la communication. Il m’est arrivé souvent de constater que les parents ET les équipes soignantes étaient tous les deux scandalisés par le manque d’écoute et de collaboration de l’autre. Quelle tristesse.

Travailler sans les parents ?

Lors des formations que je donne, j’entends régulièrement le voeu secret de nombreux intervenants de « pouvoir travailler tranquille avec l’enfant sans avoir à négocier avec le parent. » J’entends de la détresse des intervenants dans ces mots désespérés. Je crois qu’on y arrive quand on oublie que ce sont nos services qui doivent supporter les parents dans leur travail; et pas l’inverse. Sans les parents, il n’y a pas de services aux enfants en difficulté, point. Les parents n’ont pas à obtempérer. Toutes les missions d’organisation soutiennent que les parents sont les premiers experts et décideurs dans la vie de leur enfant. Sauf que notre système n’agit pas en fonction de cette idée.

services aux enfants en difficulté

Notre réseau, institutionnel et communautaire, les considère au mieux comme un élément du dossier; au pire comme un obstacle au travail des services aux enfants en difficultés. Le rapport de pouvoir est totalement déséquilibré, au bénéfice des intervenant·es. Il faut bien constater que les parents n’ont pas beaucoup de moyens de parler d’égal à égal avec un intervenant, particulièrement avec un médecin. 

Il faut que cela change. Au bénéfice des enfants, d’abord. Et également pour notre santé mentale à tous. Parents et services aux enfants en difficultés ne se choisissent pas, c’est vrai. Et c’est à nous, les intervenants, de fournir un effort supplémentaire pour en faire un partenariat chaleureux.


kintsugi, précieuses blessures

Kintsugi: une alchimie des blessures transformées en or

Marie-Michèle a traversé une enfance éclatée en mille morceaux. Quand je la regarde pourtant, je pense au kintsugi restauré avec de l’or. Une véritable oeuvre d’art. Des centaines de milliers d’enfants cassés comme elle sont passés par la grande alchimie des blessures et des restaurations. Aujourd’hui, ses blessures transformées en or sont une éclatante démonstration de résilience. Même si elle ne le voit pas toujours.

Le Kintsugi est une technique ancestrale japonaise, qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses lignes de faille avec de la véritable poudre d’or. Au lieu de chercher à les masquer, les traces de brisure sont mises en évidence et donnent de la valeur à l’objet. Littéralement, le mot kintsugi veut dire « jointure à l’or » .

Kintsugi : un processus de restauration

Il s’agit d’un processus de réparation long et extrêmement précis, se déroulant en de nombreuses étapes. La guérison de nos blessures d’enfants ne prend-elle pas elle aussi beaucoup de temps à cicatriser? Comme il aura fallu de courage et de patience à ces enfants négligés, abandonnés ou maltraités, pour devenir des parents adéquats, des intervenants sociaux utiles, des enseignants généreux. Chacun peut voir les coulées d’or qui sillonnent leur personnalité; mais il n’y a que les autres « cassés » pour savoir qu’il ne s’agit pas de décorations. Oui, c’est un long processus délicat que celui de donner de la valeur à ce qui a failli nous tuer. Et aucune alchimie des blessures ne connaît de raccourcis.

Marie-Michèle et les autres ont récupéré leurs morceaux éparpillés et cherché le sens de chacun pour trouver sa place dans leur être. Une tâche délicate! Comme pour la reconstruction des poteries kintsugi, il arrive que des morceaux disparaissent à jamais. Ces « trous » , une fois comblés avec courage, deviennent les plus précieux de tous les sillons de leur histoire. Ce sont ces « manques » reconstruits qui leur permettent de devenir ces adultes aimants et protecteurs.

L’alchimie des blessures rend plus fort

Pourtant, ces hommes et ces femmes ne semblent pas réaliser à quel point leur parcours est précieux et digne de respect. Peut-être ont-ils appris que cet abandon ou cette négligence était honteux? Il est temps de leur rappeler qu’au bout du long processus de restauration, ils sont ressortis beaucoup plus solides qu’avant, avec leurs blessures transformées en or, comme un kintsugi.

En regardant ces morceaux éparpillés, l’artiste du kintsugi voit déjà la restauration. De la même façon, les personnes qui ont opéré la grande alchimie des blessures sont souvent capables de l’imaginer pour les autres. C’est ce qui fait d’eux de si bons intervenants psychosociaux, de si bons parents, de si bonnes infirmières. Ces hommes et ces femmes excellent quand il s’agit de travailler avec les blessures des autres. Tout simplement parce qu’ils ont pu faire de leurs cicatrices une source de sens, de force et de valeur.

kintsugi, alchimie de nos blessures transformées en or

Des blessures transformées en or


On a pu croire un jour que notre intégrité était perdu à jamais; mais il n’en est rien. On a peut-être laissé entendre devant nous que ce qui était cassé était perdue. Hé bien, ces enfants brisés devenus des adultes rayonnants sont la preuve qu’en choisissant la vision artistique du kintsugi, les humains sont honorés comme des oeuvres et restaurés avec patience et amour.

Alors, ceux et celles qui les croisent peuvent voir, émerveillé·es, des blessures transformées en or. Imaginez l’espoir que cela peut offrir.

Dans cet esprit, nous devenons, pour tous ceux que nous croisons, des témoins de tous les formidables possibles. Nous témoignons de la fin de la honte; de l’incroyable beauté révélée par le passage du temps sur nos plaies. Quand nos compagnons de route découvrent notre regard de bienveillance sur les traces d’usures que nos blessures ont laissées, alors ce regard devient possible pour eux aussi.


Nos lignes de faille deviennent nos lignes de force.

kintsugi, alchimie des blessures

Marie-Michèle se désole souvent de ne pas être la femme que je voudrais être. Mère parfaitement accueillante, conjointe parfaitement aimante et intervenante parfaitement compréhensive. C’est parce qu’elle oublie que la restoration ne cherche pas à reproduire la perfection. Bien au contraire, elle mise sur nos misères, nos imperfections et l’inestimable valeur que tous ces
« manques » apportent à notre vie. Ce sont ces traces visibles et magnifiées qui nous rendent uniques, précieux et irremplaçables.

À toutes les Marie-Michèles qui ont été des enfants abusés et maltraités, et qui ont recollé leurs morceaux avec de l’aide et beaucoup de patience; à tous les adolescents agressés, abandonnés ou négligés qui cherchent sans relâche à se tourner vers la lumière; à tous ceux et toutes celles qui ont accepté de marcher dans le feu de la grande alchimie des blessures; sachez que vous n’êtes pas simplement des enfants, des ados et des adultes cassés. Redressez-vous et relevez la tête.

Chacun de vous est un kintsugi vivant et vos sillons d’or m’éblouissent.

Je vous vois. Je vous honore. Et je vous aime.

Y a-t-il un développement du parent ?

On parle souvent du développement de l’enfant et presque jamais jamais du développement du parent. Pourtant il existe bel et bien une courbe développementale, c’est-à-dire de progression, qui va bien au-delà de la simple accumulation d’informations. Exactement comme l’enfant se définit comme personne à mesure de son développement, avec ses particularités, ses croyances et ses modes d’interactions sociales; de la même façon, un parent se définit comme parent au fil des étapes de développement de cette grande aventure.

Le développement du parent : plus qu’une accumulation d’information

Le monde de la parentalité est loin d’être le terrain plat que les penseurs et pédagogue du développement de l’enfant semblent croire. L’image que nous entretenons à propos de ce modèle laisse croire que le contenu, les compétences et les informations s’ajoutent et se contruisent sans que le parent lui-même, sa mentalité et ses interactions au monde ne changent. Malgré l’absence de données de recherches sur le sujet, je suis convaincue que ce n’est pas le cas.

La courbe d’apprentissages des parents ne se résume pas à des couches d’informations qui s’accumuleraient les unes par-dessus les autres. Au contraire, je crois qu’il s’agit de quelque chose de tout aussi organique que l’apprentissage du langage ou le développement de l’empathie.

Tâche ou espace de développement ?

Cependant, nous abordons généralement l’expérience parentale comme s’il s’agissait d’un espace séparé du reste de sa vie, étanche et indépendant. Séparé de tout le reste, la parentalité ne devient-elle pas une simple tâche à réussir? Si l’on nourrissait plutôt une vision développementale de la parentalité, alors ces pères et mères pourraient avoir une perspective de progression par rapport à leur rôle. Cette façon de voir leur permettrait de repousser l’écrasant sentiment de devoir combler les milliers de recommandations établies pour le meilleur développement de l’enfant. réduit trop souvent le parent à une tâche.

développement du parent

Avec une vision développementale organique du rôle parental, chaque parent pourrait se placer dans une perspective d’apprentissage de leur développement du parent. Au lieu de cela, la plupart des parents doivent l’être malgré tout le reste de la vie et se sentent incompétents la plupart du temps.

Le tout plus grand que la somme des parties

Le parent qui se présente à une rencontre avec l’enseignant est aussi l’amoureux ou l’amoureuse de quelqu’un, et la qualité de cette relation amoureuse a certainement un impact sur son rapport à l’enfant. Ce parent est peut-être aussi un·e employés qui vient de perdre son travail; ou une personne qui travaille 79 heures par semaine parce que son entreprise est en démarrage. C’est peut-être quelqu’un dont l’empathie est surutilisé ces temps-ci. Mais personne n’abordera ces questions. Le privant ainsi d’une masse de connaissances et d’expériences utiles à son rôle parental.

Voir les détails de la formation:
«  Travailler avec les parents en empowerment »

Développement après 35 ans ?

La parentalité est à la fois partie prenante de la croissance humaine et en même temps, elle possède un champs d’exploration unique. Comment se fait-il qu’on parle assez peu du développement de la personne après 30 ans ? Précisément dans ces années où nous agissons le plus sur notre monde.

Dans sa théorie du développement psychosocial de la personne pour les 35 – 65 ans, Erikson parle du stade:  » Attention; Générativité versus Stagnation « . J’ai envie de hurler de rire à l’idée qu’il n’a pu imaginer qu’un seul stade de développement entre 35 et 65 ans! En plus, dans sa démonstration, il place la parentalité sur le même pied que l’implication sociale! Ayoye. On repassera pour le développement du parent.

Le développement est organique

Je peux vous assurer que la parentalité a modelé la personne que je suis et suscité des vagues de développement qu’aucune implication sociale n’aurait pu susciter. Pendant toutes ces années, mon développement s’est poursuivi; ma parentalité tissant la personne que je suis en modfiant tous les autres champs de ma vie. Et vice versa. Tout est dans tout, comme disait Raoul Duguay; ma parentalité altère la courbe de mon développement affectif et sociale, entre autres; et ma vie sociales altède ma courbe développementale de parent.

Les parents ont leur propre courbe de développement du parent. Cette évolution est organique et n’est pas séparé du reste de sa personne. Je veux en tenir compte dans mes interventions.

devenir de meilleurs humains

Faire du pain et devenir de meilleurs humains

Devenir de meilleurs humains, c’est comme tisser une immense toile. C’est vers la fin qu’on voit le motif. À l’époque où mes enfants étaient tout-petits, je faisais du pain tous les mercredis. Du vrai pain, pétri avec mes mains et mes poings. C’est Heidi, une amie suisse, qui m’avait initiée à tous les enseignements qu’on peut trouver dans cette activité. Et ce n’était que le début. Faire du pain m’a rendue meilleure, de toutes sortes de façons. Meilleure mère, meilleure intervenante, meilleure formatrice. Une meilleure humaine, finalement.

L’attente qui nous transforme

Faire du pain prend du temps. Le temps de mélanger la farine puis la levure. Le temps de pétrissage, qu’on voudrait toujours écourter, mais qui requiert chaque minute si l’on veut obtenir un beau pain qui lève bien. Surtout du temps à attendre que la levure fasse son travail.

En faisant du pain chaque semaine, j’ai appris que rien ne remplace le temps que l’on met à créer quelque chose et la valeur qu’il donne aux choses. La fabrication du pain ne peut pas vraiment s’accélérer ou trouver un raccourci. L’attente fait partie du processus. De tous les processus; qu’il s’agisse d’élever des enfants ou de soutenir une femme qui accouche. J’ai appris qu’il « se passe quelque chose » pendant ces périodes d’attente et de silence. Quand on a compris que le processus de croissance requiert que nous nous retirions et nous taisions, alors je crois que nous devenons de meilleurs intervenants. Quand on accepte finalement que nous ne sommes pas ce qui fait arriver la vie, alors on a des chances de devenir de meilleurs humains.

La douleur des dernières minutes

Les deux dernières minutes de pétrissage sont toujours les plus longues. Parce que, rendu là, j’ai les bras morts. J’ai bien essayé de les éviter, mais le pain ne lèvera pas si on arrête avant d’avoir pétri tout le temps nécessaire.

Ces deux dernières minutes où les muscles de mes bras brûlent de douleur sont comme les deux dernières minutes de poussée à l’accouchement, quand on pense avoir tout donné déjà, mais qu’il faut continuer; les deux derniers kilomètres d’un marathon épuisant à 30° pour lequel on s’est pourtant entraîné; ou encore les deux dernières minutes de révision à la fin d’un examen de fin d’année.

Faire du pain c’est comme la vie, la parentalité et l’intervention psychosociale : il n’y a pas de raccourci. J’ai appris que le résultat est dans le processus et que ces pénibles dernières minutes sont bien plus que de la douleur. Elles sont le processus grâce auquel l’espace s’ouvre sur la suite. La douleur n’est pas la souffrance; elle est un levier qui nous soulève vers la prochaine étape. La douleur nous apprend à devenir de meilleurs humains.

devenir de meilleurs humains
Nourrir le sens des choses

Faire du pain, c’est travailler pendant trois heures sur quelque chose qui sera dévoré en 20 minutes. Beaucoup de travail et bien peu de gloire. Dans l’intervention sociale aussi, on met beaucoup d’énergie et d’attention, souvent sans jamais voir le résultat. Faire du pain m’a appris que le sens de mes actions se trouve dans le processus, pas dans le résultat. C’est au cours de toutes ces rencontres que la valeur de mon intervention se trouve, pas dans le résultat. C’est dans les milliers d’heures passées à rire et pleurer avec mes enfants que se trouve la valeur de notre lien et nulle part ailleurs, surtout pas dans leurs résultats scolaires. Voilà pourquoi faire du pain permet de devenir de meilleurs humains

Devenir de meilleurs humains

Faire du pain m’a appris l’humilité. Je peux faire tout ce qu’il faut et ça ne donne pas ce que j’espérais. Je ne suis pas celle qui contrôle la suite des choses ou leur aboutissement; mon action n’est pas le seul déterminant. Ni avec mes enfants, ni avec les personnes que j’accompagne et encore moins avec ma propre vie.
Je peux pétrir de toutes mes forces et avec tout mon coeur; y mettre tout le temps qu’il faut; le processus ne m’appartient pas. Cet apprentissage m’a aidé à faire la paix avec de nombreuses choses.

Pourquoi se donner du trouble alors que des machines existent ?

Après le pain, j’ai fait de la broderie, une autre chose « inutile » que les machines font aisément. Et après la broderie, j’ai fait du tricot; et ensuite des poupées de laine cardée. Ces dernières semaines, je me suis remise à la broderie irlandaise. Pourquoi se donner tout ce trouble alors qu’on peut passer simplement à la boulangerie ou acheter des serviettes de table brodées à la machine pour presque rien? Parce que, vous l’avez compris, il ne s’agit pas vraiment d’avoir du pain ou de la dentelle. Il s’agit de ce qui nous permet de devenir de meilleurs humains.

Ce sont les choix que l’on fait qui nous font, au final. Et dans ces choix se trouve ce que nous faisons de notre temps. Nous devenons ce que nous faisons. Qu’est-ce qui fait de vous de meilleurs humains?

8 moyens d'aider les parents anxieux

Parents anxieux : 8 choses qui aident

L’anxiété parentale est une condition qui rend la vie difficile, c’est vrai. On a parfois l’impression de courir un sprint, mais seulement à l’intérieur de nous-mêmes. Cependant, les parents anxieux peuvent développer de tout petits gestes qui améliorent la vie.

Avez-vous le sentiment d’être épuisés sans qu’il ne se soit apparemment rien passé de visible ? Votre ventre se serre-t-il souvent à propos d’une liste sans fin d’inquiétudes ?
Pour un parent, cela peut sérieusement altérer sa joie d’avoir des enfants et son lien avec eux. Si c’est votre cas, vous n’êtes pas la/le seule ! Voici 8 petits gestes qu’on peut faire chaque jour et qui aident à diminuer l’anxiété. Peut-être que certains vous paraîtront ridicules… Ok. Essayez-les quand même. Parce que le plus important quand on est un parent anxieux, ce n’est pas d’éviter le ridicule, n’est-ce pas ? Et puis, qu’avez-vous à perdre ?

1. Lorsque les parents anxieux se réveillent le matin

Leur esprit commence instantannément à faire et refaire sans cesse la liste de choses à faire: partir une brassée de lavage, le dentiste qu’il faut appeler, qui va reconduire les enfants se matin, j’ai oublié de sortir les poubelles, etc. Dans ce cas, respirez à fond. Portez votre attention sur le moment. En utilisant vos cinq sens, identifiez ce qui se passe autour de vous : quels sons entendez-vous tout près et au loin, quelle lumière y a-t-il dans votre chambre ? Y a-t-il des rais de lumière qui s’échappent des lattes du store ? Utilisez vos sens les uns après les autres.

Et la texture des draps, comment est-elle ? Froide, douce, légère, lourde ? Quelles portions de votre peau sont couvertes et celles non couvertes ? Quelles différences y a-t-il sur le plan des sensations pour ces différentes portions de votre corps ? Vous voyez le genre. Faites-en un rituel de quelques minutes. Cela peut vraiment aider à atténuer l’obsession et dissiper le sentiment d’angoisse que les parents anxieux expérimentent au réveil.

2. Cherchez ce qui vous fait rire facilement
Faire rire les parents anxieux

… en visitant une page Web amusante sur Facebook ou une bande dessinée qui vous fait rire. Il y a même des applications que vous pouvez télécharger pour vous amuser. L’idée est de rire et ainsi, de sortir de notre tête. Quand l’anxiété veut pointer son nez, rire fait rapidement baisser la tension. En présence des enfants, on peut même leur demander de participer en nous faisant un concours de grimaces ou encore en leur lançant le défi de nous faire rire. Ça m’étonnerait que vous ne riiez pas ! De cette façon, c’est votre anxiété parentale qui vous permet de passer du bon temps avec vos enfants!



3. Plongez dans des souvenirs heureux.

Choisissez trois ou quatre souvenirs qui vous font sourire rien qu’en y pensant. Les miens sont une journée de glissade avec mon aîné qui avait 5 ans ; une journée de voile formidable avec mes amis et les heures qui ont suivi la naissance de Raphaëlle, si paisibles et suspendues dans le temps. Il s’agit ensuite de « rentrer » dans chacun de ces souvenirs le plus profondément possible afin de s’immerger dans le sentiment de bonheur. Repasser ensuite le scénario de ces souvenirs dans les détails pour y consacrer au moins trois minutes. Ça marche vraiment bien parce que le cortisol présent chez les parents anxieux ne peut pas être sécrété en même temps que la dopamine, l’ocytocine et la sérotonine que sécrète notre cerveau quand nous sommes plongés dans un souvenir heureux.

souvenirs heureux pour parents anxieux


4. Effectuez une tâche à la foi
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N’essayez pas de remporter le championnat du multitâche. Faire plusieurs choses en même temps n’est pas la marque d’une intelligence supérieure ! Cela ne fera qu’aggraver votre anxiété. L’image du parent pieuvre qui plie du linge tout en préparant le souper et en prenant rendez-vous chez le dentiste pour les enfants, c’est du folklore. Remarquez bien que ceux et celles qui mènent trois tâches à la fois ne sont pas vraiment plus productifs, ils sont le plus souvent, simplement plus agités que la moyenne. Et de toute façon, la recherche nous apprend que la plupart d’entre nous n’y arrivent pas !

Une seule chose à la fois devrait être le mantra de tous les parents anxieux.



5. Utilisez l’énergie de votre anxiété.
 


On sait tous que faire semblant que nous ne sommes pas anxieux ne diminue pas du tout l’anxiété, au contraire, cela l’aggrave. Cependant, cette anxiété, c’est aussi une grande quantité d’énergie déployée et donc, qui peut être disponible pour autre chose que s’inquiéter. Faites une courte liste d’activités qui doivent être faites et demande de l’énergie (laver le plancher de la cuisine, passer la tondeuse, ramasser les feuilles mortes, etc.) et dès que vous sentirez monter la prochaine vague d’anxiété, allez vers une de ces tâches. Ainsi, on fait quelque chose de constructif tout en détournant l’énergie.



6. Si l’anxiété vous fait manger quand vous n’avez pas faim

Il vaut mieux traîner dans votre sac ou dans vos poches une collation saine : pomme, carottes, craquelins de sésames. Dans de nombreux cas, les parents anxieux attraperont la première chose à portée de main ; autant en garder une proche qui soit saine. Les pommes, les carottes et les craquelins sont excellents, car ils donnent à votre bouche quelque chose de croustillant à croquer tout en apportant des fibres et des vitamines à votre corps.



7. Bougez!

Cela peut être quelque chose d’aussi simple qu’une promenade dans votre quartier ou 20 minutes de danse dans votre salon. Vous n’êtes pas obligé de vous abonner à un gym. La recherche est formelle là-dessus, l’activité régulière, de moyenne à intense, fait diminuer l’anxiété. Vous croyez que vous n’avez pas le temps ? Jouer avec vos enfants ! Des jeux physiques comme le chamaillage, le hockey de rue, le basket, la danse, une bataille d’oreiller. Comme ça vous faites d’une pierre deux coups : vous diminuez votre anxiété parentale et vous passez du temps de grande qualité avec vos enfants !



8. N’ayez pas honte de votre anxiété.


La différence entre la honte et la culpabilité, c’est que la culpabilité nous fait regretter des actions alors que la honte nous fait regretter ce que nous sommes. La honte n’améliore jamais rien, mais elle empire à peu près n’importe quelle situation. Y compris l’anxiété. Accepter tout ce que vous êtes fait diminuer de façon significative le niveau d’anxiété parentale. C’est difficile d’accepter ? Oui, je sais. Ce qui m’aide, c’est de me souvenir que je veux enseigner à mes enfants à aimer ce qu’ils sont et se trouver formidable. Ce ne sont pas les compliments qui leur apprennent cela ! La seule façon, c’est de m’aimer moi-même avec tout ce que je suis ; les parties lisses et les parties pleines de bosses. C’est tout cela qui me rend formidable ! Honorez tout ce que vous êtes ; ça fait des enfants vraiment forts.

Le rétablissement se transmet aux enfants

Oui, c’est difficile de vivre avec l’anxiété. Nos conditions parentales peuvent faire augmenter ou diminuer notre niveau d’anxiété. Mais rappelons-nous que nous ne sommes pas entièrement soumis aux conditions extérieures, loin de là ! Passez à l’action et essayez quelques-unes de ces suggestions et voyez ce qui vous aide. Et rappelez-vous que, malgré les apparences, il n’y a pas de parents parfaits.

Vous êtes beaucoup plus que votre anxiété. Et vous n’êtes pas juste des parents anxieux. Vous êtes des parents généreux, drôles, soutenants, aimants, intéressés, alouette. Ne réduisez pas votre personne à cette caractéristique ; plus on laisse de place à l’anxiété, plus elle en prend. Vous savez déjà que l’anxiété, comme beaucoup d’autres conditions en santé mentale, se transmet facilement aux enfants. Mais on oublie souvent de dire que l’attitude et les gestes qui diminuent l’anxiété se transmettent aussi facilement !

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