arroser le bambou

Ne tirez pas sur les fleurs

 

Grandir demande du temps. Et c’est du temps qu’on ne peut ni compresser ni réduire. Si vous voulez un jardin, ne tirez pas sur les fleurs. Aux petits matins frileux de l’hiver, quand mes enfants étaient tout-petits, je menais une course effrénée pour arriver à temps. « Dépêche-toi, dépêche-toi! » Je devais bien le leur répéter vingt fois dans l’heure qui précédait le départ pour la garderie. « Mets tes bottes, mets ton manteau! Dépêche-toi! » Il fallait toujours se dépêcher, aller plus vite. Les avais-je mis au monde pour participer à un interminable marathon?

Grandir demande du temps. Il faut à la nature plus d’une trentaine d’années pour mener un arbre à sa pleine maturité. Et parfois davantage. Mais l’humain a inventé des machines qui permettent de l’abattre en moins de deux minutes. De la même manière, il faut de très nombreuses années pour mener un enfant à l’âge adulte. Et, lui aussi, il en faut bien moins pour l’abattre.

 

Autonomes à 4 ans?

Comme nous sommes pressés! À peine est-il né qu’on examine le petit à la lumière d’une courbe de croissance. On se pavane s’il marche à 7 mois. On angoisse s’il ne babille pas à 12. On fouille dans les dernières parutions pour trouver le truc qui stimulera sa croissance. On veut le rendre « autonome » à 4 ans et l’on ne se sent plus de joie s’il sait déjà lire avant sa première année d’école.

Comment s’étonner alors que les petites filles veuillent se maquiller à 8 ans et avoir leur première relation sexuelle à douze ans? Nous avons tiré nos enfants vers l’âge adulte de toutes nos forces en les faisant participer à des décisions qu’ils n’ont pas à prendre, en les exposant à des images que leur développement affectif et moral ne peut pas soutenir. Grandir demande du temps. Ne tirez pas sur les fleurs.

 

Ce qui est important prend du temps

Nous en sommes venus à croire que le rythme lent de la croissance était un obstacle qu’il nous fallait abattre. Les êtres vivants ont pourtant leur propre rythme depuis des milliers d’années, l’avons-nous oublié? Rien de ce qui importe vraiment dans la vie ne se fait rapidement. Partager un bon repas demande des heures de cueillette, de préparation et de cuisine. Aimer ses amis exige des années d’épreuves partagées et de conversations, parfois faciles et parfois difficiles. Ces liens tirent précisément leur valeur du temps que nous y avons mis.

ne tirez pas sur les fleurs, grandir demande du tempsÉlever un enfant est du même ordre et requiert des milliers de nuits sans sommeil et de jours attentifs. L’estime d’un petit enfant jaillit très lentement de ces encouragements répétés sans fin; de ces larmes essuyées doucement; des rêves portés pendant des mois et des milliers de chagrins consolés.

 

Ne tirez pas sur les fleurs

La confiance d’un enfant se construit avec ces milliers de gestes posés chaque jour pour nouer un lacet, remonter une couverture sous le menton, souffler sur un bol de soupe trop chaude. Grandir demande du temps. En les tirant sans arrêt vers une maturation rapide, ne sommes-nous pas à l’image de ces idiots qui croient faire pousser la fleur plus vite en tirant sur sa tige?

Tous les enfants n’ont qu’un souhait : devenir grands, le plus vite possible. Ils voient tout ce qu’ils ne peuvent pas encore faire. Et c’est nous qui leur avons pointé cela du doigt.

L’enfance n’est-elle donc qu’un purgatoire où il faut « faire son temps » ? En les tirant vers la maturité, nous les privons de leur univers légitime : insouciance, légèreté, candeur, spontanéité. Et cet arrachement n’est pas sans prix. Il est si tentant de croire que plus vite, c’est mieux. Nous tirons tant d’orgueil de leur précocité. Mais je me demande si nous mesurons bien la pression que cette course à la performance exerce sur nos enfants. Les diagnostics d’anxiété et de dépression infantile ne cessent d’augmenter. Non, cet arrachement de l’enfance n’est pas sans prix.

 

Ce sont les enfants qui paient le prix

Une fleur prendra toujours toute une saison à se déployer sous le regard émerveillé des humains. Et il faudra toujours de nombreuses années pour qu’un jardin devienne celui qu’on a voulu faire. Si vous souhaitez qu’il se déploie pleinement, ne tirez pas sur les fleurs. Parce que c’est toujours la fleur qui meurt, jamais celui qui l’a arrachée.

Je veux bien que l’enseignante de maternelle s’étonne que mon petit ne sache pas encore écrire son nom. Je veux bien chercher désespérément des vêtements de petite fille de 9 ans qui ne soient pas « sexy ». Je suis même prête à ne pas engueuler trop fort l’orienteur quand je vois un jeune de 15 ans angoisser sur ses choix d’options scolaires et leurs répercussions sur son avenir.

Mais quand une enfant de neuf ans me glisse à l’oreille qu’elle est fatiguée de vivre avec tout ce qu’il y a à faire et qu’elle n’y arrive pas; quand un petit garçon de quatre ans s’endort le soir en espérant ne pas se réveiller; quand une enfant de 11 ans est médicamentée pour un trouble généralisé d’anxiété… Alors j’ai envie de hurler. Qu’avons-nous fait de ces fleurs qui nous étaient confiées?

 

 

compassion d'un enfant

La compassion d’un enfant

La compassion et l’empathie sont innées chez les enfants, nous le savons depuis longtemps. Elle apparaît chez les enfants dès l’âge de 18 mois et, avec elle, la compasssion se manifeste. Et elle est contagieuse. L’autre jour, j’ai vu toute une salle d’urgence être contaminée par la bonté d’un enfant de 5 ans.

Mathis attendait patiemment sur la chaise en plastique de la salle d’attente, serrant Charlie, son lapin de coton, contre son visage. Après une mauvaise chute, ses parents avaient filé à l’hôpital et toute la famille attendait son tour en radiologie. Trois rangés plus loin, un enfant de trois ans pleurait à chaudes larmes depuis un petit moment déjà. Visiblement fiévreux, il en avait marre et voulait à la fois être sur sa mère et ne pas y être. Vous voyez ce que je veux dire?

La réponse du corps à la compassion et l’empathie

Mathis l’a d’abord regardé avec attention. Puis, sur son visage, j’ai vu apparaître lentement la bienveillance et l’empathie. Si vous êtes un tout petit peu attentif, vous verrez l’empathie apparaître littéralement. D’abord les traits s’adoucissent, les sourcils se soulèvent un peu, les lèvres se desserrent et le corps se penche légèrement vers l’objet de sa compassion. Tout cela sans que Mathis ne s’en aperçoive. Je suis concerné par la souffrance de l’autre, voila le message qui déclenche spontanément une série d’actions dans tout le corps. À cinq ans, Mathis manifeste déjà tous ces signes de compassion et d’empathie. Le chagrin de ce petit enfant inconnu lui donne accès à cette habileté millénaire de l’humanité : la compassion et l’empathie.

Dès cet instant où l’on reconnaît la souffrance de l’autre et qu’on se sent concerné par elle, le cortex moteur se met en branle et nous inspire le désir de la transformer. Si l’on avait pu voir le cerveau de Mathis à ce moment-là, on aurait vu qu’il sécrétait de l’ocytocine, l’hormone de l’empathie qui nous donne envie d’aller vers les autres et de les aider. On aurait vu aussi une intense activité d’intégration neuronale. Ça veut dire, très simplement, que l’exercice de la compassion améliore notre capacité à comprendre tout le reste de la vie! On verrait le nerf vague de Mathis ralentir son rythme cardiaque et la respiration, et son système immunitaire être boosté. Le corps génère une séquence de réponses physiologiques qui stimule et soutient la compassion des humains. Si cela n’est pas merveilleux, alors je ne sais pas ce qui l’est.

Merveilleux et fragile

C’est vrai pour les enfants de 18 mois; et c’est vrai pour nous aussi. Sauf que plusieurs choses perturbent ce fabuleux système de réponse devant la souffrance. D’abord les normes culturelles, les tabous et les traditions Par exemple si on vous a appris que les gens de la ville sont dangeureux, vous aurez bien de la difficulté à vivre de l’empathie au centre-ville. Ensuite les préjugés, les stéréotypes. Dans une culture raciste par exemple, l’empathie aura beaucoup de difficulté à surgir devant la souffrance ou la détresse d’une personne racisée. Finalement notre histoire personnelle également. Car si nous avons dû survivre tout seul, il y a bien des chances que notre cerveau perçoivent les autres comme des menaces. Dans ce cas, la compassion et l’empathie ont très peu de chance de se manifester.

Le spectacle de la compassion d’un enfant

De retour dans la salle d’attente de l’urgence, le désir d’agir sur la situation avait maintenant atteint un point limite pour Mathis. Sans un mot, il a laissé glisser ses fesses de la chaise jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol. Et Alors, tenant Charlie contre son cœur, il a marché vers le Petit-Inconnu de trois ans. Tout le monde avait les yeux fixés sur lui; tous surpris par cette rupture avec la convention qui veut que tout le monde fait comme s’il n’y avait personne d’autre; on évite le regard des autres. Mathis lui, ne l’a pas quitté des yeux. Et là, il marche jusquà Petit-Inconnu. Immobile pendant une seconde, il tend finalement Charlie, à bout de bras, à ce petit enfant qu’il n’a jamais vu de sa vie.

la compassion et l'empathie et la compassion d'un enfant

Les pleurs ont cessé immédiatement. Après trois ou quatre secondes d’immobilité totale, Petit-Inconnu a tendu la main vers le lapin pour s’en saisir. Et les deux garçons se sont regardés comme s’ils étaient seuls au monde. Et sans doute l’étaient-ils…

Les recherches ont démontré que la compassion se manifeste envers des individus et pas des idées. Mathis n’aurait jamais eu envie d’offrir quelque chose pour « les enfants malheureux », mais il a donné son lapin préféré pour ce petit garçon-là. Un petit garçon en chair et en os, qui pleurait et dont Mathis voyait la souffrance.

Notre humanité résonne à l’humanité de l’autre

C’est pour la même raison que 75% des soldats en zone de combat refuse de tirer sur un ennemi devant eux et dont ils voient les traits du visage: parce que c’est notre propre humanité qui résonne devant l’humanité de l’autre.

Sur le visage de Mathis, une profonde et joyeuse satisfaction irradiait. Son père a passé sa main dans les cheveux de ce fils dont il est fier. Pas un mot de plus. Et c’est suffisant pour que le sentiment de perte d’un objet tant aimé soit considérablement réduit et disparaisse presque derrière le sentiment de joie qu’à généré son acte. Les recherches ont démontré que plus l’acte de gentillesse demande d’effort et plus il est coûteux, plus il apporte de satisfaction et de joie. Offrir son lapin préféré est extraordinairement coûteux pour un enfant de 5 ans.

C’est pour cette raison que Mathis est rayonnant: parce que son lapin Charlie a de la valeur pour lui. Une chance que le papa de Mathis a retenu à temps la maman qui s’élançait pour empêcher l’offrande! (Mais c’est son toutou préféré!!!) Donner quelque chose qui n’a aucune valeur pour nous, ce n’est pas un acte de générosité, c’est du recyclage. En lui caressant la tête silencieusement, au lieu de le couvrir d’éloges, le papa a préservé cette empathie naissante chez Mathis. On sait aujourd’hui que les sentiments de vanité et de fierté mettent fin à la séquence physiologique: fin du sentiment de satisfaction, accélération des battements cardiaques et du rythme respiratoire, dépression du système immunitaire. Ça veut dire que si ses parents s’étaient pâmés de compliments devant son incroyable générosité, Mathis aurait perdu tous les bénéfices de l’empathie qu’il porte. La bienveillance et la bonté d’un enfant sont des choses fragiles.

La compassion et l’empathie améliorent la santé

Le plus beau, c’est que les recherches ont prouvé ce que vous savez déjà: la compassion et l’empathie sont contagieuses. Plus on y est exposé, plus nous posons nous-mêmes des gestes de compassion. Donc, si je laisse monter l’empathie en moi, j’active un système physiologique qui préserve la santé de mon cœur; augmente l’efficacité de mon système immunitaire; apporte un sentiment de joie et de satisfaction; et, en plus, facilite le déclenchement de la même séquence physiologique chez ceux qui m’entourent! Ça vaut la peine de se lâcher lousse, vous ne croyez pas ?

Quand j’ai vu Mathis donner son lapin puis rayonner de joie, je me suis rappelé que la compassion est innée. Et que ce sont les interventions des tiers qui l’affaiblissent et finissent par l’engourdir complètement. Quand on se fait dire « qu’on ne fait pas ça »; quand on se fait retenir par le bras au moment où on veut s’avancer vers une personne couchée par terre, par exemple. Ou encore, chaque fois que j’ai vu mes parents passer devant une personne itinérante et faire un effort pour ne pas la regarder. C’est comme ça qu’on engourdit l’empathie, le plus puissant système d’entraide de toute l’histoire de l’humanité, gratuit, efficace et qui améliore notre santé.

La prochaine fois que votre enfant manifestera le désir d’aider quelqu’un, ça vaudrait la peine de faire un effort pour le laisser faire. La compassion d’un enfant est contagieuse. Alors, laissez-vous contaminer! Quand l’empathie ralentira vos battements cardiaques, laissez-vous faire. Même si « ça ne se fait pas ici ».  Même si c’est difficile. Ou que ça coûte quelque chose. Même si ça prend du temps sur notre propre agenda et qu’il faudra manquer notre bus.

Tout simplement parce que la compassion et l’empathie rendent la vie meilleure pour tout le monde.

actes de gentillesse

Développer l’empathie des enfants

 

L’empathie des enfants est innée, le saviez-vous? Les dernières recherches ont démontré que Piaget avait tort; l’empathie des enfants se développe bien avant le stade opératoire concret (vers l’âge de 7 ans). Même très jeunes, les humains manifestent spontanément le désir d’aider les autres.  On peut l’observer ici le plus simplement du monde chez l’enfant de 18 mois.  Alors comment se fait-il que nos jeunes ados et même les jeunes adultes semblent manifester si peu cette tendance? On les trouve généralement égoïstes, mais je ne suis pas certaine du tout que ce soit vrai. Sauf que si l’empathie des enfants est innée et que les jeunes adultes ne semblent pas la manifester, alors on peut se demander comment ils ont fini par arrêter de poser tous ces petits actes de gentillesse. Une partie de la réponse est très simple.

L’empathie des enfants et les actes d’aide et de gentillesse

Ce sont généralement les adultes qui bousillent la gentillesse naturelle des enfants et nuisent à leur empathie. Évidemment, on ne le fait pas volontairement! On croit probablement qu’il faut « apprendre » l’empathie aux enfants au lieu de lui permettre de se développer. Ainsi, on interfère avec un processus naturel. Et alors, le processus fonctionne moins bien, voire même, plus du tout. Voilà pourquoi il est inutile d’essayer de convaincre un enfant que poser des actes de gentillesse apporte de la joie. Tout ce qu’on a à faire, c’est de lui permettre d’expérimenter cette joie! Et voici comment. Les résultats d’une étude canadienne, réalisée en 2012, suggèrent trois choses étonnantes qui devraient changer notre façon de faire.

1) Donner rend les enfants heureux

Non seulement l’empathie des enfants est spontanée, mais en plus elle augmente le sentiment de joie. En effet, chaque fois qu’un enfant pose l’acte d’aider ou de donner, le cerveau sécrète un petit cocktail de bien-être : dopamine et endorphine. La récompense est donc instantanée et liée directement à l’acte. C’est vrai aussi chez l’adulte : souvenez-vous de votre sentiment la dernière fois que vous avez ouvert la porte à quelqu’un qui avait les bras chargés ou aidé un enfant perdu dans la foule à retrouver ses parents. (OMG! C’était quand la dernière fois?)

La récompense est dans l’acte lui-même. Et c’est pour ça que si on nous remercie d’avoir aidé quelqu’un à ramasser ses papiers qui s’étaient éparpillés par terre par accident, nous répondons « ça me fait plaisir ». C’est parce que ça fait vraiment plaisir! On se sent bien quand on réalise des actes de gentillesse. N’est-ce pas vraiment chouette de comprendre que notre cerveau est construit pour manifester de l’empathie!

l'empathie des enfants et actes de gentillesseComment soutenir l’empathie des enfants une fois qu’on sait cela? Peut-être faut-il leur permettre davantage d’aider et d’offrir son aide. Si on ralenti un peu notre réponse, face aux petites difficultés, peut-être que les enfants auront le temps de nous offrir leur aide. Et alors, comme dans la vidéo, ils pourront poser l’action que leur nature même leur dicte : aider.  Peut-être pouvons-nous compter davantage sur eux et sur leur aide plutôt que de leur offrir un environnement où l’adulte résout tous les problèmes tout seuls. Et j’y pense, la participation des enfants aux tâches ménagères n’apparait-elle pas alors comme une activité de développement de l’empathie des enfants ?

2) Plus l’acte de donner est « coûteux », plus il génère de joie chez l’enfant qui donne

Cette étude a également mis en évidence que plus l’acte de gentillesse demande d’effort, plus il apporte de la joie. C’est-à-dire que plus l’enfant doit « travailler » pour aider, plus ça le rend heureux. Par exemple, imaginons que j’échappe une épingle à linge par terre. Mon petit la voit tomber, me voit vouloir la ramasser et s’avance spontanément pour m’aider en la ramassant. Plus ce sera difficile pour lui de prendre l’épingle à linge dans ses doigts, plus son cerveau va sécréter le cocktail du bonheur. L’empathie des enfants se développe donc aussi dans l’effort.

C’est donc dire que chaque fois que nous facilitons les choses à l’enfant qui veut se rendre utile ou faire plaisir ou aider, nous nuisons au mécanisme de récompense qui vient avec l’empathie des enfants. Quand un enfant veut partager sa collation et que nous l’en empêchons en en fournissant davantage afin qu’il ne se prive pas, nous nuisons au développement de sa gentillesse. Quand on les soulève pour les aider à atteindre la personne qu’ils veulent aider, au lieu de les laisser fournir un plus grand effort, nous nuisons au développement naturel de l’empathie des enfants.

3) Les félicitations de l’adulte pour les actes de gentillesse RÉDUISENT immédiatement la joie et DIMINUENT la fréquence et l’intérêt de donner dans l’avenir

Cette étude a également mesuré l’impact des félicitations de sur l’empathie des enfants. On s’est rendu compte que les enfants qu’on félicitait pour avoir été gentils étaient moins portés à aider encore ensuite. Comme si les félicitations annulaient l’effet positif du plaisir généré par l’acte de gentillesse. Il ne s’agit pas ici de remerciements. Les remerciements pour avoir obtenu de l’aide d’un enfant soutiennent son empathie. Il s’agit plutôt des félicitations directes pour avoir été gentil : « Tu es donc ben gentil! Bravo! Tu es vraiment gentil de m’aider! » Alors que le remerciement tout simple renforce les liens affectifs (voir la recherche de Robert A. Emmons), les félicitations retirent toute satisfaction affective pour être venu en aide à un autre. L’empathie des enfants se nourrit donc de simples remerciements.

C’est encore une fois tout aussi vrai pour l’adulte. C’est pourquoi les personnes qui reçoivent une médaille pour avoir plongé dans l’eau de la rivière et sauvé la vie de quelqu’un sont si mal à l’aise et tentent de repousser les félicitations (J’ai simplement fait ce qu’il fallait faire). En fait, ils veulent nous dire : arrêtez de vider cet acte de la valeur qu’il a pour mon humanité. Vous êtes en train de faire disparaître ma joie et ma satisfaction !
Donc, où cela nous mène-t-il à propos des actes de gentillesse et l’empathie des enfants en général?

La prochaine fois que notre enfant voudra aider quelqu’un, laissons-le faire un peu plus. Même si c’est difficile, même si ça lui coûte quelque chose, même si ça lui prend du temps pour ses propres affaires. Et si jamais on vous aide, dites simplement merci, puis taisez-vous! Laissons les enfants, les ados et les tous les autres connaître la joie et la satisfaction qui viennent avec les actes de gentillesse. L’empathie des enfants est tellement précieuse. 🙂

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