Services aux enfants en difficulté et parents, difficile partenariat

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services aux enfants en difficulté

Marie-Claude et Jean fréquentent déjà depuis un moment les différents services aux enfants en difficulté. Ils sont débordés par les comportements de PetitPierre, pour qui on vient de poser un diagnostic du trouble du spectre de l’autisme. Aujourd’hui, c’est la pédopsychiatre qu’ils rencontrent. Comme l’enfant prend un anxiolytique depuis cinq mois et qu’il est question d’ajouter une nouvelle médication, les parents de PetitPierre ont plusieurs questions. Mais la pédopsychiatre a répondu qu’elle n’avait pas le temps.

Ils sont donc repartis avec la prescription, un peu estomaqués. Quand ils annonceront plus tard qu’ils ne sont pas prêts à donner la nouvelle médication à leur fils, on dira qu’ils ne collaborent pas. Ils souhaiteront changer de pédopsychiatre; mais finalement, ce ne sera pas possible. Le partenariat entre les parents et les intervenants en est un forcé, bien sûr. Et il n’est pas toujours heureux.

Des services aux enfants en difficulté débordés

Dans une autre famille, on me consulte pour avoir des idées sur les meilleurs moyens de soutenir une enfant de quatre ans avec un diagnostic de trouble oppositionnels. Après 2h30 d’observation dans le milieu naturel, absolument aucun comportement d’opposition n’est apparu. Je demande qui a réalisé le diagnostic: un pédopsychiatre. Je demande s’il l’a observée seul ou en leur présence. Leur réponse me coupe les jambes : le pédopsychiatre n’a jamais rencontré l’enfant.

partenariat parents/services

En Centre jeunesse, cette pratique est monnaie courante. Et ailleurs aussi. Tout simplement parce que les services sont débordés. Ils font vraiment ce qu’ils peuvent. Et ça fait tellement longtemps qu’ils sont dans cet état que les professionnels qui y travaillent ont fini par trouver ces manquements comme normaux.

Le déséquilibre du pouvoir crée un gouffre

Quand on contrôle le temps et le contenu des rencontres, on détient pratiquement tout le pouvoir est entre nos mains. Toute notre bonne volonté et nos excuses organisationnelles ne changent rien au fait que les parents ont plusieurs raisons de se sentir bafoués. C’est comme un mariage forcé où l’un des deux partenaires posséderait la maison, le revenu familial et déciderait en plus de l’agenda de la famille. Je ne sais pas pour vous, mais moi je n’aimerais pas me retrouver dans ce genre de partenariat.


VOIR LA FORMATION :

« TRAVAILLER AVEC LES PARENTS

EN EMPOWERMENT »

Parfois, dans le tourbillon des dossiers de plus en plus nombreux sur notre bureau, nous tournons les coins ronds du côté des informations livrées aux parents. En toute bonne foi, nous croyons leur avoir dit l’essentiel. Mais si les parents sont vraiment les partenaires des services aux enfants en difficulté, ce devrait être eux qui décident s’ils ont assez d’informations.

Tout cela crée un fossé dans la communication. Il m’est arrivé souvent de constater que les parents ET les équipes soignantes étaient tous les deux scandalisés par le manque d’écoute et de collaboration de l’autre. Quelle tristesse.

Travailler sans les parents ?

Lors des formations que je donne, j’entends régulièrement le voeu secret de nombreux intervenants de « pouvoir travailler tranquille avec l’enfant sans avoir à négocier avec le parent. » J’entends de la détresse des intervenants dans ces mots désespérés. Je crois qu’on y arrive quand on oublie que ce sont nos services qui doivent supporter les parents dans leur travail; et pas l’inverse. Sans les parents, il n’y a pas de services aux enfants en difficulté, point. Les parents n’ont pas à obtempérer. Toutes les missions d’organisation soutiennent que les parents sont les premiers experts et décideurs dans la vie de leur enfant. Sauf que notre système n’agit pas en fonction de cette idée.

services aux enfants en difficulté

Notre réseau, institutionnel et communautaire, les considère au mieux comme un élément du dossier; au pire comme un obstacle au travail des services aux enfants en difficultés. Le rapport de pouvoir est totalement déséquilibré, au bénéfice des intervenant·es. Il faut bien constater que les parents n’ont pas beaucoup de moyens de parler d’égal à égal avec un intervenant, particulièrement avec un médecin. 

Il faut que cela change. Au bénéfice des enfants, d’abord. Et également pour notre santé mentale à tous. Parents et services aux enfants en difficultés ne se choisissent pas, c’est vrai. Et c’est à nous, les intervenants, de fournir un effort supplémentaire pour en faire un partenariat chaleureux.


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France Paradis

Auteure, formatrice et conférencière chez France Paradis Formations
France collabore régulièrement au magazine Naître et grandir et au site Maman pour la vie.
Elle offre un éventail de formations aux intervenants sociaux de nombreux champs de disciplines.
Vous trouverez les détails ci-haut, sous l'onglet "Formations intervention sociale"
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