rien de grave, protéger les enfants

Rien de grave : protéger les enfants

Je me souviens de la jeune mère que j’ai été : pleine de bonnes intentions et déterminée à être la maman fabuleuse et parfaite dont je rêvais. Il n’arriverait rien de grave. J’étais pleine d’illusions à propos de mes capacités, de la vie, des enfants et de tant d’autres choses! Pleine d’illusions sur ma capacité à protéger les enfants. Aujourd’hui je sais qu’il faut beaucoup d’illusions pour faire des enfants et qu’il faut accepter de renoncer à chacune d’elles pour devenir le bon parent qui nous habite.

Qui dira la douleur qui accompagne ces renoncements?

Tout allait bien, rien de grave…

J’avais alors trois enfants et tout allait bien. Ça veut dire qu’il n’y avait pas de drame majeur; pas de paralysie cérébrale, pas de mort subite du nourrisson, pas de diabète juvénile et que sais-je encore! Même pas de troubles d’apprentissage ni de déficit d’attention! Tous ces dangers qui guettent nos enfants et dont les médias nous abreuvent avec force détails. J’avais parfaitement réussi à protéger les enfants. Il n’arriverait rien de grave. Tous ces pièges qui n’attendent que notre inattention, semble-t-il, pour se refermer sur une famille. En ce siècle le plus sécuritaire de toute l’histoire de l’humanité, les parents n’ont jamais autant tremblé et ne se sont jamais autant agités et inquiétés pour la santé et la sécurité de leurs enfants.

J’avais trois enfants et tout allait bien. J’avais la conviction d’être une bonne mère. Je les ai tous allaités plus de deux ans, j’utilisais des couches de coton, je faisais des purées maison. J’avais même été à l’université pour apprendre tout du développement de l’enfant! J’ai cofondé une école alternative pour que mes enfants aient une éducation riche et féconde. Tout cela ne faisait-il pas de moi une mère qui fait tout pour protéger les enfants ?

Faire tout ce qu’il faut pour protéger les enfants

J’avais trois enfants et j’avais la conviction que si je faisais bien mon travail de mère, il n’arriverait rien de grave. Peut-être bien un bras fracturé ou un gros chagrin d’amour à l’adolescence… mais si j’étais attentive et engagée, j’étais certaine qu’il ne leur arriverait rien de dramatique. Je croyais que cela dépendait de moi, de mes qualités de mère, de ma vigilance. J’offrais les bons jouets, les bonnes activités; je leur lisais les bons livres et leur enseignais les bonnes choses.

protéger les enfants, rien de graveJ’étais tellement une bonne mère que j’écrivais sur la job de mère dans un magazine depuis déjà plus de dix ans; j’en faisais des chroniques à la radio et à la télé. On me demandait mon avis sur toutes les questions d’éducation et de développement de l’enfant, autant sur les tribunes publiques que dans les conversations privées. On m’avait même souvent demandé comment protéger les enfants.

J’avais trois enfants de onze ans, sept ans et quatre ans. C’était un après-midi de février qui avait laissé une nouvelle bordée de neige. Je pelletais l’entrée de garage pendant que mon plus jeune jouait dans le fort de neige que nous avions construit. Un ciel bleu. Un lundi. C’est fou comme les détails restent clairs et puissants quand on repasse le film des événements… J’ai retrouvé mon bébé de quatre ans en arrêt cardio-respiratoire, enseveli sous l’amas de neige qu’était devenu le fort effondré.

… Et se rendre compte que c’est impossible.

Il n’y a rien qui nous prépare à cela. Aucun livre, aucune recommandation d’experts, aucune politique gouvernementale. Aucune de mes convictions; aucun de mes diplômes universitaires.

Je l’ai tiré de là si fort que j’ai abîmé son épaule.

Je l’ai réanimé. Il s’est mis à pleurer et jamais ses larmes ne m’ont donné autant de joie.

Ô la longue chute de la mère attentive et engagée! Je n’avais pas réussi à protéger les enfants de tout.

rien de grave, protéger les enfantsJ’ai dû avancer sans m’arrêter sur le chemin de la vérité à propos de mes limites. Accepter que je ne leur éviterais pas toutes les douleurs ni toutes les souffrances. Ni même la mort. Parce que c’est impossible. Je n’ai pas le pouvoir de les protéger de tout. Cette cruelle vérité n’est-elle pas d’une simplicité désarmante? Ma job de mère consiste à leur apprendre à vivre, en assumant pleinement les risques que cela implique. Vivre avec la possibilité que les choses tournent mal. Et qu’on ne puisse pas protéger les enfants.

Et quand elles tournent mal, choisir quand même de vivre.

Il arrivera des choses

Depuis l’accident de Jérémie, je cultive le courage d’affronter les obstacles plutôt que la peur d’en rencontrer; l’enthousiasme pour nos projets plutôt que l’anxiété de les voir tourner mal; la force de me relever et la foi dans la Vie. J’embrasse à bras-le-corps cette grande aventure, avec tous ses aléas, toutes ses incertitudes. Je sais maintenant que c’est sans doute cela, protéger les enfants. C’est beaucoup plus utile pour vivre pleinement, libre et debout dans la lumière.

J’espère toujours qu’il n’arrive rien de grave à mes enfants. Je suis prudente. Mais je sais aujourd’hui que je ne les préserverai pas de tout. Il arrivera des choses. J’ai payé cher pour apprendre qu’un bon parent ne tente pas de leur éviter tous les obstacles. Un bon parent leur donne tout ce qu’il faut de force, de courage et de foi pour continuer de vivre pleinement après chaque obstacle, celui qu’on enjambe aisément comme celui qui nous terrasse.

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ACTION DE GRÂCE : DIRE MERCI

L’Action de grâce est sans doute la fête la plus profondément liée à la survie de l’humanité. Tous les peuples de la terre ont profité de cette période de moisson et d’abondance pour dire merci. La gratitude est célébrée dans toutes les cultures. Une fois dans l’année, c’est une bonne idée de dire merci. À la Terre, à Dieu, à la Vie. Peu importe vers quoi nous nous tournons, pour reconnaître que nous recevons beaucoup, tout simplement.

Loin d’être désuète, il me semble que cette fête nous est plus essentielle que jamais. Parce qu’elle distille de l’humilité en nous. Dans notre Occident de performance, nous vouons un culte à la réussite personnelle et individuelle. La fête de l’Action de grâce n’est-elle pas l’occasion de nous rappeler que beaucoup nous est donné; sans que nous y soyons vraiment pour quelque chose? La beauté du soleil qui se lève chaque matin; le mot gentil d’une collègue; le câlin spontané d’un enfant, les fabuleuses couleurs de l’automne. C’est aussi l’occasion de cultiver la gratitude des enfants!

 

L’occasion de dire merci, tout simplement.

Peut-être avons-nous oublié d’être reconnaissants de dormir au chaud, manger à ma faim, pouvoir aller faire les courses sans craindre d’être tuée par une bombe ou une balle perdue? Regardez ce court documentaire et ça vous le rappellera : Les casques blancs. Nous tenons tant de choses pour acquises.

dire merciIl y a sans doute mille façons de célébrer l’Action de grâce. Je crois bien que la seule mauvaise serait de rater l’occasion d’exprimer de la gratitude. Allumer une simple chandelle pour dire merci de l’espérance qui m’habite pour l’avenir. Écrire un petit mot à une amie, sur du vrai papier, pour la remercier de nous avoir soutenue dans une période difficile. Téléphoner pour offrir un merci à ce frère ou cette sœur toujours prêts à nous écouter. Rédiger une Action de grâce pour l’eau potable qui coule de mon robinet et que je n’ai pas besoin d’aller puiser moi-même. Planter un arbre pour dire marquer notre gratitude à la Terre si généreuse pour nous.

 

Pas besoin d’être religieux

Dans le silence émerveillé qui nous habite alors, la peur recule, le cœur s’ouvre et nous nous sentons faire partie de quelque chose de plus grand que nous. Et ça n’a rien à voir avoir une religion en particulier.

Nous ne sommes pas tout puissants. Nous ne sommes pas seulement nos réalisations professionnelles ou nos grosses maisons. L’Action de grâce, c’est le moment de toucher à cette humilité qui nous rappelle que nous sommes pour bien peu de chose dans toutes les joies qui parsèment notre route.

Ne ratons pas l’occasion d’entrer dans cet espace où chacun et chacune peut toucher du doigt l’incroyable bonté de la Vie. C’est la grâce que je nous souhaite!

 

cultiver la gratitude des enfants

Cultiver la gratitude des enfants

La gratitude des enfants n’est pas innée. Elle s’apprend. Chez l’adulte aussi d’ailleurs. Le plus souvent dans la perte, le chagrin et le manque. Exactement comme il faut avoir tâtonné et trébuché dans le noir pour être reconnaissante de la lumière qui éclaire notre chemin.

Il y a quelques années, j’avais suivi le fleuve jusqu’à Rivière-du-Loup. Respirant les embruns de ces paysages magnifiques, j’espérais arriver à temps. Mon vieil ami se trouvait dans le tout nouveau centre de soins palliatifs de la région. Mais je suis arrivée trop tard : Denis était parti sans m’attendre, deux heures plus tôt.

J’ai refait les 440 kilomètres de retour d’un seul trait, sans m’arrêter. Quatre heures de larmes et de souvenirs de cette belle et profonde amitié. Puis un calme serein est monté en moi. Et sous l’ardente lumière d’avril, j’ai avalé les paysages qui longent le fleuve argenté; les courbes voluptueuses des champs dans les collines. Dans ces instants, j’ai ressenti une incroyable gratitude d’être encore en vie pour jouir de la vie. Reconnaissante de tout ce que la vie m’avait apporté à ce jour, à commencer par cette amitié si profonde et si vraie. Et ce soir-là, j’allais pouvoir prendre mes enfants dans mes bras et leur dire à quel point je les aime. Quelle grâce!

 

Cultiver la gratitude des adultes

Quand les adultes disent merci, ils cultivent la gratitude des enfants. C’est quand on réalise que tout peut disparaître, que la gratitude peut sourdre et jaillir des petits murmures de la vie quotidienne. Quand le mur qui soutenait l’illusion des certitudes s’effondre, une porte s’ouvre sur le sentiment de reconnaissance. Avons-nous pris pour acquis ces matins calmes dans les bras dans notre amoureux? Avons-nous cru que ces balades en vélo avec les enfants allaient de soi? Et nos trois repas par jour? Et notre maison chaude?

cultiver la gratitude des enfantsC’est le jour où sa maison a brûlé en entier et au milieu de la nuit que mon ami Pierre a connu le plus puissant sentiment de gratitude de sa vie. Debout, enroulé dans une couverture devant le brasier qui dévorait la maison qu’il avait construite, avec dedans sa thèse de doctorat et toutes ses années de travail, il tenait sa fille de six dans ses bras en pleurant.

Bouleversée par les larmes de son père, elle en a essuyé une sur sa joue en disant Oh, papa! C’est terrible ! Pierre l’a regardée et l’évidence lui a serré la gorge quand il a murmuré : Ne t’inquiète pas ma puce; on a sauvé le plus précieux et c’est toi. 

 

Cultiver la gratitude des enfants

Il ne faut pas s’étonner si les enfants ne manifestent aucune reconnaissance pour la nourriture qu’on leur donne, la maison qui les abrite ou les vêtements qui les réchauffent puisqu’ils sont nourris, hébergés et habillés depuis le premier jour de leur vie. Pour que la gratitude des enfants jaillisse, il faut savoir que notre vie pourrait être différente. Savoir qu’elle l’est pour beaucoup d’autres. Comment s’étonner de leur manque de reconnaissance devant les cadeaux qu’on leur offre, s’ils ont toujours eu exactement tous les cadeaux qu’ils demandaient sans même devoir attendre bien longtemps?

Quand mes enfants ont eu un petit ami si gravement malade qu’il a manqué plusieurs mois d’école, ils ont réalisé que la santé pouvait être perdue. Chaque fois que vos enfants vous entendent remercier la vie d’avoir une place à dormir au chaud quand il fait -20 dehors, ils apprennent que certains n’en ont pas. Quand ils ne reçoivent pas ce qu’ils ont demandé, ils apprennent à apprécier ce qu’ils reçoivent. La gratitude des enfants vient donc aussi de la douleur.

 

La perte et la gratitude sont des sœurs

Toutes ces expériences mises bout à bout finissent par tisser la corde qui nous retient quand on tombe de haut.  Il ne s’agit pas d’instiller l’angoisse dans le cœur des enfants; il s’agit d’éclairer le monde pour eux. Ce n’est donc pas une bonne idée de les préserver de ces expériences difficiles où se croisent la peur, la perte, le chagrin et la douleur. Elles sont tressées avec la gratitude des enfants. Et aussi l’empathie.

cultiver la gratitude des enfants

Ce soir, au moment de leur dire bonne nuit, racontez à vos enfants quelque chose qui est arrivé aujourd’hui et pour laquelle vous voulez dire merci. Juste merci, sans les explications ni les grands principes, ni le pourquoi du comment.

Faites-le demain aussi et le soir suivant. Avant longtemps, ils auront envie de vous en raconter une. C’est ainsi qu’on cultive la gratitude des enfants.

Et vous l’apprendrez en même temps qu’eux.

Si les monstres existent

Si les monstres existent

Un jour, j’ai reçu un courriel qui dénonçait  le fait qu’une juge anglaise ait accepté de changer l’identité de deux jeunes hommes de 21 et 22 ans. Si les monstres existent, l’auteure du courriel en désignait deux ici. Ils avaient été condamnés douze ans plus tôt pour un crime horrible. C’était en 1993; un jeune garçon de 3 ans, Jamie Bulger, avait été enlevé dans un centre d’achats de Liverpool par deux jeunes garçons de 10-11 ans qui l’ont torturé; puis mis à mort en l’étendant sur la voie ferrée juste avant le passage du train. Une histoire absolument affreuse qui a profondément traumatisé toute l’Angleterre! En 2005, madame la juge Butler-Sloss a redonné l’anonymat à ces deux garçons en leur permettant de sortir de prison avec de nouvelles identités. Le ton du courriel que j’ai reçu, lui, était scandalisé:

…  Ils se sauvent de leur crime! Ils ont pris la vie de Jamie de façon dégueulasse et violente et, en retour, ils ont une nouvelle vie! Il faut protéger nos familles et amis de créatures comme Robert et John!

J’ai été aussi surprise que désolée de voir qu’il y avait déjà 447 signatures au bas de la pétition qui exigeait qu’on les garde enfermés pour toujours.

 

Et si les monstres existent

Peut-être croyez-vous que ces deux jeunes hommes sont des monstres et qu’ils n’appartiennent pas au même monde que nous. Ils en viennent pourtant, puisqu’il n’y a qu’un seul monde. Si les monstres existent, nous faisons tous partie du monde dans lequel ils sont apparus. C’est chacun et chacune de nous qui avons construit ce monde et nous sommes responsables de tout ce qu’il génère. Y compris des personnes qui commettent des crimes horribles. Nous sommes donc également responsables de nous en occuper, au lieu de regarder ailleurs en jetant la clé.

Comme il nous est facile de désigner le mal à l’extérieur de nous. Mais alors, où trace-t-on la ligne qui nous en sépare ? Comment déterminerons-nous ce qui est « mal »? L’expérience millénaire des humains a démontré que dès qu’on se met à séparer ceux qui sont inacceptables des autres, on finit toujours par élargir la définition de l’inacceptable à tout ce qui  dérange. Après les meurtrier et les fous, se sera le tour de qui? Si les monstres existent, comment déciderons-nous de ce qui fait un monstre ?

si les monstres existent

Ne sommes-nous pas toujours le monstre d’un autre ?

Nous sommes tous et toutes le « mal » d’un autre. Votre enfant qui n’arrête pas de mordre ses camarades à la garderie. Votre fille qui en a calomnié une autre sur facebook et l’a poussé à une tentative de suicide. Vous-même, qui détournez les yeux d’un itinérant couché sur le trottoir à -30°C.

Si les monstres existent, alors il semble bien difficile de les distinguer des autres, non ?Si le mal ne nous habitait pas, nous ne le reconnaîtrions pas quand on en voit la manifestation.

Madame la juge Butler-Sloss a pris une sage décision concernant l’attribution d’une nouvelle identité pour ces jeunes personnes. C’était une décision qui allait dans le sens de la vie et du bon sens. Douze ans plus tard, prêts à sortir et à fonctionner dans la communauté, il fallait leur permettre de mener une vie utile. Parce que c’est aussi une forme de « réparation » que d’être utile à nos semblables.

Je ne suis pas en train de dire que ce crime n’était pas monstrueux et odieux. Ou de dire qu’il ne fallait pas les envoyer en prison (psychiatrique dans ce cas-ci). Je suis en train de dire que pendant qu’on s’entête à désigner le mal en-dehors de nous, on ne s’occupe pas de celui qui nous habite.

Si les monstres existent, celui qui nous habite est le seul sur lequel nous ayons le pouvoir d’agir.

éducation des enfants aux médias sociaux

Éducation des enfants aux médias sociaux

Les médias sociaux sont très récents. Twitter et Facebook en 2006, My Space en 2003, YouTube en 2005, Instagram en 2010. Il s’agit d’instruments puissants difficiles à maitriser pour les personnes nées avant 1990. Pour cette raison, on doit réfléchir à l’éducation des enfants aux médias sociaux. Ces médias sont également difficiles à évaluer parce qu’ils ne correspondent pas à notre expérience de la communication.

Exactement comme mes parents ont vu leur mode de communication bouleversé par l’arrivée de la radio et de la télévision, les parents d’aujourd’hui sont confrontés aux médias sociaux.  Un ami me racontait que son père s’habillait toujours avec soin avant de s’assoir devant la toute nouvelle télévision pour écouter le bulletin de nouvelles, en 1958. Pour cet homme, le repère de communication de base était le face-à-face. Il envisageait donc de regarder la télé avec les repères qu’il connaissait et agissait en fonction d’être face à face avec le lecteur de nouvelles.

 

Pourquoi une éducation des enfants aux médias sociaux?

Les parents d’aujourd’hui se trouvent dans la position de devoir changer leurs propres repères de communication s’ils espèrent continuer d’être les guides et les protecteurs de leurs enfants en regard de l’utilisation des médias sociaux. Mais la plupart d’entre nous font comme le père de mon ami et continuent d’utiliser leurs vieux repères. Ils continuent d’évaluer leur impact dans une vision réduite de l’auditoire, par exemple.

Ces instruments extraordinairement puissants ont modifié la façon d’entrer en contact avec les autres et surtout créé des capacités et des codes inexistants jusqu’alors. Par exemple, permettre à un individu, du fond de son sous-sol, de s’adresser à des centaines de milliers de personnes à la fois alors que ce pouvoir avait été réservé jusque là aux politiciens, artistes et autres têtes d’affiche que tout le monde connaissait. Facebook a également rendu possible la communication de plusieurs à plusieurs (par opposition à une communication un – un ou un-plusieurs). Ainsi, en publiant, on peut s’adresser aux amis de nos amis qui entrent ainsi dans la conversation.

éducation des enfants aux médias sociaux

Le prolongement de cette possibilité est bien sûr de créer une (fausse) forme d’intimité avec de parfaits inconnus. Tous ces réseaux permettent également de communiquer publiquement, mais dans l’anonymat le plus total, ce qui était impensable pour la génération des parents jusqu’à maintenant. Voilà en partie pourquoi une éducation des enfants aux médias sociaux est nécessaire et qu’elle commence par notre propre éducation.

 

Utiliser les médias sociaux, ça s’apprend

Il ne s’agit pas de refuser ces nouveaux repères de communication; il s’agit d’en tenir compte et de réaliser que nos jeunes connaissent une réalité que nous n’avons pas connue et pour laquelle nous n’avons pas été préparés. Exactement comme pour l’arrivée de la télé dans nos salons, les parents doivent apprendre à encadrer l’utilisation des médias sociaux. Il nous faut maitriser leurs codes et donner des repères à nos enfants.

Quand on leur apprend à conduire, on s’assoit à côté d’eux et on les guide. On leur pointe les signes qu’ils doivent remarquer sur la route, les actions à anticiper de la part des autres voitures et des piétons. On rappelle de ne pas aller trop vite et de se concentrer sur la route. Nous leur apprenons à ne pas texter en conduisant. On leur raconte les histoires d’alcool au volant pour leur faire comprendre la gravité de la chose. On leur prête notre voiture à certaines conditions et on veut savoir où ils iront, et avec qui. Il faut faire la même chose avec  une éducation des enfants aux médias sociaux.

 

Une arme à double tranchant

Utiliser les médias sociaux, ça s’apprend. Ce sont des instruments puissants qui ont déjà fait la preuve de leur incroyable pouvoir d’influence : songeons à la révolution tunisienne de 2010 qui a permis de bouter le dictateur Ben Ali hors du pays; la vague #agressionnondénoncée den 2016 et #moiaussi l’hiver dernier. Ce sont ces médias qui ont permis à tant de femmes de briser l’isolement et le silence. Songeons aussi à la suspension de la flagellation du blogueur néo-canadien Raïf Badawi en Arabie Saoudite en janvier 2015.

Mais ce même pouvoir a aussi été utilisé pour ruiner de nombreuses réputations,  déclencher des lynchages publics injustifiés, voler des identités et rendu possible la cyberintimidation, qui a mené au suicide de plusieurs victimes. Les enseignants canadiens ont d’ailleurs classé la cyberintimidation au premier rang d’une liste de six enjeux préoccupants. (1)

 

Cyberintimidation

L’année suivant la création de Facebook, en 2007, un sondage mené auprès de jeunes canadiens de 13 à 15 ans nous apprenait que plus de 70 % ont déclaré avoir subi de l’intimidation en ligne. Et, tenez-vous bien,  44 % ont déclaré avoir intimidé une personne au moins une fois. (2) Nous apprenons bien lentement parce qu’en 2010, c’est encore la moitié des jeunes utilisateurs de médias sociaux qui avaient été victimes de cyberintimidation, au moins une fois déjà. (3) Une éducation des enfants aux médias sociaux ne vous apparaît-elle pas nécessaire, maintenant ?

Éducation des enfants aux médias sociaux

Pensez à un marteau ou une scie : c’est un instrument puissant avec lequel on peut construire une maison ou fracasser le crâne d’un innocent. C’est pour cette raison qu’on ne le place pas entre les mains de notre fille ou notre fils de dix ans sans lui expliquer comment on s’en sert et surtout on reste là pour le surveiller et améliorer sa façon de s’en servir. Ne seriez-vous pas un parent irresponsable si vous laissiez votre enfant partir avec un marteau tout seul dans sa chambre, sans ne lui avoir jamais montré à s’en servir?

Sauf que les réseaux sociaux sont bien plus puissants que les marteaux… et bien plus silencieux.

Il est urgent de se rendre compte de la nécessité d’une véritable éducation des enfants aux médias sociaux.


(1) Statistiques sur la cyberintimidation du N.S.T.U., « Sondage sur les dossiers nationaux en éducation », Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (2008)

(2) Elizabeth Lines. (avril 2007). La cyberintimidation : une nouvelle réalité pour les jeunes. Jeunesse, j’écoute. http://definetheline.ca/dtl/cyberbullying/cyberbullying-in-canada/

(3) Faye Mishna et coll., « Cyber Bullying Behaviors Among Middle and High School Students », American Journal of Orthopsychiatry vol. 80, no 3 (2010), p. 362–374.

 

culture du viol, la question de mon fils

culture du viol : la question de mon fils

La porte de fer qui enfermait la parole des femmes autour de l’agression sexuelle et de la culture du viol semble s’entrouvrir en grinçant. Et, avec elle, un raz-de-marée d’émotions, de mots et de questions. Si de très nombreuses femmes sont actuellement secouées par les nécessaires dévoilements qui se succèdent, que dire des enfants? Une partie de nous voudrait tellement leur offrir un monde lisse et heureux… Mais qu’est-ce qu’on répond quand notre fils de sept ans voit sa tante effondrée et demande pourquoi?

Joël avait 7 ans et a attendu d’être seul avec moi pour solliciter timidement des explications: pourquoi elle pleurait sans arrêt? Qu’est-ce qu’elle avait? J’ai trop de respect pour les enfants, pour leur offrir des mensonges quand ils ont le courage de poser des questions difficiles. Car il faut bien du cran pour s’avancer ainsi dans la souffrance d’une autre et chercher le sens des choses. C’est ce qu’ils font quand ils nous demandent «Pourquoi?» Je me souviens de m’être dit que je ne pouvais pas être moins courageuse que lui. Je devais bien peser mes mots et prendre soin de son âme si fragile, mais il ne faisait aucun doute que ce garçon méritait qu’on réponde bravement à sa difficile question.

– Te souviens-tu quand je t’ai expliqué que personne n’a le droit de te toucher si tu ne veux pas être touché? Te souviens-tu que personne n’a le droit de te toucher d’une manière que tu n’aimes pas? Hé bien, un monsieur l’a touchée alors qu’elle ne voulait pas et d’une manière qu’elle ne voulait pas.

Il a tout de suite compris et hoché la tête. Dans le silence qui a suivi, nous savions tous deux que la plus difficile question allait surgir… «Pourquoi il a fait ça?» m’a-t-il demandé. À l’époque, je me souviens d’avoir répondu que je ne savais pas. Je ne savais pas comment une telle aberration pouvait avoir eu lieu. Comment un homme avait pu exercer son pouvoir avec autant de bassesse.

 

La réponse est affreuse

Ces enfants ont 7, 9 ou 11 ans. Peut-être même 13 ou 15 ans. Et ils demandent courageusement, encore aujourd’hui, pourquoi. Et la réponse est affreuse : cela arrive parce que nous laissons cela arriver. Tous et toutes, nous laissons les rapports de domination s’installer entre hommes et femmes. Nous sourions aux commentaires sexistes de nos collègues. Hommes et femmes, nous laissons nos pères passer des remarques désobligeantes sur le corps ou la façon de s’habiller d’une femme. Trop gênés pour les reprendre.

Nous lisons des romans dans lesquels des femmes disent non et sont quand même embrassées; et nous appelons cela une histoire d’amour. Hommes et femmes, nous sommes déstabilisés par les femmes qui ne cherchent même pas à correspondre à l’idée qu’on se fait tous d’une femme. Et nous commentons. Hommes et femmes, nous regardons des émissions de télé et des films dans lesquels des hommes sont rendus fous par leur désir pour une femme et nous appelons cela de la passion. Voilà comment l’on distille la culture du viol aux enfants et à tout le monde, chaque jour.

Nous discutons des vêtements que les femmes artistes portent dans les galas en leur attribuant de la valeur ou non, parce qu’elles sont des femmes. Hommes et femmes, nous laissons se tenir des conversations qui sous-entendent que le désir des hommes est incontrôlable et que les femmes sont responsables de ce que les hommes ressentent.

 

La culture du viol concerne tout le monde

Pères et mères, nous laissons nos enfants jouer à des jeux vidéo où les personnages féminins sont hypersexués avant d’être de bonnes combattantes, en nous disant que «C’est comme ça, que veux-tu? Je ne vais pas refaire l’industrie de la vidéo!» Nous assistons à des fêtes où des hommes qui ont trop bu taponnent des femmes qui ont trop bu, et nous détournons le regard, en nous disant que ce ne sont pas de nos affaires.

Et nous laissons nos enfants être témoins de tout cela.

Voilà «Pourquoi il a fait ça». Parce que nous permettons que cela arrive en distillant chaque jour autour de nous quelques gouttes de la culture du viol.

Comment leur dire la vérité sans les plonger dans un abysse d’insécurité? Peut-être ai-je moi-même trop peur de cette vérité, et surtout de toutes ses conséquences, pour avoir envie de la contempler. Peut-être que c’est plus simple pour l’instant de me dire que rien de cela ne me concerne vraiment et ce n’est pas moi qui vais changer le monde à moi toute seule.

 

Je ne sais pas ?

Quand nos enfants nous demandent pourquoi il a fait ça, on peut bien choisir de leur dire Je ne sais pas pour l’instant. On peut bien désigner les agresseurs du doigt en affirmant qu’ils ne font pas partie de notre cercle, qu’ils sont à part et déviants. Je comprends ça. Notre énergie limitée est déjà dilapidée par la garderie, les dents à brosser, les vaccins, les repas à faire chaque jour, le problème avec le prof à l’école, nos parents vieux et malades, les coupes dans les services et la pression au travail. Je sais que nous sommes épuisés. Je sais et je comprends.

Mais un jour, il nous faudra répondre à leur courageuse question : pourquoi il a fait ça? Un jour, nous aurons nous aussi le courage, hommes et femmes, de reconnaître que nous sommes une partie de la réponse.

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