Vacances d’été : ouvrir ses ailes

Combien de garçons ont pu traverser cette énième année d’école grâce au hockey ? À la musique ? À la planche à neige ? Et par quelle grâce un tel enfant peut-il enfin ouvrir ses ailes ? Combien de filles se sont traînées chaque jour dans une salle de classe plate-à-mort, en songeant à la prochaine photo qu’elles prendraient. La prochaine course de vélo de montagne.  La cabane à construire peut-être? Combien d’enfants ont les ailes complètement froissées par notre système scolaire ?

Mon ami Claude a été de ceux-là. Il adorait jouer au hockey dans son adolescence. Un jour que nous étions par hasard dans sa ville natale, aux portes de l’aréna municipal. Il m’a raconté cet ado de quinze ans, portant le chandail des Vics de Granby, et qui n’arrivait pas à croire à sa chance d’être là, sur la glace, à faire ce qu’il aimait le plus au monde.

ouvrir ses ailes, conférences aux parensOuvrir ses ailes sur une patinoire

Il attendait les jours d’entraînement avec hâte. Arrivé dans le vestiaire des joueurs, il enfilait d’abord chaque pièce d’équipement méticuleusement ; comme on se prépare à donner le meilleur de soi. Mais le vrai moment de pur bonheur surgissait ensuite, en posant le bout de son patin sur la glace. Alors, descendait sur lui la grâce que connaissent tous ceux qui pénètrent en un lieu sacré.

Dans son élan vers le centre de la patinoire, prenant de la vitesse à grands coups de patin, arrivait le moment d’ouvrir ses ailes, si froissées sur les bancs d’école. Au moment du premier coup de sifflet, dès cet instant-là, il s’envolait ! Pour lui, il n’y a pas eu beaucoup de joie comparable à celle-là dans sa vie.

Cinq jours par semaine, il se traînait jusqu’à l’école et recevait 100 fois par jour tous les signaux qu’on lui envoyait sans cesse à propos de ses incapacités et des déceptions qu’il ne cessait de susciter.

Vivre avec des adultes qui croient que nos ailes sont cassées

Comme il faut de force à tous les Claude, les Mathilde, et autres Mathéo de ce monde, pour vivre chaque jour avec des adultes qui croient que leurs ailes sont cassées. Ils se font dire de travailler encore plus fort pour en faire pousser d’autres, alors que les leurs sont intactes… mais qu’il n’y a plus personne pour les voir.

Ouvrir ses ailes, Conférences aux parentsDans les camps de jour, cet été, des centaines de jeunes hommes et femmes deviendront les gardiens de cette échappée inespérée. Puissent-ils préserver l’espace nécessaire au défroissement. Pour qu’au moins un enfant puisse ouvrir ses ailes. Des ailes ratatinées par toutes les politiques de « réussite de l’élève ». Je sais qu’ils et elles seront émus par la joie qui jaillit quand, secouant leurs ailes, ces enfants s’élancent vers le soleil dans un cri sauvage.

Enfin déployés.

Finalement, tous les humains ont des ailes. Il faut le leur dire.

maltraitance des enfants

La maltraitance infantile des tout-petits, 20 fois par jour…

L’observatoire des tout-petits publiait la semaine dernière son rapport sur la maltraitance envers les jeunes enfants. On y apprend une foule de choses terribles. Entre autres, que chaque jour au Québec, la DPJ compte au moins 20 nouvelles situations de maltraitance infantile  fondée chez les tout-petits de 5 ans et moins.

C’est énorme.

Trois principaux motifs de maltraitance infantile

Les trois principaux motifs de cette maltraitance concernent la négligence, les abus physiques et les mauvais traitements psychologiques. En 2015-16, la DPJ a dû intervenir auprès de plus de 4000 enfants. Pour vous donner une idée de ce que ça représente, ces enfants dont la sécurité ou le développement était suffisamment compromis pour que la DPJ intervienne rempliraient 68 services de garde ! Soixante-huit garderies pleines d’enfants victimes de maltraitance. Des poupons de quelques semaines, des puces de dix-huit mois qui font leurs premiers pas, ceux qui traversent les 2 ans « terribles », les trois ans qui demandent toujours « pourquoi », les quatre ans qui sont des géants, des princesses et des héros fantastiques et aussi les « grands » de 5 ans dont l’imagination ne cesse ne nous étonner. Soixante-huit services de garde pleins… ça fait beaucoup d’enfants victimes de maltraitance.

On reste sans voix. Comment cela est-il possible ?

maltraitance infantileDevant notre indignation collective, je m’inquiète pour leurs parents. Je tremble à l’idée que nous les condamnions tous au bûcher sans réaliser que nous sommes tous et toutes concernés par leur situation. Ce serait si facile de les pointer du doigt, de les dénoncer en traçant une ligne infranchissable avec le sentiment d’être du bon côté de la maltraitance. C’est tellement soulageant parfois de pouvoir désigner les monstres et ainsi s’assurer que nous n’en sommes pas. La vérité est bien différente, évidemment. Nous sommes tous et toutes responsables des conditions de vie de ces familles et de la maltraitance qui en surgit.

Les problèmes de logement

Les conditions socioéconomiques et le stress face au rôle parental se trouvent tous en haut de la liste des  facteurs de risque de la maltraitance infantile. Environ une famille sur cinq ayant un tout-petit occupe un logement trop cher, c’est-à-dire que pour le payer, ces parents-là doivent lui attribuer plus du tiers de leurs revenus. On sait depuis 1976, qu’il y a un lien entre le surpeuplement de la résidence familiale et le nombre de fois que le parent rapporte avoir frappé ou giflé un de ses enfants au cours de la dernière semaine.

Mais quand nous entendons le porte-parole du FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain) ou de n’importe quel autre organisme de défense pour le droit au logement et le financement du logement social, nous changeons de poste. C’est à ce moment-là qu’on laisse tomber ces tout-petits maltraités.

La pauvreté

Les recherches sont formelles (2) : l’aide financière diminue considérablement le risque qu’un enfant fasse l’objet d’un signalement. Chaque fois que nous avons applaudi aux coupures dans les prestations d’aide sociale aux familles, nous avons participé d’une certaine façon à la maltraitance de ces tout-petits.

Plusieurs mesures sociales ont démontré leur efficacité ou se sont avérées prometteuses. Partuclièrement celles favorisant l’accès à des logements et des milieux de vie de qualité; celles également offrant de l’aide financière aux familles dans le besoin, du soutien aux parents ou un accès à des services de garde de qualité.

Le stress lié au rôle parental

Un parent sur cinq (20 %) s’est mis beaucoup de pression concernant la façon de s’occuper de ses enfants. Le stress lié au rôle parental est une réalité pour de très nombreux parents ! Près d’un parent sur cinq (3) n’a aucune source sur laquelle il peut s’appuyer fréquemment. Des sources, ce sont des personnes disponibles pour les écouter, les soutenir. Des personnes pour leur donner du répit aussi et partager des moyens et des outils de parentage avec eux. Ça veut dire leur sœur, leurs amies, leurs voisins, leurs collègues de travail, leur partenaire de sport, leur beau-frère. Ça veut dire nous aussi ! C’est encore plus vrai chez les parents nés à l’extérieur du Canada et ceux ayant plus de trois enfants. Cela se confirme également parmi les parents à faible revenu.

Nous les avons laissé tomber

Quand nous en avons eu marre d’entendre parler des Syriens, nous les avons laissé tomber. Quand on n’a pas eu envie d’inviter la voisine avec ses quatre enfants parce que, franchement, c’est trop pour nous ; alors nous les avons laissé tomber. Chaque fois qu’on a croisé la route d’une mère ou d’un père épuisé et qu’on a regardé ailleurs; c’est encore nous qui avons laissé tomber ces tout-petits maltraités et négligés. Finalement, chacun de nos regards de jugement sur ces parents sans réseau et sans personne sur qui s’appuyer a bien sûr eu un effet.  Chacun de ces regards a permis d’augmenter le risque de maltraitance infantile de nos tout-petits.

N’est-il pas temps d’arrêter de pointer du doigt ces parents négligents et maltraitants comme s’ils portaient tout seuls le fardeau de la faute ? Vingt fois par jour, un signalement de maltraitance est retenu concernant un tout-petit de moins de six ans. Si chacun de nous faisait quelque chose une seule fois par semaine, imaginez tout ce que ça changerait pour eux.


(1) Le nombre de places moyen par CPE et service de garde est actuellement de 59 enfants. Source : https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/Situation_des_CPE_et_des_garderies-2010.pdf

(2) Corbett, « Understanding Wisconsin Works (W-2) ». https://www.irp.wisc.edu/publications/focus/pdfs/foc181-3.pdf

(3) LAVOIE, Amélie et Catherine FONTAINE (2016). Mieux connaître la parentalité au Québec. Un portrait à partir de l’Enquête québécoise sur l’expérience des parents d’enfants de 0 à 5 ans 2015, Québec, Institut de la statistique du Québec, 258 p. http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/environnement-familial/eqepe.html

 

abus sexuels : Petit bisou - France Paradis Formations

Prévention des abus sexuels : un petit bisou

À l’époque, je n’avais pas d’enfants et je croyais que la prévention des abus sexuels consistait à apprendre aux enfants à ne pas parler aux étrangers. Une de mes copines avait déjà deux enfants, que je trouvais mignons comme tout. Jonathan, le plus vieux, avait un petit visage tout rond, deux petites dents minuscules qui se frayaient un chemin sur le devant de sa bouche en cœur. Bref, on l’aurait dévoré tout cru ! Je voulais un petit bisou!

Je me souviens de m’être approchée de lui avec toute la douceur du monde afin d’obtenir un petit baiser. Aucune mauvaise intention. N’étais-je pas une adulte « sécuritaire » ?

En me voyant m’approcher, il a rentré la tête dans les épaules et détourné la tête. Surprise, j’ai fait un pas de plus vers lui et il a couru se réfugier dans les jambes de sa mère. Vous dire l’effet que ça m’a fait ! Je me suis sentie rejetée personnellement : ne méritais-je pas la confiance de ce petit ? Cet enfant n’était-il pas impoli ? Si on le laissait faire à 14 mois, de quoi serait-il capable à 14 ans ? Je ne réalisais pas que la seule façon d’apprendre à un enfant à se protéger des abus sexuel consistait à lui permettre d’exercer son droit de refus.

Ne pas donner de  » petit bisou  » ?

Je m’attendais à ce que sa mère le pousse vers moi en le rassurant. En insistant sur le fait qu’on ne fait pas ça. Mais elle n’a rien dit du tout et l’a gardé près d’elle en posant un bras protecteur autour de lui. Oh ! Comme mon égo a été froissé ! Insulté. J’ai songé que sa mère en faisait un enfant bien capricieux et mal élevé. Je n’ai pas songé que le respect du consentement s’apprend dès le plus jeune âge et que les bisous forcés sont peut-être le début de l’abus sexuel.

Mais pourquoi fallait-il que cet enfant m’embrasse ? Parce que je croyais à l’époque qu’un bon enfant obéit ; parce que je n’étais pas une menace et que même, j’avais été ben fine avec lui. Et puis, un petit bisou, qu’est-ce que c’est ? Rien du tout.

abus sexuels : un petit bisouMais dites-moi, qui songerait à forcer le baiser de n’importe qui d’autre ? Auriez-vous l’idée d’embrasser quelqu’un que vous ne voulez pas embrasser ? Si on vous retenait physiquement pour vous embrasser, vous le recevriez comme une marque de tendresse ou un abus sexuel?

Les enfants ont bien peu de pouvoir

Ils mangent ce qu’on leur donne, ils portent les vêtements qu’on leur procure, ils se font garder par les personnes que nous avons choisies. Il arrive un jour où ils commencent à exercer un peu de pouvoir et disent Non! Tout le monde connaît cette période difficile et tout le monde a hâte qu’elle se termine. Pourtant cette étape est cruciale : exprimer son désaccord ou son désarroi n’est pas un défaut, c’est une ressource personnelle très précieuse.

C’est durant cette période qu’ils apprendront à exercer leur libre arbitre et leur pouvoir de décision sur leur vie. Ne vaut-il pas mieux laisser passer quelques occasions où ils testeront leur pouvoir de consentement, apparemment sans raison, si cela leur permet d’acquérir la conviction qu’ils ont le droit de dire non à l’abus sexuel, peu importe son lien avec la personne?

Décider qu’on ne veut pas de petit bisou n’est pas un caprice

Ça ne veut pas dire que nous céderons à toutes leurs résistances ! Ça ne veut pas dire qu’on ne leur apprend pas la politesse. Mais il y a des décisions plus importantes que d’autres. Le pouvoir de décider qui me touche et quand est une mesure de protection cruciale dans la vie. En leur apprenant dès maintenant que la politesse consiste à se laisser toucher même quand on ne le veut pas, ne sommes-nous pas en train de leur apprendre que l’abus sexuel est permis quand les abuseurs sont de la famille? Alors il ne faut pas surprendre que la vaste majorité des abus sexuels soient commis par des proches.

Jusqu’à cet événement avec Jonathan, j’avais bien souvent retenu le visage d’un enfant entre mes mains pour obtenir le baiser qu’il me refusait. Je n’avais jamais songé que le baiser est un geste d’intimité bien différent de celui de refuser de manger ses brocolis. Et pendant que tout le monde rigole de voir une petite fille se tortiller entre les bras de grand-maman qui force son bisou, cette enfant est en train d’apprendre que les grandes personnes ont le droit de la forcer à une intimité qu’elle ne veut pas ; qu’elles ont le droit (et trouvent ça drôle !) de la toucher sans son consentement.

N’est-ce pas le début des abus sexuels ?

Les bisous consentis sont un cadeau…

Les petits bisous des enfants, exactement comme nos propres baisers, sont un cadeau précieux lorsqu’ils sont consentis librement et non pas forcés par les parents. Jonathan et sa mère m’ont donné une des plus grandes leçons de ma vie parentale : c’est tout petit que l’on apprend, ou pas, que notre corps nous appartient. Même si ça froisse grand-papa. Et que les amis trouvent nos enfants impolis de refuser. Ou encore si ça crée un malaise le jour de Noël. Il n’y a pas de petits abus sexuels. Il n’y a que des personnes en autorité qui forcent le contact physique avec quelqu’un de plus faible, sans son consentement explicit. C’est cela un abus sexuel.

Toutes les raisons sont bonnes pour refuser de donner un bisou. Peut-être que l’enfant est fatigué, peut-être qu’il trouve que grand-papa ne sent pas bon, peut-être qu’il fait un test. Peu importe. Chaque fois que je respecte le refus d’un enfant de m’embrasser, je lui permets d’apprendre que personne n’a le droit de le toucher s’il ne le veut pas. Chaque fois, il apprend à se faire confiance et à respecter ses limites. Est-ce que ce n’est pas le début de la prévention de l’abus sexuel?

Les petites filles et les petits garçons à qui on apprend cela, deviennent des ados puis des adultes qui sont capables d’exercer leur pouvoir sur leur corps, au lieu de se laisser toucher par politesse ou par obligation.

 

 

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Un TDAH ? Quelle chance!

Pour comprendre ce que vit un enfant TDAH dans notre système scolaire, imaginez un enfant « voyant » dans une école d’enfants « non-voyants ». Chaque jour il se lève pour ouvrir les rideaux qui cachent la lumière, et ça dérange toute la classe. Il se plaint sans cesse qu’il n’y a pas assez de lumière vers la fin de la journée et qu’il n’y a pas de craies pour le tableau dont il est le seul à vouloir utiliser! Et toute la classe est interrompue dans son travail à chaque fois.

Alors on fait venir les parents pour leur dire à quel point il dérange et que malgré tous les efforts déployés par le personnel, cet enfant semble incapable de fonctionner normalement. Du même souffle, on vous annonce qu’on a mis le doigt sur le problème : c’est sa vision! Elle le distrait complètement de son travail en classe. Ce n’est vraiment pas de chance pour lui, et ce n’est pas de sa faute évidemment! Mais les parents de cet enfant n’ont pas à s’en faire, nous avons une solution extrêmement efficace : bandons-lui les yeux en permanence!

C’est ce qu’on essaye de faire avec les enfants qui vivent avec le TDAH. Ça s’appelle du culturocentrisme : on analyse la situation des enfants TDAH avec nos propres référents d’adultes non TDAH; on envisage leurs différences comme un problème et on impose des solutions qui correspondent à notre réalité.

Les enfants qui vivent avec le TDAH sont victimes du culturocentrisme systémique des milieux de l’éducation. Vous connaissez déjà tous les problèmes de ces enfants, leurs difficultés à fonctionner et les solutions boiteuses que nous leur offrons. Voici ce qu’on saurait d’eux s’ils n’étaient pas forcés de vivre huit heures par jour dans un système d’aveugles…

Un TDAH, quelle chance!

TDAH - Formations France ParadisL’énergie des enfants TDAH est fabuleuse! Ils semblent avoir accès à une source profonde où l’action et l’activité physique génèrent de l’énergie au lieu de la faire baisser. C’est ce qui explique leur grande capacité d’entraînement, leur facilité dans différents sports et leur endurance physique. Ça donne des athlètes de haut niveau comme Magic Johnson, sans doute le plus grand joueur de basketball de tous les temps. Ou Michael Phelps, le sportif le plus titré et le plus médaillé de l’histoire des Jeux olympiques, avec 18 médailles d’or, 2 d’argent et 2 de bronze sur trois olympiades (2004, 2008 et 2012). Ou Terry Bradshaw, quart arrière des Steelers de Pittsburgh,  qui remporta quatre Super Bowls (IX, X, XIII et XIV), en plus de ramasser le titre du meilleur joueur du match les deux dernières fois.

Ces enfants ont la chance d’avoir une pensée divergente, grâce à leur manque d’inhibition physique et mentale. Ça veut dire que là où tous les autres s’enlisent dans les manières de faire, empruntées par tout le monde, eux gambadent dans les chemins de traverse. Au lieu d’être limitée par la logique, leur pensée jaillit dans tous les sens et c’est comme ça qu’ils trouvent des solutions à des problèmes sur lesquels tous les autres se cassent le nez. Si la résolution de problème était un escalier, on les verrait glisser sur la rampe en criant de bonheur! Ça donne des scientifiques et des chercheurs comme Albert Einstein, Pasteur et Nicholas Tesla.

Des idées qui changent le monde!

En plus d’avoir de la facilité à jongler avec plusieurs idées en même temps, ces enfants sont perméables aux nouvelles idées. Leur talent naturel à envisager et traiter l’information de manière tout à fait originale. Cela en fait des penseurs et des communicateurs capables de changer la culture de leur époque, comme Socrate ou Janette Bertrand. Ça leur donne le cran d’essayer des manières nouvelles, d’avancer avec enthousiasme là où personne ne va.

Comme David Neeleman, par exemple, fondateur de Jet Blue, une compagnie aérienne qui a révolutionné le marché des voyages. Ou encore Sir Richard Branson, créateur de Virgin, le téléphone portable qui a obligé tout le marché des cellulaires à s’ajuster. C’est avec ce genre de qualités que l’on fait les héros : ceux qui s’avancent quand tout le monde est paralysé. Quand ils laissent leur grande sensibilité influencer toutes ces capacités, ça donne des créateurs (TDAH) immenses ! Tels que Leonard de Vinci, Steven Spielberg, John Lennon, Mozart, Virginia Wolf, Daniel Pennac.

Une pensée créative

Toutes ces personnes ont également une grande facilité à penser de façon créative. Ainsi donc, elles manifestent également un plus grand intérêt pour la fabrication d’idées. Elles ont à leur actif une plus grande quantité de réalisations créatives concrètes! Comme les frères Wright (premier avion).  Sans parler de Thomas Edison, plus de 10 000 brevets d’invention déposés, dont celui de l’ampoule électrique. Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre et du poêle à combustion lente. Henry Ford, première automobile. Alexander Graham Bell, inventeur de nombreux appareils, dont le téléphone.

Leur prodigieuse spontanéité en fait des amis souvent rigolos. Avec eux, on ne s’ennuie jamais!

Pardon? Vous n’avez pas de TDAH? (Ah zut! La vie est injuste)

Même pas juste un petit TDA sans hyperactivité?

Bon, écoutez… On est tous différents… On ne choisit pas d’en être privé. Rappelez-vous que vous avez quand même de la valeur… Et puis, malgré tout, on a vu des personnes comme vous avoir une vie vraiment passionnante!

🙂

Objectivité et intervention

Objectivité et intervention

Cette objectivité qui offrirait une neutralité sans émotion, si elle existait dans la réalité, ne serait utile ni à l’intervention ni à la cliente. Bien au contraire, ce que nous ressentons comme intervenant ou intervenante est une des choses qui nous permet de maintenir le flot relationnel, si essentiel à l’alliance thérapeutique.

Michèle était profondément touchée par ce que la jeune fille devant elle lui racontait. Le récit d’un viol conjugal est toujours bouleversant. Et pendant toute la rencontre, Michèle luttait de toutes ses forces contre ses propres sentiments. Pour ne pas les sentir, ne pas qu’ils «soient là». Quand elle m’en a parlé, je lui ai demandé pourquoi elle devait lutter ainsi et ma question l’a complètement surprise. Selon elle, son rôle d’intervenante psychosociale exigerait une parfaite objectivité et celle-ci se manifesterait par une parfaite neutralité. Je sais bien que cette idée lui vient d’un vieux principe freudien qu’on enseigne encore dans les universités.

Les intervenant·e·s ne sont pas une surface neutre sur laquelle rebondissent les récits des personnes avec lesquelles nous travaillons. Nous sommes des êtres vivants et imparfaits, avec notre propre histoire, et nous nous leurrons si nous croyons pouvoir simplement «tasser» ça de côté. Nous sommes notre propre instrument et nous ne pouvons pas amputer ce que nous sommes en espérant continuer d’être pleinement disponible et efficace. Non seulement ces sentiments qui nous visitent ne sont-ils pas un obstacle à notre travail, mais ils sont au contraire l’élément qui peut nous rendre encore plus efficaces. Ce sont ces sentiments qui nous permettent d’entrer en résonnance avec nos clients. Pas l’objectivité.

La résonnance

La résonnance et l’investissement personnel sont deux choses distinctes. La première donne accès à une plus profonde dimension du flot relationnel tandis que le second nous aveugle. Le principe de l’objectivité devrait être utilisé comme une balise plutôt qu’une règle. Il nous rappelle que la personne doit rester au centre du processus. C’est-à-dire que mes sentiments et mes réactions ne doivent pas prendre la place de ceux de la personne en face de moi. En tentant de les réprimer, je rendrais cela bien plus difficile. Je pourrais même à en venir à ne plus être présente du tout à ce qui passe dans la rencontre, trop occupée que je serais à ne rien manifester. Alors, le flot relationnel s’assècherait et tout le monde serait perdant.

Objectivité et résonnanceLe principe de résonnance est plus exigeant que celui de l’objectivité. Il requiert que nous reconnaissions ce qui est en train de se passer pour nous en même temps que ce qui se passe pour l’autre. Ce que nous ressentons fait partie de ce qui nourrit cette rencontre. Ce sont des informations importantes.

Reconnaître nos limites

Elles peuvent nous indiquer, entre autres, que nous venons d’atteindre une limite personnelle et qu’il vaut mieux mettre fin à la rencontre, afin de réfléchir à la suite des choses. Peut-être ne sommes-nous plus disponibles au plan affectif et qu’il faudra mettre fin à l’intervention avec cette personne. Peut-être avons-nous simplement besoin d’aide pour revisiter quelque chose dans notre propre histoire, nous assurant ainsi qu’elle ne prendra pas la place de la personne et de ses besoins. Le professionnalisme ne consiste pas à maintenir la relation thérapeutique coûte que coûte. Le professionnalisme, c’est aussi reconnaître que nous ne sommes peut-être pas la bonne personne, pour l’instant, pour soutenir cette personne et l’accompagner. Si nous nous coupons de ce que nous ressentons, sous prétexte d’objectivité, ce genre d’informations nous échappera au détriment du bien-être de la personne.

Objectivité vs résonnance

Il est impossible, dans une relation d’aide, de «ne rien ressentir» ou même de ne pas en tenir compte. Même en travaillant très fort à développer une objectivité neutre. Ne vaut-il pas mieux s’atteler au principe de résonnance plutôt qu’à celui, erroné, d’objectivité? L’instrument que nous sommes est vivant; il ne s’agit pas d’un chiffonnier dont on pourrait ouvrir et refermer des tiroirs hermétiquement séparés. Nous sommes plus grands et grandes que la somme de nos parties. Et c’est bien pour ça que le lien thérapeutique peut s’installer et vivre.

Si Michèle est émue pendant une rencontre, elle peut l’être. Je lui ai simplement rappelé que la préservation de l’espace thérapeutique repose sur ses épaules d’intervenante. Elle est donc invitée à reconnaître tout ce qu’elle vit lors d’une rencontre; et prendre tout de suite les mesures nécessaires pour éviter de devenir le centre de la rencontre. Si elle a besoin de se retirer, elle doit le faire; et il n’y a pas de faute. Elle peut simplement reconnaître ce qu’elle vit elle-même et le conserver présent Elle doit s’assurer que cela ne colonise pas la personne ni la rencontre. Dans ce cas, la relation d’aide n’en sera que plus riche.

Ça vous apparaît difficile? Ça l’est. Il faut simplement s’y mettre patiemment. C’est comme la guitare : faut pratiquer tous les jours. Et on finit par jouer toute la musique qu’on veut sans se demander où placer les doigts!

santé mentale

Diagnostic en santé mentale infantile: comment arrive-t-il ?

Laetitia et Pierre, comme tant d’autres parents, attendent avec angoisse l’aboutissement ultime du parcours héroïque de l’évaluation en santé mentale infantile de leur enfant : le diagnostic en santé mentale.

 

Le parcours héroïque

Après avoir puisé dans les replis de leurs ressources personnelles pour supporter les délais, les listes d’attentes, les reports et les changements d’intervenants ; et ensuite s’être pliés, eux-mêmes et leur enfant, à des tests toujours plus nombreux qu’il faudra refaire, éventuellement, parce qu’un professionnel considérera que ces informations-ci sont « trop vieilles ».

Après avoir manqué plus de quarante jours de travail dans les trois dernières années ; et encore avoir jonglé, les yeux grands ouverts dans le noir, avec toutes les éventualités de tous les diagnostics en santé mentale infantile possibles au moment où le sommeil aurait dû venir les délivrer de l’épuisante angoisse ; après des années de ce régime, ils croient que le pédopsychiatre leur dira, enfin, « ce qu’il a ».

Ils veulent croire que ce médecin spécialiste le sait, comme l’orthopédiste peut savoir de quelle fracture il s’agit ou qu’un ORL peut évaluer l’angle que présentent les trompes d’Eustache dans l’oreille interne. Mais ce n’est pas le cas.

 

Une souffrance réelle, mais des diagnostics en santé mentale plutôt flous

Il n’existe aucun « marqueur biologique » susceptible de permettre un diagnostic en psychiatrie ou même d’aider à l’établir. Le diagnostic en santé mentale est entièrement clinique, c’est-à-dire qu’il repose sur des entretiens et des tests plus ou moins formalisés. Mais en aucune façon sur des examens complémentaires radiologiques ou biologiques. Le TDAH, par exemple, qui est de plus en plus contesté comme «maladie» ne repose sur aucune cause biologique ou neurologique identifiable. Même si le DSM-5, (5ième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) la « bible des psychiatres », le nomme « trouble neurodéveloppemental », on ne connaît AUCUN marqueur neurologique qui puisse être utilisé pour déterminer un tel diagnostic. Il repose plutôt sur une série d’observations qui déterminent la « fonctionnalité » de la personne. Critère assez fragile puisqu’il repose sur la tolérance de l’entourage et de la société en général.

Le DSM est l’ouvrage produit par l’APA (American Psychological Association) et utilisé par la majorité des médecins psychiatres et l’ensemble des intervenants et intervenantes en santé mentale pour poser un diagnostic en santé mentale. Il s’agit d’une classification des maladies mentales qui en détermine les signes et symptômes. D’une certaine manière, c’est cette classification qui détermine la normalité et la pathologie dans notre société, précisément parce qu’elle est le point d’appui de la majorité des expertises psychiatriques. Quand on ajoute un « désordre » ou un « syndrôme » dans le DSM, on déplace un peu la ligne du normal et des milliers de personnes se retrouvent avec une maladie mentale parce qu’elle est maintenant décrite et nommée dans le DSM.

diagnostic en santé mentale infantileLa « crise de bacon » est dorénavant un diagnostic en santé mentale infantile

Par exemple, dans le dernier DSM-5, on trouve maintenant le trouble de dérégulation dit d’« humeur explosive ». Celui-ci s’appliquera aux enfants de 6 à 18 ans; présentant une irritabilité persistante et des épisodes fréquents de manque de contrôle du comportement. L’APA soutient que ce nouveau diagnostic vise à réduire le surdiagnostic et le traitement du trouble bipolaire chez les enfants. Il n’en demeure pas moins qu’en définitive, de nombreux enfants porteront dorénavant les stigmates d’un diagnostic en

santé mentale infantile; et seront l’objet de traitements pharmacologiques.

 

Diagnostic de TDAH

Autre exemple, le DSM-5 a abaissé le seuil d’entrée du début des troubles pour le déficit de l’attention avec hyperactivité. C’est-à-dire que plus d’enfants pourront recevoir ce diagnostic. L’enfant devait avoir manifesté certains comportements avant l’âge de 7 ans; dorénavant il pourra être diagnostiqué TDAH s’il les a manifestés avant l’âge de 12 ans. Il est évident que des milliers d’enfants supplémentaires, qui auront manifesté ces comportement seulement après 7 ans, recevront dorénavant ce diagnostic. Avant ce changement, nous aurions examiner d’autres avenues. Et suûrement d’autres façon de les aider.

Même chose pour le début des manifestations d’entrée du trouble d’anxiété généralisé : il est passé de six mois à trois mois. Et hop ! Encore quelques milliers d’enfants et d’adultes qui viennent de passer directement dans la boîte des problèmes de santé mentale. Même chose pour le deuil qui se transformera en dépression six on a de la peine pendant plus de trois mois.

L’impact des diagnostics

Or, les diagnostics ont un impact réel et énorme sur notre société. Ils influencent sérieusement la prescription des médicaments et leur remboursement. Ils déterminent également un arrêt de travail ou un retour au travail ; d’un plaidoyer de non-responsabilité à l’égard d’un crime ou d’une condamnation. C’est encore leur incidence qui détermine dans une large mesure les recherches qui seront faites (et financées). Pourquoi l’autisme rafle toutes les subventions de recherche depuis quelques années ? Parce que le nombre d’enfants diagnostiqués s’est multiplié par 20 !

santé mentale infantileTous ces diagnostics jouent également un rôle crucial dans la détermination des services. Également dans leur disponibilité, leur financement et même des programmes de formation universitaire. Je ne suis pas en train de dire qu’il faudrait moins de services et de recherches en autisme. Je suis en train de dire que ces décisions sont prises pour de mauvaises raisons; et sur des bases mercantiles plus que questionnables.

 

La santé mentale est culturelle

Il faut se rappeler qu’il est impossible d’établir une définition objective de la norme en santé mentale ; cette norme varie d’un contexte à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une société à une autre. L’anormalité est donc quelque chose de grandement culturel ! Le seuil à partir duquel on considère qu’un comportement n’est pas normal dépend du consensus social. Et cette norme ne cesse de se rétrécir. La centaine de diagnostics possibles inscrits dans lepremier DSM a grimpé à 400 avec DSM 5. Croyez-vous vraiment que c’est parce que nos modes de dépistage sont plus efficaces ?

Cette multiplications des diagnostics parle davantage de notre rapport à la souffrance psychologique. Ce qui était considéré comme des réactions normales aux accidents de la vie font maintenant l’objet d’un diagnostic.  On prend dorénavant en charge médicalement la colère, la profonde douleur, le désespoir. Et ils font l’objet d’un traitement, leplus souvent pharmacologique. Rupture, chagrin d’amour, perte d’emploi, deuil, ces événements normaux deviennent des diagnostics. Nous sommes engagés dans la voie d’une médicalisation excessive des émotions et comportements humains. Pourtant, nous ne nous préoccupons pas des facteurs sociaux qui rendent ces événements de plus en plus souffrants.

 

Être dans la norme est-il un signe de santé?

Allen Frances, ancien professeur de psychiatrie à la Duke University, également connu pour avoir supervisé l’équipe de rédaction de la précédente édition du DSM (DSM-IV), se confiait en ces termes à ses confrères de Medscape « Le DSM‑V transforme le deuil en trouble dépressif majeur, les colères en trouble de dérégulation dit d’humeur explosive, les pertes de mémoire du grand âge en trouble neurocognitif léger, l’inquiétude de la maladie en troubles de symptômes somatiques, la gourmandise en hyperphagie boulimique, et n’importe qui souhaitant obtenir un stimulant pour un usage récréatif ou pour améliorer ses performances pourra faire valoir qu’il souffre d’un trouble du déficit de l’attention. »  N’a-t-on pas remplacé des explications d’ordre moral et social par des explications de type scientifique ? 

Il est urgent de développer d’autres modes d’évaluation et diagnostic en santé mentale. Parce qu’il me semble évident que nous nous dirigeons allègrement vers «Le meilleur des mondes» de Huxley où chacun de nous prendra une petite pilule de bonheur, après que nous aurons fait disparaître tous ceux qui refusaient d’être heureux comme tout le monde…

 

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