bénéfices de la douleur

Pratique d’intervention sociale : les bénéfices de la douleur

La pratique d’intervention sociale a-t-elle pour objectif de mettre fin à la douleur des personnes? La réponse n’est pas si évidente. Lors d’une formation que je livrais récemment la question a surgi et les avis étaient plutôt polarisés. Y a-t-il des bénéfices de la douleur ou est-ce un obstacle accessoire à la joie? Notre vision d’intervention inclut-elle la souffrance comme un état inhérent à la condition humaine ou non? Bref, dans notre rôle d’intervenant·e, qu’est-ce qu’on fait de la souffrance des personnes?

Avant de se demander si notre rôle consiste à faire disparaître la douleur des personnes, il est important d’explorer les bénéfices de la douleur. Itinérance, abus, mal de dents, violence domestique, solitude, accouchement, dépression, problèmes de santé mentale, deuil de parents et d’amis, difficultés financières, accident de la route, maladie chronique. La douleur fait partie de l’expérience humaine et prend bien des visages, physiques ou psychologiques. Qui peut déterminer laquelle est plus importante qu’une autre. La douleur est toujours une expérience subjective. C’est-à-dire qu’elle n’est pas seulement déterminée par le contexte extérieur, mais également par notre propre rapport à cette douleur.

Les bénéfices de la douleur

Dans notre culture de « satisfaction garantie et instantanée », réfléchir sur la douleur semble se réduire le plus souvent à chercher des moyens de la faire disparaître. Clairement, notre système de santé et de services sociaux n’envisage pas que la douleur puisse être utile parfois, et même quelquefois nécessaire, à la croissance et au développement. Pourtant, si on revisitait notre propre parcours, n’y trouverait-on pas des moments douloureux qui nous ont  permis d’avancer ? La douleur nous a probablement permis de croître, de voir quelque chose qui nous était caché? Et j’ai la conviction que ces épisodes ont laissé une profonde empreinte sur notre pratique d’intervention sociale.

1. Nous sommes plus disponibles et attentifs.

La douleur nous oblige à porter notre attention sur le plus important. Elle nous oblige à nous arrêter. Le reste prend souvent le bord pour un moment ou pour plus longtemps. Nous sommes alors disponibles à voir notre vie, et nous-mêmes, d’une façon nouvelle. À envisager que les choses puissent être différentes de ce que nous avions cru jusque là. La douleur, physique ou psychologique, a le pouvoir de mobiliser toutes nos ressources sur une seule chose; la douleur est la sonnette d’alarme qui attire notre attention sur quelque chose d’important auquel nous ne faisions pas attention. Et là, nous sommes prêts à apprendre.

bénéfices de la douleur2. Nous devenons plus humbles.

La douleur nivelle toujours le terrain de l’humanité. Si nous nous étions crus exceptionnels, nous voilà ramenés à la réalité. Si nous avions tiré orgueil du fait d’être « capable tout seul », la douleur est alors porteuse d’un important message d’humilité. L’un des bénéfices de la douleur, c’est que nous sommes finalement obligés de reconnaître nos vulnérabilités et nos limites. Parfois, cette reconnaissance nous permet de devenir suffisamment humbles pour nous rapprocher des autres humains; pour se sentir appartenir au même immense cercle qu’est l’humanité. La douleur nous rappelle que nous y sommes tous et toutes sur le même pied : aucun d’entre nous n’est tout-puissant et notre volonté n’y est pas pour grand-chose.

3. Nous sommes poussés vers le changement.

Quand nous sommes tannés d’avoir mal, nous envisageons des actions pour changer ce qu’on peut changer dans cette situation douloureuse. C’est l’un des plus importants bénéfices de la douleur. Nous cherchons des façons de réduire la pression, de chercher un autre niveau à l’existence. Étonnamment, la douleur devient parfois ce levier qui permet à quelqu’un de se relancer pleinement vers un autre horizon. C’est le merveilleux malheur dont parle Cyrulnik, bien sûr. Notre pratique d’intervention sociale devrait tenir compte de ce levier.

4. Nous devenons plus empathiques.

Lorsque nous avons déjà éprouvé de la douleur, nous comprenons vraiment, bien que pas entièrement, ce que la douleur peut faire aux autres. Nous connaissons tous cet instant de profonde compréhension, de profonde connection, devant le récit d’une épreuve que nous avons nous-mêmes traversée. C’est ce qui nous aide à faire preuve d’empathie. Quand nous avons connu plusieurs épisodes de douleur au cours de notre vie, qu’elle ait été psychologique ou physique, notre vision du monde et de la vie change elle aussi; elle transforme au passage, petit à petit, notre rapport aux autres. Nous arrivons même à être capables d’empathie devant une expérience différente de la nôtre. Parfois même, devant quelqu’un qui est différent de nous. Cette empathie est également la base de notre pratique d’intervention.

Pratique d’intervention sociale: la douleur des autres?

pratique d'intervention socialeComment savoir si cette douleur est de celles qui nous permettent de nous développer davantage, ou bien un obstacle « inutile » à la satisfaction ?  Je ne suis pas certaine de le savoir. Quelques pistes m’aident à y réfléchir cependant… Quel est mon propre rapport à la douleur en général? Quel effet a la douleur de l’autre sur moi ? Ces questions me permettent de mieux comprendre si je souhaite y mettre fin pour me soulager moi plutôt que la personne.

Qu’est-ce qui cause ou a causé cette douleur? Notre pratique d’intervention sociale a-t-elle aussi une part de responsabilité? Est-ce que les procédures de notre organisation sont à l’origine de la souffrance de la personne? Évidemment, si nous ou notre organisation avons une part de responsabilité dans la douleur de la personne (utilisation des mesures de contention pour s’assurer du fonctionnement de l’organisation, par exemple) alors il n’est pas surprenant que nous souhaitions la faire taire au plus vite. Car alors, elle est le rappel de notre responsabilité.

La douleur est une expérience subjective

Quelle évaluation fait la personne de sa propre douleur? Trop souvent, nous l’évaluons de notre point de vue (biais) sans vérifier. Alors, notre pratique d’intervention sociale colonise de plus en plus la personne avec notre propre vision de la douleur. C’est le cas quand on insiste auprès d’une femme qui accouche pour lui installer une péridurale. Comme on ne comprend pas pourquoi « elle endure cela », on est prêts à lui passer dessus en imposant « ce qui est le mieux pour elle ».

Quels sont les éléments systémiques dans la souffrance de l’autre? L’individualisme et le libéralisme ne cessent d’appauvrir les pauvres et de valider l’idée erronée que la pauvreté est la conséquence des choix individuels d’une personne. Les éléments systémiques ont donc beaucoup poids dans l’équation. La douleur des personnes devrait nous donner envie de chercher à améliorer notre société. Mais le plus souvent, nous faisons taire le bruit de la douleur des pauvres et des marginaux sans se questionner une seule seconde. Ça veut dire que parfois, les bénéfices de la douleur des personnes sont parfois pour les intervenant·e·s; pour le milieu, pour la communauté! finalement, notre pratique d’intervention sociale a le pouvoir de donner du sens à la douleur. Et c’est déjà ça.

3 obstacles au bonheur d'être parent

Surmonter 3 obstacles au bonheur d’être parent

Comme d’habitude, ce qui fait obstacle au sentiment du bonheur ne provient pas des « autres ». Ce ne sont pas les événements qui nous empêchent de jouir de la vie; ce sont nos idées toutes faites sur ce que la vie devrait être. Les idées concernant ce qu’un parent devrait être, ce qu’il devrait faire. Ces 3 obstacles au bonheur d’être parent prennent naissance dans notre façon de penser et de voir le monde. Et on peut changer cela.

Quels obstacles au bonheur d’être parent ?

Que vous soyez un parent, un·e intervenant·e social·e, un·e enseignant·e ou simplement une personne humaine, on cherche tous et toutes la joie et le bonheur. Sauf que ça ne se passe pas vraiment comme on l’avait prévu, pas vrai? Bien des choses peuvent diluer notre joie, mais les 3 plus fréquents obstacles au bonheur d’être parent que j’ai rencontrés dans ma pratique d’intervenante familiale et de superviseure sont les mêmes pour à peu près tout le monde. Chacun et chacune de nous peut les surmonter en les abordant honnêtement et avec humilité.

1) Vous essayez de performer dans quelque chose que vous êtes en train d’apprendre

C’est souvent le cas pour un nouveau parent : vous nourrissez l’idée que vous savez. Vous avez lu tellement de choses, entendu des centaines d’autres parents raconter leurs histoires, regardé des dizaines de vidéos. Mais vous êtes quand même en train d’apprendre à être parent. Tous vos contacts et vos lectures n’ont pas été inutiles, bien sûr, mais ça ressemble à la différence qu’il y a entre nos études et la réalité du marché du travail. Entre nos projets de rénovations sur papier et la réalité des (interminables!) travaux. Comme le disait si bien une de mes amies, ce n’est pas parce que j’ai pris l’avion 6 fois par année pendant 20 ans que je sais comment le piloter! 🙂

Il n’y a pas que les parents à nourrir cette idée que je devrais déjà le savoir. Les entrepreneurs qui démarrent leur entreprise; une enseignante qui passe du premier cycle au deuxième; une intervenante sociale qui passe d’un organisme communautaire à un autre. Dans ces circonstances, on pense souvent que nous savons déjà tout ce qu’on a besoin de savoir et qu’il ne reste que les détails à maîtriser. Et quand nous nous rendons compte que ça ne fonctionne pas, nous nous tapons sur la tête de ne pas savoir, au lieu de modifier notre idée erronée.

On ne peut pas apprendre quelque chose qu’on croit déjà savoir. Pour être « apprenable », je dois d’abord reconnaître que je ne le sais pas. C’est le début d’une mentalité de croissance!

Changer de perspective

Reconnaissons que nous sommes en train d’apprendre. Il y a de grands avantages à cet état d’esprit; à commencer par une pression beaucoup moins grande sur nous-mêmes. Comme parent, lâchons l’idée que chacun de nos geste est d-é-t-e-r-m-i-n-a-n-t pour le développement de notre enfant. C’est faux. Entrons plutôt dans un esprit d’aventure et cherchons à savoir et comprendre ce qui fonctionne avec cet enfant et dans notre famille. Si nous renonçons à l’idée de ne jamais faire d’erreur, nous deviendrons « apprenables ». La pression tombe instantanément et nous voilà en train de nous amuser (ou presque:) )

Rappelons à notre mémoire d’autres occasions où nous étions en train d’apprendre quelque chose, avant d’être capable de la faire aisément. Peut-être quand on a dû apprendre un nouveau programme d’ordinateur; un nouveau pas de danse; une nouvelle manière d’entrer nos heures d’arrivée et de sortie au travail. Notre parcours est plein d’apprentissages! Ramenons à la surface le souvenir des efforts fournis, de la frustration surmontée à force de pratiquer; le parcours qui a permis de changer de perspective. Et bien sûr, rappelons-nous le sentiment de satisfaction quand la tâche est

mentalité d'apprenant

devenue facile.

L’affaire, c’est que la vie est une suite de changements. Les moments de parfaite harmonie ne durent pas. Ça veut dire que nous avons besoin d’apprendre sans arrêt! Et je crois que c’est formidable. Parce que ça veut dire que je progresse sans arrêt! Cultivons le réflexe de chercher ce que les changements nous apprennent, au lieu de tenter de les empêcher.

Fréquentons des familles où les erreurs sont accueillies avec compassion et humour. Lisons des livres et des blogues qui nourrissent cette mentalité d’apprenant : nous sommes plus souvent en apprentissage qu’en maîtrise. Et c’est très bien.

 

2) Vous faites semblant

Beaucoup de parents font semblant que tout va bien, alors qu’ils n’en peuvent plus. Notre culture de performance exerce un tel poids, que le sentiment d’incompétence des parents est pratiquement permanent. Que nous reste-t-il quand nous avons le sentiment de ne pas être à la hauteur de la tâche la plus importante de notre vie? Surtout quand tous les autres autour de nous ont l’air d’y arriver avec aisance. Nous nous taisons. Nous ne demandons pas d’aide. Pour éviter d’être la seule à ne pas y arriver, nous ne laissons voir à personne nos difficultés. Nous faisons semblant que tout va bien. Mais tout le monde vit la même chose! Tous les parents trouvent le parentage difficile à un moment ou à un autre. Personne n’y arrive avec les mains derrière le dos!

Surtout, personne n’y arrive tout seul. Aucun couple ne peut élever une famille tout seul. La stratégie de faire semblant, loin de nous protéger, nous isole davantage ! Elle est un des plus importants obstacles au bonheur d’être parent parce qu’elle nous isole de tous ceux et celles qui pourraient nous aider : les autres parents. Quand tout le monde fait semblant d’y arriver parfaitement, tout le monde a le sentiment d’échouer. Révéler nos « manques » équivaut alors à s’exposer au jugement. Et tous ceux-là qui souhaiteraient être accueillis dans leurs difficultés parentales se retrouvent en train de rejeter les parents qui osent nommer leurs difficultés. Parce que de partager avec eux serait l’équivalent de reconnaître nos propres faiblesses.

Parmi les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est une tragédie, vraiment. Il affecte la santé mentale des parents et, par ricochet, la santé mentale des enfants.

Créer des espaces sécuritaires

Il est urgent de recréer des espaces sécuritaires où les témoignages des parents ne seront pas commentés, d’aucune manière. Et par personne, même pas les intervenants. Il nous faut protéger la parole des parents pour arrêter d’en faire des cueillettes d’informations. Voilà comment plusieurs obstacles au bonheur d’être parent pourront être aplanis. Chaque parent devrait pouvoir compter sur un ou deux familles alliées, qui partagent leurs valeurs. Pour arrêter de faire semblant que tout va bien, il faut arrêter de fréquenter des personnes qui ne reconnaissent jamais leurs propres difficultés. Faites un ménage dans votre cercle. Et surtout, commencer à nommer votre réalité sans honte.

C’est risqué, je sais. Mais on n’en sortira jamais sans prendre ce risque. Il faut choisir notre cercle avec soin et ensuite choisir de lui faire confiance. Aucun de ces parents ne sera parfait; et leur accueil aussi peut être imparfait. Tout comme le vôtre. Mais parler est la seule voie qui permet de créer des espaces sécuritaires pour les parents. Parler et s’ajuster. Écouter les autres parents sans les condamner. Si nous faisons cela, les autres nous répondront de la même manière. Si nous prenons le risque, les autres prendront le risque. Commençons par un petit cercle; avançons tranquillement dans la construction de ce réseau de support. Et surtout, ne le quittons pas à la première contrariété. Échanger avec d’autres parents, franchement et honnêtement, c’est ce qui nous rend meilleurs.

3) Vous vous sentez jugés

Évidemment. Parce que nous avons le sentiment permanent de ne pas réussir à faire tout ce que nous devrions faire pour être un bon parent, il est facile de voir du jugement dans le regard des autres. Personne ne peut donner le meilleur de lui-même, dans une atmosphère de condamnation perpétuelle. Cependant, ma pratique m’a appris que nous sommes notre pire juge. De tous les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est le plus douloureux de tous.

Nous sommes sans pitié envers nous, nous refusant nous-mêmes le droit à l’erreur et toute marge de manœuvre. Comme si cette exigence de perfection était un signe que nous sommes un bon parent. Mais ça ne l’est pas. Vouloir être parfait n’est pas une manifestation de rigueur ou du désir de s’améliorer. Ce n’est que la manifestation d’idées erronées sur le parentage et sur nous-mêmes. Il n’y a pas de gloire dans l’autocondamnation et la culpabilité. Il n’y a que de la souffrance.

L’expérience m’a appris qu’au moment même où je cesse de me condamner moi-même, le jugement des « autres » n’a plus aucun pouvoir de destruction sur moi. Simplement parce que dès ce moment, c’est mon regard qui importe le plus et non pas celui des autres. Ainsi, je n’ai plus à attendre et espérer que « les autres » cessent de me juger. Je n’ai pas non plus à travailler plus fort pour devenir parfaite. Cette pierre sur mon chemin est à ma portée et je peux la faire rouler sur le côté.

Appeler à la barre votre avocat de la défense

Nous avons toutes et tous en nous-mêmes, un espace de compassion et de paix. C’est un espace où la meilleure partie de nous-mêmes peut consoler celle qui doute et se trompe. Un espace où le parent épuisé que je suis parfois peut être secouru et soutenu. Quand je ne suis pas la mère que je voudrais être, c’est un espace où le meilleur de moi m’attend avec les bras grands ouverts pour m’accueillir comme je suis.

obstacles au bonheur d'être parentQuand nous entendrons démarrer, dans notre tête, notre litanie personnelle d’autocondamnation, choisissons consciemment de nous réfugier dans cet espace. J’aime m’imaginer qu’il y a une « avocate de la défense » qui prend mes intérêts à cœur dans cet espace. Au moment où je me tourne vers elle, elle se lève et prend ma défense avec cœur, ardeur et conviction. Elle ne me cherche pas de défaites ou de justifications. Cette avocate de la défense fait valoir ma bonne volonté; rappelle que je suis en apprentissage et que mes erreurs sont la seule façon de m’améliorer.

Parfois, ça m’aide de l’imaginer en train de s’adresser à tous ceux et celles qui font des remarques ou posent des questions qui ressemblent à des condamnations. Mais la plupart du temps, ce qui me permet de me remettre debout, c’est de savoir qu’elle s’adresse à moi. C’est à moi qu’elle rappelle toutes ces vérités que j’oublie facilement et qui me ramènent à ma condition d’humaine en croissance.

Pour laisser passer les jugements d’autrui, il ne s’agit pas de les combattre. Il s’agit d’arrêter de me condamner moi-même. Appeler mon avocate à la barre et me laisser porter par son éloquent plaidoyer de compassion.

prouver qu'on a raison

Prouver qu’on a raison : une mentalité fixe

La voie de l’apprentissage et du développement de la personne est une route semée d’embûches. Parmi les nombreux obstacles qui y apparaissent se trouvent notre propre égo et la mentalité fixe qu’il nourrit. Et bien sûr le désir ardent de prouver qu’on a raison. Nous portons en nous une image de ce que nous croyons être, de notre valeur. Pour préserver cette identité, nous pouvons nous transformer en cerbères!

Il y a une trentaine d’années, j’étais chroniqueur au journal La Presse. Dans cette colonne, j’ai un jour dénoncé les « trous » de la formation générale au secondaire, et particulièrement en Histoire. Sans le savoir, j’avais heurté la susceptibilité de bien des profs d’histoire. Sauf que madame Desmarchais, qui enseignait l’histoire à l’école secondaire que j’avais fréquentée, m’attendait de pied ferme quelques mois plus tard.  

Prouver qu’on a raison change-t-il quelque chose ?

C’était les retrouvailles de ma cohorte et madame Desmarchais m’a littéralement sauté dessus. Se plaçant devant moi pour m’empêcher d’avancer, elle m’a dit que ma déclaration était fausse et que les cours d’histoire étaient excellents. Devant mon désaccord, elle insistait pour que je reconnaisse que nous avions appris beaucoup de choses en Histoire. Je vous passe les détails de l’échange, mais elle m’a harcelé jusqu’à ce que je lui dise, en effet, que nous avions appris beaucoup de choses en Histoire.

mentalité fixe

Madame Desmarchais n’était pas vraiment en train de parler du cours d’Histoire, évidemment; ni même de la qualité de son enseignement. Elle parlait d’elle-même et de l’idée qu’elle porte à propos d’elle-même. Prouver qu’on a raison en public est exhaltant! Devant son sourire triomphant pour avoir gagné l’argument, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander : « Et maintenant que j’ai dit que vous aviez raison, croyez-vous vraiment que cela a changé quelque chose à ma position au sujet du cours d’Histoire? »

Je comprends tellement ce qui s’est passé pour madame Desmarchais ! Parce que moi aussi je me suis souvent colletaillé avec d’autres pour avoir raison. Dans des discussions entre collègues; autour d’un plan d’intervention avec lequel je n’étais pas d’accord. Quand ce que j’avais proposé n’avait pas fonctionné et que ma mentalité fixe me donnait l’impression que j’étais cet échec. Je n’arrivais pas à séparer qui je suis de ce que je fais. Il était donc inévitable que je refuse d’avoir tort ou de m’être trompé. Dans ce temps-là, on veut prouver qu’on a raison.  

Faire une pause crée de l’espace

Il est possible que, lors d’une discussion, on en arrive à la conclusion que ce sont les limites de mes compétences qui sont un problème. Si toute l’équipe travaille à préserver le bon alignement dans une mentalité d’apprenant, ce sera clair pour tout le monde (et pour moi!) que je ne suis pas le problème, mais bien mes compétences. Si nous sommes en recherche de solution, alors on plourra se demander qui a les compétences nécessaires ou comment faire pour que je les acquière.

Quand on sent l’accélération des battements cardiaques qui vient avec la posture de défense, on peut être pas mal certain que nous nous préparons à prouver qu’on a raison. Il est temps de prendre une pause. Arrêter la discussion pour vrai et faire une pause. Pendant ces quelques minutes, il nous sera possible de nous rappeler que nous pouvons poursuivre les discussions même si nous ne statuons jamais sur « qui a raison ».

prouver qu'on a raison

Madame Desmarchais n’avait pas à être d’accord avec moi. Pour que l’échange soit fructueux, elle n’avait pas à me donner raison. Ni à me convaincre qu’elle avait raison. Quand cette question de « Qui a raison? » est simplement tassée, nous entrons dans un véritable espace d’échange. Un espace où nous pouvons apprendre et envisager d’autres points de vue, sans se sentir obligé de prouver qu’on a raison.

Dans cet espace d’échange qui est créé par la pause apparaissent d’autres questions. Ces questions cherchent à déterminer ce qui fonctionne ou pas. Avec ce genre de question, tout le monde reste dans le sujet. Et tout le monde préserve le sentiment de sa valeur propre sans avoir à prouver qu’on a raison.  

Des questions qui aident

  • Qu’est-ce qui a bien fonctionné?
  • Comment pourrait-on faire autrement la prochaine fois ?
  • À quel moment ça s’est mis à moins bien fonctionner?
  • Qu’est-ce qui a moins bien fonctionné ?
  • Examinons le processus complet pour voir où se trouve la difficulté.
  • Faisons une tempête d’idée pour faire les choses autrement la prochaine fois.
  • Qui d’autres pourrait nous donner un avis éclairé sur la question ?
  • Qu’est-ce qui pourrait être retiré/ajouté dans le processus ?
  • Est-ce qu’on a essayé assez longtemps?
  • Est-ce qu’on a essayé assez fort?
  • Qu’est-ce qui nous donnerait plus de chance de succès ?

La mentalité fixe veut absolument avoir raison

C’est exactement ce qui se passe dans une mentalité fixe. Nous nous attachons si peu au processus, que nous plaçons toute notre valeur dans le résultat. Quand ça ne fonctionne pas, nous croyons que nous sommes l’erreur. En développant une mentalité de croissance, nous arriverions à considérer les erreurs comme de véritables occasions d’apprendre. Des occasions de progresser et d’élargir notre vision.

mentalité fixe

Car chaque fois que nous avons peur de perdre notre valeur, nous arrêtons d’écouter. Nous nous plaçons au centre pour prouver qu’on a raison. Et le véritable sujet de discussion devient un élément satellite. Personne n’avance alors, et nous sommes simplement incapables d’avoir des échanges fructueux. Nous voulons prouver qu’on a raison. Sur ce sentier de l’égo, la réalité nous importe peu. Nous utilisons tout ce qu’on peut pour confirmer notre position, certainement pas pour la remettre en question. Sauf que ces échanges sont stériles, bien sûr.

Nous pouvons pourtant discuter sans chercher qui a raison. Nous pouvons même le faire sans que personne n’ait raison! En cessant simplement de chercher à déterminer qui a raison et qui a tort, nous pouvons poursuivre la discussion sans que notre égo nous aveugle. Alors nos discussions résoudront véritablement les problèmes au lieu de les distribuer.  

L’humilité est le seul espace d’apprentissage

Pour progresser et apprendre, il faut arrêter de vouloir prouver qu’on a raison. Accepter parfois de perdre des illusions; d’abandonner des croyances bien enracinées. Dans certains cas, ces illusions et ces croyances concernent l’image que nous avons de nous-mêmes. Et il peut être difficile de renoncer à l’idée qu’on se fait de soi. Surtout s’il s’agit également de renoncer à une partie de notre vision du monde.

Aujourd’hui encore, la tentation de prouver que j’ai raison me guette. La tentation, surtout, du sentiment de triomphe quand je réussis à faire dire à l’autre que j’ai raison. Tout le monde connaît ces moments-là. J’essaie d’être vigilante. À force de porter attention au processus, j’arrive maintenant à me voir être tentée d’avoir raison.  Et j’arrive à créer assez d’espace de plus en plus souvent. C’est déjà ça. 🙂

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout