séparation

SÉPARATION : EMBALLER SA VIE

Une séparation n’est jamais anodine. Même quand elle se passe au mieux. Louise a vendu sa maison. Dans quelques semaines, ce sera le grand déracinement. En faisant ses boîtes, c’est sa vie qu’elle emballe. Les vieux gobelets à bec de ses enfants dans les armoires de la cuisine. Les premiers barbeaux aux crayons de cire, soigneusement datés, dans le petit bureau.

Dans sa bibliothèque, les livres sur l’éducation des enfants lui ont rappelé ses premières années de mère, ses nuits d’inquiétude, ses doutes. Dans la salle de bain, au fond du tiroir du haut, un bracelet d’hôpital minuscule, souvenir de la méningite du petit dernier. Assise sur le carrelage de la salle de bain, ont ressurgi les images de ces heures interminables dans la salle d’attente bondée… Comment fait-on pour empaqueter les souvenirs d’angoisse dans une boîte de carton?

Deux mille photos dans la bibliothèque, aimantées sur le frigo, accrochées sur les murs. Certaines datées et annotées; beaucoup d’autres pêle-mêle. Le premier Noël de petit Pierre. Petit Pierre qui se baigne dans l’eau du Lac-Saint-Jean; une autre en vélo. Mathilde devant un bonhomme de neige, souriante dans la lumière de janvier. Le premier Noël de Mathilde.  Les enfants soufflant leurs bougies d’anniversaire, la famille en camping, le spectacle de danse de petit Pierre.

Ce sont les photos qui l’ont fait craquer. Dans le sofa, avec les genoux ramenés sur sa poitrine, Louise a pleuré sans retenue. Elle devra en laisser la moitié à Marc.

Séparation des biens… et des cœurs

Au premier juillet, les camions de déménagement s’aligneront par centaine, leurs roues empiétant sur les pelouses et leurs nez perpendiculaires à la rue. Dans les caisses avec lesquelles les hommes valseront ce jour-là, qui sait combien de moitiés de vies auront été encartonnées.

C’est que l’autre moitié semble nous avoir été arrachée. Et d’ailleurs que devient-elle, pleine du meilleur de nous-mêmes? Une séparation fait mal. Louise a pleuré sur son rêve de famille heureuse et parfaite. Pleuré sur son amour-pour-toujours. Et pleuré aussi pour tant d’autres choses…

séparation

On pense à tort que le plus difficile, c’est de partir avec les boîtes. En fait, le plus difficile reste à faire, une fois le barda déposé pêle-mêle dans ce nouveau foyer qui nous est encore étranger. Prendre racine demande tant de soins après une séparation.

Faire à manger en cherchant les ustensiles au fond des boîtes à moitié défaites. Habiller les enfants en cherchant les bottes de pluie qu’on se souvient d’avoir vu quelque part… mais où? Regarder par la fenêtre et ne rien reconnaître. Dire au revoir aux enfants le dimanche soir. Et attendre leur retour la semaine suivante…  Prendre racine dans une nouvelle vie demande du temps et de la compassion pour nous-mêmes.

Refaire des racines après la séparation

La compassion pour notre peine ou notre soulagement. C’est l’accueil de toutes nos culpabilités, réelles ou imaginaire. Avoir de la compassion pour nous, c’est repousser cent fois s’il le faut, les questions qui nous assaillent sur les raisons de cette rupture. Et alors qu’il nous faut retenir nos propres morceaux de partir au vent, il y a les enfants… seront-ils traumatisés de cette déchirure? Les avons-nous blessés irrémédiablement avec la séparation ? Et la morsure venimeuse de la culpabilité nous laisse le cœur en lambeaux.

séparation

À tous les pères et toutes les mères qui déménageront dans les semaines à venir, en emportant seulement la moitié des photos, je voudrais vous rappeler ce que vous savez déjà : la vie est puissante et féconde. Il faudra beaucoup de soins et de temps; il faudra beaucoup d’attention aux enfants, oui. Mais la rivière retrouvera son lit. Elle l’a déjà fait dans votre vie, dans vos amours, dans votre travail, dans vos amitiés. Vous avez déjà cru que la vague vous noierait et la grâce vous a soulevés. Vous avez déjà eu peur, très peur; et vous avez pourtant été capables de vous tenir debout au milieu des flammes. Rien ne sera parfait et chacun portera les cicatrices du déracinement. Il y en a toujours dans une séparation, c’est comme ça.

Prenez bien soin de vous. Renoncez à la culpabilité : elle rend stériles les terreaux les plus riches. Marchez vers le soleil. Et je vous promets que votre vie vous étonnera un jour, pareille au brin d’herbe qui casse l’asphalte pour trouver la lumière.

adolescence

Adolescence : 5 moyens de renouer avec nos jeunes

L’adolescence n’a pas à être pénible. Cependant, beaucoup de parents ont le sentiment de perdre contact avec leurs enfants au moment de l’adolescence. C’est souvent parce que nous maintenons un mode communication qui fonctionnait bien avec des enfants plus jeunes, mais qui ne fonctionne plus avec des jeunes de 15, 17 ou 19 ans. Notre encadrement doit se transformer avec leur nouveau stade de développement : il passe de la contrainte au support. Peut-être que le bonheur de vivre et côtoyer nos ados ne dépend pas de quelque chose que nous devrions faire davantage, mais bien de quelques petites choses que nous devrions cesser de faire. Voici ce que j’ai appris de mes trois enfants, à force d’essais et d’erreurs et qui permet de renouer avec nos adolescents.

1. Créer et préserver un espace de plaisir partagé pendant l’adolescence

Pendant une période vraiment difficile de l’adolescence de mon aîné, nous nous rencontrions dans un café toutes les deux semaines et pendant une heure, nous partagions les mêmes écouteurs sur son lecteur de musique. Il me faisait entendre ses coups de cœur et pour chaque chanson, il avait tant à dire! À propos des paroles qui résonnaient fort en lui, à propos de la musique qu’il qualifiait pendant de longues minutes. Durant ces rencontres, je m’interdisais d’aborder nos litiges et tous les sujets délicats. Je voulais préserver un espace où nous pouvions nourir notre lien. Nous avions de difficiles conversations à d’autres moments, mais ces moments de musique partagée étaient protégés. Treize ans plus tard, je me rends compte que ce sont ces moments passés avec lui pendant son adolescence, sans jamais aborder les questions litigieuses, qui nous ont permis de préserver notre lien. Entre nous, il y avait un temps pour parler des choses difficiles et un temps pour nourrir notre lien. Et je sais aujourd’hui que ces rencontres de musique tissaient assez de force dans notre relation pour que nous puissions aborder les questions difficiles et traverser les moments de litiges.

Je sais bien que nous avons souvent le sentiment de n’avoir rien en commun avec eux quand arrive l’adolescence. On n’aime pas la même musique. On ne fréquente pas les mêmes endroits. Parfois, on n’aime pas du tout les gens qu’ils aiment ! Faisons un effort et trouvons une activité à faire ensemble. Même si cette activité ne nous enthousiasme pas. Et nous serons surpris de tout ce que cette activité apporte à notre relation avec eux. Elle permet de renouer avec nos adolescents.

2. Arrêter de blâmer, critiquer, prêcher

L’adolescence est une période où les humains font des erreurs et sont certains d’avoir raison. Ça énerve, je sais. Les ados ne font pas ce qu’on souhaiterait et, en plus, ils ont l’air d’avoir oublié toutes les bonnes choses qu’on a mis tant de soin à leur apprendre ! Dans ces moments-là, nous avons envie de les « aider » en leur montrant du doigt leurs erreurs… C’est peut-être parce que nous avons oublié que les expériences nous permettent d’apprendre « ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ». C’est vrai également pendant l’adolescence.

adolescence -France Paradis formationsLes blâmes et les critiques ne correspondent plus à leurs besoins de développement. À la place, demandons-leur ce qu’ils viennent d’apprendre de ces événements. Et surtout, ne critiquons pas leur réponse; intéressons-nous sincèrement à ce qu’ils croient avoir appris. Et peut-être apprendrons-nous, nous aussi, quelque chose.

En les blâmant, nous mettons fin à leur réflexion si précieuse pour comprendre le monde et lui trouver un sens. Nous pouvons certainement partager nos réflexions et nos inquiétudes, mais je crois que nous devons honorer la recherche de sens si caractéristique de l’adolescence. Pour renouer avec nos adolescents, sans doute nous faut-il faire face à nos propres contradictions et notre propre quête de vérité.

3. Arrêtons de les interrompre

Je sais : vous pensez que ce sont eux qui nous interrompent ! Nan ! Le plus souvent, c’est nous. L’interruption n’est pas seulement grossière, elle est brutale. Lorsque nous interrompons quelqu’un, ce que nous disons vraiment, c’est : « Je ne t’écoute pas; ce que tu veux dire est moins important que ce que j’ai à dire. » Quand on interrompt un ado, on violente un esprit en construction et on le disqualifie.

Nous voulons tous garder la communication ouverte avec nos jeunes pendant la période de l’adolescence. Alors, laissons-les dire tout ce qu’ils ont à dire. Même si ça leur prend du temps ou si c’est maladroit. L’adolescence est une période où les humains apprennent à devenir adultes. Même si cela ne nous apparaît pas vraiment clair ni sensé du premier coup. Écoutons-les, comme nous aimons être écoutés. Déposons ce que nous avons dans les mains ; levons les yeux et regardons notre ado dans les yeux. Quand un ado se sent vraiment écouté, il reçoit le message de sa grande valeur et de son unicité. Il se sent en confiance. Et la confiance est la base de toutes les relations satisfaisantes et fructueuses. Y compris celle que nous avons avec lui ou elle pendant son adolescence.

4. Arrêtons de déverser nos peurs sur eux

Nous avons tous peur : de ce qui pourrait arriver ou pas, de ce que nous ne pouvons pas changer, ou comment les autres parents pourraient nous percevoir. Nous avons peur qu’il arrive quelque chose à nos enfants. Peur de la drogue, des beuveries, des accidents, de la vitesse, des mauvais amis, des agressions sexuelles. L’adolescence est marquée par la prise de risques.
Mais la peur ne change rien aux risques. Rien. Avoir peur ne protège pas nos enfants, au contraire. La peur éteint l’enthousiasme, les rêves et l’audace lorsqu’elle est la seule réponse offerte pendant l’adolescence. Leur expérience est limitée, mais ils et elles sont capables de réflexion. Si nous gardons la communication active avec eux, nous aurons l’occasion de partager notre point de vue. Si nous la fermons, alors nous n’aurons aucune idée de ce qu’ils vivent, des décisions qu’ils prennent.

Leurs expériences nous coupent le souffle parfois, je sais. Mais elles font partie de leur développement et de leur apprentissage. Nous n’avons pas le pouvoir de les mettre dans de petites boîtes protectrices pour toujours. Je sais que c’est terrible, mais nous ne leur éviterons pas la douleur, ni le remords, ni la peine.

adolescenceOui, le point d’équilibre entre vouloir les retenir et leur permettre d’apprendre est difficile à trouver. Acceptons que nous sommes en train d’apprendre à être le parent d’un ou une adolescente et faisons simplement de notre mieux. N’oublions pas qu’ils découvrent l’adolescence en même temps que nous!

5. Reconnaître nos erreurs et dire la vérité

Tout le monde aime la vérité, mais à l’adolescence, nos jeunes en ont besoin. Pour achever de leur offrir un monde cohérent, puisons dans notre humilité et reconnaissons nos erreurs et aussi nos ignorances. Loin de baisser dans leur estime, nous verrons notre crédibilité augmenter en flèche. Je vous le garantis. On connaît tous quelqu’un qui passe son temps à faire la démonstration qu’il n’a jamais tort… et c’est très énervant!

Nous sommes parfois tentés de cacher certaines choses, certaines informations, en pensant protéger nos ados. Dire la vérité, c’est leur montrer notre respect. C’est en appeler à leur jugement et à leurs capacités de réflexion. Dire la vérité, même si elle est parfois difficile à dire, garde le canal de communication ouvert pendant l’adolescence.

« Je ne suis pas certaine », « Je ne sais pas », « Je me suis trompé », « j’ai peur ». Ces phrases préservent le lien pendant la difficile période de l’adolescence. Reconnaître nos erreurs et dire la vérité demande du courage et nos ados ont désespérément soif de modèles courageux ! Soyons ces modèles pour eux/elles.

 

 

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout