cultiver la gratitude des enfants

Cultiver la gratitude des enfants

La gratitude des enfants n’est pas innée. Elle s’apprend. Chez l’adulte aussi d’ailleurs. Le plus souvent dans la perte, le chagrin et le manque. Exactement comme il faut avoir tâtonné et trébuché dans le noir pour être reconnaissante de la lumière qui éclaire notre chemin.

Il y a quelques années, j’avais suivi le fleuve jusqu’à Rivière-du-Loup. Respirant les embruns de ces paysages magnifiques, j’espérais arriver à temps. Mon vieil ami se trouvait dans le tout nouveau centre de soins palliatifs de la région. Mais je suis arrivée trop tard : Denis était parti sans m’attendre, deux heures plus tôt.

J’ai refait les 440 kilomètres de retour d’un seul trait, sans m’arrêter. Quatre heures de larmes et de souvenirs de cette belle et profonde amitié. Puis un calme serein est monté en moi. Et sous l’ardente lumière d’avril, j’ai avalé les paysages qui longent le fleuve argenté; les courbes voluptueuses des champs dans les collines. Dans ces instants, j’ai ressenti une incroyable gratitude d’être encore en vie pour jouir de la vie. Reconnaissante de tout ce que la vie m’avait apporté à ce jour, à commencer par cette amitié si profonde et si vraie. Et ce soir-là, j’allais pouvoir prendre mes enfants dans mes bras et leur dire à quel point je les aime. Quelle grâce!

 

Cultiver la gratitude des adultes

Quand les adultes disent merci, ils cultivent la gratitude des enfants. C’est quand on réalise que tout peut disparaître, que la gratitude peut sourdre et jaillir des petits murmures de la vie quotidienne. Quand le mur qui soutenait l’illusion des certitudes s’effondre, une porte s’ouvre sur le sentiment de reconnaissance. Avons-nous pris pour acquis ces matins calmes dans les bras dans notre amoureux? Avons-nous cru que ces balades en vélo avec les enfants allaient de soi? Et nos trois repas par jour? Et notre maison chaude?

cultiver la gratitude des enfantsC’est le jour où sa maison a brûlé en entier et au milieu de la nuit que mon ami Pierre a connu le plus puissant sentiment de gratitude de sa vie. Debout, enroulé dans une couverture devant le brasier qui dévorait la maison qu’il avait construite, avec dedans sa thèse de doctorat et toutes ses années de travail, il tenait sa fille de six dans ses bras en pleurant.

Bouleversée par les larmes de son père, elle en a essuyé une sur sa joue en disant Oh, papa! C’est terrible ! Pierre l’a regardée et l’évidence lui a serré la gorge quand il a murmuré : Ne t’inquiète pas ma puce; on a sauvé le plus précieux et c’est toi. 

 

Cultiver la gratitude des enfants

Il ne faut pas s’étonner si les enfants ne manifestent aucune reconnaissance pour la nourriture qu’on leur donne, la maison qui les abrite ou les vêtements qui les réchauffent puisqu’ils sont nourris, hébergés et habillés depuis le premier jour de leur vie. Pour que la gratitude des enfants jaillisse, il faut savoir que notre vie pourrait être différente. Savoir qu’elle l’est pour beaucoup d’autres. Comment s’étonner de leur manque de reconnaissance devant les cadeaux qu’on leur offre, s’ils ont toujours eu exactement tous les cadeaux qu’ils demandaient sans même devoir attendre bien longtemps?

Quand mes enfants ont eu un petit ami si gravement malade qu’il a manqué plusieurs mois d’école, ils ont réalisé que la santé pouvait être perdue. Chaque fois que vos enfants vous entendent remercier la vie d’avoir une place à dormir au chaud quand il fait -20 dehors, ils apprennent que certains n’en ont pas. Quand ils ne reçoivent pas ce qu’ils ont demandé, ils apprennent à apprécier ce qu’ils reçoivent. La gratitude des enfants vient donc aussi de la douleur.

 

La perte et la gratitude sont des sœurs

Toutes ces expériences mises bout à bout finissent par tisser la corde qui nous retient quand on tombe de haut.  Il ne s’agit pas d’instiller l’angoisse dans le cœur des enfants; il s’agit d’éclairer le monde pour eux. Ce n’est donc pas une bonne idée de les préserver de ces expériences difficiles où se croisent la peur, la perte, le chagrin et la douleur. Elles sont tressées avec la gratitude des enfants. Et aussi l’empathie.

cultiver la gratitude des enfants

Ce soir, au moment de leur dire bonne nuit, racontez à vos enfants quelque chose qui est arrivé aujourd’hui et pour laquelle vous voulez dire merci. Juste merci, sans les explications ni les grands principes, ni le pourquoi du comment.

Faites-le demain aussi et le soir suivant. Avant longtemps, ils auront envie de vous en raconter une. C’est ainsi qu’on cultive la gratitude des enfants.

Et vous l’apprendrez en même temps qu’eux.

La mort d'un enfant

La mort d’un enfant : pour ceux qui restent

La mort d’un enfant est un sujet difficile. Mon amie Hélène est en train de dégeler. Nous nous affairons à nos tâches quotidiennes, à nous inquiéter du changement d’huile qu’il faut faire faire et à mille autres choses sans importance. Hélène, elle, se remet tranquillement de la main glacée qui a dévasté sa vie et l’a laissée pantelante au milieu du décor vide. Après la touchante et cérémonie d’adieu que nous avons faite à sa fille, après que tous ces amis l’aient serrée sur leur coeur, Hélène a tout de même mal aux bras. Sa fille n’y viendra plus jamais.

On n’a pas idée de la douleur des parents qui perdent un enfant. Essayez de l’imaginer et vous en serez encore à des années-lumière. C’est peut-être à cause de cette douleur qu’on n’ose pas les approcher. On pense peut-être que d’en parler aggravera la blessure. Mais on se trompe. Ce qui fait d’autant plus mal, c’est le silence. Le néant. C’est déjà assez affreux de voir mourir un de ses enfants sans que la communauté ne le fasse disparaître en ne prononçant plus son nom. Si vous lui posez la question, Hélène vous dira qu’elle a toujours deux enfants. Un grand qui fait son chemin et une fille qui n’est plus là…

C’est vrai de tous ceux qu’on a aimés et qui n’y sont plus. Mais la mort d’un enfant est un abysse de douleur. D’autant plus si cette douleur semble effrayer l’entourage.

Je songe à Nathalie et Marc qui ont accompagné leur petite fille dans un combat perdu d’avance contre la vie. Je me souviens du silence qui les accueillait quand ils arrivaient quelque part pendant les mois qui ont suivi le décès de Théodora. Au bout de trois ou quatre mois, je m’étais avancée vers eux. La gorge nouée, avec le sentiment d’être maladroite, pour leur dire que je pensais souvent à eux et à Théodora. Alors que je regrettais déjà d’avoir fait ce pas, Marc m’avait prise dans ses bras avec un grand sourire et murmuré merci à l’oreille. La mort d’un enfant ne le fait pas disparaître de la vie de ses parents.

La mort d’un enfant ne l’efface pas de notre vie

Mille signes rappellent ceux et celles qu’on a aimés et qui n’y sont plus. Une chanson qu’il aimait, un jeu auquel elle excellait, sa couleur préférée, une robe qu’elle avait cousue pour nous… Prononcer le nom de ceux et celles qui nous ont quittés, dire leur joie et rappeler ces signes qui sont les leurs, tout cela n’a rien de morbide. Bien au contraire, c’est surtout reconnaître la part qu’ils et elles ont eue dans notre vie, la place qu’ils tiennent encore dans nos cœurs. Surtout, c’est peut-être dire à ceux qui les ont aimés encore plus que nous Tu vois je ne l’ai pas oubliée… elle n’a pas été effacée de la vie…

la mort d'un enfantDorénavant, ne doutez pas un seul instant que tous les Marc, Nathalie et Hélène pensent à leur petit. Pas tout le temps. Pas à chaque instant. Mais ils pensent à eux. Et ils espèrent que ceux et celles qu’ils ont aimés si profondément n’ont pas été effacés de la vie. Ils espèrent, plus que tout, que leur enfant habitent encore nos souvenirs heureux.

Alors, pendant les vacances, à Noël, à la fête de grand-maman, si quelque chose vous rappelle ces enfants, dites-le. Dites-le à ceux et celles qui les ont aimés et pensent souvent à eux. Dites-le tout simplement.

Parce que ça aide les vivants.

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