3 obstacles au bonheur d'être parent

Surmonter 3 obstacles au bonheur d’être parent

Comme d’habitude, ce qui fait obstacle au sentiment du bonheur ne provient pas des « autres ». Ce ne sont pas les événements qui nous empêchent de jouir de la vie; ce sont nos idées toutes faites sur ce que la vie devrait être. Les idées concernant ce qu’un parent devrait être, ce qu’il devrait faire. Ces 3 obstacles au bonheur d’être parent prennent naissance dans notre façon de penser et de voir le monde. Et on peut changer cela.

Quels obstacles au bonheur d’être parent ?

Que vous soyez un parent, un·e intervenant·e social·e, un·e enseignant·e ou simplement une personne humaine, on cherche tous et toutes la joie et le bonheur. Sauf que ça ne se passe pas vraiment comme on l’avait prévu, pas vrai? Bien des choses peuvent diluer notre joie, mais les 3 plus fréquents obstacles au bonheur d’être parent que j’ai rencontrés dans ma pratique d’intervenante familiale et de superviseure sont les mêmes pour à peu près tout le monde. Chacun et chacune de nous peut les surmonter en les abordant honnêtement et avec humilité.

1) Vous essayez de performer dans quelque chose que vous êtes en train d’apprendre

C’est souvent le cas pour un nouveau parent : vous nourrissez l’idée que vous savez. Vous avez lu tellement de choses, entendu des centaines d’autres parents raconter leurs histoires, regardé des dizaines de vidéos. Mais vous êtes quand même en train d’apprendre à être parent. Tous vos contacts et vos lectures n’ont pas été inutiles, bien sûr, mais ça ressemble à la différence qu’il y a entre nos études et la réalité du marché du travail. Entre nos projets de rénovations sur papier et la réalité des (interminables!) travaux. Comme le disait si bien une de mes amies, ce n’est pas parce que j’ai pris l’avion 6 fois par année pendant 20 ans que je sais comment le piloter! 🙂

Il n’y a pas que les parents à nourrir cette idée que je devrais déjà le savoir. Les entrepreneurs qui démarrent leur entreprise; une enseignante qui passe du premier cycle au deuxième; une intervenante sociale qui passe d’un organisme communautaire à un autre. Dans ces circonstances, on pense souvent que nous savons déjà tout ce qu’on a besoin de savoir et qu’il ne reste que les détails à maîtriser. Et quand nous nous rendons compte que ça ne fonctionne pas, nous nous tapons sur la tête de ne pas savoir, au lieu de modifier notre idée erronée.

On ne peut pas apprendre quelque chose qu’on croit déjà savoir. Pour être « apprenable », je dois d’abord reconnaître que je ne le sais pas. C’est le début d’une mentalité de croissance!

Changer de perspective

Reconnaissons que nous sommes en train d’apprendre. Il y a de grands avantages à cet état d’esprit; à commencer par une pression beaucoup moins grande sur nous-mêmes. Comme parent, lâchons l’idée que chacun de nos geste est d-é-t-e-r-m-i-n-a-n-t pour le développement de notre enfant. C’est faux. Entrons plutôt dans un esprit d’aventure et cherchons à savoir et comprendre ce qui fonctionne avec cet enfant et dans notre famille. Si nous renonçons à l’idée de ne jamais faire d’erreur, nous deviendrons « apprenables ». La pression tombe instantanément et nous voilà en train de nous amuser (ou presque:) )

Rappelons à notre mémoire d’autres occasions où nous étions en train d’apprendre quelque chose, avant d’être capable de la faire aisément. Peut-être quand on a dû apprendre un nouveau programme d’ordinateur; un nouveau pas de danse; une nouvelle manière d’entrer nos heures d’arrivée et de sortie au travail. Notre parcours est plein d’apprentissages! Ramenons à la surface le souvenir des efforts fournis, de la frustration surmontée à force de pratiquer; le parcours qui a permis de changer de perspective. Et bien sûr, rappelons-nous le sentiment de satisfaction quand la tâche est

mentalité d'apprenant

devenue facile.

L’affaire, c’est que la vie est une suite de changements. Les moments de parfaite harmonie ne durent pas. Ça veut dire que nous avons besoin d’apprendre sans arrêt! Et je crois que c’est formidable. Parce que ça veut dire que je progresse sans arrêt! Cultivons le réflexe de chercher ce que les changements nous apprennent, au lieu de tenter de les empêcher.

Fréquentons des familles où les erreurs sont accueillies avec compassion et humour. Lisons des livres et des blogues qui nourrissent cette mentalité d’apprenant : nous sommes plus souvent en apprentissage qu’en maîtrise. Et c’est très bien.

 

2) Vous faites semblant

Beaucoup de parents font semblant que tout va bien, alors qu’ils n’en peuvent plus. Notre culture de performance exerce un tel poids, que le sentiment d’incompétence des parents est pratiquement permanent. Que nous reste-t-il quand nous avons le sentiment de ne pas être à la hauteur de la tâche la plus importante de notre vie? Surtout quand tous les autres autour de nous ont l’air d’y arriver avec aisance. Nous nous taisons. Nous ne demandons pas d’aide. Pour éviter d’être la seule à ne pas y arriver, nous ne laissons voir à personne nos difficultés. Nous faisons semblant que tout va bien. Mais tout le monde vit la même chose! Tous les parents trouvent le parentage difficile à un moment ou à un autre. Personne n’y arrive avec les mains derrière le dos!

Surtout, personne n’y arrive tout seul. Aucun couple ne peut élever une famille tout seul. La stratégie de faire semblant, loin de nous protéger, nous isole davantage ! Elle est un des plus importants obstacles au bonheur d’être parent parce qu’elle nous isole de tous ceux et celles qui pourraient nous aider : les autres parents. Quand tout le monde fait semblant d’y arriver parfaitement, tout le monde a le sentiment d’échouer. Révéler nos « manques » équivaut alors à s’exposer au jugement. Et tous ceux-là qui souhaiteraient être accueillis dans leurs difficultés parentales se retrouvent en train de rejeter les parents qui osent nommer leurs difficultés. Parce que de partager avec eux serait l’équivalent de reconnaître nos propres faiblesses.

Parmi les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est une tragédie, vraiment. Il affecte la santé mentale des parents et, par ricochet, la santé mentale des enfants.

Créer des espaces sécuritaires

Il est urgent de recréer des espaces sécuritaires où les témoignages des parents ne seront pas commentés, d’aucune manière. Et par personne, même pas les intervenants. Il nous faut protéger la parole des parents pour arrêter d’en faire des cueillettes d’informations. Voilà comment plusieurs obstacles au bonheur d’être parent pourront être aplanis. Chaque parent devrait pouvoir compter sur un ou deux familles alliées, qui partagent leurs valeurs. Pour arrêter de faire semblant que tout va bien, il faut arrêter de fréquenter des personnes qui ne reconnaissent jamais leurs propres difficultés. Faites un ménage dans votre cercle. Et surtout, commencer à nommer votre réalité sans honte.

C’est risqué, je sais. Mais on n’en sortira jamais sans prendre ce risque. Il faut choisir notre cercle avec soin et ensuite choisir de lui faire confiance. Aucun de ces parents ne sera parfait; et leur accueil aussi peut être imparfait. Tout comme le vôtre. Mais parler est la seule voie qui permet de créer des espaces sécuritaires pour les parents. Parler et s’ajuster. Écouter les autres parents sans les condamner. Si nous faisons cela, les autres nous répondront de la même manière. Si nous prenons le risque, les autres prendront le risque. Commençons par un petit cercle; avançons tranquillement dans la construction de ce réseau de support. Et surtout, ne le quittons pas à la première contrariété. Échanger avec d’autres parents, franchement et honnêtement, c’est ce qui nous rend meilleurs.

3) Vous vous sentez jugés

Évidemment. Parce que nous avons le sentiment permanent de ne pas réussir à faire tout ce que nous devrions faire pour être un bon parent, il est facile de voir du jugement dans le regard des autres. Personne ne peut donner le meilleur de lui-même, dans une atmosphère de condamnation perpétuelle. Cependant, ma pratique m’a appris que nous sommes notre pire juge. De tous les obstacles au bonheur d’être parent, celui-ci est le plus douloureux de tous.

Nous sommes sans pitié envers nous, nous refusant nous-mêmes le droit à l’erreur et toute marge de manœuvre. Comme si cette exigence de perfection était un signe que nous sommes un bon parent. Mais ça ne l’est pas. Vouloir être parfait n’est pas une manifestation de rigueur ou du désir de s’améliorer. Ce n’est que la manifestation d’idées erronées sur le parentage et sur nous-mêmes. Il n’y a pas de gloire dans l’autocondamnation et la culpabilité. Il n’y a que de la souffrance.

L’expérience m’a appris qu’au moment même où je cesse de me condamner moi-même, le jugement des « autres » n’a plus aucun pouvoir de destruction sur moi. Simplement parce que dès ce moment, c’est mon regard qui importe le plus et non pas celui des autres. Ainsi, je n’ai plus à attendre et espérer que « les autres » cessent de me juger. Je n’ai pas non plus à travailler plus fort pour devenir parfaite. Cette pierre sur mon chemin est à ma portée et je peux la faire rouler sur le côté.

Appeler à la barre votre avocat de la défense

Nous avons toutes et tous en nous-mêmes, un espace de compassion et de paix. C’est un espace où la meilleure partie de nous-mêmes peut consoler celle qui doute et se trompe. Un espace où le parent épuisé que je suis parfois peut être secouru et soutenu. Quand je ne suis pas la mère que je voudrais être, c’est un espace où le meilleur de moi m’attend avec les bras grands ouverts pour m’accueillir comme je suis.

obstacles au bonheur d'être parentQuand nous entendrons démarrer, dans notre tête, notre litanie personnelle d’autocondamnation, choisissons consciemment de nous réfugier dans cet espace. J’aime m’imaginer qu’il y a une « avocate de la défense » qui prend mes intérêts à cœur dans cet espace. Au moment où je me tourne vers elle, elle se lève et prend ma défense avec cœur, ardeur et conviction. Elle ne me cherche pas de défaites ou de justifications. Cette avocate de la défense fait valoir ma bonne volonté; rappelle que je suis en apprentissage et que mes erreurs sont la seule façon de m’améliorer.

Parfois, ça m’aide de l’imaginer en train de s’adresser à tous ceux et celles qui font des remarques ou posent des questions qui ressemblent à des condamnations. Mais la plupart du temps, ce qui me permet de me remettre debout, c’est de savoir qu’elle s’adresse à moi. C’est à moi qu’elle rappelle toutes ces vérités que j’oublie facilement et qui me ramènent à ma condition d’humaine en croissance.

Pour laisser passer les jugements d’autrui, il ne s’agit pas de les combattre. Il s’agit d’arrêter de me condamner moi-même. Appeler mon avocate à la barre et me laisser porter par son éloquent plaidoyer de compassion.

aide aux parents

Pourquoi les parents ne demandent pas d’aide quand ils en ont besoin ?

Lors des formations que je donne, j’entends régulièrement des intervenants déplorer le sentiment d’incompétence des parents. Ils se demandent pourquoi les parents ne demandent pas d’aide quand ils en ont besoin. Qu’ils s’agissent d’enseignantes, d’éducatrices ou d’intervenantes auprès des 0-5 ans, elles semblent impuissantes à convaincre les parents de profiter de leurs ressources.  De plus, la plupart considèrent que les parents qui se servent de l’aide disponible ne sont ceux qui en ont la plus besoin. Comment expliquer cela? S’agit-il de déni, comme tant d’intervenants le croient? Je vous propose quelques pistes qui me viennent des années que j’ai passées à côtoyer toutes sortes de familles et leur sentiment d’incompétence. J’espère qu’elles nous aideront à réfléchir plus avant sur l’aide que nous offrons et surtout comment nous la proposons .

 

Quelques bonnes raisons qui expliquent pourquoi les parents ne demandent pas d’aide

Parce qu’ils pensent que leur situation n’est pas si terrible. Ils sont encore capables.

Les parents sont parmi les personnes les plus tough que je connaisse. Leurs capacités à endurer et tenir bon est tout simplement incroyables. On peut l’expliquer avec l’ocytocine (l’hormone de l’amour que le corps sécrète quand on prend notre bébé dans nos bras, par exemple), mais aussi avec le poids du regard des autres. Ce mélange très puissant fait en sorte qu’ils continuent de prendre soin de leurs petits. Même si c’est difficile. Que c’est long. Ou même quand ils sont fatigués. Et puis, comme nous tous, ils vivent dans une société qui déshonore les limites et prétend pouvoir les repousser sans cesse. Ceci explique peut-être pourquoi les parents ne demandent pas d’aide.

Ils pensent que le problème, c’est eux.

Surtout que, partout et sur tous les écrans, on leur propose des images de parents toujours contents. Des vidéos, des publicités, des images de pères et de mères qui ont l’air bien au-dessus de leurs affaires! Ils finissent pas croire qu’un parent normal vient à bout de tout s’il est un bon parent. Quand ils n’y arrivent pas, comment ne pas croire que quelque chose cloche en eux. Au bout du compte ils finissent pas conclure que c’est eux le problème. Eux comme parents, mais aussi comme personnes. Ils ne savent pas que tout le monde fait semblant d’y arriver. 🙂 Il n’est pas surprenant alors qu’iune demande d’aide leur ferait perdre encore plus d’estime d’eux-mêmes.

Ils savent qu’ils ont besoin d’aide, mais ne sont pas du tout certains que les bénéfices qu’ils y trouveraient valent le sentiment d’incompétence qu’ils ressentiront.

Pourquoi les parents ne demandent pas d'aideIls se demandent simplement si ça vaut le coup. Et cette question est pertinente. Les avantages qu’ils tireront de l’aide reçue valent-ils le dérangement? Valent-ils le sentiment d’incompétence qu’ils vivront? Est-ce que cette aide vaut les efforts surhumains que demande le réarrangement d’un horaire déjà serré et fragile, pour y ajouter des rencontres, des déplacements et l’impact de tous ces changements sur le reste de la famille. Et la réponse c’est que ce n’est vraiment pas certain.

 

Un sentiment d’incompétence

Ils ont eu plusieurs autres expériences qui leur ont laissé un goût amer.

Ça m’étonne toujours de constater que la plupart des intervenants oublient qu’ils ne sont pas les premiers à aborder le problème aveccles parents. Beaucoup de parents ont déjà accepté de l’aide et se sont sentis jugés. Parfois même trahis. Ceux et celles qui devaient les aider ont ajouté davantage à leur charge, en faisant plusieurs recommandations. Ils ne se sont pas sentis écoutés, et avec raison.  Quand ils ont l’impression qu’on ne les écoutera pas parce que c’est ce qui est arrivé la dernière fois, on peut comprendre pourquoi les parents ne demandent pas d’aide.

Ils ont peur qu’on les oblige à faire quelque chose qu’ils ne veulent pas faire.

Par exemple, ils ont peur qu’on les oblige à médicamenter l’enfant s’ils ne le veulent pas. Ils ont peur d’être forcés à participer à des rencontres selon des horaires qui ne fonctionnent pas avec le leur. Ou encore, ils craignent qu’on leur impose un modèle d’éducation qui ne correspond pas à leurs valeurs. Alors ils ne demandent pas d’aide parce qu’ils ont bien raison d’avoir peur de cela. Tout simplement parce que c’est souvent ce que nous faisons. Nous croyons que nous savons mieux qu’eux ce qui les aiderait, sous prétexte d’objectivité professionnelle. Nous voulons les en convaincre, sans mesurer l’impact de nos bonnes intentions sur leur sentiment d’incompétence. Alors, en toute bonne foi, nous exerçons des pressions affectives et psychologiques sur eux. On laisse entendre que l’estime de l’enfant est en jeu, son lien avec eux, ses relations avec ses pairs. On fait valoir l’épuisement des enseignants, alors que ce problème concerne l’organisation scolaire.

Je crois qu’il est grand temps que nous cessions d’invoquer le déni, le désengagement ou la résistance pour expliquer pourquoi les parents ne demandent pas d’aide quand ils en ont besoin. Rappelons-nous qu’aucun parent ne prend de décision dans le but de nuire à son enfant et sa famille. Quand ils choisissent de ne pas venir dans nos services, il y a une bonne raison. Et nous en faisons peut-être même partie. Ces parents-là sont en train de nous dire quelque chose. Finalement, est-ce qu’il ne serait pas utile d’essayer de savoir ce que c’est?

Apprenez-en plus sur la formation : « Travailler avec les parents en empowerment »

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