Nouvelles pratiques d’intervention sociale et difficulté à changer

En général, à moins d’être au bord de la mort, les humains résistent au changement de toutes leurs forces. Voilà sans doute pourquoi nous avons tant de difficulté à intégrer de nouvelles pratiques d’intervention sociale, même quand nous sommes capables de voir la nécessité de ce changement et que nous y adhérons. Il ne suffit pas que les nouvelles idées soient bonnes pour qu’on les applique aisément.

L’innovation est l’étrange processus qui améliore les choses à partir de nouvelles idées, ces voies qu’empruntent les humains pour changer, personnellement ou collectivement. Sauf qu’une nouvelle idée qui surgit remet toujours en question le statu quo. Par exemple, l’idée de retourner aux études en entendant notre copine en parler remet en question le confortable point d’équilibre que nous avons trouvé dans notre horaire de femme-mère-blonde-travailleuse. L’idée de devenir végane après une vidéo intéressante sur le sujet remet en question l’aisance avec laquelle nous cuisinons, achetons nos aliments et préparons nos menus.


Les nouvelles pratiques d’intervention sociale viennent toujours d’une proposition de faire autrement. Et ces propositions peuvent rencontrer de la résistance avec nos croyances ou nos habitudes de travail.
L’idée de se laver les mains entre les soins aux mourrant et les autres patients est apparue intéressante à implanter au 19e siècle; sauf qu’elle changeait les pratiques et obligeait les médecins à changer leur routine de travail.

L’inconnu est menaçant


À la fin des années 90′, l’idée d’échanger des seringues usagées contre des propres avec les personnes toxicomanes voulait ralentir la pandémie du SIDA. Il s’agissait de nouvelles pratiques d’intervention sociale efficaces et raaisonnables. Sauf qu’elle a dérangé beaucoup d’idées toutes faite, comme celle par exemple, qu’on devrait d’abord les arrêter de consommer, ce qui règlerait le problème (!).

C’est probablement à cause de notre cerveau reptilien qu’on commence à toujours par dire non aux nouvelles idées. Une petite voix qui vient du temps des cavernes nous murmure que l’inconnu est une menace . Ce qu’on connait est si rassurant; si confortable. Même quand c’est douloureux ou inefficace, on mettra du temps à changer nos façons de faire.

Un exemple de la difficulté à changer

Par exemple, des éducatrices en CPE n’arrivent pas à obtenir d’un parent qu’il apporte des vêtements de rechange convenables pour la température. Elles ont tout essayer : explications, douceur, menace, sarcasme, soupirs, note sur papier, blagues, etc. On peut dire que leur pratique ne fonctionne pas. On leur propose alors de changer de point de vue. De renoncer à l’idée que les parents doivent soutenir leurs action à elles, pour adhérer à une nouvelle façon de voir: nous, les éducatrices, sommes là pour soutenir l’action parentale dans le cadre de notre mandat.

Cette nouvelle idée les bouscule complètement dans leurs croyances ( par exemple, nous en savons plus que les parents sur le développement de l’enfant et donc nous savons mieux qu’eux ce qu’il convient de faire). Même quand elles sont absolument d’accord avec le fait que leur pratique actuelle ne fonctionne pas, elles résistent souvent à l’idée qui remet en question leurs pratiques d’intervention sociale. Dans leur difficulté à changer, comme dans celle de tout le monde y compris moi-même, se trouve l’idée que ce serait mieux et surtout plus simple si Les Autres changeaient. Et c,est parfaitement normal!

Voir les détails de la formation:
«  Travailler avec les parents en empowerment »

La résistance au changement n’est pas de l’entêtement. Elle fait partie du processus de changement. C’est vrai pour nous-mêmes dans notre vie personnelle; songeons simplement à l’idée d’arrêter de manger des chips en regardant la télé! C’est également vrai pour les personnes auprès desquelles nous intervenons, et aussi pour toutes les communautés.

Les nouvelles pratiques d’intervention sociale bousculent

On l’a vu quand Cactus, un organisme communautaire de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), actif dans le centre-ville de Montréal, s’est mis à échanger des seringues aux utilisateurs de drogue injectable. Quand les sages-femmes ont revendiqué des accouchements non médicalisés et hors hôpital, on a vu toutes les résistances se manifester. Même chose quand l’agriculture biologique s’est installée avec la prétention que leur approche était meilleure pour la terre et les humains. Tous se sont heurté à la difficulté à changer.

Un homme tient un mini tableau où on peut lire le mot NON écrit à la craie. C'est souvent la réponse aux nouvelles pratiques d'intervention sociale et à la difficulté à changer.

Les objections sont essentielles à l’innovation.

La résistance participe à l’amélioration des idées… quand un véritable dialogue s’installe. Il nous faut accepter d’écouter, réfléchir, et prendre le temps qu’il faut pour rendre l’opposition féconde et trouver la voie la meilleure. Et non pas chercher à prouver Qui a raison.
Les innovateurs ont besoin des opposants pour améliorer leurs idées; et les opposants ont besoin des innovateurs pour améliorer le monde.

C’est la dynamique créée par les échanges entre les innovateurs et les opposants qui nous permet de trouver la voie d’avancement la meilleure pour le bien commun. Ça a été le cas pour la pratique sage-femme ; la résistance a permis de s’assurer du niveau de compétence de chacune. Ça a été vrai pour le travail de Cactus qui, grâce à cette opposition, a entamé un véritable dialogue avec son milieu et trouvé une voie de cohabitation avec son environnement. Vrai aussi pour la culture biologique qui a dû commencer un long travail de certification.

La prochaine fois qu’on nous proposera de nouvelles manières de faire dans nos pratiques d’intervention sociale, honorons nos résistances; accueillons la difficulté à changer comme une réponse humaine à une réalité humaine.

Et, de grâce, entrons dans un véritable dialogue qui améliore le monde.

temps des fêtes différent

Un temps des Fêtes différent

Parfois on souhaite un temps des Fêtes différent, pour toutes sortes de bonnes raisons. Peut-être que votre famille n’a pas de bon sens ; ça arrive ! Peut-être que Noël et le temps des Fêtes vous ramènent un tas de souvenirs tristes ou pénibles et que vous avez décidé que cette année, vous conjureriez le mauvais sort. Il se peut que vous détestiez la surconsommation qui entoure cette période et que vous avez trouvé le courage de vivre selon vos convictions. 

Parfois,le temps des Fêtes différent nous est imposé par les circonstances. Uneséparation. Un déménagement loin de notre clan. La maladie. Le départ desenfants loin de nous. La mort de notre partenaire. 

Cette année, pour moi aussi ce sera un temps des Fêtes différent. Une tradition vieille de trente ans se termine ; celle qui amenait chaque année une vingtaine d’invités à ma table dans la nuit de Noël. La fin d’une tradition, c’est souvent comme un deuil. Et c’est vrai que je suis triste.

Réinventer notre propre Noël

Peu importe au fond, pourquoi on aura un temps des Fêtes différent, cette année. Il n’y a pas bonnes ou de mauvaises raisons. Il y a simplement l’occasion de faire quelque chose à ce propos.  En réfléchissant à l’avance à ce qu’on veut réellement pour la période de Noël, on évitera que d’autres décident pour nous !

La saisondes Fêtes peut vraiment être ce que vous voulez et ce dont vous avez besoin.Oui, il y aura probablement des obligations et des incontournables. Mais si nous prenons le temps de remplir le reste denos journées avec ce qu’on veut et ce qui a du sens pour nous, alors ces « obligations »seront beaucoup moins lourdes.

Trouver ce qu’on veut vraiment

Peut-être qu’une des clés pour vivre un temps des Fêtes différent et joyeux cette année est de commencer à explorer cela le plus tôt possible. En réfléchissant sérieusement à ce que les Fêtes devraient signifier pour nous, nous mettrons aussi le doigt sur ce que nous avons envie de vivre et sentir. Alors, le temps des Fêtes aura un sens pour nous.

Voici une série de questions qui nous aideront à déterminer à quoi devraient ressembler les Fêtes cette année pour nous, en trouver le sens et les gestes qui portent ce sens. Prenons le temps de réfléchir à ces questions. Répondons par écrit si c’est possible. Ça vaut la peine de mettre un peu d’énergie sur la préparation pour que cette période soit différente, oui, mais satisfaisante.

Questions pour un temps des Fêtes différent

  • Dans vos rêves les plus fous, quels sont les trois mots qui décriraient le mieux ce que vous souhaitez vivre pendant la période des Fêtes ? Allez, pas de censure! Quelques exemples : magique, simple, paisible, signifiant, décontracté, grand, élaboré, spécial, calme, joyeux…
  • Quelles activités correspondent à ces descriptions ? (Mettez-les sur le calendrier maintenant.)
  • Qu’est-ce qui s’est passé l’année dernière et que vous préférez ne pas répéter ?
  • Qu’est-ce qui arrivera (pour vous) si vous arrêtez vraiment de le faire ? Est-ce que ça vaut la peine ?

Et vos enfants ?

  • Écrivez trois choses que vous voulez que vos enfants vivent durant la période des Fêtes ? Exemple : du plaisir en famille, le partage avec les moins riches, la simplicité ?
  • Quelles activités permettent de vivre ces expériences ? (pas de censure, on a dit !)
  • Demandez-leur leurs idées à propos d’un temps des Fêtes différent. S’ils participent à sa construction, il aura plus de sens pour eux. Rappelons-nous que les enfants ont très peu de pouvoir sur leur vie et que les changements imposés par les circonstances sont peut-être encore plus déroutants pour eux.
  • Quel genre de souvenirs voudriez-vous créer ? Dans quel genre d’activités se trouve le germe de ces souvenirs ?

Délivrez-nous des cadeaux obligatoires

  • Dans votre cœur, à quoi aimeriez-vous que servent les cadeaux ? Décrivez le rôle qu’ils devraient avoir dans vos Fêtes. 
  • Si vous changiez votre façon de faire à propos des cadeaux, que choisiriez-vous de faire ? Peut-être aimeriez-vous en donner moins par convention et plus paraffection ; offrir des « expériences partagées » plutôt que des objets ; faire un don à un organisme de bienfaisance spécial au nom de quelqu’un ; offrir un cadeau anonyme à un inconnu qui en a besoin ?
  • Avec qui voudriez-vous passer du temps pendant les Fêtes ? Faites la liste maintenant et gardez-la ouverte.
  • Comment passeriez-vous ce temps avec eux et elles ?

Prendre soin de soi

Les changements sont toujours stressants, même quand il s’agit d’heureux changements. L’humain est ainsi fait qu’il adore faire la même chose. 🙂 Cette année, ne faites pas semblant qu’il s’agit d’un Noël comme les autres. Ne jouez pas au déni. Réfléchissez maintenant aux façons dont vous allez prendre soin de vous.

  • Comment pouvez-vous prendre soin de vous pendant cette période de changement ? Prévoir du temps pour lire ce livre que vous voulez lire depuis l’été dernier ? Marcher en forêt ? Cuisiner enfin pendant toute une journée ? Méditer dix minutes de plus le matin ? Prévoir faire garder les enfants toute une journée et rester (enfin !) seuls ? Si vous voulez plus d’idées, allez lire ça!
  • Notez maintenant les activités qui vous feront du bien. Pas de limites, allez ! Il sera toujours temps d’en retirer de la liste. Pour l’instant, lâchez-vous lousse et surtout, soyez le plus précis·e possible.
  • Quelles traditions voudriez-vous (re) commencer ?
  • Lesquelles voulez-vous cesser ?

Deux, trois et quatre têtes valent mieux qu’une

un temps des fêtes différent

Si vousavez un·e conjoint·e et des enfants, discutez-en en famille. Annoncezclairement que ce sera un temps des Fêtes différent ; la vérité rassure tout lemonde au bout du compte. Selon l’âge de vos enfants, permettez à chacun de direce que signifie une belle période des Fêtes pour lui. Et ensuite, voyez commentvous pouvez y arriver tout le monde ensemble.

Partagez votre désir d’avoir un Noël différent avec vos ami·e·s et vous serez peut-être surpris de constater qu’ils et elles ont probablement le même désir que vous. Réalisez une tempête d’idées avec votre gang de copains et copines ; ça vous donnera des idées auxquelles vous n’aviez pas pensé. Et aussi, vous vous sentirez moins « étrange »… beaucoup de monde n’ont pas envie du même Noël que l’an dernier !

La liste de choses à rayer de la liste

On peut avoir l’impression qu’il y a dix fois trop d’incontournables en ce qui concerne la période des fêtes. Et c’est peut-être ce qui fait que le temps des Fêtes ne vous tente pas. Mais parfois en les examinant, on se rend compte que l’univers ne s’effondrerait pas si on en laissait tomber. Faites votre choix ! 🙂 C’est comme pour la liste des choses à faire pour être un  bon parent : il faut en enlever le plus possible !! Voici mes suggestions.

  • Vous devriez assister à chaque fête.
  • Donner des cadeaux coûteux.
  • Faire un repas de cinq services.
  • Acheter le cadeau parfait.
  • Faire des tartes maison.
  • Rester avec vos beaux-parents.
  • Passer tout votre temps en famille.
  • Être reconnaissant·e.

La voix du cœur

C’est à vous de décider. Surtout quand le temps des Fêtes ne vous tente pas. Peut-êtreque ça vous tente de faire des tartes maison, parce que c’est une tradition spéciale pour vous avec votre mère et votre grand-mère. Mais peut-être aussi que vous aimez les tartes de votre boulangerie locale et que vous pourriez jouer de la musique pour votre mère et votre grand-mère
pendant qu’elles cuisinent.

Ça se peut très bien que vous vouliez passer tout votre temps avec votre famille. Et c’est très bien. Mais il se peut aussi que vous ayez besoin et envie d’avoir du temps pour vous-même. Et ça aussi c’est très bien.
Ce qui ouvre un chemin à la joie perdue du temps des Fêtes, c’est de choisir et suivre la voix du cœur. Comme toujours.

Select Your Style

Slider Ken Burns Mode

Pre Define Colors

Custom Colors

Layout