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6 raisons de cultiver la désobéissance des enfants

La désobéissance des enfants est probablement ce qui donne le plus de boutons aux parents! On croit que tous nos problèmes seraient réglés, si seulement les enfants faisaient ce qu’on leur demande de faire. En même temps, on voudrait qu’ils deviennent des adultes à l’esprit vif et inventif, et que leur action permette d’améliorer le monde.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas avoir les deux en même temps. Les enfants à qui on apprend à obéir deviennent des adultes qui ne remettent pas les choses en question. Quand ils ont appris qu’un bon enfant obéit, ils deviennent plus tard une « bonne personne » qui obéit.

6 bonnes raisons parmi des milliers d’autres, de cultiver la désobéissance des enfants
  1. Degas, Monet et tous les autres impressionnistes qui ont choisi de désobéir aux règles de l’art pictural pour inventer une nouvelle façon d’en faire. Ce faisant, ils ont offert au monde tout un univers artistique qui a rendu le monde plus beau.
  2. Pensez aux suffragettes qu’on a ridiculisées et humiliées sans retenue pendant des années parce qu’elles demandaient l’impensable. En désobéissant aux interdictions de manifester, elles ont forcé les gouvernements successifs à reconnaître le droit de vote aux femmes.
  3. Les signataires du Refus global qui ont d’abord été promis aux enfers et mis au ban de la société avant que tout le Québec les suive dans une révolution pas si tranquille. On leur doit en grande partie l’initiative de la modernisation du Québec.
  4. Pensez à Michel Chartrand qui a fait de la prison bien souvent avant qu’on reconnaisse la valeur déterminante de son action sur les conditions de travail de tous les Québécois.
  5. La petite Malala, que nous admirons tous, elle aussi a désobéi haut et fort aux traditions culturelles de son pays! Je crois sincèrement qu’elle participe à améliorer le monde.
  6. Et songez à Louis Robert, un agronome du ministère de l’Agriculture qui a été congédié en janvier 2019 pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche. Sans sa désobéissance, nous n’aurions jamais su que les compagnies de pesticides s’immisçaient dans les recherches et en falsifiaient les résultats.

En leur temps, chacune et chacun d’entre eux a bien dû désobéir pour suivre sa conscience. Et nous admirons cela, n’est-ce pas ? Grâce à leur courage et leur opiniâtreté, le monde s’est amélioré.

cultiver la désobéissance des enfants

Mais aucun d’eux n’était reposant, comme on dit.

La désobéissance est parfois courageuse

Si nous voulons que nos enfants deviennent assez forts pour s’avancer et défendre le plus faible, devenir des leaders et faire leur part pour améliorer du monde, peut-être faut-il arrêter de les vouloir conformes à la norme, tranquilles et obéissants… Ne faudra-t-il pas plutôt encourager leur esprit critique, applaudir quand ils contestent nos règles, féliciter quand ils suivent leur conscience même si, de temps en temps, cela veut dire désobéir ?

En effet, c’est difficile. Parce qu’au fond de nous, nous considérons que trouver sa place dans la communauté consiste généralement à ne pas dépasser du lot. Ne rougissons-nous pas de plaisir quand « tout le monde » trouve que nos enfants sont tranquilles et obéissants ? Il est bien vrai que le prix qu’on fait payer aux hommes et aux femmes qui sortent du rang est très élevé. On peut se demander, cependant, quel prix paient les autres pour obéir toute leur vie.

Comment leur apprendre la valeur de la désobéissance, sans en faire des têtes brûlées?

Ils l’apprendront chaque fois que nous agirons nous-mêmes en fonction de nos valeurs et de ce qui est le bien pour nous. Ils l’apprendront chaque fois que nous serons sensibles à leur vision des choses, à leur sentiment d’injustice. Puisque c’est la pensée critique qui est la clé de voûte de cette arche puissante, il nous faudra lui accorder de la valeur.

Comment faire pour que nos enfants maîtrisent les règles du fonctionnement social et en même temps soient capables de s’y opposer face à l’injustice ? En leur expliquant le sens de nos règles et en les appliquant avec cohérence, la désobéissance des enfants ne se résumera pas à de l’opposition. Ils apprendront la valeur de leur pensée critique si nous leur laissons de l’espace pour de ne pas être d’accord. Et si, plus tard à l’adolescence, nous sommes capables d’avoir des discussions sur le sens des règles avec eux. Les règles familiales, mais aussi les règles sociales.

Une voie qui permet la discussion et les erreurs

Comment leur transmettre les usages et les procédures culturelles qui donnent un sentiment d’appartenance essentiel à leur croissance et, en même temps, les encourager à faire autrement pour améliorer le monde ? Je sais que c’est difficile. Il s’agit d’un chemin étroit et délicat à ouvrir dans la jungle de nos idées toutes faites et des règles de la société… Un chemin qui permet l’opposition, les discussions, la recherche de sens et les erreurs. Bref, qui permet la désobéissance des enfants. Pour cela, il nous faut être sûrs de nos valeurs et de nos choix.

Les parents qui y arrivent


Les parents qui y arrivent possèdent trois caractéristiques fondamentales : ils et elles possèdent une vision claire de leurs valeurs et leur ordre de priorités. Ils et elles ont style plus inspirant et coopératif que directif dans l’exercice de leur autorité. Par exemple, les idées de leurs préados les intéressent et ils leur reconnaissent de la valeur; et surtout, ces parents sont capables d’apprendre et de changer d’avis. Ces parents montrent l’exemple en exprimant un esprit critique face aux événements de la vie et du monde.

cultiver la désobéissance des enfants

Si on veut que les enfants deviennent des adultes forts qui exercent leur leadership, alors il nous faudra sans doute nous réjouir de les voir dessiner un chat bleu; ou se battre pour obtenir des toilettes neutres/non genrées dans leur école secondaire. Il faudra se délecter de leur énergie débordante, de leurs passions, de leurs combats. Peut-être même faudra-t-il honorer leur capacité de désobéir pour suivre leur conscience.

Quand l’entêtement devient de la détermination

Parce qu’avant d’être de l’initiative, on appelle souvent ça des enfantillages. Et avant que nous reconnaissions l’audace, nous l’appelons témérité. La détermination s’appelle souvent de « l’entêtement » quand ils sont jeunes. Pareil pour l’esprit critique et la liberté de penser que nous essayons pendant des années d’étouffer en nommant ça de l’effronterie et de l’arrogance.

Tous les leaders de l’Humanité ont transgressé les normes et choisi de désobéir d’une façon ou d’une autre. C’est à cause de leur capacité à le faire que le monde change. Mais personne n’a jamais dit que c’était reposant pour leurs parents et leurs éducateurs.

Jamais allé à l'école

Et il n’est jamais allé à l’école

André Stern n’est jamais allé à l’école. Il n’y a tout simplement jamais mis les pieds. Tout simplement pas d’école pour lui. Sa sœur non plus. Leurs parents ont plutôt choisi de les laisser suivre la route spontanée de l’apprentissage. Confiants que tous les enfants viennent au monde avec l’inéluctable force de développement inscrite dans le bagage cellulaire millénaire des humains, ils ont choisi de la laisser se déployer sans la conduire. Exactement comme on plante un pommier et qu’on assiste à sa croissance, le voyant faire des fleurs puis donner des fruits, sans avoir eu besoin de lui expliquer comment on déroule une feuille ni comment les racines tirent les nutriments du sol. On surveille sa croissance. On en prend soin, on le taille. Bref, on le protège. Mais on ne lui « montre » pas comment être un pommier.

J’ai moi-même envisagé sérieusement de faire l’école à la maison à mes trois enfants, il y a 25 ans de cela. On me trouvait bien audacieuse… et beaucoup d’autres qualificatifs moins positifs :). Mais ce dont parle ici André Stern, ce n’est pas d’adapter le cadre scolaire au milieu familial. Ce dont il s’agit, c’est de sortir du cadre scolaire. Il s’agit de laisser tomber l’idée même de désigner aux enfants ce qu’il faut apprendre et le moment de l’apprendre.

L’éducation sans l’école

il n'est jamais ellé à l'école
André Stern, dans son atelier de lutherie

André Stern a 44 ans aujourd’hui et est loin d’être le seul à avoir connu un parcours hors-école. Il n’est même pas le premier, loin s’en faut. En 1921 Alexander Sutherland Neill  fondait en Angleterre la Summerhill School, qui existe toujours et où il n’y avait ni programme, ni enseignement formel. En 1964, John Holt, pionnier des droits des enfants et enseignant au primaire pendant plus de quarante ans, publiait son premier livre: How Children Fail et dans lequel il faisait la démonstration que les enfants n’échouent pas malgré les moyens mis en œuvre à l’école, mais bien à cause de ces moyens.

Partout dans le monde, en Finlande, en France, en Roumanie, en Israël, aux États-Unis, au Canada et ailleurs, ils sont des milliers d’enfants à avoir suivi la piste que Holt a balisée, et après lui Ivan Illich et tant d’autres chercheurs et penseurs. Et aucun de ces enfants n’a fini en prison ou en institution psychiatrique. Ils et elles sont parfaitement adaptés, ont une vie active et fructueuse. Simplement, ils ne sont jamais allé à l’école.

Pas de cours, beaucoup d’apprentissages

En anglais, ça s’appelle le unschooling. Au Québec et en France, on parle de non-scolarisation. J’aime mieux  » libre apprentissage ». Car, pas d’école ne veut pas dire pas d’apprentissage!  L’apprentissage est intrinsèque chez l’humain; pas l’enseignement. On apprend tous, même sans enseignement formel. Pas d’école, ça veut dire… pas d’école. Pas d’horaire, pas de programme, pas de pause après 50 minutes, pas de matière obligatoire, pas de test. Ni devoirs ni thème imposé.

Dans cette voie très exigeante pour l’adulte, l’enfant est soutenu et nourri dans les intérêts qu’il manifeste. C’est l’enthousiasme qui décide du programme. En entrevue, Stern (qui n’est jamais allé à l’école) déclare qu’il a appris à faire ce qu’il aime et à fournir tous les efforts pour pouvoir le faire. Combien d’enfants apprennent cela dans nos écoles?

Oui je sais, c’est complètement déstabilisant. Même si vous ne décidez pas demain matin de retirer vos enfants de l’école, il y a quelque chose à apprendre dans cette façon de faire; il y a des idées toutes faites à laisser tomber et des lieux communs auxquels il faut renoncer.

[perfectpullquote align= »full » bordertop= »false » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »] J’ai adoré toutes mes années de formation! Sauf mes années d’école. Jacques Prévert  [/perfectpullquote]

 

Il n’est jamais allé à l’école… Mais comment ça marche?

Mais s’ils n’apprennent pas à faire des choses qu’ils n’ont pas envie de faire, comment feront-ils dans la vraie vie?

Dans la vraie vie, chacun de nous est forcé de faire des choses qu’il n’aime pas parce qu’il faut les faire si on veut obtenir ou faire ce qu’on veut vraiment faire. Personne ne fait jamais des choses qu’il n’aime pas juste parce qu’il faut les faire. C’est aussi vrai pour ces enfants-là. L’enthousiasme est un puissant moteur de travail et donne du sens aux étapes plus difficiles qui mènent à ce qui nous intéresse!

Mais est-ce qu’il n’y a pas des trous dans leurs connaissances?

Tout le monde a des trous dans ses connaissances. Si la physique ne vous intéressait pas, avez-vous des trous dans cette matière alors qu’on vous l’a enseignée pendant des mois?

Et la loi sur l’éducation? Est-ce que c’est légal?

Parfaitement légal: Est dispensé de l’obligation de fréquenter une école l’enfant qui reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience  éducative qui sont équivalent à ce qui est dispensé ou vécu à l’école. Article 15(4) de la Loi sur l’instruction publique.

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