Recommandation aux parents : trois choses qui les rendent inutiles!

Qu’on appelle cela une suggestion, un conseil ou une recommandation aux parents, ça revient assez souvent à leur dire quoi faire. On le fait gentiment, doucement, avec bienveillance même. Mais peu importe l’emballage, se faire dire quoi faire n’est jamais intéressant. En plus, ça ne marche à peu près jamais. Pourtant on continue de le faire à tout moment avec les parents, même si on sait que personne ne veut se faire dire quoi faire, stout pas nous.

Oui mais, me dit une éducatrice en CPE, les parents en demandent!

Quand les parents ont l’air de demander conseil

Quand un parent nous dit Je ne sais pas quoi faire, elle n’est pas en train de demander conseil. Elle est en train de nous parler d’elle, de sa détresse en ce moment. Elle est en train de partager avec nous son ardent désir d’être un bon parent et de savoir quoi faire.

recommandation aux parents

Quand une femme en maison d’hébergement nous dit J’ai tout essayé et rien ne fonctionne, elle n’est pas en train de nous demander ce qu’elle pourrait essayer. Elle nous partage son état, son désir de trouver, son besoin d’être soutenue et encouragée.



Saisir cette occasion de partager pour le transformer en transmission de conseils et passer une autre recommandation aux parents, nous ratons une formidable occasion de créer et nourrir un lien de confiance avec ce parent.

La confirmation de leur incompétence

Si elle voulait qu’on lui fasse une recommandation, elle le demanderait. Comme dans As-tu une idée de ce que je pourrais faire? As-tu une suggestion à me faire? Ça n’arrive pas souvent. Et même quand ils demandent clairement quoi faire, le leur dire leur envoie le message de confirmation de leur incompétence. Car, même quand ils demandent clairement notre avis, le plus souvent ils sont encore en train de nous parler de leur désir d’être un bon parent. La meilleure réponse à leur faire, c’est peut-être de leur rappeler que vous avez confiance en eux, de les faire parler de ce qu’ils ont déjà essayé afin qu’ils s’entendent eux-mêmes faire le tour de la question.


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Les conseils ne changent pas les comportements

Les conseils n’amènent pas forcément non plus à un changement de comportement chez le parent que l’on veut aider. Changer est très difficile, même pour les intervenantes! Même lorsqu’ils sont basés sur des faits incontestables les suggestions pour améliorer notre vie n’ont pas l’effet que l’on pourrait espérer. Autrement, personne ne fumerait, ne boirait à l’excès ni ne conduirait trop vite. De nombreuses expériences de la psychologie sociale le montrent.

L’une des plus « célèbres » est celle menée par Peterson, Kealey,Mann, Marek et Sarason (2000) dans le cadre d’un programme de prévention contre le tabagisme (projet Hutchinson). 8388 enfants ont été suivis tout au long de leur scolarité (de l’équivalent du cours élémentaire au CEGEP). La moitié d’entre eux ont été exposés sur leur temps scolaire à pas moins de 65 interventions de professionnels, représentant environ quarante-six heures dévolues à la prévention du tabac (ces risques, conséquences, recommandations, etc.). Les autres enfants (l’autre moitié du groupe) ne bénéficiaient pas de ces interventions.


Malgré les soixante-cinq heures de formation sur les dangers du tabac, une fois à l’âge adulte, la proportion de fumeurs était la même dans les deux groupes, que les jeunes gens aient reçu ou non ces sessions d’information et de prévention du tabagisme. Toutes ces informations et conseils n’ont donc pas changé leur comportement.

Une recommandation aux parents est rarement utile à ce parent
misere et pauvrete

Il y a un vieux proverbe d’Afrique du Nord qui dit qu’on ne peut pas conseiller ni juger quelqu’un à moins d’avoir marché un kilomètre dans ses souliers. Ça nous rappelle simplement que notre vision des besoins et de la situation des personnes n’est jamais complète. Que les apparences sont trompeuses.

Nous ne savons pas tout, même quand nous avons l’impression de la connaître très bien. Parce que ce qui convient à tout le monde convient rarement à une personne en particulier. La vie parentale n’est pas balisée par les normes qu’on trouve dans les manuels.

De plus, notre vision est brouillée par notre propre expérience, personnelle et professionnelle; par nos préjugés et nos croyances. Quand on s’exclame que la chose à faire est évidente, nous rendons sonores ces préjugés et ces croyances. Nous avons souvent tendance à livrer des conseils et suggestions en vrac, sans avoir marché un kilomètre dans les souliers de ce parent.

Notre bienveillance se transforme en jugement

Ça vous est probablement déjà arrivé : on vous donne un conseil non sollicité; vous vous rendez compte tout de suite que la personne en face de vous ne comprend pas du tout votre situation; et c’est la fin de la conversation. C’est le sentiment d’être jugé qui met fin à notre désir de discuter et de partager.

Quand nous présentons (encore) une recommandation aux parents sans avoir fait un kilomètre dans leurs souliers, notre désir sincère d’aider est reçu comme un jugement accompagné de mépris pour leurs ressources.

Avant de nous lancer dans la distribution bien intentionnée de recommandations et de conseils aux parents, il serait sans doute utile de nous rappeler ces trois choses:

  • Dire quoi faire aux parents confirme leur incompétence puisqu’ils n’y arrivent pas sans notre expertise.
  • Les recommandations changent rarement les comportements
  • Une recommandation aux parents est le fruit de données statistiques qui déterminent une norme. Ces normes n’ont aucun rapport avec la réalité parentale.

Des fois, je me dis qu’en les écoutant plus souvent sans rien dire, on pourrait tous apprendre pas mal de choses. 🙂

Ce qu'un enfant de 4 ans devrait savoir

Ce qu’un enfant de 4 ans devrait savoir

Je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter la conversation de mes voisines, dans un petit café, l’autre jour. Le petit de l’une d’entre elles entre à la maternelle l’automne prochain. Cette mère demandait à ses copines ce qu’un enfant de 4 ans avant son entrée à l’école.  Pour ne pas prendre de retard . Les copines en questions, pleines de bonne volonté, empilaient les impératifs les uns après les autres : tenir ses ciseaux, découper un cercle, mettre son manteau tout seul. Un enfant de 4 ans devrait savoir tenir un crayon, écrire son nom (pas vraiment obligatoire, mais comme ça il aura de l’avance!). Elles ont continuer comme ça pendant presque dix minutes. La jeune mère prenait des notes, de plus en plus anxieuse face à cette interminable liste. Je la comprends tellement. Il faudrait que quelqu’un lui dise qu’il n’y a aucun prérequis pour entrer à la maternelle. Aucun.

Peut-être qu’au lieu de nous inquiéter de la performance scolaire des enfants de 4 ans à la maternelle, nous pourrions choisir d’honorer pleinement leur enfance. Voici quelques idées sur le sujet.

Ce qu’un enfant de 4 ans devrait savoir

[perfectpullquote align= »full » cite= » » link= » » color= » » class= » » size= » »] ♥ Il devrait savoir qu’il est aimé totalement et de manière inconditionnelle, tout le temps.

♥ Il devrait d’abord savoir qu’il est en sécurité; qu’il peut faire confiance à son instinct à propos des personnes qui l’approchent. Et qu’il n’est jamais obligé de faire quelque chose qui lui semble mal, peu importe qui le lui demande.

♥ Un enfant de 4 ans devrait savoir comment rire, faire le cave, être irresponsable et utiliser son imagination.

♥ Il devrait même savoir que c’est parfait de peindre le ciel en orange et de mettre 6 pattes aux chats. Il devrait savoir qu’il est sensationnel, intéressant, créateur.

À 4 ans, il devrait savoir!

♥ À 4 ans, il devrait savoir qu’il est bien mieux de passer la journée dehors à faire de la soupe au pissenlit, des châteaux de boue et des maisons de fées plutôt que de s’entraîner à lire et à compter.

♥ Il devrait certainement savoir que ce n’est vraiment pas grave de se salir; de pétrir du pain en mettant de la farine partout; d’échapper la boîte de paillettes même si ça s’éparpille et qu’on en retrouve encore trois jours plus tard.

♥ Un enfant de 4 ans devrait aussi savoir, sans l’ombre d’un doute, que ses parents sont enthousiastes à l’idée de faire un concours de roulades avec lui; de lire la même histoire pour la vingtième fois ou d’entendre le récit de leur journée. [/perfectpullquote]

4 ans, à 4 ans, il devrait savoirSa futur réussite scolaire

Peut-être que le meilleur indicateur de sa future réussite scolaire n’est pas celui qu’on croit. Et si c’était le nombre de fois où ses parents auront arrêté vraiment pour admirer avec lui cette incroyable libellule. Rappelons-nous qu’être le plus intelligent ou le plus talentueux n’a jamais eu un quelconque lien avec être le plus heureux. Ni à 4 ans ni à 54.


Alicia Bayer est une Américaine hors normes. Elle habite le fin fond rural du Minnesota, où elle a scolarisé ses cinq enfants à la maison, Cet article m’a été inspiré par son blogue A Magical Childhood.

 

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