apprendre de nos erreurs, aider les enfants

Apprendre de nos erreurs : 5 moyens pour aider les enfants

« Je suis donc ben niaiseux ! » C’est Max qui pousse ce cri du cœur. Il a 9 ans et il vient d’échapper la boîte de 500 clous de finition. Disons d’emblée que notre culture de performance n’aide pas tellement. Pourtant, le meilleur moyen d’apprendre, c’est d’apprendre de nos erreurs. Il faut aider les enfants à comprendre ça. Max regarde son père avec angoisse. Cette erreur va-t-elle décevoir son père au point de perdre son estime ? Voilà une des raisons pour lesquelles il se dénigre ainsi : il croit que les erreurs sont inacceptables. Moi aussi, je me souviens avoir regardé mes mentors avec admiration, mais aussi avec la crainte de les décevoir. Et moi aussi, je m’écriais « je suis donc ben niaiseuse » quand je faisais une erreur. C’était avant que je n’apprenne tout ce que je sais maintenant sur la mentalité de croissance : apprendre de nos erreurs.

 

1. Reconnaissons le sentiment. Pas les mots utilisés.

En déclarant qu’il est « ben niaiseux », Max regarde son père avec angoisse : va-t-il répondre que c’est bien vrai? Son père lui sourit et prend l’air surpris. « Ho, Max, je vois bien que tu regrettes d’avoir échappé la boîte et que tu aimerais mieux l’avoir transporté sans incident. Mais ce n’est pas ça qu’on dit quand on échappe une boîte de clous! » Max le regarde en cherchant ce qu’on peut bien dire dans un cas comme celui-là. Et devant son haussement d’épaules, son père lui répond : « On dit simplement Ha ben! J’ai échappé la boîte de clous. Je vais la ramasser. »

Voilà qui peut vraiment aider les enfants et replace les choses dans leur juste perspective. Max est accueilli dans son sentiment; mais en lui proposant d’autres mots que ceux de l’autoflagellation, on lui propose aussi une autre vision de la situation. Une vision qui s’inscrit dans une mentalité de croissance : apprendre de nos erreurs.

 

2. Utilisons l’humour pour changer de point de vue

Quand la petite Mimi a déclaré qu’elle était absolument incapable de résoudre ce problème de calcul, sa mère lui a suggéré un jeu de rôle. « Toi qui aimes tant le cheval Spirit (dans le film du même nom), dis-moi comment il s’y prendrait s’il devait résoudre ton équation. Endosse le rôle de Spirit et refais ton calcul à la manière de Spirit. » Après quelques instants de réflexion, cette enfant de 7 ans a littéralement henni en caracolant, a fait le tour de la pièce et s’est penchée sur son calcul avec une détermination nouvelle.

apprendre de nos erreurs, aider les enfantsSelon le problème rencontré et l’âge de l’enfant, on pourrait leur suggérer de le faire à la manière d’un gymnaste, d’un médecin ou d’autre chose. On pourrait leur demander ce qu’en dirait un homme des cavernes ou un extraterrestre! Le changement de posture amène aussi un changement de point de vue. On passe ainsi d’une attention fixée sur la difficulté à l’attention fixée sur la résolution. C’est comme si ça rouvrait la porte du « capable ».

 

3. Quand nous félicitons un enfant, soyons le plus spécifiques possible

Féliciter un enfant parce qu’il est gentil ne lui permet pas de savoir ce qu’il a fait exactement pour réussir. Cela ne lui donne aucun indice non plus pour réussir à nouveau dans l’avenir. Même chose quand je lui dis qu’il est intelligent ou vraiment bon. Ce genre de félicitations rend les enfants anxieux devant la performance parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils ont fait de bien exactement. Dans nos félicitations, soyons le plus spécifiques possible. Nommons le geste ou le comportement qui mérite ces félicitations. Quelques exemples qui peuvent aider les enfants:

Bravo pour ta persévérance! Tu as continué même quand c’était difficile.

Bravo pour ta patience! J’ai pris plus de temps que prévu et tu m’as attendu ici quand même et sans t’énerver.

Je trouve ça formidable de te voir essayer toutes sortes de manières différentes pour arriver à ton but! Bravo!

Ça me fait plaisir de te voir aider ton petit frère à mettre ses souliers!

 

4. Expliquons qu’apprendre de nos erreurs,

c’est la façon dont se développe notre cerveau

Quand un enfant se déclare complètement stupide, il est en train de nous dire qu’il croit vraiment que faire des erreurs est inacceptable. Il est peut-être temps alors de lui apprendre comment apprend le cerveau! L’intelligence et les capacités se développent parce que nous pratiquons et pratiquons encore; et aussi parce que nous nous trompons. Chaque fois que nous nous trompons, notre cerveau envoie deux messages très très rapides : « Oups, il y a une erreur », puis « Essaye encore, tu vas y arriver ». Bref, notre cerveau nous donne envie de réessayer! Savoir cela va aider les enfants.

apprendre de nos erreurs, aider les enfantsGrâce à ces erreurs, nous apprenons quelque chose qui nous permet de réessayer avec une meilleure méthode. Et si ça ne fonctionne toujours pas, nous apprenons encore et notre cerveau nous encourage à essayer d’une autre manière. Peut-être plus longtemps, ou plus fort. Chaque fois! Le cerveau a besoin des erreurs pour apprendre, pour progresser. C’est même exactement ainsi qu’il se développe. Voilà pourquoi on peut apprendre de nos erreurs. La prochaine fois qu’ils feront une erreur, nous pouvons les aider en leur demandant : « Que viens-tu d’apprendre, là ? »

 

5. Racontons nos meilleures erreurs pour aider les enfants

Chacune de nos propres erreurs est l’occasion d’apprendre aux enfants qu’elles sont normales, inévitables et font partie du processus d’apprentissage. Je me souviens de mon premier déménagement de jeune adulte. La veille du jour J, je n’avais toujours rien empaqueté. Je n’avais même pas pensé à trouver des boîtes. Quand je m’y suis mise, j’ai commencé par la salle de bain et, oui, j’ai emballé le papier de toilette! Heureusement que c’est mon frère qui s’occupait du camion, parce que je crois bien que je serais allé le réserver le jour même!

J’ai souvent raconté cette histoire à mes enfants. En riant bien sûr, et sans omettre les répercussions de chacune de ces erreurs. Finalement, je soulignais tout ce que ce catastrophique déménagement m’avait appris. J’ai eu l’occasion de raconter beaucoup d’autres erreurs/apprentissages à mes enfants et mes étudiants. Les moins gloreuses sont peut-être les plus instructives pour tout le monde. Quelles erreurs parmi vos meilleures pouvez-vous raconter à vos enfants?

 

L'espace pour apprendre à être parent

Nouveaux parents : quel espace pour apprendre à être parent ?

Les premières semaines de vie d’un bébé sont aussi celles qui mettent au monde les parents. C’est vrai qu’il faut des années pour apprendre à être parent; mais ces premières semaines sont déterminantes pour la confiance que nous développerons en nous-mêmes. Cette confiance si essentielle pour « essayer » des affaires avec nos enfants et faire confiance à notre jugement de nouveaux parents.

Martine raconte que toute la parenté venait de passer au salon. Fred, son bébé de six semaines, trônait dans les bras de grand-maman. Au bout d’un petit moment, le petit se met à gigoter de plus en plus, en chignant. Martine se lève pour le prendre des bras de sa belle-mère, en disant à voix haute qu’il est fatigué et qu’elle va l’endormir. Mais la grand-mère se détourne d’elle et déclare que ce bébé n’a pas l’air fatigué du tout. Ce n’est ni une question ni une suggestion. Cette femme est en train de faire la leçon à une jeune mère qui est en train d’apprendre à être parent. C’est son premier bébé et la jeune mère n’est pas sûre d’elle, elle hésite puis retourne s’assoir.

Personne ne se rend compte qu’on vient de la blesser profondément et de rendre encore plus difficile sa quête pour être la mère qu’elle peut être. La grand-mère ne se rend pas compte que Martine n’ira plus jamais vers elle pour obtenir de l’aide. Parce que personne n’aime se sentir incompétent. Martine aura un peu plus de difficulté à se faire confiance. Son anxiété augmentera. Parce qu’on ne lui a pas laissé d’espace pour apprendre à être parent.

 

Apprendre à être parent, petit à petit

Ce récit m’a replongé dans cette époque à la fois exaltante et si fragile de la première année avec mon premier bébé. Chaque geste alors, était un coup de machette dans ma vie « sans enfants », afin d’ouvrir un sentier en friche. Je ne savais pas encore quelle mère je serais, mais j’apprenais chaque jour ce que je n’étais plus.

C’est la période de brouillard pendant laquelle on sculpte à l’aveugle notre mode de maternage. Je dis à l’aveugle, parce que  le plus gros de l’apprentissage se fait par tâtonnement. Avez-vous déjà essayé de modeler un arbre, en pâte de sel avec les yeux bandés? Ce chemin est unique à chaque femme et chaque homme. Les nouveaux parents y avancent lentement, certains avec beaucoup d’assurance, d’autres avec plus d’inquiétudes et beaucoup d’autres entre les deux.apprendre à être parent, nouveaux parents

Il faut beaucoup de patience pour permettre à un enfant de grandir; il n’en faut pas moins pour permettre à de nouveaux parents d’apprendre à être parent. Tranquillement, les milliers de fines connaissances concernant cet enfant-là s’accumulent. On le voit s’agiter de plus en plus et on sait qu’il est fatigué. Ou alors qu’il a faim. On pose nos yeux sur lui et on sait qu’il a chaud, qu’il a froid. On se trompe rarement.

Quand on atteint ce niveau de connaissance de notre bébé, on sent se déployer en nous un délicieux sentiment de compétence. La plupart du temps.., en tous cas. 🙂  L’anxiété diminue et le plaisir grandit… presque sans fin!

Mais les deux ou trois premiers mois de ces nouveaux parents sont si fragiles! Ils ressemblent au jardin d’avril dont la terre est si meuble et gorgée d’eau qu’il nous faut éviter de marcher dessus, sous peine de tasser la terre au point de ne pas pouvoir y semer quoi que ce soit. Juste sous la surface, la tête des premières tiges est en train de se faire un chemin vers la lumière. Nous sommes si nombreux à piétiner ce jardin naissant; et avec les meilleures intentions du monde. Au bout du compte, il reste peu d’espace pour apprendre à être parent.

 

Précieuses erreurs des nouveaux parents

Être les nouveaux parents d’un enfant ne ressemble à rien d’autre. C’est une œuvre d’art que chacun·e doit inventer, créer, édifier, peaufiner. Non pas qu’il n’y ait pas de points communs entre toutes les mères ou pères, bien au contraire! C’est le chemin de parentage qui se creuse à l’intérieur de nous qui est unique. Il est fait  de cet enfant-là et de ce que nous sommes aujourd’hui, mais également de notre propre enfance. C’est pourquoi chacun de nos enfants connaît un parent différent. Ce sentier  porte le meilleur de nous, et aussi le pire. Finalement, ce sentier ne peut se tracer qu’à force d’essais et d’erreurs.

Ces erreurs si précieuses qu’il nous faut faire! Nous avons besoin d’espace et de temps pour faire des essais et nous réajuster. Faire d’autres essais puis d’autres encore. Je parle de l’espace libéré quand les autres ne passent pas de commentaires. L’espace que créent les regards d’encouragement et de non-jugement. Cet espace-là nous donne le temps qu’il faut pour apprendre à être parent.

 

Protéger cet espace

Je me suis demandé pourquoi le papa du petit Fred n’avait rien dit pour protéger la mère de son bébé. Mais je réalise que lui aussi est en train d’apprendre. Il n’est pas encore sûr de lui, ou de sa compagne. Et Dieu sait comme il faut être solide comme parent pour contrecarrer sa propre mère. Mais pourquoi toutes les autres personnes présentes avaient-elles laissé faire cette catastrophe sans rien dire ? On venait de piétiner une jeune pousse et personne ne s’en était scandalisé.

Combien de fois ai-je moi-même étalé mes connaissances et mes bonnes intentions dans le jardin de nouveaux parents ? Aujourd’hui, je fais de gros efforts pour ne jamais offrir de conseils non sollicités. Je veux être celle qui préserve l’espace autour des parents, pas celle qui l’occupe. Je n’y arrive pas toujours, c’est vrai. Mais ça aussi, ça s’apprend.


Attention : cette histoire est dangereuse !

La jeune mère qui m’a raconté cette histoire il y a une dizaine d’années m’avait d’abord assurée que je pouvais la raconter dans ce blogue. Sa belle-mère est anglophone et les chances qu’elle tombe dessus étaient extrêmement minces. J’avais modifié son nom, même si la jeune femme en question n’en voyait pas l’utilité. Sauf que sa belle-mère est tombée dessus l’a lu et s’est reconnue. Et en a été choquée. La pression a été tellement forte sur cette jeune femme qu’elle m’a reproché d’avoir raconté son histoire. Même si elle m’en avait donné la permission; et même si je n’avais pas utilisé son nom. Ça nous donne une idée de l’intensité de la réaction de la belle-mère. Encore aujourd’hui, cette réaction me laisse bouche bée. Au lieu de se désoler d’avoir pu heurté le sentiment de compétence de sa belle-fille, elle se scandalise de se le faire dire.

À toutes les mères, belle-mères ou tantes qui liront cet article, je vous jure qu’il ne s’agit pas de vous… 🙂

15 bonnes raisons de mentir à un intervenant

15 bonnes raisons de mentir à un intervenant

Quelles raisons peuvent avoir des parents, de mentir à un intervenant ? Très souvent, des intervenants me demandent ce qu’il faut faire quand un parent nous ment. En sécurité alimentaire, en milieu scolaire, en centre jeunesse ou ailleurs, des professionnel·les de tous les champs de pratique semblent surpris de constater qu’un parent leur ment. Je dirais même qu’ils et elles sont scandalisés par ce fait. Il y a pourtant bien plus de 15 bonnes raisons de mentir à un intervenant! Et plutôt que de chercher comment obliger un parent à dire la vérité, sans doute est-il plus utile de comprendre pourquoi un parent aime mieux mentir que dire la vérité.

Une personne ment généralement pour se protéger. Que ce soit d’une conséquence réelle et prévisible ou simplement perçue comme étant possible, il s’agit quand même d’une défense. Et quand un parent nous ment, partculièrement un parent d’enfant en difficulté, c’est très souvent parce qu’il ressent le besoin de se protéger de nous, de notre organisation et de nos interventions. Je crois vraiment que nous avons tort de leur prêter des intentions de nuire, d’insouciance ou de désintérêt.

Comment en arrive-t-on à mentir à un intervenant ?

Je me souviens m’être rendue chez le dentiste pour la première visite de mon plus vieux, alors âgé de six ans. Après le nettoyage et l’examen, le dentiste se tourne vers moi et me demande si je passe la soie dentaire à mes enfants. Dans ma grande candeur, je réponds la vérité : non, je ne passe pas la soie dentaire à mes enfants. (Si vous voulez savoir pourquoi, vous irez lire ce blogue).

Arrêt sur image : il connaissait la réponse à sa question avant de me la poser, puisqu’il venait d’examiner et nettoyer la bouche de mon enfant. Pourquoi ce dentiste me pose-t-il une question dont il connaît la réponse? Et pourquoi tant d’enseignants, médecins, éducatrice en CPE et autres intervenants posent-ils des questions dont ils connaissent les réponses ? Parce qu’ils et elles veulent « le faire dire » au parent. Ainsi, ils et elles ont le sentiment que « ça vient du parent ». Et comme on leur a souvent répété que les interventions sont plus efficaces quand on part de l’information donnée par le parent, ils et elles ont l’impression d’être vraiment efficaces.

mentir à un intervenant

Cette chose que nous « faisons dire » au parent, alors que nous le savons déjà, ce n’est vraiment pas une information qui vient du parent! C’est une information qui vient de nous. Et ne croyez pas un instant que le parent ne s’en rend pas compte. Il voit clairement qu’il y a un piège, même s’il ne le voit pas encore.

Quand le piège se referme

Alors le dentiste est tout content de m’entendre répondre que je ne passe pas la soie dentaire à mes enfants ! Ça lui donne apparemment la permission de se lancer dans un exposé oral de 15 minutes sur la nécessité de passer la soie dentaire, des bénéfices, des techniques et blablabla. Il me parle comme si je vivais au fond d’une caverne et que je n’avais jamais entendu parler de la soie dentaire de toute ma vie. Fascinant.

Je sais déjà tout ce qu’il m’explique, évidemment. Et c’est vrai d’à peu près tous les parents à qui on livre notre exposé oral, comme s’ils n’en avaient jamais entendu parler! La plupart du temps, on s’imagine être les premiers à leur parler des devoirs à la maison, de l’importance d’un cadre cohérent, de la portée de la lecture en bas âge et des légumes verts dans leur assiette! Mais nous ne sommes pas les premiers. Et je crois qu’il est utile de se le rappeler. Débutons les rencontres avec la certitude que le parent sait déjà beaucoup de choses. Probablement plus qu’on pense.

L’effet du piège sur le parent d’un enfant en difficulté

Alors, pendant que le dentiste me tartine avec des informations que je possède déjà, j’inspire et j’expire en me répétant que c’est presque fini. Il se passe plusieurs choses en même temps, à ce moment-là. D’abord, si j’avais eu un instant l’idée de le considérer comme un allié dans ma job de parent, cette idée vient juste de s’évaporer. Un bon allier ne prend pas l’autre pour une idiote. Il ne lui fait pas la leçon non plus. Finalement, quand j’aurai besoin d’info ou de soutien, il est certain que je n’irai pas vers lui.

La deuxième chose à se produire, c’est que j’ai le sentiment d’avoir commis une faute. Or, je n’en ai pas commis; j’ai fait des choix et je les assume. Mais tout son discours laisse entendre que j’ai fait les mauvais choix, pris les mauvaises décisions. Pourtant, ce dentiste n’a absolument aucune compétence à évaluer mes décisions. Il ne connaît pas ma vie, mon organisation familiale, mon niveau d’énergie, ma santé physique et mentale. Il n’a aucune idée de ma situation globale, de mes valeurs, de mon style de parentage. Et rien de cela ne l’empêche de porter un jugement sur la décision que j’ai prise de ne pas passer la soie dentaire  mes enfants.

parent d'enfant en difficulté

Perdre nos chances d’être utiles

C’est ce qui se passe quand nous faisons la leçon aux parents, même avec les meilleures intentions du monde. Peut-être sans nous en rendre compte, nous leur donnons clairement le sentiment d’être jugés. C’est ce qui se passe quand nous ne leur demandons pas franchement comment on peut les aider au lieu de leur dire comment nous avons décidé de les aider. La différence est majeure. Dans le premier cas, nous maintenons le lien de confiance et le sentiment de compétence parental. Dans l’autre, nous perdons toutes nos chances d’être utiles, maintenant ou plus tard, en plus d’amincir encore un sentiment de compétence déjà fragile.

Rendu là, il est à peu près certain que la crédibilité de mon dentiste a dramatiquement chuté à mes yeux. Peu importe ce qu’il peut dire, je ne l’entends même pas. Combien d’intervenant, d’enseignants et d’éducatrices vont alors se plaindre d’un comportement comme le mien ? Je les entends souvent dans les formations que je donne aujourd’hui, déplorer le manque de collaboration des parents, leur désengagement. Pourtant, il ne s’agit ni d’un manque de collaboration ni d’un désengagement. Il s’agit d’un moyen efficace de préserver leur sentiment de compétence et d’éliminer les nuisances dans leur rôle de parent.

Quand un parent nous ment

Comme je ne manque pas de confiance en moi, je n’ai pas remis ma décision en question. Je n’ai jamais passé la soie dentaire à mes enfants, parce qu’il y a des choses plus importantes à  faire à mes yeux et qu’il n’y a toujours que 24 heures dans une journée. Vous pouvez être d’accord ou pas, mais vous ne pouvez pas douter de ma compétence parentale à cause de ça.

L’année suivante, le moment du deuxième examen dentaire de mon aîné arrive. Après le nettoyage et l’examen, le dentiste me demande si je passe la soie dentaire. Que croyez-vous que je lui ai répondu ? Exactement! Je lui ai dit que, oui, je passais la soie dentaire tous les jours. Voilà comment on amène un parent à mentir à un intervenant. Et grâce à cette stratégie de base, le laïus de 15 minutes m’a été épargné. Épargnée également de la frustration d’être considérée comme une idiote, du sentiment d’être jugée et condamnée.

Quand un parent nous ment, il y a une bonne raison. Et nous sommes très souvent cette raison.


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en intervention sociale

et en empowerment

L’occasion pour nous d’apprendre

Il s’agit rarement de déni ou d’aveuglement, même si ces explications nous menacent beaucoup moins que de songer que c’est notre comportement qui a induit le mensonge. Quand un parent nous ment, nous devrions d’abord examiner notre propre attitude : avons-nous considéré ses connaissances comme ayant autant de valeur que les nôtres? Avons-nous vraiment tenu compte de son point de vue dans la suite des choses? Avons-nous permis à l’autre d’avoir des valeurs différentes des nôtres sans les considérer comme moins bonnes que les nôtres? Quand un parent nous ment, c’est précisément de cette stratégie qu’il faut parler avec lui; et non pas revenir à la charge avec le sujet à propos duquel ce parent a été obligé de mentir pour se protéger.

parent d'enfant en difficulté

Avant de leur faire porter le fardeau de la faute, demandons-nous quelle est notre part là-dedans. Il nous faut le faire parce que des parents ont besoin d’aide, mais n’en demandent pas, et n’en reçoivent pas, parce que le mensonge leur est nécessaire pour se protéger. S’ils ne nous disent pas qu’ils sont en pleine séparation, parce qu’ils n’ont pas envie de nous entendre dire des dizaines de choses qu’ils savent déjà ou de se faire rajouter des tâches sur leur liste déjà pleine; comment pourrons-nous les supporter? S’ils ne nous disent pas que le budget est vraiment serré ces temps-ci, parce qu’ils ont peur d’être jugés ou parce qu’ils ont peur d’un signalement; comment pouvons-nous espérer leur être utile d’une quelconque façon en intervention sociale et familiale ?

15 bonnes raisons de mentir

Éviter la déception à un intervenant.

Afin d’éviter de décevoir cette intervenante qui voudrait tellement que ce parent réussisse. S’il la déçoit, peut-être a-t-il peur de perdre la dernière personne, peut-être, qui croit encore en lui.

Intimidation.

Parfois, l’intervenant détient un tel pouvoir sur la vie de la personne qu’elle ment pour tenter de contrôler les dégâts que pourraient faire les décisions de cet intervenant. C’est vrai d’une travailleuse sociale  de la DPJ, d’un juge, d’un policier, d’un pédopsychiatre.

Inquiétude.

Quand il souhaite influencer les décisions d’un intervenant à propos de son enfant et de son avenir, un parent peut mentir afin d’obtenir ce qu’il considère le mieux pour son enfant. Ça peut arriver avec les intervenants chargés d’évaluer les besoins de service d’un enfant à besoins particuliers; surtout si la situation n’est pas assez grave pour que les services lui soient offerts automatiquement.

Perte de confiance.

Quand un intervenant a déjà menti ou caché une partie des informations, le parent a le sentiment que mentir fait partie de la « game » dans cette organisation et s’adapte.

Éviter l’échec.

Ça arrive quand l’enseignante ou la spécialiste veut rajouter des tâches dans les journées déjà pleines d’un parent. Par exemple, faire des jeux mathématiques le samedi matin avec son enfant; l’inscrire à un sport d’équipe pour améliorer ses compétences sociales; lire un livre avec lui chaque jour. Il arrive que l’enseignante ne tienne pas compte des limites réelles du parent (horaire chargé, fratrie à besoins particuliers, monoparentalité, etc.) et insiste en culpabilisant le parent. Il pourrait bien mentir pour éviter cette pression et le sentiment d’échec qui vient avec.

Éviter de perdre un service.

Si une organisation s’apprête à couper dans les services qu’un enfant reçoit, pour des raisons budgétaires; il serait raisonnable que le parent mente en aggravant la situation. Ainsi, il espère maintenir les services pour son enfant.

Avoir accès à des services.

C’est la même chose que la ligne précédente, sauf qu’on se trouve au début du processus. Comme les services sont de plus en plus rares, un parent peut être prêt à mentir sur les difficultés de son enfant, afin de recevoir les services qu’il considère comme nécessaires à mon enfant.

Tannée de se faire sermonner.

Devant un intervenant qui répète sans cesse les mêmes choses et ne comprend pas que, si le parent ne suit pas ses suggestions, ce n’est pas parce qu’il est sourd ou stupide. C’est parce que le parent a évalué qu’il valait mieux ne pas suivre ces suggestions.

Peur d’être jugée.

Il arrive si souvent qu’un parent ait l’impression d’être le seul à ne pas y arriver pendant que tous les autres réussissent facilement! Alors il peut mentir et prétendre qu’il y arrive. Il espère ainsi éviter les jugements sur ses compétences et ses capacités.

Protéger son idéal.

Chaque parent porte en lui, comme tout le monde, un parent idéal. Et il lui correspond rarement, évidemment. Aux jours difficiles, après s’être lui-même abreuvé de reproches et autoculpabilisé, il pourrait bien mentir pour éviter qu’un intervenant en rajoute sur le tas.

Peur d’être jugée sur les comportements de mon enfant.

Il semble qu’on évalue sans arrêt les compétences parentales à la lumière des comportements des enfants. Quand l’éducatrice annonce pour la sixième fois à un parent que son enfant a encore mordu deux amis de la garderie, il entend peut-être qu’il est un mauvais parent.  Oui, il peut mentir pour protéger le mince sentiment de compétence qu’il lui reste.

Pour protéger l’intervenant.

Parfois, le parent a de l’affection pour un intervenant qu’il connaît bien. Quand l’intervenant a la maladresse de lui faire sentir ses doutes sur ses propres compétences, le parent se sent responsable de « remonter » le moral de l’intervenant pour qu’il se sente bon. Alors il ment, et prétend peut-être aller bien mieux qu’il ne va en réalité. Parce que, si son intervenant est à terre, qui s’occupera de lui?

Par expérience.

Quand un parent s’est fait rabrouer après avoir avoué une vérité difficile à dire, il serait raisonnable qu’il mente ensuite, même avec des intervenants différents et qui ne l’ont pas rabroué, pour éviter de revivre cette situation.

Manque de confiance.

Si le parent n’a pas confiance dans la personne qui intervient sur son enfant, elle pourrait bien mentir pour éviter de se mettre en danger; elle ou son enfant.

Avoir la paix.

Lors d’une divergence de point de vue, il arrive que l’intervenant considère primordial que le parent partage sa vision. Il insiste donc et continue d’argumenter auprès de lui, malgré la divergence de vision. Devant une argumentation sans fin, le parent peut choisir de mentir et déclarer adhérer à une vision. Pour avoir la paix.

Comme négociation.

Le parent peut avoir l’impression qu’en cédant sur un point, il obtiendra les services ou la mise en place qu’il souhaite pour son enfant. Dans ce cas, il déclarera peut-être être d’accord sur un point X, alors que ce n’est pas vrai. Mais ce point est sans importance pour lui, même s’il est important pour l’intervenant.

En fait, il existe bien plus de 15 bonnes raisons de mentir à un intervenant. N’hésitez pas à en partager d’autres avec nous! Et chacune de ces occasions est un espace d’apprentissage pour nous. L’occasion de nous rappeler que le parent peut être en désaccord avec nous et que ça ne veut pas dire qu’il a tort. C’est aussi l’occasion de s’émerveiller devant tout ce qu’un parent est prêt à déployer pour le bien de son enfant. Même à mentir, s’il le faut.


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arroser le bambou

Ne tirez pas sur les fleurs

 

Grandir demande du temps. Et c’est du temps qu’on ne peut ni compresser ni réduire. Si vous voulez un jardin, ne tirez pas sur les fleurs. Aux petits matins frileux de l’hiver, quand mes enfants étaient tout-petits, je menais une course effrénée pour arriver à temps. « Dépêche-toi, dépêche-toi! » Je devais bien le leur répéter vingt fois dans l’heure qui précédait le départ pour la garderie. « Mets tes bottes, mets ton manteau! Dépêche-toi! » Il fallait toujours se dépêcher, aller plus vite. Les avais-je mis au monde pour participer à un interminable marathon?

Grandir demande du temps. Il faut à la nature plus d’une trentaine d’années pour mener un arbre à sa pleine maturité. Et parfois davantage. Mais l’humain a inventé des machines qui permettent de l’abattre en moins de deux minutes. De la même manière, il faut de très nombreuses années pour mener un enfant à l’âge adulte. Et, lui aussi, il en faut bien moins pour l’abattre.

 

Autonomes à 4 ans?

Comme nous sommes pressés! À peine est-il né qu’on examine le petit à la lumière d’une courbe de croissance. On se pavane s’il marche à 7 mois. On angoisse s’il ne babille pas à 12. On fouille dans les dernières parutions pour trouver le truc qui stimulera sa croissance. On veut le rendre « autonome » à 4 ans et l’on ne se sent plus de joie s’il sait déjà lire avant sa première année d’école.

Comment s’étonner alors que les petites filles veuillent se maquiller à 8 ans et avoir leur première relation sexuelle à douze ans? Nous avons tiré nos enfants vers l’âge adulte de toutes nos forces en les faisant participer à des décisions qu’ils n’ont pas à prendre, en les exposant à des images que leur développement affectif et moral ne peut pas soutenir. Grandir demande du temps. Ne tirez pas sur les fleurs.

 

Ce qui est important prend du temps

Nous en sommes venus à croire que le rythme lent de la croissance était un obstacle qu’il nous fallait abattre. Les êtres vivants ont pourtant leur propre rythme depuis des milliers d’années, l’avons-nous oublié? Rien de ce qui importe vraiment dans la vie ne se fait rapidement. Partager un bon repas demande des heures de cueillette, de préparation et de cuisine. Aimer ses amis exige des années d’épreuves partagées et de conversations, parfois faciles et parfois difficiles. Ces liens tirent précisément leur valeur du temps que nous y avons mis.

ne tirez pas sur les fleurs, grandir demande du tempsÉlever un enfant est du même ordre et requiert des milliers de nuits sans sommeil et de jours attentifs. L’estime d’un petit enfant jaillit très lentement de ces encouragements répétés sans fin; de ces larmes essuyées doucement; des rêves portés pendant des mois et des milliers de chagrins consolés.

 

Ne tirez pas sur les fleurs

La confiance d’un enfant se construit avec ces milliers de gestes posés chaque jour pour nouer un lacet, remonter une couverture sous le menton, souffler sur un bol de soupe trop chaude. Grandir demande du temps. En les tirant sans arrêt vers une maturation rapide, ne sommes-nous pas à l’image de ces idiots qui croient faire pousser la fleur plus vite en tirant sur sa tige?

Tous les enfants n’ont qu’un souhait : devenir grands, le plus vite possible. Ils voient tout ce qu’ils ne peuvent pas encore faire. Et c’est nous qui leur avons pointé cela du doigt.

L’enfance n’est-elle donc qu’un purgatoire où il faut « faire son temps » ? En les tirant vers la maturité, nous les privons de leur univers légitime : insouciance, légèreté, candeur, spontanéité. Et cet arrachement n’est pas sans prix. Il est si tentant de croire que plus vite, c’est mieux. Nous tirons tant d’orgueil de leur précocité. Mais je me demande si nous mesurons bien la pression que cette course à la performance exerce sur nos enfants. Les diagnostics d’anxiété et de dépression infantile ne cessent d’augmenter. Non, cet arrachement de l’enfance n’est pas sans prix.

 

Ce sont les enfants qui paient le prix

Une fleur prendra toujours toute une saison à se déployer sous le regard émerveillé des humains. Et il faudra toujours de nombreuses années pour qu’un jardin devienne celui qu’on a voulu faire. Si vous souhaitez qu’il se déploie pleinement, ne tirez pas sur les fleurs. Parce que c’est toujours la fleur qui meurt, jamais celui qui l’a arrachée.

Je veux bien que l’enseignante de maternelle s’étonne que mon petit ne sache pas encore écrire son nom. Je veux bien chercher désespérément des vêtements de petite fille de 9 ans qui ne soient pas « sexy ». Je suis même prête à ne pas engueuler trop fort l’orienteur quand je vois un jeune de 15 ans angoisser sur ses choix d’options scolaires et leurs répercussions sur son avenir.

Mais quand une enfant de neuf ans me glisse à l’oreille qu’elle est fatiguée de vivre avec tout ce qu’il y a à faire et qu’elle n’y arrive pas; quand un petit garçon de quatre ans s’endort le soir en espérant ne pas se réveiller; quand une enfant de 11 ans est médicamentée pour un trouble généralisé d’anxiété… Alors j’ai envie de hurler. Qu’avons-nous fait de ces fleurs qui nous étaient confiées?

 

 

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