CE QUE MES ÉCHECS M’ONT APPRIS

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mes échecs m'ont appris

Francis a les yeux inquiets de celui qui croit que son intervention est un « échec ». Je connais bien ce regard. Je l’ai vu bien souvent dans le regard d’intervenants psychosociaux, d’enseignantes, de parents et de grands-parents aussi. Le sentiment d’échec est comme une chape de plomb déposé sur notre confiance. C’est là que j’ai eu envie de partagger avec lui ce que mes échecs m’ont appris.

 

Ce que mes échecs m’ont appris

Francis avait fait de son mieux avec Jacques qui s’était présenté avec le désir de sortir de la rue. Mais, après plusieurs mois et de nombreuses rencontres, Jacques a disparu à nouveau. Francis pense que tout ça n’a servi à rien. C’est pour ça que je lui ai raconté combien mes « erreurs » m’avaient été utiles.

Si l’on se secoue un peu, alors le vieil adage se réalise et nous découvrons qu’il n’y a vraiment pas d’échec, seulement des occasions d’apprendre. Pour de vrai! Comme j’ai eu la chance de faire beaucoup « d’erreurs » dans ma vie, j’ai aussi eu la grâce d’apprendre deux ou trois choses…

 

1. Mes échecs m’ont appris que ce que je ressens fait partie de moi

Tenter de balayer ma colère, mon chagrin et ma déception sous le tapis ne fait pas de moi un parent ou une professionnelle plus objective. Ça fait de moi une professionnelle amputée du meilleur d’elle-même: mes sentiments, mes doutes, ma capacité d’apprendre. J’ai appris à trouver un endroit sécuritaire et une personne tout aussi sécuritaire où nommer et laisser résonner mes sentiments, loin des personnes auprès desquelles je dois intervenir.

J’ai appris à demander un « temps mort » au père de mes enfants pour qu’on puisse se parler seul à seul et dire ce que nous ressentions. Finalement, j’ai découvert qu’il me fallait reconnaître et nommer ce que je ressentais face à une situation prenante ou bouleversante, sans quoi tout cela me brouillait la vue sur la situation. Je n’accepte plus de ne « pas avoir le temps » de le faire. Je prends le temps. Une fois nommé ce que je ressens, la voie est dégagée et je vois beaucoup plus clairement ce qui s’est passé et ce que je dois faire ensuite. C’est un des choses que mes échecs m’ont appris.

 

2.Le déséquilibre est fécond

On n’apprend pas des scénarios et des situations qu’on connaît déjà. On apprend des situations où nous sommes déstabilisées, surprises; des déroulements qui ne se déroulent pas comme prévus. C’est quand on se retrouve dans une situation où « je ne sais pas quoi faire » qu’on peut apprendre. Parce que si je sais, alors je n’apprends rien. J’ai pris l’habitude d’honorer mes moments de doute, de perte d’équilibre, d’incertitude, de vacillation, de controverse, d’inquiétude et d’indécision. Évidemment, rien de cela n’est confortable! Et j’ai le vertige chaque fois  Mais en toute honnêteté, je ne connais pas d’autre façon de rester féconde. Ces moments de doute et de déséquilibre sont autant de portes vers un regard plus vaste, plus profond et plus utile dans ma vie et mon travail.

 

mes échecs m'ont appris3. J’ai appris que la culpabilité ne sert vraiment à rien

J’ai appris que la culpabilité m’empêche d’apprendre parce qu’elle me fait dépenser toute mon énergie à protéger mon égo. J’ai souvent essayé de chasser la culpabilité par une lecture « optimiste » de la situation, ou bien une explication qui exonère tout le monde de blâme. Mais ça ne fonctionne pas vraiment… la culpabilité ne fait que s’installer tout au fond et poursuivre son travail de sape insidieusement. C’est la simple vérité factuelle qui m’a permis de renoncer au sentiment de culpabilité.

J’ai appris que la vérité ne comporte aucun blâme ni félicitations. La culpabilité peut être un tremplin vers la vérité, si je la reconnais comme une sonnette d’alarme et non pas une condamnation. En apprenant à ne pas rester coincée dans le sentiment de culpabilité, je peux amasser les informations objectives et agir sur le résultat. En m’extirpant consciemment du sentiment de culpabilité, je peux entendre le feedback de personnes compétentes et ainsi vraiment trouver ce que mes échecs m’ont appris.

 

4. Je n’ai pas le pouvoir de changer une autre personne

La plupart de mes interventions ont connu des « échecs »parce que je croyais savoir ce que l’autre devait faire, quand et comment. Je croyais être aidante alors que je l’empêchais d’assumer tout le pouvoir possible sur sa vie. J’ai souvent cru que mon travail consistait à lui dire quoi faire pour s’en sortir, sans me rendre compte que cette prémisse reposait sur l’idée qu’elle était incompétente. C’est vrai aussi dans mon rôle de mère, particulièrement avec mes ados puis les jeunes adultes qu’ils sont devenus. J’ai appris que c’est la personne que je veux supporter qui doit fixer la prochaine étape et le rythme pour y arriver. Pas moi. Même si je suis certaine de savoir ce qu’il faudrait faire et que j’aimerais que ça aille beaucoup plus vite!

 

5. J’ai besoin d’une communauté de pratique

J’ai découvert que j’ai absolument besoin d’un espace avec mes « semblables »; où partager franchement mes erreurs et mes apprentissages, confronter nos réflexion et affiner notre vision. Dans un monde idéal,  ce devrait être notre équipe, nos collègues. Mais l’esprit d’ouverture et d’humilité que ça demande n’est pas développer dans toutes les équipes de travail. J’ai arrêté d’attendre que « ça arrive » et j’ai créer des lien avec d’autres intervenantEs qui avaient envie d’apprendre de leurs erreurs. J’ai fait la même chose à propos de mon rôle de parents. Trouver ses semblables, c’est créer un lieu sécuritaire où je peux lâcher l’image de moi-même que je défend; et surtout entendre d’autres points de vue dans un climat de soutien et non de compétition ou de jugement. Dans ce climat apparaissent l’entraide mutuelle, des conseils utiles; et surtout un sentiment de communauté qui garde vivant le feu qui m’habite et me fait grandir.

 

6. Vaut mieux chercher ce qui « fonctionne» plutôt que « qui a raison »

J’ai découvert que j’avais perdu beaucoup de temps dans ma vie à chercher qui avait raison. Je voulais tellement obtenir des autres qu’ils reconnaissent leurs erreurs. Vraiment stérile comme activité! J’ai fini par mettre de côté la question de la répartition des torts et des récompenses. Ça a créé un espace vaste et profond. Dans cet espace, la synergie des esprits  permet au meilleur de chacun et chacune de se déployer. Quand on arrête d’essayer de « gagner » ou d’avoir la meilleure idée, l’intelligence collective se met en action. Elle crée, littéralement, un chemin vers la résolution des problèmes. J’ai appris que mon désir d’obtenir les crédits pour la meilleure idée est puéril. Il ne s’agit pas du tout d’une question de justice, comme je le croyais.

Chacun et chacune de nous a tiré de précieuses leçons de ses expériences. Je vous ai partagé quelques-unes des miennes, mais ce sont les vôtres qui importent vraiment dans votre vie. Que vous soyez parents, enseignante, éducatrice, travailleuse sociale, alouette… que vous ayez 3 années de « pratique » ou 3 décennies, je vous souhaite d’honorer tout ce que vos échecs vous ont appris…

Et tout ce qu’ils m’apprennent, quand vous avez la générosité de les partager avec moi

 

 

1 Comment

  1. […] d’humilité. L’un des bénéfices de la douleur, c’est que nous sommes finalement obligés de reconnaître nos vulnérabilités et nos limites. Parfois, cette reconnaissance nous permet de devenir suffisamment humbles pour nous rapprocher des […]

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