UBUNTU, HANDICAPS ET LA LEÇON DES ÉLÉPHANTES

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handicaps

Quand notre société découvre une personne qui n’arrive pas à suivre le rythme effréné que notre culture impose aux humains, elle se dépêche de la mettre de côté. Dans des écoles spéciales; des Centres jeunesse; des CHSLD. Tout ce qui ralentit quelqu’un est considéré comme des handicaps. C’est le contraire de l’Ubuntu, un mot zoulou qui porte en lui-même la vaste vision africaine du monde : chacun de nous peut vivre parce que nous y sommes tous. Le discours ambiant veut au contraire que ce soit leur problème, pas le nôtre. Si on veut, on peut (quel mensonge) ! D’accord, on veut bien les aider, à condition que ça ne ralentisse pas le reste du troupeau…

Boyd Varty est un bâtisseur de village et guide dans la réserve faunique sud-africaine Londolozi. (1) Il raconte l’histoire d’une éléphante née avec un grave problème de hanche. Ce problème lui faisait une démarche complètement déboîtée et la ralentissait énormément. Son handicap l’avait laissée beaucoup plus petite que les autres et rendait également difficile son accès à la nourriture. Puisqu’elle ne pouvait pas tenir sur ses pattes arrière, elle n’arrivait pas à aller chercher ce qu’il lui fallait sur les branches tendres du faîte des arbres. De plus, sa difficulté à marcher l’empêchait d’avancer à la vitesse normale d’un éléphant et de grimper les coteaux. Remonter sur les rives des points d’eau lui était souvent impossible. On aurait pu s’attendre à ce qu’elle meurt rapidement, abandonnée par le troupeau. N’est-ce pas là-dessus que Darwin aurait gagé sa paye ?

Hé bien non. Dans cette société matriarcale que forment les éléphants, la plus vieille femelle du troupeau n’a visiblement jamais rien lu sur la théorie de l’évolution ou la gestion de l’efficacité. Elle a grandit dans le royaume de Ubuntu.

ubuntu, handicapsLa vieille matriarche du troupeau a volontairement ralenti tout le groupe dans ses déplacements afin que cette éléphante avec tous ses handicaps puisse continuer d’en faire partie. Boyd raconte qu’en plus d’accepter de ralentir, chacun des individus du groupe faisait sa part pour lui faciliter la vie ; tirer sur les branches du haut pour lui permettre de manger; la pousser pour l’aider à sortir de l’eau et ainsi lui permettre de se baigner.

 

Ubuntu, tes handicaps sont mes handicaps

La Vieille sait bien que, rejetée par le groupe, la jeune femelle handicapée mourrait à moyen ou à court terme. Ils ne l’ont pas fait par bonté d’âme ni par générosité. Ni non plus parce que leur religion ou leur pratique spirituelle leur commande la charité et l’entraide. Tous ces éléphants le font parce que « Ubuntu » : je suis parce que tu es.

Ce n’est pas simplement Je suis contente que tu sois là. Pas non plus J’ai tant de choses en commun avec toi et nous sommes de la même humanité. Non, il s’agit de bien plus que cela. Il s’agit de savoir, de l’intérieur, profondément, que je n’existe pas sans toi, sans mon lien vital à l’autre. Mon humanité tient au seul fait que je le suis avec toi.

Seule, je ne suis pas, tout simplement.

 

Ralentir tout de suite

Je me demande ce que nous avons fait, ici, de cette connaissance millénaire qui nous procure en plus sécurité, affection et sens. L’Occident veut toutes ces choses : sécurité, amour, santé, longue vie. Mais elle choisit la manière contraire : isoler les « différents » et leurs handicaps, se faire de moins en moins confiance entre nous, éjecter ceux et celles qui nous ralentissent. Autour de nous, des gens meurent parce que nous avons oublié cela.

éléphantes et handicaps, ubuntuRalentir pour permettre à chacun et chacune de rester dans le troupeau, même avec des handicaps, c’est ce qui nous permet tous de rester en vie. Quand nous adaptons les espaces et les manières de faire, nous ne leur faisons pas de faveur. Nous avons besoin les uns des autres… tous les autres! Quand nous donnons, nous ne sommes pas généreux. Quand nous offrons notre argent, nos biens, notre temps, notre espace, notre affection à un autre être humain, alors nous faisons la seule chose qui nous permet de vivre. Comment avons-nous pu oublier ça ?

J’en appelle à notre sagesse collective de l’Ubuntu. Si l’on veut vivre, il nous faut ralentir le troupeau maintenant!


(1) Ce jeune trentenaire, qui est né et a grandi en Afrique du Sud, croit que le village est l’unité idéale pour connecter les humains ensemble et aussi les humains avec la nature. Son travail consiste à créer des villages là où sont les humains : en entreprise, en ville, en milieu rural. Il a écrit un livre formidable « Cathedral of the Wild », le récit de sa profonde crise spirituelle d’où a surgi une quête de sens qui lui a fait faire le tour du monde et l’a ramené chez lui « back on track ».

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