3 bonnes raisons de dire merci

3 BONNES RAISONS DE DIRE MERCI

1) La gratitude rend heureux au travail

Marc-André Lanciault dirige KareLab, une entreprise de développement de programmes de reconnaissance et d’engagement des employés. Il connaît les bonnes raisons de dire merci et les applique. Tous les matins à 9h00, les 22 employés se réunissent. Après avoir désigné les priorités du jour, ils nomment une chose pour laquelle ils ou elles sont reconnaissants. Très souvent, on entend un collègue en remercier un autre. Parfois pour son aide, sa participation à un dossier; mais également pour des encouragements qu’il a fourni et qui ont permis de tenir bon. On peut même désigner le bon coup particulier d’un collègue et le nommer « super héros ». De plus, ces informations sont transmises via l’intranet. Tout le monde peut lire et commenter. Résultat: une manière efficace de participer au bonheur de ses employés!

Cette intuition de monsieur Lanciault a été confirmée par une recherche publiée en  2012 par une équipe d’Australie. Elle établissait un lien entre la satisfaction au travail et le sentiment de gratitude ressenti par les employés. Notons que les bénéfices pour l’institution ou l’organisation sont très importants. En fait, ils sont beaucoup plus grands en comparaison des efforts fournis pour mettre en place un système de gratitude. Parmi eux on trouve un sentiment d’appartenance; une productivité accrue; une atmosphère de travail positive et stimulante. On s’est même rendu compte que la satisfaction au travail est contagieuse si elle passe par la gratitude; surtout quand l’organisation partage l’information dans toute l’organisation. N’est-ce pas une des nombreuses bonnes raisons de dire merci ?

2) Une autre des bonnes raisons de dire merci : la gratitude santé

Une recherche récente fait la démonstration que la santé physique d’une personne est fortement liée à ses propres dispositions à la gratitude. Plus on ressent de gratitude, plus on se sent en santé… et plus on l’est effectivement. Non seulement cette disposition de reconnaissance et de gratitude améliore également la santé mentale, mais elle a de plus un effet positif sur la capacité de la personne à aller chercher de l’aide quand c’est nécessaire et à choisir des activités saines et sécuritaires. Le lien indirect entre la santé mentale et le choix d’activités saines a tendance à se renforcir avec l’âge.

3 bonnes raisons de dire merciEst-ce que ça ne donne pas envie de considérer les sentiments de gratitude des enfants comme un facteur de protection de la santé mentale et physique? Et voilà une autre des bonnes raisons de dire merci. Ça m’a donné envie de dire merci autant à mon médecin qu’à mon postier, à mes voisins qui ont ramassé mon courrier en mon absence.

3) La gratitude est un facteur de protection de la dépression

Une étude américaine publiée en 2003 établissait déjà la gratitude spirituelle (envers Dieu ou une autre puissance supérieure) comme un important facteur de protection contre la dépression, l’anxiété, les phobies et les dépendances aux drogues et à l’alcool. Ça m’a donné d’autres bonnes raisons de dire merci à la secrétaire à l’accueil de mon CLSC, de l’école des enfants. Merci à ma pharmacienne et aussi aux enseignants de mes enfants.

Cinq ans plus tard, une nouvelle étude publiée dans le Journal of School Psychology démontrait qu’après seulement trois semaines d’un exercice quotidien de gratitude, les adolescents ressentaient déjà les bienfaits psychologiques de cette gratitude. En particulier, ils appréciaient davantage leur vie telle qu’elle était et envisageaient l’avenir avec plus d’optimisme qu’avant les trois semaines du programme. N’y a-t-il pas urgence de trouver des voies d’application de ces résultats dans nos écoles et nos centres jeunesse?

Cependant, la reconnaissance et la gratitude n’ont aucun effet si elles sont forcées ou imposées. Ce sont des sentiments qui s’installent et jaillissent d’eux mêmes. Bien sûr, on a démontré que l’on peut créer des cadres et des systèmes qui leur permettent de se manifester, qui les nourrissent en quelque sorte. Dans nos écoles, dans nos bureaux, dans nos usines, dans nos familles.

Et nous? Finalement, quelles sont nos bonnes raisons de dire merci? Cherchons à qui le dire et exprimons notre reconnaissance.

 

Éducation genrée : nos angles morts

J’imagine que nous sommes nombreux à souhaiter que nos filles et nos fils puissent grandir dans une grande liberté d’identité. Maisune éducation genrée (le fait d’élever nos enfants avec certains stéréotypes liés à leur genre féminin ou masculin) est si profondément enracinée dans notre culture, qu’il arrive bien souvent que je ne me rende pas compte que je suis en train de transmettre un stéréotype.

Un jour, j’ai partagé sur ma page Facebook, la vidéo de Jesse-Jane McParland, une petite Irlandaise du nord de 12 ans, qui réalisait une remarquable prestation d’art martial avec une épée traditionnelle. Parmi les commentaires, on pouvait lire : « Quand même, cette petite fille a la haine en elle » ou encore « … elle me fait peur! »

Éducation genrée : l’exemple de l’agressivité des petites filles

L’éducation des enfants est une éducation différenciée, c’est-à-dire totalement différente selon qu’il s’agisse d’un garçon ou d’une fille. Chacun et chacune de nous a une idée de ce que doit être une petite fille. Et cette idée est si bien implantée que nous n’y songeons même pas. Nos angles morts se trouvent exactement là. Nous ne nous rendons pas compte que c’est une idée en particulier que nous sommes en train de transmettre; celle que les petites filles, par exemple, ne devraient jamais manifester d’agressivité.

En bons parents que nous sommes, nous souhaitons que nos filles ressemblent à un modèle précis; le modèle qui va lui assurer d’être accepté par sa communauté. Et tout cela se passe sans que nous y réfléchissions. Une petite fille capable de manifester autant d’agressivité que Jesse-Jane nous met mal à l’aise. Tellement mal à l’aise, que nous réagissons violemment. Pas parce que nous sommes tous et toutes d’horribles sexistes. Simplement parce que nous portons ces stéréotypes à l’intérieur de nous et que nous transmettons à nos enfants ce que nous sommes.

Ne faut-il pas s’arrêter et réfléchir à ce que nos enfants apprennent de nous?

Les stéréotypes sont dans les détails

Nous érigeons des interdictions très subtiles autour de certaines habiletés pour nos filles; se salir vraiment par exemple, se battre (pour de vrai), s’opposer, faire du bruit et se fâcher sérieusement, prendre des risques. Vous irez voir cette autre vidéo que j’ai mise en ligne également et où l’on voit un enfant de 19 mois réaliser une séance d’escalade intérieure. Très impressionnant!

Tous les commentaires le désignent comme un garçon. Je me suis rendu compte que pour moi aussi il s’agissait d’emblée d’un garçon, même si rien dans l’image ou la bande sonore ne laissait savoir quel était le genre de l’enfant. Au contraire, même, le short fleuri aurait pu nous enligner sur un genre féminin. Pourquoi alors? Pourquoi l’idée que ce soit une fille ne nous vient-elle pas ? Parce que cet enfant manifeste un comportement que nous encourageons et reconnaissons comme valable chez un petit garçon. Mais pas chez une petite fille. Grimper sans peur n’est pas attendu des petites filles; ce comportement correspond tellement peu à ce que l’on attend que, d’emblée, nous présumerons qu’il s’agit d’un garçon. C’est ce que fait une éducation genrée.

Les filles ont aussi besoin de savoir se battre

éducation genréeNous ne réalisons pas que, sans le vouloir, nous leur transmettons de cette façon de nombreuses limites. En valorisant l’obéissance, la douceur, l’empathie, la joliesse et le calme, entre autres, nous n’offrons aux petites filles aucune des habiletés nécessaires pour prendre des décisions dans leur intérêt et faire respecter leurs choix et leurs décisions.

Elles ne pourront pas les manifester dans la cour d’école, quand un garçon les collera sur le mur. Dans leur équipe de basket, quand le coach dépassera la ligne de la bonne conduite. À 16 ou 18 ans, elles ne les auront pas non plus à l’occasion de leur première relation sexuelle, pour indiquer leurs limites. Plus tard dans leur milieu de travail, quand elle devra se  battre pour une promotion.  Grâce à une éducation genrée, elles n’auront dans leur boîte à outils que l’obéissance, la joliesse et l’empathie.

Pas besoin de parler pour transmettre un stéréotype

Quelques mois après la naissance, un bébé est capable de faire la différence entre le sourire de bonheur de son parent et son froncement de sourcils. Il l’associe à son propre comportement et c’est comme ça, entre autres, que nos petits et petites apprennent les normes sociales : je souris quand ma puce se regarde dans le miroir, mais je fronce les sourcils quand mon fils le fait. Je fronce les sourcils quand elle se roule dans la boue, mais je souris en coin quand mon fils le fait. J’aime voir et je rayonne de joie en la voyant bercer sa poupée, mais pas quand mon fils fait la même chose. Je me précipite quand ma fille veut se lancer du sofa, mais je ne fais que me rapprocher si c’est mon fils qui veut faire la même chose…

On veut tous que notre fille soit une princesse!

En entrevue au Mirror, la mère de la petite Jesse-Jane, Sinead McParland, avoue en toute simplicité que ce n’était pas du tout ce qu’elle souhaitait pour sa fille.

C’était mon premier enfant et je voulais une princesse! Je l’ai inscrite au ballet… mais elle avait d’autres idées. Elle a voulu faire du karaté, puis du Teakwendo, puis le Kung Fu avec des armes et finalement les épées. Et là je me suis dit « Oh mon Dieu, tu me brises le cœur ».

Je la comprends. Nous avons toutes appris que ce sont les petites filles tranquilles, serviables et obéissantes qui obtiennent l’approbation générale. C’est pour cela que Sinead se dépêche de nous rassurer :

C’est une enfant tranquille; rien à voir avec ce qu’elle est quand elle fait des arts martiaux. Elle est timide, vous savez, et elle aime l’école! Je vous assure que c’est une autre personne sur le tatami.

Une autre personne? Je ne crois pas, non.

éducation genrée
Jesse-Jane McParland, entre deux compétitions d’arts martiaux.

Être tout ce qu’elle peut être

Je crois plutôt que cette enfant est précisément tout ce qu’elle peut être. À cause de cela, elle peut donc choisir sa manière d’être selon les différentes circonstances. Quand ce sera le temps d’être agressive, Jesse-Jane saura l’être. Quand ce sera le temps d’être rigolote en tirant la langue, elle saura également comment on fait. Je ne sais pas comment cette petite puce a franchi les frontières qu’on lui imposait, mais je m’en réjouis, vraiment.

Elle a deux petites sœurs, voyez-vous, et ça me réchauffe le cœur de savoir qu’elles ont un modèle comme celui-là sous les yeux chaque jour.

En échapper de moins en moins

Je veux me rappeler que chacun de mes silences, de mes regards et de mes mimiques envoie un message très clair aux enfants, et je veux que ce soit qu’elles peuvent être tout ce qu’elles veulent. Je veux me rappeler que ce ne sont pas mes mots qui le leur enseignent, ce sont mes gestes.

C’est difficile de les débusquer tous, ces réflexes genrés. J’en échappe pas mal, évidemment. Mais chaque fois que je me rends compte que ma réponse, verbale ou non verbale, transmet la soumission aux stéréotypes, je lui fais perdre du pouvoir sur sa vie. Ce n’est pas sans importance. C’est même la seule façon d’y arriver : un regard à la fois. C’est important pour elles, mais pour nous aussi; et pour toutes les petites filles à venir et qui deviendront des femmes. Capables de tout!

handicaps

UBUNTU, HANDICAPS ET LA LEÇON DES ÉLÉPHANTES

Quand notre société découvre une personne qui n’arrive pas à suivre le rythme effréné que notre culture impose aux humains, elle se dépêche de la mettre de côté. Dans des écoles spéciales; des Centres jeunesse; des CHSLD. Tout ce qui ralentit quelqu’un est considéré comme des handicaps. C’est le contraire de l’Ubuntu, un mot zoulou qui porte en lui-même la vaste vision africaine du monde : chacun de nous peut vivre parce que nous y sommes tous. Le discours ambiant veut au contraire que ce soit leur problème, pas le nôtre. Si on veut, on peut (quel mensonge) ! D’accord, on veut bien les aider, à condition que ça ne ralentisse pas le reste du troupeau…

Boyd Varty est un bâtisseur de village et guide dans la réserve faunique sud-africaine Londolozi. (1) Il raconte l’histoire d’une éléphante née avec un grave problème de hanche. Ce problème lui faisait une démarche complètement déboîtée et la ralentissait énormément. Son handicap l’avait laissée beaucoup plus petite que les autres et rendait également difficile son accès à la nourriture. Puisqu’elle ne pouvait pas tenir sur ses pattes arrière, elle n’arrivait pas à aller chercher ce qu’il lui fallait sur les branches tendres du faîte des arbres. De plus, sa difficulté à marcher l’empêchait d’avancer à la vitesse normale d’un éléphant et de grimper les coteaux. Remonter sur les rives des points d’eau lui était souvent impossible. On aurait pu s’attendre à ce qu’elle meurt rapidement, abandonnée par le troupeau. N’est-ce pas là-dessus que Darwin aurait gagé sa paye ?

Hé bien non. Dans cette société matriarcale que forment les éléphants, la plus vieille femelle du troupeau n’a visiblement jamais rien lu sur la théorie de l’évolution ou la gestion de l’efficacité. Elle a grandit dans le royaume de Ubuntu.

ubuntu, handicapsLa vieille matriarche du troupeau a volontairement ralenti tout le groupe dans ses déplacements afin que cette éléphante avec tous ses handicaps puisse continuer d’en faire partie. Boyd raconte qu’en plus d’accepter de ralentir, chacun des individus du groupe faisait sa part pour lui faciliter la vie ; tirer sur les branches du haut pour lui permettre de manger; la pousser pour l’aider à sortir de l’eau et ainsi lui permettre de se baigner.

 

Ubuntu, tes handicaps sont mes handicaps

La Vieille sait bien que, rejetée par le groupe, la jeune femelle handicapée mourrait à moyen ou à court terme. Ils ne l’ont pas fait par bonté d’âme ni par générosité. Ni non plus parce que leur religion ou leur pratique spirituelle leur commande la charité et l’entraide. Tous ces éléphants le font parce que « Ubuntu » : je suis parce que tu es.

Ce n’est pas simplement Je suis contente que tu sois là. Pas non plus J’ai tant de choses en commun avec toi et nous sommes de la même humanité. Non, il s’agit de bien plus que cela. Il s’agit de savoir, de l’intérieur, profondément, que je n’existe pas sans toi, sans mon lien vital à l’autre. Mon humanité tient au seul fait que je le suis avec toi.

Seule, je ne suis pas, tout simplement.

 

Ralentir tout de suite

Je me demande ce que nous avons fait, ici, de cette connaissance millénaire qui nous procure en plus sécurité, affection et sens. L’Occident veut toutes ces choses : sécurité, amour, santé, longue vie. Mais elle choisit la manière contraire : isoler les « différents » et leurs handicaps, se faire de moins en moins confiance entre nous, éjecter ceux et celles qui nous ralentissent. Autour de nous, des gens meurent parce que nous avons oublié cela.

éléphantes et handicaps, ubuntuRalentir pour permettre à chacun et chacune de rester dans le troupeau, même avec des handicaps, c’est ce qui nous permet tous de rester en vie. Quand nous adaptons les espaces et les manières de faire, nous ne leur faisons pas de faveur. Nous avons besoin les uns des autres… tous les autres! Quand nous donnons, nous ne sommes pas généreux. Quand nous offrons notre argent, nos biens, notre temps, notre espace, notre affection à un autre être humain, alors nous faisons la seule chose qui nous permet de vivre. Comment avons-nous pu oublier ça ?

J’en appelle à notre sagesse collective de l’Ubuntu. Si l’on veut vivre, il nous faut ralentir le troupeau maintenant!


(1) Ce jeune trentenaire, qui est né et a grandi en Afrique du Sud, croit que le village est l’unité idéale pour connecter les humains ensemble et aussi les humains avec la nature. Son travail consiste à créer des villages là où sont les humains : en entreprise, en ville, en milieu rural. Il a écrit un livre formidable « Cathedral of the Wild », le récit de sa profonde crise spirituelle d’où a surgi une quête de sens qui lui a fait faire le tour du monde et l’a ramené chez lui « back on track ».

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