À mes soeurs victimes et silencieuses

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Il n’est pas dans mes habitudes de commenter sur l’actualité. Mais cette fois, je ne peux pas faire autrement. Cette semaine, dans le sillon de l’affaire Salvail et celle de Rozon, et l’avalanche de témoignages qui ont suivi, de très nombreuses victimes ont été bouleversées. Il y a bien sûr toutes celles dont la force a jailli de ce bouleversement et qui ont joint leur voix au torrent de dénonciations. La campagne spontanée #Moiaussi a permis à de nombreuses femmes de briser le silence. Et c’est tant mieux. C’est comme si le fardeau de la honte était vraiment en train de glisser des épaules des victimes sur celles des agresseurs. Une révolution.

Mais je pense aussi à toutes les autres. Celles qui ont été agressées, mais qui n’ont puisé que davantage de douleur et de souffrances dans ces témoignages. Les victimes qui ne peuvent tout simplement pas se lever et encore moins parler.

Je songe à toutes celles qui restent silencieuses.

Parce que le souvenir vous a vidé de vous-même et qu’il n’y a rien à montrer quand on est vide, n’est-ce pas ? Roulées en boule, vous voudriez tant que nous arrêtions d’en parler ! Que la vague s’arrête. Qu’on revienne au silence. Parce que la honte est trop grande ; la culpabilité trop corrosive. Quand on vous dit que cette honte et cette culpabilité doivent se déverser sur les agresseurs, toute votre expérience vous dit que cela n’arrivera pas. Et alors, ce sera bien pire. Comment prendre le risque de rouvrir la blessure qui a tué une partie de vous ?

victimes silencieuses agression sexuelle victimes À mes soeurs victimes et silencieuses victime silencieuse 300x203Et plus nous sommes nombreuses à dénoncer, plus la pression est grande sur vous. Je veux juste vous dire que je le sais. Je l’ai vu cette semaine exercer un tel poids sur votre âme que beaucoup d’entre vous ont « sauté ». La peur s’est déguisée en rage. La douleur, en autodestruction. Je vous ai vu chercher désespérément un espace sécuritaire où l’on « n’en parlerait plus jamais ». En vain.

Je vous écris pour vous dire que je vous vois et que je suis avec vous. Nous sommes toutes avec vous. Vous n’avez pas à parler si vous ne le pouvez pas. Peu importent vos motifs, ils sont légitimes. Personne ne poussera sur vous. Personne ne vous forcera, parce que nous savons toutes ce que c’est que d’être forcée. Vous pouvez respirer et laisser se desserrer votre cœur.

Vous pouvez lever les yeux. Alors, vous verrez le grand cercle des femmes, immense, où nous sommes toutes, et vous aussi. Toutes si différentes les unes des autres et pourtant toutes reliées les unes aux autres par un bout ou par un autre. Un cercle où toutes les femmes sont possibles, et vous aussi. Toutes celles qui parlent et celles qui se taisent aussi. Celles qui dérangent et celles qui passent inaperçues. Regardez bien… et vous verrez ces centaines de millions de femmes, formant le cercle depuis la nuit des temps, et prêtes à répondre à nos appels à l’aide. N’entendez-vous pas leurs cris de joie de vous avoir au milieu d’elles ? J’ai senti si souvent leur souffle chaud sur mon cou quand elles me caressaient la tête en murmurant, Je sais… ça va aller. Des millions de sœurs, de mères, de voisines, de cousines, de tantes et de meilleures amies ! Filles de sorcières et filles de rien, venues de toutes les expériences ; elles ont construit à l’intérieur de chacune de nous, à force de courage et de complicité, une fabuleuse cathédrale où nous réfugier. Nous reposer. Garder le silence quand on ne peut pas parler.

Dans notre histoire, les femmes ont porté d’autres femmes, qui ont porté d’autres femmes à leur tour. Et celles-là ont porté les suivantes…

À toutes mes sœurs silencieuses et bouleversées : Je sais… ça va aller. Laissez-vous porter. Nous vous voyons.

 

PS: une suggestion pour toutes les personnes qui publient ou diffusent du contenu explicite à propos d’agression sexuelle ou des contenu qui offrent une description ou des récits détaillés : il serait prudent d’inscrire un avis au tout début de toutes ces publications afin d’en aviser les lectrices/auditrices. Beaucoup de victimes sont replongées dans leur trauma à la lecture ou l’écoute de ces descriptions. En posant une mise en garde au tout début, nous leur permettons de choisir de le lire/écouter ou pas. C’est ça aussi, prendre soin des victimes.

 

1 Comment

  1. Jocelyne Brisebois dit :

    Merci de ta grande sensibilité …❤️

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