Tatouage et trisomie 21: histoire d’une intégration sociale

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Voici une histoire d’intégration sociale qui montre bien que ce ne sont pas nécessairement les programmes qui permettent l’intégration des personnes avec la trisomie 21. Il y a quatre mois, une femme trisomique d’un âge certain est entrée au Hamilton’s Muscle and Inkle, le salon de tatouage de Jason Ward, en Nouvelle-Zélande. Sans dire un mot, elle a plaqué deux décalcomanies sur sa table de travail et lui a fait signe qu’elle voulait qu’il les lui colle. Jason n’a rien d’un éducateur spécialisé. Il n’a pas de sœur trisomique, et n’en connaît pas; il n’y a même personne d’handicapé dans son entourage.

Sur le visage de rocker de Jason, un sourire s’est à peine esquissé. Avec un petit signe de tête vers elle, il a enfilé ses gants et désinfecté l’avant-bras de la femme avec un coton imbibé d’alcool, comme il le fait pour tous ses clients. Et il a soigneusement appliqué les deux décalcomanies sur le bras dodu tendu sur la table. Après un regard satisfait sur le travail de Jason, elle est repartie sans dire un mot. Ni l’un ni l’autre ne sont de grands bavards.

Trisomie 21, et après ?

Le vendredi suivant, elle est revenue. Deux autres décalcomanies sur la table. Jason a remis ses gants et fait le travail avec application. Entre eux, pas un mot. Qui a dit que l’intégration sociale devait suivre un protocole spécial?

Jason n’en a parlé à personne. Peut-être était-il aussi touché que moi de cette improbable rencontre avec une personne qui vit avec la trisomie 21. Je pense surtout qu’il n’aurait pas su quoi en dire. Parfois, il faut du temps pour laisser se déposer les expériences inattendues. Deux histoires longues comme le bras qui n’avaient aucune raison de se croiser… Et pourtant, c’est arrivé.

Intégration sociale… mais de qui au juste?

Suzie est revenue tous les vendredis, depuis septembre. Mais Jason n’a su son nom que la semaine dernière. C’est lui, le ténébreux, qui a engagé la conversation au bout de six ou huit semaines. Il a fait plusieurs tentatives avant d’obtenir autre chose qu’un regard. Mais il connaît ça, le silence. Il l’a pratiqué avec application une bonne partie de sa vie pour éviter les emmerdes. On dirait bien que Suzie a réveillé quelque chose en lui, le méfiant qui se débrouille toujours tout seul. On peut se demander qui aide à l’intégration sociale de qui?

Tatouage, trisomie 21 et intégration sociale
Source: jour nal Le Matin

Ce qu’il y a de bien avec les personnes trisomiques, c’est qu’elles n’en ont rien à faire de ce que nous avons l’air et de tout notre arsenal pour éviter les emmerdes. Elles voient à travers nos armures. Elles ne sont pas stupides et connaissent bien la méchanceté du monde. Mais, comme les matelots qui ne peuvent résister au chant des sirènes, la bonté que Jason cachait a cédé au chant silencieux de Suzie, une personne avec la trisomie 21. Il s’est retrouvé absolument sans défense, alors qu’il avait cru que c’est elle qui l’était.

N’est-ce pas une belle histoire d’intégration sociale? Un tough devenu tatoueur et une quinquagénaire trisomique ont traversé tous les murs de leurs histoires pour se rejoindre, se rencontrer au sens le plus profond du terme et se reconnaître simplement tels qu’ils sont l’un et l’autre. Une histoire tellement vraie qu’ils ne comprennent même pas pourquoi on a envie de la raconter. C’est probablement le signe d’une intégration sociale réussie.

Je nous souhaite à tous une rencontre comme celle-là; improbable, inattendue, où la simplicité du cœur l’emportera sur les idées toutes faites et les blessures de chacun. Une histoire qui nous apprendra que c’est nous qui recevons alors que nous croyons aider. Que c’est nous qui sommes protégés par ceux que nous protégeons.

Une hisoire tellement vraie, qu’il n’y aura rien à raconter…


Source: Un blogue formidable qui recense des nouvelles du monde entier à propos des personnes déficientes intellectuelles; et qui présente plein d’histoire d’intégration sociale… sans jamais les appeler comme ça! La déficience intellectuelle dans le monde

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France Paradis

Auteure, formatrice et conférencière chez France Paradis Formations
France collabore régulièrement au magazine Naître et grandir et au site Maman pour la vie.
Elle offre un éventail de formations aux intervenants sociaux de nombreux champs de disciplines.
Vous trouverez les détails ci-haut, sous l'onglet "Formations intervention sociale"
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