Risque zéro : vos enfants jouent-il avec le feu?

diagnostics -santé mentale infantile
Santé mentale infantile: une tragédie sans spectateurs
7 août 2017
risque zéro: jouer avec le feu

Katerine et Jules sont assis dans la cour avec leurs deux enfants et la plus vieille, âgée de huit ans, est en train de frotter une allumette de bois sur le papier émeri sur le côté de la boîte. Tout le monde est calme et l’encourage doucement à persévérer. La petite en est à son cinquième essai quand il réussit enfin à faire jaillir le feu, pour la plus grande joie de son petit frère de cinq ans, qui a les yeux brillants et crie de bonheur ! Les deux parents félicitent leur aînée qui rayonne littéralement et laisse brûler l’allumette jusqu’au dernier moment. Dans cette famille, on a choisi de permettre aux enfants d’apprendre à manipuler le feu plutôt que de leur dire de ne jamais jouer avec. « La culture du risque zéro est en train de tous nous rendre fous, surtout les enfants, me dit Jules. La vie est pleine de risques et je ne crois pas qu’on aide les enfants en leur apprenant à les éviter systématiquement, sous prétexte de les protéger ». Plutôt que de restreinte de plus en plus les enfants, ce couple a décidé de leur apprendre à évaluer les risques et à en prendre !

La remarque mérite réflexion, il me semble. Depuis une trentaine d’années, on réduit de plus en plus l’espace d’exploration des enfants. En instaurant des règles « de sécurité » de plus en plus nombreuses, on peut se demander si nous ne sommes pas en train d’apprendre à nos enfants que les seuls risques acceptables… sont ceux qui sont sans risques (risque zéro) ! Katrine et Jules ne sont pas en train d’abandonner leurs enfants dans la jungle. Ils ont parlé du feu avec les enfants, de façon à exposer ses avantages (nous réchauffer, nous réjouir, faire cuire des guimauves !) et ses dangers lorsqu’il est incontrôlé. Katrine et Jules sont bien conscients que leur méthode n’est pas sans risques. Ils ne croient pas que le risque zéro existe. Ils croient que la vie est risquée et non pas dangereuse. « Il y a une grosse différence entre les deux. Et il faut l’apprendre aux enfants. » Ils ont appris à leurs enfants comment le feu se propage et, du coup, comment éviter qu’il se propage. Ils ont également établi l’âge acceptable de manipulation du feu à huit ans. Le petit frère est donc au courant qu’un jour, il lui sera permis de manipuler du feu, mais pas maintenant.

Risque zéro : une idée fausse

Ces parents-là ont choisi d’enseigner à leurs enfants que les risques font partie de la vie et que la meilleure façon de les envisager, c’est de les évaluer, pas de les éviter sans réfléchir. Sauf que notre obsession de la sécurité prive nos enfants de ce genre d’apprentissages. Je songe à la journaliste New-Yorkaise, Lenore Skenazy, qui a été descendue en flamme par l’opinion publique parce qu’elle avait répondu par l’affirmative au désir ardent de son fils de neuf ans de prendre le métro tout seul. Elle détient depuis 2008 le titre de « Worst mom of the world » (la pire mère du monde). Elle raconte que la plupart de ses amies l’ont menacée de la dénoncer au service de protection de l’enfance. Je ne suis pas certaine qu’elle aurait connu un sort différent si elle avait vécu au Québec. Mais une chose est certaine, cette idée de risque zéro comme ligne de prévention des accidents est extraordinairement anxiogène pour les enfants… et leurs parents. Elle pose un standard tout simplement impossible à atteindre.

risque zéro - formation parentsPartant d’une bonne intention, cette idée du risque zéro qui consiste à croire que la prévention permet d’éviter (tous) les accidents est en fait erronée, bien sûr. En plus d’être anxiogène. Sans compter le prix que coûte cette pensée illusoire à nos enfants : en échange de l’apaisement de notre anxiété, nous les privons de l’exploration nécessaire au développement. Nous les privons des précieux apprentissages qui viennent avec le fait de prendre des risques : observer, réfléchir, évaluer, soupeser, envisager les conséquences et les différentes options, ramasser son courage, cultiver son audace, expérimenter, évaluer les résultats de l’expérimentation, envisager d’autres options, tirer des conclusions.

C’est vrai pour le feu, et ça l’est aussi pour grimper dans un arbre, casser des œufs, faire du vélo tout seul, jouer au roi de la montagne sur une butte de neige, démonter un vieux grille-pain, dévaler la pente à toute vitesse, s’élancer sur une rampe avec notre vélo et j’en passe. Il ne s’agit pas de les abandonner tout seul sans les encadrer ou les préparer. Il s’agit d’arrêter de croire qu’il n’arrivera jamais rien à nos enfants si nous suivons la ligne de prévention du risque zéro. Parce que c’est faux ! Il s’agit de les laisser prendre des risques pour leur permettre de cultiver leur courage, leur audace et leur imagination. Trois qualités qui font les leaders, les inventeurs, les innovateurs. Trois qualités qui font de la vie une aventure où l’on ne cesse d’apprendre. Quand on en est privé, on devient des peureux qui défendent le statu quo par principe, sortent difficilement de leur zone de confort et de ce fait, apprennent peu ou pas.

Peut-être est-il temps d’apprendre aux enfants à jouer avec le feu ?

 

2 Comments

  1. Andréanne dit :

    Oui. Mes garçons de 6 et 9 ans, la première chose qu’ils font dès qu’ils arrivent au parc c’est de GRIMPER la glissade. Au début, je leur interdisais, maintenant, je les laisse faire (s’il n’y a pas d’autres enfants qui eux veulent glisser…), c’est une espèce de prise de risque innée..

    • France Paradis dit :

      Bon exemple 🙂 La prise de risque, est-ce que ce n’est pas la seule façon d’explorer l’inconnu? Merci de participer à la discussions 🙂

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