La maltraitance, 20 fois par jour…

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L’observatoire des tout-petits publiait la semaine dernière son rapport sur la maltraitance envers les jeunes enfants. On y apprend une foule de choses terribles. Entre autres, que chaque jour au Québec, la DPJ compte au moins 20 nouvelles situations de maltraitance  fondée chez les tout-petits de 5 ans et moins.

C’est énorme.

Les trois principaux motifs de cette maltraitance concernent la négligence, les abus physiques et les mauvais traitements psychologiques. En 2015-16, la DPJ a dû intervenir auprès de plus de 4000 enfants. Pour vous donner une idée de ce que ça représente, ces enfants dont la sécurité ou le développement était suffisamment compromis pour que la DPJ intervienne rempliraient 68 services de garde ! Soixante-huit garderies pleines d’enfants victimes de maltraitance. Des poupons de quelques semaines, des puces de dix-huit mois qui font leurs premiers pas, ceux qui traversent les 2 ans « terribles », les trois ans qui demandent toujours « pourquoi », les quatre ans qui sont des géants, des princesses et des héros fantastiques et aussi les « grands » de 5 ans dont l’imagination ne cesse ne nous étonner. Soixante-huit services de garde pleins… ça fait beaucoup d’enfants victimes de maltraitance.

On reste sans voix. Comment cela est-il possible ?

maltraitanceDevant notre indignation collective, je m’inquiète pour leurs parents. Je tremble à l’idée que nous les condamnions tous au bûcher sans réaliser que nous sommes tous et toutes concernés par leur situation. Ce serait si facile de les pointer du doigt, de les dénoncer en traçant une ligne infranchissable avec le sentiment d’être du bon côté de la maltraitance. C’est tellement soulageant parfois de pouvoir désigner les monstres et ainsi s’assurer que nous n’en sommes pas. La vérité est bien différente, évidemment. Nous sommes tous et toutes responsables des conditions de vie de ces familles et de la maltraitance qui en surgit.

Les problèmes de logement

Les conditions socioéconomiques et le stress face au rôle parental se trouvent tous en haut de la liste des  facteurs de risque de la maltraitance. Environ une famille sur cinq ayant un tout-petit occupe un logement trop cher, c’est-à-dire que pour le payer, ces parents-là doivent lui attribuer plus du tiers de leurs revenus. On sait depuis 1976, qu’il y a un lien entre le surpeuplement de la résidence familiale et le nombre de fois que le parent rapporte avoir frappé ou giflé un de ses enfants au cours de la dernière semaine.

Mais quand nous entendons le porte-parole du FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain) ou de n’importe quel autre organisme de défense pour le droit au logement et le financement du logement social, nous changeons de poste. C’est à ce moment-là qu’on laisse tomber ces tout-petits maltraités.

La pauvreté

Les recherches sont formelles (2) : l’aide financière diminue considérablement le risque qu’un enfant fasse l’objet d’un signalement. Chaque fois que nous avons applaudi aux coupures dans les prestations d’aide sociale aux familles, nous avons participé d’une certaine façon à la maltraitance de ces tout-petits.

Plusieurs mesures sociales ont démontré leur efficacité ou se sont avérées prometteuses, dont celles favorisant l’accès à des logements et des milieux de vie de qualité et celles offrant de l’aide financière aux familles dans le besoin, du soutien aux parents ou un accès à des services de garde de qualité.

Le stress lié au rôle parental

Dans la même veine, un parent sur cinq (20 %) s’est mis beaucoup de pression concernant la façon de s’occuper de ses enfants. Le stress lié au rôle parental est une réalité pour de très nombreux parents ! Près d’un parent sur cinq (3) n’a aucune source sur laquelle il peut s’appuyer fréquemment. Des sources, ce sont des personnes disponibles pour les écouter, les soutenir, leur donner du répit et partager des moyens et des outils de parentage avec eux. Ça veut dire leur sœur, leurs amies, leurs voisins, leurs collègues de travail, leur partenaire de sport, leur beau-frère, nous tous, quoi ! C’est encore plus vrai chez les parents nés à l’extérieur du Canada, chez ceux ayant plus de trois enfants ou encore parmi les parents à faible revenu.

Quand nous en avons eu marre d’entendre parler des Syriens ; quand on n’a pas eu envie d’inviter la voisine avec ses quatre enfants parce que, franchement, c’est trop pour nous ; chaque fois qu’on a croisé la route d’une mère ou d’un père épuisé et qu’on a regardé ailleurs, hé bien chaque fois, c’est nous qui avons laissé tomber ces tout-petits maltraités et négligés. Chacun de nos regards de jugement sur ces parents sans réseau et sans personne sur qui s’appuyer, chacun de ces regards a permis d’augmenter le risque de maltraitance de nos tout-petits.

N’est-il pas temps d’arrêter de pointer du doigt ces parents négligents et maltraitants comme s’ils portaient tout seuls le fardeau de la faute ? Vingt fois par jour, un signalement de maltraitance est retenu concernant un tout-petit de moins de six ans.

Si chacun de nous faisait quelque chose une seule fois par semaine, imaginez un peu tout ce que ça changerait pour eux.


(1) Le nombre de places moyen par CPE et service de garde est actuellement de 59 enfants. Source : https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/Situation_des_CPE_et_des_garderies-2010.pdf

(2) Corbett, « Understanding Wisconsin Works (W-2) ». https://www.irp.wisc.edu/publications/focus/pdfs/foc181-3.pdf

(3) LAVOIE, Amélie et Catherine FONTAINE (2016). Mieux connaître la parentalité au Québec. Un portrait à partir de l’Enquête québécoise sur l’expérience des parents d’enfants de 0 à 5 ans 2015, Québec, Institut de la statistique du Québec, 258 p. http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/environnement-familial/eqepe.html

 

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