Les enfants des autres

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enfants des autres

Fred, neuf ans, et son copain du même âge avaient eu l’idée de cuisiner une recette personnelle. Sur le comptoir transformé en champs de bataille, les flaques de lait dessinaient des sillons dans le sucre, et une fine couche de farine recouvrait le plancher. Le temps que Marilyn s’en rende compte, les deux garçons étaient déjà partis se rouler dans l’herbe. Marilyn n’a évidemment pas ramassé les vestiges de leur « créativité ». Non. Elle a (patiemment) attendu qu’ils refassent surface dans les alentours. Et là, elle ne les a pas lâchés d’une semelle (tout en respirant calmement) jusqu’à ce qu’ils aient tout rangé. Même traitement pour les deux garçons. Si tu avais entendu les cris de ma belle-sœur en entendant l’histoire ! me dit-elle. Et puis Fred qui veut que j’arrête de me prendre pour la mère de son copain ! Pourtant, mes responsabilités d’adulte sont les mêmes envers tous les enfants. Tu ne crois pas ?

Je ne sais pas ce que vous faites, vous autres, à propos des copains, mais moi, je suis d’accord avec Marilyn : quand j’aime ces enfants-là, je fais les mêmes interventions avec eux qu’avec mes enfants. Combien de fois leur ai-je demandé de ramasser leur manteau ? Combien de fois leur ai-je expliqué que le support à bottes n’était pas une sculpture d’art moderne, mais bien l’objet sur lequel on doit déposer nos bottes mouillées ! Je le fais encore aujourd’hui alors qu’ils sont dans la vingtaine.

Mais jusqu’où cela doit-il aller ?

Je suis de celles, voyez-vous, qui croient que les enfants concernent tout le monde. J’ai la conviction de partager avec vous tous, la responsabilité de ces enfants, de ce qui leur arrive et de ce qui ne leur arrive pas. Les grandes personnes sont responsables de soutenir et d’encadrer les enfants, c’est aussi simple que ça. De la même façon que les forts sont responsables de soutenir les plus faibles.

Mais jusqu’où suis-je responsable ? Où se termine exactement l’espace parental et commence celui des « étrangers » ?

réprimander les enfants des autresJ’ai l’impression qu’on refuse souvent d’intervenir sur les enfants des autres parce qu’on ne tolérerait jamais que quelqu’un le fasse avec nos propres enfants. Sans doute parce qu’on perçoit chaque intervention comme un jugement de valeur sur la qualité de notre éducation parentale. Nous rendons-nous bien compte que c’est précisément cela qui nous isole tous et toutes ? Et tout seul, personne n’y arrive. Vous avez peur que d’autres aient des interventions inappropriées sur vos enfants ? Bien sûr, ça se peut, mais elles seront rares. En se refermant pour les éviter, on se prive aussi de toute la protection que fournit une communauté d’adultes attentifs et prêts à intervenir.

Quand des enfants sont chez moi, je ne suis pas seulement responsable d’eux moralement, je le suis devant la loi également. Et alors, chacun est soumis aux mêmes règles de vie et de sécurité. Je suis toujours l’adulte. Je suis celle qui fixe la norme à propos de ramasser ses vêtements, de parler poliment, de l’alcool, de la drogue, des sacres et de beaucoup d’autres choses. Peu m’importe que les amis de mes enfants puissent le faire autrement chez eux ; ici, ils respectent ma loi.

Aujourd’hui que les miens sont de jeunes adultes, c’est la même chose : je parle à leurs amis de la même façon que je parle à mes enfants. Quand je les vois revenir chez nous, je sais que c’est parce qu’ils s’y sentent bien. Et j’en suis heureuse. J’aime les enfants, les ados et les jeunes adultes. Tous ! Pas seulement les miens. Et je les aime assez pour ne pas renoncer à ma responsabilité envers eux.

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