La naissance d’Alicia

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Chère Alicia,

Je veux te parler de ta mère. Moi qui ai eu l’immense privilège de l’assister quand elle t’a mise au monde, je veux te raconter ce qui c’est passé de ce côté-ci, pendant que toi, tu trouvais ton chemin vers la naissance. Je l’ai vu avancer avec calme et détermination sur le sentier brûlant du travail actif. Je l’ai vu fermer les yeux à mesure que ce lent travail d’ouverture s’intensifiait; à la fois intériorité et abandon total.

J’ai vu sourdre la femme sauvage en elle. Venue du fond des âges, de toutes les cultures et de toutes les époques, c’est elle qui sait quoi faire pour mettre au monde les enfants que nous portons. Cette femme sauvage est déjà en toi aussi, Alicia. Et quand ce sera ton tour, je te souhaite de la laisser monter de ton sexe vers ton cœur puis redescendre encore pour que ce corps s’ouvre au passage de la vie. S’ouvre comme jamais plus il ne s’ouvrira. La femme sauvage ne connaît pas la souffrance. Elle avance dans la douleur, comme on avance dans la mer pour plonger profondément.

La naissance sauvage

J’ai vu ta mère plonger. Je l’ai vu accepter de se laisser emporter par ces vagues aussi grandioses que démesurées. Dans la pénombre silencieuse de la chambre, j’entendais son souffle chercher encore plus d’ouverture. Un peu plus encore, alors qu’elle était certaine d’être déjà au bout du possible. Puis accepter de se laisser reprendre toute entière une nouvelle fois par cette puissance impérieuse de la mise au monde. Et rien n’est plus émouvant que cette image que je garde avec moi pour toujours: ta mère qui plonge vers toi et toi vers elle; encore et encore. Et encore.

la naissance

Ton père lui tenait les mains, leurs fronts tout près l’un de l’autre. Et dans un murmure qu’ils étaient seuls à déchiffrer, je sais que jaillissait de sa bouche à lui, les mots millénaires eux aussi, de l’amour, du réconfort et du soutien.

La naissance bouleversante

J’ai assisté bien des accouchements, Alicia. Et j’espère que le tien n’est pas le dernier! Mais je n’ai toujours pas de mot pour nommer l’émotion qui m’accompagne chaque fois… un mélange d’admiration sans borne, de compassion profonde et d’émerveillement total devant ce miracle millénaire de la mise au monde d’un être humain.

J’en suis encore profondément bouleversée. Quel privilège immense que d’avoir été invitée à aider ta mère et ton père!

Je veux te dire, ma belle enfant, que tes parents sont formidables. Et que le tout début de ton histoire parmi nous s’est tissé sur l’incroyable force et courage qu’ils ont déployés pour toi. Pour te laisser faire ton chemin. Malgré la douleur. Malgré la peur, la fébrilité, l’inquiétude, la fatigue et l’impuissance aussi. Ils ont renoncé à tout ce qu’ils connaissaient pendant ces longues heures de travail. Pour la naissance de leur fille, toi, ma belle chouette.

Pour que tu arrives jusqu’à eux.

Et te voilà.

Sois la bienvenue.

France

xxx

octobre 2012

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