La différence entre misère et pauvreté

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misere et pauvrete

Patricia a trois enfants à l’école primaire et n’arrive pas à boucler les fins de mois. Assez souvent, la famille soupe de nouilles au jus de tomate. Le petit Patrick a porté les mêmes bottes que l’an dernier et elles lui serrent les pieds. Ça, c’est la pauvreté.  Elle a fini par s’inscrire aux banques alimentaires et elle a dû présenter une preuve de son incapacité à nourir sa famille, pour avoir accès aux denrées disponibles. Une pièce de papier écrite qui établit noir sur blanc qu’elle est pauvre. Ça, c’est la misère.

Mathilde dort avec ses trois enfants dans le même lit parce que son logement est mal isolé et qu’on y gèle les nuits d’hiver. Ça, c’est la pauvreté. Quelqu’un a fait un signalement à la DPJ parce que c’est inadéquat de dormir avec ses enfants de 10, 8 et 5 ans. Des garçons, en plus! La DPJ est finalement venue faire un tour et les agents pleins de bonne volonté l’ont longuement questionnée. Ça, c’est la misère.

Faire honte aux gens pour leur pauvreté

À la rentrée, Paul n’a pas pu acheter toutes les fournitures scolaires de la liste que l’école avait envoyée. Il a fallu choisir et décider ce que ses deux filles n’auraient pas dans leur sac. Ça, c’est de la pauvreté. Coralie, la plus vieille de 14 ans, sait bien que l’argent manque. C’est pour ça qu’elle n’a pas remis à son père les avis que sa titulaire de classe envoyait à propos du matériel manquant. Au bout de deux semaines, le prof de maths l’a expulsée de sa classe avec la consigne d’y revenir seulement avec son matériel. Rendu là, l’ado a dû en parler à son père, qui a bien dû aller expliquer la situation au prof de maths. Expliquer qu’il est trop pauvre pour acheter tout le matériel scolaire de sa fille. Ça, c’est la misère.

Mon grand-père a été pauvre toute sa vie, sans jamais que cela affecte, même un peu, sa grande dignité. Ses immenses richesses lui faisaient un bien droit et chacun les connaissait. Elles se comptaient en paroles données et respectées, en droiture, en vaillance et en serviabilité. J’essaie de l’imaginer, obligé de présenter une preuve de sa pauvreté pour nourrir sa famille… Et j’ai envie de pleurer.

La honte devrait être pour nous

misère et pauvretéIl faut arrêter de penser qu’on les « aide » et reconnaître que c’est simplement de la solidarité. Quand nous leur donnons ce dont ils ont besoin sans poser de questions, ce n’est même pas leur dignité que nous préservons. C’est la nôtre.

Ne réalise-t-on pas qu’en traînant ainsi Patricia, Mathilde et Paul dans la boue de la honte qui crée la misère, c’est notre propre pauvreté que nous étalons? Une société si pauvre, finalement, qu’elle manque de cœur au lieu de manquer de pain.

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Pour réfléchir sérieusement à la question, je vous suggère l’œuvre de  Majid Rhanema.  En particulier, La puissance des pauvres, publié en 2008 chez Actes Sud.

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