La compassion d’un enfant

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compassion d'un enfant

La compassion et l’empathie sont innées chez les enfants, nous le savons depuis longtemps. Elle apparaît chez les enfants dès l’âge de 18 mois et, avec elle, la compasssion se manifeste. Et elle est contagieuse. L’autre jour, j’ai vu toute une salle d’urgence être contaminée par la bonté d’un enfant de 5 ans.

Mathis attendait patiemment sur la chaise en plastique de la salle d’attente, serrant Charlie, son lapin de coton, contre son visage. Après une mauvaise chute, ses parents avaient filé à l’hôpital et toute la famille attendait son tour en radiologie. Trois rangés plus loin, un enfant de trois ans pleurait à chaudes larmes depuis un petit moment déjà. Visiblement fiévreux, il en avait marre et voulait à la fois être sur sa mère et ne pas y être. Vous voyez ce que je veux dire?

La réponse du corps à la compassion et l’empathie

Mathis l’a d’abord regardé avec attention. Puis, sur son visage, j’ai vu apparaître lentement la bienveillance et l’empathie. Si vous êtes un tout petit peu attentif, vous verrez l’empathie apparaître littéralement. D’abord les traits s’adoucissent, les sourcils se soulèvent un peu, les lèvres se desserrent et le corps se penche légèrement vers l’objet de sa compassion. Tout cela sans que Mathis ne s’en aperçoive. Je suis concerné par la souffrance de l’autre, voila le message qui déclenche spontanément une série d’actions dans tout le corps. À cinq ans, Mathis manifeste déjà tous ces signes de compassion et d’empathie. Le chagrin de ce petit enfant inconnu lui donne accès à cette habileté millénaire de l’humanité : la compassion et l’empathie.

Dès cet instant où l’on reconnaît la souffrance de l’autre et qu’on se sent concerné par elle, le cortex moteur se met en branle et nous inspire le désir de la transformer. Si l’on avait pu voir le cerveau de Mathis à ce moment-là, on aurait vu qu’il sécrétait de l’ocytocine, l’hormone de l’empathie qui nous donne envie d’aller vers les autres et de les aider. On aurait vu aussi une intense activité d’intégration neuronale. Ça veut dire, très simplement, que l’exercice de la compassion améliore notre capacité à comprendre tout le reste de la vie! On verrait le nerf vague de Mathis ralentir son rythme cardiaque et la respiration, et son système immunitaire être boosté. Le corps génère une séquence de réponses physiologiques qui stimule et soutient la compassion des humains. Si cela n’est pas merveilleux, alors je ne sais pas ce qui l’est.

Merveilleux et fragile

C’est vrai pour les enfants de 18 mois; et c’est vrai pour nous aussi. Sauf que plusieurs choses perturbent ce fabuleux système de réponse devant la souffrance. D’abord les normes culturelles, les tabous et les traditions Par exemple si on vous a appris que les gens de la ville sont dangeureux, vous aurez bien de la difficulté à vivre de l’empathie au centre-ville. Ensuite les préjugés, les stéréotypes. Dans une culture raciste par exemple, l’empathie aura beaucoup de difficulté à surgir devant la souffrance ou la détresse d’une personne racisée. Finalement notre histoire personnelle également. Car si nous avons dû survivre tout seul, il y a bien des chances que notre cerveau perçoivent les autres comme des menaces. Dans ce cas, la compassion et l’empathie ont très peu de chance de se manifester.

Le spectacle de la compassion d’un enfant

De retour dans la salle d’attente de l’urgence, le désir d’agir sur la situation avait maintenant atteint un point limite pour Mathis. Sans un mot, il a laissé glisser ses fesses de la chaise jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol. Et Alors, tenant Charlie contre son cœur, il a marché vers le Petit-Inconnu de trois ans. Tout le monde avait les yeux fixés sur lui; tous surpris par cette rupture avec la convention qui veut que tout le monde fait comme s’il n’y avait personne d’autre; on évite le regard des autres. Mathis lui, ne l’a pas quitté des yeux. Et là, il marche jusquà Petit-Inconnu. Immobile pendant une seconde, il tend finalement Charlie, à bout de bras, à ce petit enfant qu’il n’a jamais vu de sa vie.

la compassion et l'empathie et la compassion d'un enfant

Les pleurs ont cessé immédiatement. Après trois ou quatre secondes d’immobilité totale, Petit-Inconnu a tendu la main vers le lapin pour s’en saisir. Et les deux garçons se sont regardés comme s’ils étaient seuls au monde. Et sans doute l’étaient-ils…

Les recherches ont démontré que la compassion se manifeste envers des individus et pas des idées. Mathis n’aurait jamais eu envie d’offrir quelque chose pour « les enfants malheureux », mais il a donné son lapin préféré pour ce petit garçon-là. Un petit garçon en chair et en os, qui pleurait et dont Mathis voyait la souffrance.

Notre humanité résonne à l’humanité de l’autre

C’est pour la même raison que 75% des soldats en zone de combat refuse de tirer sur un ennemi devant eux et dont ils voient les traits du visage: parce que c’est notre propre humanité qui résonne devant l’humanité de l’autre.

Sur le visage de Mathis, une profonde et joyeuse satisfaction irradiait. Son père a passé sa main dans les cheveux de ce fils dont il est fier. Pas un mot de plus. Et c’est suffisant pour que le sentiment de perte d’un objet tant aimé soit considérablement réduit et disparaisse presque derrière le sentiment de joie qu’à généré son acte. Les recherches ont démontré que plus l’acte de gentillesse demande d’effort et plus il est coûteux, plus il apporte de satisfaction et de joie. Offrir son lapin préféré est extraordinairement coûteux pour un enfant de 5 ans.

C’est pour cette raison que Mathis est rayonnant: parce que son lapin Charlie a de la valeur pour lui. Une chance que le papa de Mathis a retenu à temps la maman qui s’élançait pour empêcher l’offrande! (Mais c’est son toutou préféré!!!) Donner quelque chose qui n’a aucune valeur pour nous, ce n’est pas un acte de générosité, c’est du recyclage. En lui caressant la tête silencieusement, au lieu de le couvrir d’éloges, le papa a préservé cette empathie naissante chez Mathis. On sait aujourd’hui que les sentiments de vanité et de fierté mettent fin à la séquence physiologique: fin du sentiment de satisfaction, accélération des battements cardiaques et du rythme respiratoire, dépression du système immunitaire. Ça veut dire que si ses parents s’étaient pâmés de compliments devant son incroyable générosité, Mathis aurait perdu tous les bénéfices de l’empathie qu’il porte. La bienveillance et la bonté d’un enfant sont des choses fragiles.

La compassion et l’empathie améliorent la santé

Le plus beau, c’est que les recherches ont prouvé ce que vous savez déjà: la compassion et l’empathie sont contagieuses. Plus on y est exposé, plus nous posons nous-mêmes des gestes de compassion. Donc, si je laisse monter l’empathie en moi, j’active un système physiologique qui préserve la santé de mon cœur; augmente l’efficacité de mon système immunitaire; apporte un sentiment de joie et de satisfaction; et, en plus, facilite le déclenchement de la même séquence physiologique chez ceux qui m’entourent! Ça vaut la peine de se lâcher lousse, vous ne croyez pas ?

Quand j’ai vu Mathis donner son lapin puis rayonner de joie, je me suis rappelé que la compassion est innée. Et que ce sont les interventions des tiers qui l’affaiblissent et finissent par l’engourdir complètement. Quand on se fait dire « qu’on ne fait pas ça »; quand on se fait retenir par le bras au moment où on veut s’avancer vers une personne couchée par terre, par exemple. Ou encore, chaque fois que j’ai vu mes parents passer devant une personne itinérante et faire un effort pour ne pas la regarder. C’est comme ça qu’on engourdit l’empathie, le plus puissant système d’entraide de toute l’histoire de l’humanité, gratuit, efficace et qui améliore notre santé.

La prochaine fois que votre enfant manifestera le désir d’aider quelqu’un, ça vaudrait la peine de faire un effort pour le laisser faire. La compassion d’un enfant est contagieuse. Alors, laissez-vous contaminer! Quand l’empathie ralentira vos battements cardiaques, laissez-vous faire. Même si « ça ne se fait pas ici ».  Même si c’est difficile. Ou que ça coûte quelque chose. Même si ça prend du temps sur notre propre agenda et qu’il faudra manquer notre bus.

Tout simplement parce que la compassion et l’empathie rendent la vie meilleure pour tout le monde.

1 Comment

  1. […] à être capables d’empathie devant une expérience différente de la nôtre. Parfois même, devant quelqu’un qui est différent de nous. Il faut avoir connu beaucoup de douleur pour […]

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