Intervention sociale : 5 choses que j’aurais voulu savoir avant

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Il y a bien des choses que j’aurais voulu savoir avant. Avant de plonger corps et âme dans l’intervention sociale. La fougue, l’impatience, l’arrogance, l’idéalisme. Toutes cela a sans doute retardé ces apprentissages. Plusieurs des jeunes intervenants et intervenantes qui assistent à mes formations me rappellent mes premières années. Je leur parle souvent des choses que j’aurais voulu savoir au tout début de mon parcours d’intervenante psychosociale. Je ne suis pas certaine qu’ils les intègrent vraiment. Mais ce n’est jamais perdu, surtout s’ils me ressemblent.

 

Qu’est-ce que j’aurais voulu savoir avant ?

Il me restait deux années universitaires à faire, mais mon désir d’améliorer le monde datait de la fin du primaire.  Comme j’étais pressée de soulager la souffrance de la planète, j’avais décidé de m’y mettre tout de suite, tout en poursuivant mes études à temps plein. Rebelle aux institutions, j’avais fondé un organisme à but non lucratif qui utilisait les arts de la scène pour faire de l’intervention sociale auprès des jeunes de la rue. Après avoir rempli des milliers de papiers, j’avais obtenu une charte d’incorporation et une subvention. Je venais de créer ma première « job » : travailleuse de rue, dans l’est de Montréal. Un « boulot » qui allait occuper 45 heures par semaine, en plus des cours du baccalauréat.

Je crois bien avoir fait toutes les erreurs possibles durant ces premiers 18 mois de mon long parcours! Mais il m’a fallu bien des années pour en intégrer les leçons. Voici ce que j’aurais voulu savoir avant, à cette époque. Si je pouvais rencontrer la jeune France de 19 ans, c’est ce que je lui dirais. Mais j’imagine qu’elle n’écouterait pas vraiment… 🙂

1. La bonne intervention sociale ne crée généralement aucun feu d’artifice.

Je sais que tu espères voir les résultats de ton travail auprès des personnes. Mais même pour tes meilleures interventions, il n’y aura ni feux d’artifice ni ovation de foule.  N’attends pas de constater une avancée visible pour considérer que ton service est utile. Ceux qui tombent dans ce piège se brûlent littéralement. Les moments d’épiphanie dans la vie des personnes que nous accompagnons ne sont jamais le fruit d’une seule intervention. On espère voir des résultats quand on a besoin nous-mêmes de support comme intervenante. Va chercher ce support ailleurs que dans le regard des personnes. Ce ne sont pas elles qui doivent t’aider à évaluer ta manière de travailler, ce sont tes collègues et ton superviseur. Bref, ta job ne sera pas spectaculaire.

2. Trouve-toi un superviseur, ça presse! (et dis-lui tout)

Je sais, tu penses que tu es meilleure que tout le monde et que tu as compris des choses que les autres n’ont pas comprises. (soupir) Je veux juste que tu saches que sans superviseure, ça va te prendre des décennies à apprendre ce que tu aurais pu intégrer en quelques années. Tout simplement parce qu’un interlocuteur aide à réfléchir et à élargir notre vision. Arrête de penser qu’on te dira quoi faire lors des supervisions.

Je sais que tu n’as jamais travailler dans un milieu qui offrait de la supervision… trouve en une quand même! Une bonne superviseure va t’aider à réfléchir sur ton mode d’intervention pour que tu trouves toi-même tes lacunes et que tu aies envie d’y remédier. Elle va te rappeler des balises légales et éthiques importantes. Dégonfle un peu ton égo, ma belle France, ça va te permettre d’apprendre de ceux et elles qui ont plus d’expérience que toi. (Ça, j’aurais voulu le savoir avant, vraiment)

j'aurais voulu savoir avant, intervention sociale3. Trouve ta communauté et ne perd pas de temps avec les autres.

Oui, je sais que tu es une « pas pareille ». Une rebelle face aux idées toutes faites et aux rôles d’autorité. Je te suggère d’arrêter de dilapider ton énergie à convaincre les rigides qu’ils ont tort. Plutôt, dépense ton énergie à trouver tes semblables. Ceux et celles qui remettent les dogmes en question et n’ont pas peur des questions difficiles. (J’aurais voulu savoir avant que je n’étais pas la seule à voir le monde et l’intervention sociale comme je les vois.) Commence à construire ta communauté de vision et de pratique dès maintenant. Trouve tes semblables. Alors, tu n’auras plus à vivre autant d’isolement, de doutes et de tâtonnements. Avoir des compagnons de route qui partagent notre vision, c’est ce qui fera la différence entre le burn-out et l’enthousiasme renouvelé.

4. Ça va prendre plus qu’une semaine pour changer le monde, finalement.

France, tu es tellement pressée de changer le monde! Et c’est tout à ton honneur! Ta détermination et la puissance de tes convictions sont des forces remarquables sur lesquelles tu vas bâtir une œuvre utile. Je voudrais juste que tu ne te décourages pas si souvent devant la lenteur des progrès. Tu es une sprinteuse, mais la justice sociale pour laquelle tu te bats nécessite les qualités d’une marathonienne. Respire. Ne te fâche pas si souvent après ceux et celles qui empruntent des détours plus longs (Ho boy! Ça j’aurais voulu savoir avant !)

Au final, nous sommes tous des alliés en intervention sociale. Avec une perspective à plus long terme, tu seras capable d’instaurer des limites à tes heures de travail et à tes mandats et de les faire respecter. Surtout, ne perds pas ta vitalité. Continue de nourrir ton sentiment d’indignation et tes idéaux ! Fais seulement y mettre un peu de patience.

5. Arrête de penser que c’est toi qui règles leurs problèmes, tu es une arroseuse de bambou.

Tu es pleine de bonnes intentions et j’honore cela. Je voudrais juste que tu comprennes tout de suite qu’on ne sauve personne. Jamais. Les humains sont comme les bambous qui prennent cinq ans à sortir de terre après avoir été plantés. Beaucoup d’intervenants vont l’arroser alors que rien ne semblera se passer. Pendant très longtemps, chacun des intervenants lui aura donné le meilleur de lui-même. Sauf que le bambou sort de terre seulement quand c’est le bon moment pour lui; pas avant. Et rien de ce qu’on fait, aucune intervention sociale, ne peut accélérer cette poussée.

Parfois, tu connaîtras la grâce d’assister à la « sortie de terre » de quelqu’un et tu seras tentée de croire que c’est grâce à ton intervention. Trouve assez d’humilité en toi pour te rappeler que ce n’est pas le cas. Nous faisons simplement partie d’une longue chaîne de personnes qui ont arrosé ce bambou patiemment. On ne peut pas savoir où nous nous trouvons dans cette chaîne! On peut seulement continuer d’offrir notre foi dans le processus et dans tout ce qu’il y a de vivant en eux. Tu es une arroseuse de bambou, France, et c’est le plus beau métier du monde. Oui, ça aussi j’aurais voulu le savoir avant.

Avez-vous une petite liste de « j’aurais voulu savoir avant »? Si vous pouviez parler avec la version débutante de vous-même, quelles choses voudriez-vous qu’elle sache?

2 Comments

  1. […] Aujourd’hui, je commence toujours par me demander s’il n’y aurait pas des sacs d’épicerie à ramasser. Et je commence toujours par là chaque fois que je peux. Ça fait partie des choses que j’aurais voulu savoir dès le début de ma carrière. […]

  2. […] y a quelques semaines, je vous livrais la liste des choses que je me dirais à moi-même, si je pouvais revenir dans le temps et avoir une discussion avec la jeune intervenante que […]

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