HISTOIRE D’UN SAUVETAGE : GILLIAN lYNNE

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gillian lynne

Je gage que vous connaissez Gillian Lynne. Voici l’histoire d’un sauvetage. Le sien.

Gillian est née en 1926, en Angleterre.  Sur les bancs d’école des années 30’, elle est désespérée. Les journées sont sans fin pour elle et la petite Gillian se fait répéter cent fois par jour d’arrêter de gigoter sur sa chaise. Elle manque d’attention et de concentration en classe. Malgré tous ses efforts, l’institutrice n’est jamais contente. On finit par écrire à ses parents au milieu de sa troisième année scolaire pour déclarer que la petite souffre sûrement d’un trouble quelconque. Aujourd’hui, l’enseignante aurait elle-même posé un diagnostic (!) de déficit d’attention. Mais dans les années 30’, le mot n’est pas encore inventé alors l’option n’est pas disponible…

On suggère donc à ses parents d’aller voir un spécialiste. Madama Lynne ne le sait pas encore, mais c’est là que commence l’histoire d’un sauvetage. Gillian Lynne a huit ans et dans cet austère bureau de chêne où l’a amenée sa mère, la petite est  assise au fond de la pièce avec ses mains sous ses cuisses. Le spécialiste en question pose beaucoup de questions à sa mère, qui explique qu’elle dérange les autres en classe, que ses devoirs sont toujours en retard, qu’elle n’écoute pas.

 

Histoire d’un sauvetage

Au bout d’un moment le spécialiste se tourne vers la petite fille:  « J’ai bien écouté tout ce que ta mère m’ a dit et maintenant j’aurais besoin de lui parler en privé. Alors reste ici et attends-nous. Ce ne sera pas long. »  Et ils quittent la pièce. Mais avant de quitter, le spécialiste allume la radio où la BBC diffuse de la musique en continu. Une fois la porte refermée, il s’adresse à la mère: « Restez juste ici, devant la fenêtre de la pièce et observez votre fille en silence. Observez bien. »

histoire d'un sauvetage

Gillian et sa mère, 1933

À l’instant même où la porte se referme derrière eux, Gillian s’est levée et s’est mise à bouger sur la musique, ses pieds improvisant sur le rythme. Sa mère regarde en silence comme on le lui a dit. Alors le spécialiste se tourne vers elle et lui a dit :

Votre fille n’est pas malade. Elle est une danseuse. Amenez-la dans une école de danse!

Et c’est exactement ce que sa mère a fait. 20 ans plus tard, elle dirigeait sa propre troupe : Gillian Lynne Dance Company.

Ellea  raconté ses premiers jours dans cette école de danse. Gillian se rappelle à quel point c’était merveilleux d’être dans une pièce remplie de gens comme elle; des personnes qui avaient besoin de bouger pour penser! Dans ce lieu du bonheur, comme elle l’appelle, on l’a formée au ballet classique; à la claquette, au jazz et à la danse contemporaine. Quelques années plus tard, elle était acceptée puis diplômée du London Royal Ballet School. Elle est ensuite devenue membre de la troupe du London Royal ballet; puis soliste et finalement chorégraphe attitrée de cette remarquable institution.

 

Gillian Lynne, chorégraphe

Nous lui devons la création des plus grandes comédies musicales de l’histoire: Cats, Le fantôme de l’opéra, Jesus-Christ

Gillian Lynne, chorégraphe

Gillian Lynne, avril 2013

Superstar, Evita, et tant d’autres! Nous lui devons aussi les chorégraphies de plus de trente films, dont deux de mes préférés: My Fair Lady et Yentl. Madame Lynne a donné du plaisir à des millions de personnes et a gagné sa vie très honorablement, remportant de centaines de trophées et de prix prestigieux.

Il ne fait aucun doute pour moi qu’aujourd’hui, on mettrait cette enfant sous médication, espérant ainsi résoudre « le problème ».

J’ose à peine imaginer de quoi nous avons privé le monde, notre monde, depuis les trente dernières années… En nous obstinant à vouloir soigner les enfants qui apprennent autrement. Combien d’enfants se réveillent encore en espérant être malades plutôt que de devoir aller s’assoir derrière un pupitre toute la journée? Combien de petites filles et de petits garçons ont le sentiment d’être mauvais chaque jour de classe ? Alors qu’ils ont simplement besoin de bouger ou de dessiner ou même de parler pour penser. En y songeant, j’en ai les larmes aux yeux.

Y a-t-il une petite Gillian dans votre entourage? S’il-vous-plaît, racontez-moi votre histoire d’un sauvetage.

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