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éducation des enfants aux médias sociaux

Les médias sociaux sont très récents. Twitter et Facebook en 2006, My Space en 2003, YouTube en 2005, Instagram en 2010. Il s’agit d’instruments puissants difficiles à maitriser pour les personnes nées avant 1990. Pour cette raison, on doit réfléchir à l’éducation des enfants aux médias sociaux. Ces médias sont également difficiles à évaluer parce qu’ils ne correspondent pas à notre expérience de la communication.

Exactement comme mes parents ont vu leur mode de communication bouleversé par l’arrivée de la radio et de la télévision, les parents d’aujourd’hui sont confrontés aux médias sociaux.  Un ami me racontait que son père s’habillait toujours avec soin avant de s’assoir devant la toute nouvelle télévision pour écouter le bulletin de nouvelles, en 1958. Pour cet homme, le repère de communication de base était le face-à-face. Il envisageait donc de regarder la télé avec les repères qu’il connaissait et agissait en fonction d’être face à face avec le lecteur de nouvelles.

 

Pourquoi une éducation des enfants aux médias sociaux?

Les parents d’aujourd’hui se trouvent dans la position de devoir changer leurs propres repères de communication s’ils espèrent continuer d’être les guides et les protecteurs de leurs enfants en regard de l’utilisation des médias sociaux. Mais la plupart d’entre nous font comme le père de mon ami et continuent d’utiliser leurs vieux repères. Ils continuent d’évaluer leur impact dans une vision réduite de l’auditoire, par exemple.

Ces instruments extraordinairement puissants ont modifié la façon d’entrer en contact avec les autres et surtout créé des capacités et des codes inexistants jusqu’alors. Par exemple, permettre à un individu, du fond de son sous-sol, de s’adresser à des centaines de milliers de personnes à la fois alors que ce pouvoir avait été réservé jusque là aux politiciens, artistes et autres têtes d’affiche que tout le monde connaissait. Facebook a également rendu possible la communication de plusieurs à plusieurs (par opposition à une communication un – un ou un-plusieurs). Ainsi, en publiant, on peut s’adresser aux amis de nos amis qui entrent ainsi dans la conversation.

éducation des enfants aux médias sociaux

Le prolongement de cette possibilité est bien sûr de créer une (fausse) forme d’intimité avec de parfaits inconnus. Tous ces réseaux permettent également de communiquer publiquement, mais dans l’anonymat le plus total, ce qui était impensable pour la génération des parents jusqu’à maintenant. Voilà en partie pourquoi une éducation des enfants aux médias sociaux est nécessaire et qu’elle commence par notre propre éducation.

 

Utiliser les médias sociaux, ça s’apprend

Il ne s’agit pas de refuser ces nouveaux repères de communication; il s’agit d’en tenir compte et de réaliser que nos jeunes connaissent une réalité que nous n’avons pas connue et pour laquelle nous n’avons pas été préparés. Exactement comme pour l’arrivée de la télé dans nos salons, les parents doivent apprendre à encadrer l’utilisation des médias sociaux. Il nous faut maitriser leurs codes et donner des repères à nos enfants.

Quand on leur apprend à conduire, on s’assoit à côté d’eux et on les guide. On leur pointe les signes qu’ils doivent remarquer sur la route, les actions à anticiper de la part des autres voitures et des piétons. On rappelle de ne pas aller trop vite et de se concentrer sur la route. Nous leur apprenons à ne pas texter en conduisant. On leur raconte les histoires d’alcool au volant pour leur faire comprendre la gravité de la chose. On leur prête notre voiture à certaines conditions et on veut savoir où ils iront, et avec qui. Il faut faire la même chose avec  une éducation des enfants aux médias sociaux.

 

Une arme à double tranchant

Utiliser les médias sociaux, ça s’apprend. Ce sont des instruments puissants qui ont déjà fait la preuve de leur incroyable pouvoir d’influence : songeons à la révolution tunisienne de 2010 qui a permis de bouter le dictateur Ben Ali hors du pays; la vague #agressionnondénoncée den 2016 et #moiaussi l’hiver dernier. Ce sont ces médias qui ont permis à tant de femmes de briser l’isolement et le silence. Songeons aussi à la suspension de la flagellation du blogueur néo-canadien Raïf Badawi en Arabie Saoudite en janvier 2015.

Mais ce même pouvoir a aussi été utilisé pour ruiner de nombreuses réputations,  déclencher des lynchages publics injustifiés, voler des identités et rendu possible la cyberintimidation, qui a mené au suicide de plusieurs victimes. Les enseignants canadiens ont d’ailleurs classé la cyberintimidation au premier rang d’une liste de six enjeux préoccupants. (1)

 

Cyberintimidation

L’année suivant la création de Facebook, en 2007, un sondage mené auprès de jeunes canadiens de 13 à 15 ans nous apprenait que plus de 70 % ont déclaré avoir subi de l’intimidation en ligne. Et, tenez-vous bien,  44 % ont déclaré avoir intimidé une personne au moins une fois. (2) Nous apprenons bien lentement parce qu’en 2010, c’est encore la moitié des jeunes utilisateurs de médias sociaux qui avaient été victimes de cyberintimidation, au moins une fois déjà. (3) Une éducation des enfants aux médias sociaux ne vous apparaît-elle pas nécessaire, maintenant ?

Éducation des enfants aux médias sociaux

Pensez à un marteau ou une scie : c’est un instrument puissant avec lequel on peut construire une maison ou fracasser le crâne d’un innocent. C’est pour cette raison qu’on ne le place pas entre les mains de notre fille ou notre fils de dix ans sans lui expliquer comment on s’en sert et surtout on reste là pour le surveiller et améliorer sa façon de s’en servir. Ne seriez-vous pas un parent irresponsable si vous laissiez votre enfant partir avec un marteau tout seul dans sa chambre, sans ne lui avoir jamais montré à s’en servir?

Sauf que les réseaux sociaux sont bien plus puissants que les marteaux… et bien plus silencieux.

Il est urgent de se rendre compte de la nécessité d’une véritable éducation des enfants aux médias sociaux.


(1) Statistiques sur la cyberintimidation du N.S.T.U., « Sondage sur les dossiers nationaux en éducation », Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (2008)

(2) Elizabeth Lines. (avril 2007). La cyberintimidation : une nouvelle réalité pour les jeunes. Jeunesse, j’écoute. http://definetheline.ca/dtl/cyberbullying/cyberbullying-in-canada/

(3) Faye Mishna et coll., « Cyber Bullying Behaviors Among Middle and High School Students », American Journal of Orthopsychiatry vol. 80, no 3 (2010), p. 362–374.

 

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