Développer l’empathie des enfants

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actes de gentillesse

 

L’empathie des enfants est innée, le saviez-vous? Les dernières recherches ont démontré que Piaget avait tort; l’empathie des enfants se développe bien avant le stade opératoire concret (vers l’âge de 7 ans). Même très jeunes, les humains manifestent spontanément le désir d’aider les autres.  On peut l’observer ici le plus simplement du monde chez l’enfant de 18 mois.  Alors comment se fait-il que nos jeunes ados et même les jeunes adultes semblent manifester si peu cette tendance? On les trouve généralement égoïstes, mais je ne suis pas certaine du tout que ce soit vrai. Sauf que si l’empathie des enfants est innée et que les jeunes adultes ne semblent pas la manifester, alors on peut se demander comment ils ont fini par arrêter de poser tous ces petits actes de gentillesse. Une partie de la réponse est très simple.

L’empathie des enfants et les actes d’aide et de gentillesse

Ce sont généralement les adultes qui bousillent la gentillesse naturelle des enfants et nuisent à leur empathie. Évidemment, on ne le fait pas volontairement! On croit probablement qu’il faut « apprendre » l’empathie aux enfants au lieu de lui permettre de se développer. Ainsi, on interfère avec un processus naturel. Et alors, le processus fonctionne moins bien, voire même, plus du tout. Voilà pourquoi il est inutile d’essayer de convaincre un enfant que poser des actes de gentillesse apporte de la joie. Tout ce qu’on a à faire, c’est de lui permettre d’expérimenter cette joie! Et voici comment. Les résultats d’une étude canadienne, réalisée en 2012, suggèrent trois choses étonnantes qui devraient changer notre façon de faire.

1) Donner rend les enfants heureux

Non seulement l’empathie des enfants est spontanée, mais en plus elle augmente le sentiment de joie. En effet, chaque fois qu’un enfant pose l’acte d’aider ou de donner, le cerveau sécrète un petit cocktail de bien-être : dopamine et endorphine. La récompense est donc instantanée et liée directement à l’acte. C’est vrai aussi chez l’adulte : souvenez-vous de votre sentiment la dernière fois que vous avez ouvert la porte à quelqu’un qui avait les bras chargés ou aidé un enfant perdu dans la foule à retrouver ses parents. (OMG! C’était quand la dernière fois?)

La récompense est dans l’acte lui-même. Et c’est pour ça que si on nous remercie d’avoir aidé quelqu’un à ramasser ses papiers qui s’étaient éparpillés par terre par accident, nous répondons « ça me fait plaisir ». C’est parce que ça fait vraiment plaisir! On se sent bien quand on réalise des actes de gentillesse. N’est-ce pas vraiment chouette de comprendre que notre cerveau est construit pour manifester de l’empathie!

l'empathie des enfants et actes de gentillesseComment soutenir l’empathie des enfants une fois qu’on sait cela? Peut-être faut-il leur permettre davantage d’aider et d’offrir son aide. Si on ralenti un peu notre réponse, face aux petites difficultés, peut-être que les enfants auront le temps de nous offrir leur aide. Et alors, comme dans la vidéo, ils pourront poser l’action que leur nature même leur dicte : aider.  Peut-être pouvons-nous compter davantage sur eux et sur leur aide plutôt que de leur offrir un environnement où l’adulte résout tous les problèmes tout seuls. Et j’y pense, la participation des enfants aux tâches ménagères n’apparait-elle pas alors comme une activité de développement de l’empathie des enfants ?

2) Plus l’acte de donner est « coûteux », plus il génère de joie chez l’enfant qui donne

Cette étude a également mis en évidence que plus l’acte de gentillesse demande d’effort, plus il apporte de la joie. C’est-à-dire que plus l’enfant doit « travailler » pour aider, plus ça le rend heureux. Par exemple, imaginons que j’échappe une épingle à linge par terre. Mon petit la voit tomber, me voit vouloir la ramasser et s’avance spontanément pour m’aider en la ramassant. Plus ce sera difficile pour lui de prendre l’épingle à linge dans ses doigts, plus son cerveau va sécréter le cocktail du bonheur. L’empathie des enfants se développe donc aussi dans l’effort.

C’est donc dire que chaque fois que nous facilitons les choses à l’enfant qui veut se rendre utile ou faire plaisir ou aider, nous nuisons au mécanisme de récompense qui vient avec l’empathie des enfants. Quand un enfant veut partager sa collation et que nous l’en empêchons en en fournissant davantage afin qu’il ne se prive pas, nous nuisons au développement de sa gentillesse. Quand on les soulève pour les aider à atteindre la personne qu’ils veulent aider, au lieu de les laisser fournir un plus grand effort, nous nuisons au développement naturel de l’empathie des enfants.

3) Les félicitations de l’adulte pour les actes de gentillesse RÉDUISENT immédiatement la joie et DIMINUENT la fréquence et l’intérêt de donner dans l’avenir

Cette étude a également mesuré l’impact des félicitations de sur l’empathie des enfants. On s’est rendu compte que les enfants qu’on félicitait pour avoir été gentils étaient moins portés à aider encore ensuite. Comme si les félicitations annulaient l’effet positif du plaisir généré par l’acte de gentillesse. Il ne s’agit pas ici de remerciements. Les remerciements pour avoir obtenu de l’aide d’un enfant soutiennent son empathie. Il s’agit plutôt des félicitations directes pour avoir été gentil : « Tu es donc ben gentil! Bravo! Tu es vraiment gentil de m’aider! » Alors que le remerciement tout simple renforce les liens affectifs (voir la recherche de Robert A. Emmons), les félicitations retirent toute satisfaction affective pour être venu en aide à un autre. L’empathie des enfants se nourrit donc de simples remerciements.

C’est encore une fois tout aussi vrai pour l’adulte. C’est pourquoi les personnes qui reçoivent une médaille pour avoir plongé dans l’eau de la rivière et sauvé la vie de quelqu’un sont si mal à l’aise et tentent de repousser les félicitations (J’ai simplement fait ce qu’il fallait faire). En fait, ils veulent nous dire : arrêtez de vider cet acte de la valeur qu’il a pour mon humanité. Vous êtes en train de faire disparaître ma joie et ma satisfaction !
Donc, où cela nous mène-t-il à propos des actes de gentillesse et l’empathie des enfants en général?

La prochaine fois que notre enfant voudra aider quelqu’un, laissons-le faire un peu plus. Même si c’est difficile, même si ça lui coûte quelque chose, même si ça lui prend du temps pour ses propres affaires. Et si jamais on vous aide, dites simplement merci, puis taisez-vous! Laissons les enfants, les ados et les tous les autres connaître la joie et la satisfaction qui viennent avec les actes de gentillesse. L’empathie des enfants est tellement précieuse. 🙂

2 Comments

  1. […] soleil et de la pluie qui a permis de faire pousser les légumes de notre repas ; ou l’occasion offerte d’aider quelqu’un et d’en ressentir un immense bien-être. La gratitude envers quelque chose de plus grand que nous […]

  2. […] Toutes ces expériences mises bout à bout finissent par tisser la corde qui nous retient quand on tombe de haut.  Il ne s’agit pas d’instiller l’angoisse dans le cœur des enfants; il s’agit d’éclairer le monde pour eux. Ce n’est donc pas une bonne idée de les préserver de ces expériences difficiles où se croisent la peur, la perte, le chagrin et la douleur. Elles sont tressées avec la gratitude des enfants. Et aussi l’empathie. […]

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